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Le combat pour l'existence.— Les amis et les ennemis de l'homme. Les insectes et les oiseaux.
A mesure que la terre s'enrichit, se parfume et se pare, voyez aussi comme elle s’anime et se peuple. Tous les animaux ont revêtu leurs habits de fête pour célébrer le retour du printemps ; tous le chantent à leur manière. La fauvette fait entendre sa douce symphonie, l’hirondelle du haut des airs répond de sa voix fine à la voix brève du traquet; le rouge-gorge dans le buisson répète ses vives roulades, et l’alouette, dans les guérets, ses trilles retentissants. Avec quelle ardeur chacun prépare sa demeure, son gîte ou son nid, et vient se régaler à la table abondamment pourvue, où la nature fournit à chacun son plat favori — car si elie est dure et hostile à l’homme, toujours en rébellion contre elle, elle est, au contraire, pleine de sollicitude pour ceux qui se soumettent à ses lois. Le ver et le lapin se régalent des racines ; la chenille ronge le feuillage, le scarabée et sa larve perforent le bois; le papillon et l'abeille viennent butiner le miel dans la coupe embaumée des fleurs ; les oiseaux se partagent les graines et les baies succulentes ; l’écureuil ronge les noix et les faines, et la gentille souris vient saisir les miettes qu'il laisse échapper. |
Et ne faut-il pas, en effet, que tout le monde vive, et pour cela chacun n'est-il pas obligé de chercher sa
nourriture suivant ses instincts? C’est là une loi inéluctable que résume le fameux {0 be or not to be de Shakspeare : être ou n'être pas ; c'est-à-dire, manger ou être mangé. L'homme n’y contredit pas; mais à la condition que ce ne soit pas à ses dépens. Au lapin, au loir, au mulot, aux oiseaux et aux insectes déprédateurs, il dit : « Faites chère lie, vivez en joie, créatures d’ici-bas ; mais que ce soit sans me nuire. Si vous voulez que nous vivions en paix, ne venez pas manger ce que, par mon travail, j'ai préparé pour ma nourriture ou mon agrément. La terre est assez grande, allez-vous-en ailleurs ; autrement je vous tuerai, je vous en avertis. » Et il le fait comme il le dit; même un peu trop et sans discernement, car il n'épargne guère plus ses amis que ses ennemis; il tue tout aveuglément. Ce n’est pas méchanceté pure, parti pris de faire le mal ; non, c’est, le plus souvent, parce qu'il ne sait pas, par pure ignorance.
C’est ainsi que nos paysans se plaisent à crucifier des chouettes et des chauves-souris sur la porte de leurs granges —c’est pour l'exemple, disent-ils. Triste exemple, à ne pas suivre. Tandis que ces cadavres innocents se putréfient au profit des mouches charbonneuses, les souris et les mulots mangent le grain de lingénieux paysan, et les moucherons lui piquent les mains et la figure. Hé, bonhomme ! tu n’as que ce que tu mérites ! En immolant tes alliés, tu t'es livré, corps et bien, à tes ennemis. Si ces chauves-souris étaient vivantes, elles happeraient les moucherons