‹ Les loisirs d'un campagnardChapitre 8 sur 51 · MAT · texte numérisé non relu

MAT

Floréal, le mois des fleurs. — Anciens usages au mois de mai.

Voici le mois des fleurs, si justement nommé floréal par le poète Fabre d'Églantine. En effet, dans ce mois, le plus beau de la saison — quand il est beau — la nature semble déployer toutes ses forces, tout son luxe. Les fleurs abondent de tous côtés et se donnent rendez-vous dans nos parterres, comme les jeunes filles dans un salon, pour disputer entre elles le prix de la grâce, de la fraîcheur et de la beauté. Les prairies, émaiikées de mille couleurs, répandent un suave parfum, qui donne un nouveau charme à la fraicheur de l’atmosphère. Les fleurs se succèdent si vite qu'elles ne laissent pas le temps de les compter. Qu'il est gracieux le sourire de la terre, et quel magique décorateur, quel merveilleux coloriste que le soleil ! C’est lui qui donne aux plantes leurs teintes brillantes et leurs parfums.

Mai, cinquième mois de notre calendrier, tire son nom de la déesse Maïa, l’une des Pléiades, mère de Mercure, et qui présidait aux biens de la terre. Tous les peuples ont célébré par des fêtes ce mois qui ramène partout la gaieté et la vie. Chez les Romains, le

mois de mai tout entier était consacré à Apollon. Les marchands fêtaient leur dieu Mercure, fils de Maïa, le 15 de ce mois. De nos jours, en Espagne, le premier jour de mai, on pare une jeune fille d’une robe blanche, on la couronne de feuillage et de fleurs, puis on l'assied sur un trône, et ses jeunes compagnes autour d'elle quêtent pour Maïa. De même en Provence, on célèbre le 41€ mai la fête de la Maye, en promenant une jeune fille parée de fleurs. Les matelots païens invoquaient aussi Maïa ; aujourd'hui la bonne déesse est détrônée par Notre-Dame de Bon-Secours.

Un usage fort répandu autrefois, et qui s'est conservé dans quelques parties de la France, est la plantation du mai. C'était un arbre ou simplement un rameau qui se plantait, le premier jour de mai, devant la maison des personnes que l’on voulait honorer. Les habitants des campagnes rendaient ainsi hommage à leurs baïilis et àleurs seigneurs. Encore aujourd'hui, dans certaines localités, les jeunes villageois plantent des mais, qu'ils ornent de fleurs et de rubans, à la porte de leurs fiancées. Jadis, les clercs de la Basoche dressaient tous les ans, à Paris, un mai dans la grande cour du Palais.

En mai, la température augmente de 4 à 5 degrés en moyenne sur celle d'avril. Alors la terre, imbibée d’eau et sollicitée par une douce chaleur, abandonne presque sans réserve ses plus riches trésors. Quelle vie et quel mouvement dans ces heureuses journées où l'hiver paraît avoir abandonné sans retour nos bois

et nos campagnes fleuries ! La sève, puisée dans le sol humecté, monte dans des milliers de canaux invisibles à nos veux ; elle s'insinue dans les plus minces rameaux ; les bourgeons s'ouvrent, les arbres les plus attardés montrent leurs feuilles ; le chène laisse flotier ses chatons fleuris, le bouleau ses épis suspendus, l’érable balance ses grappes allongées, et le hêtre, à la cime majestueuse, laisse deviner, sous un feuillage translucide et plein de fraicheur, le berceau de ses fruits et le coloris modeste de ses fleurs.

Les prairies et les bois offrent les fleurs singulières et les gracieux épis des orchidées; ailleurs s'épanouissent les corolles panachées de la mélisse des bois et les larges cornets blancs de l’arum: la lisière des forèts se pare de fusains, de nerpruns et de viornes aux* couronnes de neige et aux feuilles lobées. Les pêchers et les amandiers ont perdu leur parure éphémère; mais l’aubépine, aux mille corolles, agite doucement ses guirlandes fleuries et embaume l'air; les pommiers semblent d'énormes bouquets de mariées; les genêts aux fleurs d’or égayent tous les coteaux, et le narcisse des poètes parfume les prairies, mélangé aux panicules des brizes et des paturins. Les renoncules et les roseaux entrelacent leurs tiges au bord du ruisseau, qui s'enfuit en murmurant à travers la vallée’et vient s'endormir à l’ombre mélancolique des saules.

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