‹ Les Lolos. Histoire. Religion. Mœurs. Langue. ÉcritureChapitre 14 sur 32 · DE LA LITTÉRATURE ET BE LA POÉSIE CHEZ LES LOLOS · texte numérisé non relu

DE LA LITTÉRATURE ET BE LA POÉSIE CHEZ LES LOLOS

La littérature lolo a bien aussi, comme la chinoise, ses phrases toutes coulées, ses répétitions fastidieuses; mais son charme est moins dans le rythme ou la cadence des mots, qui est toujours la même, que dans la fraîcheur de l'idée et du sentiment.

Cette littérature qst toute faite d'images et de comparaisons, images prises uniquement dans la nature, dans ce que l'on voit ou sent ou touche ou mange.

Ces comparaisons viennent subitement; et si l'esprit n'est pas fait au procédé, on perd vite le fil du discours pour courir à travers champs. Les répétitions sont très fréquentes; et lorsque le discours ramène la même idée, l'écrivain se servira des mêmes phrases.

Le sens doit ordinairement finir au cinquième mot; ainsi dans la tradition sur la Désobéissance : Oni Kedze ne ti — Gni ga guè né gni — Teude fè né se — Teudafou né ti, etc.

Cette règle n'est pas d'une rigueur absolue en prose. En vers, au contraire, elle est nécessaire, et c'est, . avec une nuance de rime ou assonance, ce qui distingue la prose de la poésie qui ne connaît que les vers de cinq ou de trois syllabes. Voici deux couplets d'une complainte dont je donnerai plus loin la tracuction.

La Complainte de la Jeune Mariée.

Ema, neu cha la, Se gni ta tche ra; Éma, tcho kou ja, Ema, ga leu leu.

Éma, neu cha la.

Se che, ke ma che; Ke che, chla gni mè ; Ema, neu cha la.

Tous les mots n'ont pas -un sens; plusieurs sont là pour Teuphonie ou pour permettre à la phrase de finir au cinquième mot. La simplicité, la rusticité, la bonhomie et une douce mélancolie sont les qualités principales de la poésie lolo.

Je vais en citer deux exemples ; d'abord Tépithalame de la mariée que l'on chante aux noces ; ensuite une de ces nombreuses complaintes qui sont chaque jour sur les lèvres des femmes.

Epithalame.

En montant au pays d'Adjo (1), En montant jusqu'au haut, Sans le savoir on arrive Chez la famille du fiancé.

Là est le père du fiancé.

Trois fois il adore l'Esprit; Trois fois il se prosterne devant l'Esprit. Il n'y a de miel que là où il y a des fleurs; Le fils peu à peu grandit; Le fils est le fiancé.

Un bœuf est grand à un an ; Le fils accomplit quinze ans, , Il est bien temps de le marier.

Au pays d'Adjo Coûte que coûte il doit rester.

Là est la famille de la fiancée; Sans fleurs il n'y a pas de miel; Après dix ans, point de filles.

Trois fois ils sacrifient à l'Esprit, Trois fois ils adorent l'Esprit; L'Esprit leur est favorable.

La mère la porte pendant neuf mois ; L'enfant vient au monde Et voit le visage de sa mère.

Le cœur de la mère trois fois heureux, Trois fois il est heureux.

La fille accomplit trois >jours, Il faut lui donner un nom.

Le père de la jeune fille Remplit quatre-vingt-dix-neuf dames-jeannes; Il invite cent vingt convives.

La mère de la jeune fille Choisit quatre-vingt-dix-neuf fleurs blanches ; Elle invite cent vingt convives.

Il faut lui donner un nom;

(1) Adjoloma, ou plaine basse, c'est Kiou-tsîn-fou.

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