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vents transportent souvent comme celui du désert. Malheur au voyageur surpris par une de ces dangereuses tourmentes! Enseveli en un instant sous un linceul de plusieurs mètres d'épaisseur, il n’a plus d'espoir.
La neige ne tombe réellement beaucoup, surtout l'hiver, que dans les parties relativement inférieures ; les pics qui s'élèvent au milieu d’un ciel presque toujours bleu se couvrent d’une couche d’autant plus épaisse de ce givre qu'il fait plus chaud dans les plaines. C’est donc, chose curieuse, surtout pendant l'été, que le phénomène se produit avec le plus d’intensité. C’est une loi physique que les corps s’échauf-
fent d'autant moins vite que leur couleur est plus
claire. Aussi la neige, dont la blancheur ne saurait être égalée par aucun autre corps, ne se laisse-t-elle pas pénétrer par la chaleur; pour la même raison, elle est également à peu près imperméable au froid. C'est à cause de ces propriétés que l'hiver, à température égale, le froid semble relativement moins rigoureux quand le sol se couvre de neige. Celle-ci réfléchit, comme le ferait un miroir, notre propre chaleur au lieu de l’absorber. C’est aussi pour cela que les montagnes conservent l’été leur manteau de neige beaucoup plus bas que le niveau où il gèle encore pendant le jour dans cette saison.
Qui de nous, dans son enfance, n'a fait des boules de neige? Ce jeu, répandu partout où il y a des hivers et des écoliers, la nature s’y livre parfois sur
une grande échelle. Tout d'un coup, pendant l’été, de petites masses de neige se détachent de la montagne, roulant sur les pentes en augmentant incessamment de vitesse et de volume : c’est une avalanche, terrible fléau pour les habitants de ces pays. Les avalanches prennent souvent des proportions énormes, pèsent plusieurs milliers de tonnes et se précipitent le long des pentes avec une fureur que rien ne peut arrêter. Se frayant un passage même à travers les forêts qu’elles renversent, elles ébranlent les rochers et vont malheureusement quelquefois à des distances imprévues écraser et ensevelir des villages entiers. Le bruit dont leur chute est accompagnée ressemble au roulement du tonnerre, et l’air qu'elles chassent devant elles a toute la puissance de l’ouragan.
Les glaciers. — Leur marche. — Réservoirs des rivières et des fleuves.
Les glaciers sont de véritables fleuves; car, malgré leur immobilité apparente, ils ont un mouvement de progression absolument semblable à celui d’un cours d’eau. Leur marche est lente ou rapide comme celle des rivières, suivant l’inclinaison du sol qui leur sert de lit, suivant qu'ils se trouvent resserrés dans un défilé ou qu'ils peuvent s'étendre entre deux rives éloignées l'une de l’autre. Ils ont leurs bas-fonds, leurs chutes, leurs affluents, leur source et leur em-
bouchure. Quoique solides, leurs ondes charrient et transportent au loin ce qu’elles arrachent à leurs rivages ou ce qui tombe à leur surface par accident. Comme les fleuves, iis forment des deltas à l'endroit où se termine leur cours, avec cette différence que les leurs ne sont pas des sables, mais des rochers souvent assez considérables pour porter des villages et des bois de sapins. Telle est l’origine de ces roches parfois énormes qu’on appelle les blocs erratiques, et que l’on trouve détachées, par exemple, d’une montagne de granit, et déposées souvent à plusieurs centaines de kilomètres de l’autre côté d’une immense vallée au sommet d’une montagne calcaire. Quelle puissance à pu les y transporter ainsi isolément, sans arrondir leurs angles, sans briser la plus délicate de leurs saillies? Des blocs erratiques détachés, à n’en pas douter, des flancs du mont Blanc, dont ils ont les mêmes caractères, se rencontrent jusque sur les bords de la Saône, déposés délicatement comme par la main d’un géant qui les aurait emportés par-dessus le Jura. Ces géants ne sont autres que de puissants glaciers qui, à une époque reculée à laquelle les géologues ont donné le nom de période glaciaire, ensevelissaient presque entièrement les Alpes et s’étendaient en France jusqu'au fond des départements de l’Aiïn et de la Haute-Saône, où l’on retrouve leurs traces. Les glaciers actuels ne sont que des ruisseaux auprès de ceux-là.
D'après les expériences d’Agassiz, de Forbes, de
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Tyndall et d’autres savants, un glacier progresse en moyenne de 50 centimètres par jour, sa marche annuelle serait donc de 180 mètres, ce qui, pour une masse solide aussi considérable, est vraiment singulier. À côté des preuves mathématiques de cette. progression, 1l en est d’autres qui ne sont pas moins certaines. C’est ainsi qu'en 1788, pendant un séjour que fit de Saussure sur le col du Géant situé à
3360 mètres au-dessus du niveau de la mer,unde
ses guides laissa une échelle dontle poids etle volume rendaient sa marche dangereuse. En 1832, c’est-à-dire quarante-quatre ans après, un explorateur des Alpes, Forbes, trouva les débris de cette échelle près des cascades inférieures de la mer de glace, distantes de plus de 4 000 mètres du premier point. Les catastrophes, dont les Alpes sont trop souvent le théâtre, fournissent de nombreux documents sur la marche des glaciers. Pour n’en citer qu'un seul, qui eut un triste retentissement à cette époque, le 18 août 1820, plusieurs Anglais partirent de Chamounix pour faire l’ascension du mont Blanc, accompagnés d’une dizaine de guides, Le temps était mauvais et le vent violent; mais, malgré l’opinion des guides, les voyageurs insistèrent pour continuer l’entreprise. On se remit en marche, et tout alla bien jusqu’à un étroit sentier assez raide, couvert d’une neige glissante, qui longe l'escarpement à pic. A peine étaient-ils engagés dans cette voie dangereuse, qu'un craquement épouvantable se faisait entendre, une avalanche se détachait
L'HIVER. #13 du flanc de la montagne, tombait sur le chemin et, roulant de là dans l’abime, y entrainait cinq hommes. Deux d’entre eux, arrêtés miraculeusement par une roche au bord de l’escarpement, purent se dégager; mais les trois autres disparurent au fond du gouffre où la neige, tombant en cascade, les ensevelit vivants. Toute tentative de secours étant inutile, les survivants redescendirent à Chamounix, la mort dans l’âme. Juste quarante ans après, on retrouva, encore engagés dans la glace, au pied du glacier des Bossons, c'est-à-dire à une distance d'environ 3500 mètres, quelques ossements, un chapeau de feutre, une lanterne brisée et quelques autres objets que l’on reconnut comme ayant appartenu aux guides victimes de cette catastrophe.
La neige et le névé tombent incessamment sur les sommets des. hautes montagnes. Sur des pentes presque verticales, on doit comprendre de quel poids ces neiges supérieures viennent peser sur les parties inférieures. Peu à peu, de proche en proche, cette pression agglomère la neige-qui se comprime, durcit, et finit par se convertir en glace. Pressé par le fardeau des parties supérieures, le glacier marche toujours en avant. Ce mouvement développe un peu de chaleur aux points de frottement entre la glace et le sol sur lequel il se meut; une petite quantité d’eau est produite, qui favorise considérablement la descente en diminuant les frottements. Le fleuve solide continue ainsi lentement à descendre; la masse se
moulant toujours sur la vallée qui lui sert de lit. Lorsqu'elle arrive à une partie étroite, elle force le passage, si elle ne peut l’élargir. En face d’un obstacle, elle se redresse et passe par-dessus. Dans quelques cas, cet obstacle emporté d'assaut est condamné . à suivre le courant qui l’entraîne, pour ne le déposer qu'à plusieurs kilomètres plus loin. Enfin, lent ou rapide, le courant de la glace ne s'arrête jamais.
Mais si un glacier avançait toujours sans que son extrémité inférieure disparût, il aurait bientôt envahi les contrées environnantes ; aussi, lorsqu'il a atteint les vallées inférieures où se font sentir avec plus ou moins de force les chaleurs de l'été, il entre en fusion, se résout en cataractes, forme des torrents, des rivières et des fleuves. Le Rhin et le Rhône, pour ne parler que des plus grands, sortent tous deux des glaciers de la chaîne du mont Blanc, qui donne naissance à plus de quarante cours d’eau.
Les glaciers sont les réservoirs inépuisables où s'alimentent les rivières et les fleuves les plus importants. Leur mission est de condenser une partie des vapeurs que l’air dissout et emporte de la surface des mers. C’est avec ces vapeurs qu'ils entretiennent les cours d’eau qui arrosent et fertilisent nos campagnes avant de retourner à l'Océan par mille détours. C'est donc une sorte de circulus chargé d'entretenir incessamment l'équilibre entre l’évaporation et le niveau.
La neige rouge. — La faune des neiges. — La marmotte. Le chamoïs. — Le aypaëte. — Les fleurs de l'hiver.
Pour indiquer qu'un corps est d’une blancheur éblouissante, on dit qu'il est b/anc comme neige. Cette expression n'est pas toujours vraie, car la neige est quelquefois rouge. De nombreux observateurs ont recueilli et étudié la neige rouge sur les montagnes. De Saussure dans les Alpes, Ramon sur les Pyrénées, le capitaine Ross, Scoresby, Franklin dans les régions polaires, l'y ont observée. Le célèbre botaniste De Candolle a pu analyser celle que lui ont envoyée les courageux solitaires du Saint-Bernard, et il a reconnu que cette neige rouge doit sa couleur à une infinité de petits globules sphériques, dont le diamètre varie entre un et deux centièmes de millimètre. Ces globules ne sont autres, suivant lui, que des algues microscopiques auxquelles on à donné le nom de Protococcus nivals. Quelques naturalistes, cependant, en font un aninralcule et prétendent qu’il est doué de mouvement; vous comprendrez, d’ailleurs, qu'il est difficile de déterminer la nature d’un aussi petit être. Quoi qu’il en soit, ces globules s’accumulent sur la neige en telle quantité qu'elle en parait rouge; mais, en réalité, la neige par elle-même est toujours blanche.
. Pendantlongtemps on a cru que la région des neiges perpétuelles ne pouvait être habitée par aucun être
vivant; que là où végétaient seulement quelques 73 ; lichens et de rares mousses, aucun animal ne pouvait vivre. Mais l'exploration scientifique de ces régions a prouvé le contraire.
A près de 4000 mètres, au sommet des Alpes, vit, au milieu des neiges, une petite souris d’un gris jaunâtre, à queue blanche; c’est le campagnol des neiges. De quoi peut vivre ce petit rongeur ? :
Vous avez probablement vu — bien que ce spectacle devienne de jour en jour plus rare— de petits Savoyards portant dans une boîte ou dans leur veste une marmotte qu'ils faisaient danser. Ge singulier animal est encore un habitant des neiges. Grand comme un lapin, il a la queue courte et touffue, les oreilies tronquées, le museau court et arrondi, le corps trapu et garni de longs poils d’un gris jauuätre. Par la forme du corps il tient à la fois de l’ours et du rat; aussi les naturalistes ont-ils créé tout exprès pour lui le genre Arctomys, nom grec qui signifie owrs-rat. La marmotte est omnivore, comme l’homme et l'ours, avec lequel elle partage ses aptitudes pour la danse et les jeux. Les marmottes habitent pendant l'été les sommets neigeux des Alpes ; mais, à l'automne, elles descendent un peu plus bas, pour se creuser des ter-
riers où elles passent l'hiver, complètement engour-
dies. C’est à ce moment que les chasseurs en font facilement leur proie ; ils n’ont qu’à creuser leur terrier, au fond duquel les pauvres marmottes sont réunies
jusqu'à dix ou douze, roulées en boule et enterrées
dans une litière de foin. Leur sommeil est si profond,
que le chasseur les met dans son sac et les emporte
chez lui, sans qu'elles se réveillent. On mange la chair des jeunes, qui est assez bonne, quoique parfumée d’une odeur musquée qui n’est pas du goût de tout le monde, et sa peau sert de fourrure commune.
C’est d'ans la dernière quinzaine de septembre que
La marmotte.
les marmottes entreprennent leur travail d'hivernage. Réunies en sociétés, elles commencent par faire un large approvisionnement de foin et de mousse, qu’elles font sécher en les exposant au soleil; puis elles creusent leur terrier, composé de deux longues galeries qui se rejoignent et aboutissent à une galerie principale, de manière à représenter assez exactement un Y cou-
ché (—<).
Ce réduit souterrain, construit avec beaucoup de
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soin, est alors chaudement tapissé avec le foin et la mousse qu'elles ont recueillis, et elles s'y retirent en en fermant solidement l'ouverture.
On à remarqué que les marmottes que l’on déterrait pendant l'hiver avaient, la plupart, le poil usé sur le dos, et voici la singulière cause à laquelle on a attribué cette usure. Lorsqu'elles travaillent en commun à la récolte du foin, dit-on, les unes coupent l'herbe, d'autres la ramassent, et, tour à tour, elles servent de voiture pour la transporter au gite. L'une d'elles se couche donc sur le dos, se laisse charger de foin, en étendant ses pattes en haut pour servir de ridelles, puis se laisse traîner par les autres, qui la tirent par la queue. L'histoire est amusante; mais n'est-l pas plus naturel d'admettre qu'habitant sous la terre et s’occupant sans cesse à la creuser, cela seul suffit pour leur peler le dos ?
J'ai possédé vivante‘une marmotte que j'avais rapportée du Valais, et je l'ai conservée plus d’une année, j'ai donc pu observer en partie ses mœurs privées. Bien qu'elle mangeët de tout, elle préférait une alimentation végétale à toute autre; avec ses grandes incisives de couleur orange, elle rongeait l’écorce des arbustes et même les meubles ; mais elle s’accommodait parfaitement de la viande, du pain, des fruits, des légumes et même des insectes ; elle buvait de l’eau et surtout du lait, dont elle était très friande; elle en buvait autant qu’on voulait lui en donner, levant la tte à chaque gorgte, comme une poule, et en faisant
entendre un petit murmure de satisfaction, comme si elle récitait son Benedicite. C'est peut-être de là que vient l'expression bien connue de marmotter des prières. Elle était très apprivoisée, prenait des friandises dans ma main, se levait sur ses pattes de derrière et dansait, lorsque je lui en donnais l’ordre, recherchait les caresses et se montrait très douce, faisant entendre alors son petit murmure ; mais, quand elle étaiteffrayée ou en colère, elle poussait un sifflement perçant et aigu qui blessait le tympan. C'était surtout le cas lorsqu'elle se trouvait en présence d'un chien. Soit jalousie, soit antipathie naturelle, elle montrait pour cet animal la plus grande aversion ; dès qu'elle en voyait un, elle s'élançait sur lui et le mordait avec rage. Cette haine aveugle contre les chiens fut la cause de sa mort; car, un jour où elle était dans le jardin, un gros bouledogue y pénétra à la suite de son maître, le boucher; la marmotte ne l’eut pas plus tôt aperçu qu'elle se rua sur lui et lui fit sentir cruellement ses grandes incisives tranchantes ; mais le bouledogue, qui, comme tous ses pareils sans doute, n’était pas endurant, saisit ma pauvre marmotte par le cou et l’étrangla sans miséricorde.
Dans ses montagnes, la marmotte s'enferme dans son terrrier vers la fin de septembre ou au commencement d'octobre, et n’en sort guère que vers les premiers jours d'avril; mais lorsqu'on la tient dans une chambre suffisamment chauffée, elle ne s'engourdit pas et conserve même toute sa vivacité. Cette singu-