LITTÉRATURE ET POÉSIE
Elle s'appellera Chema (belle dorée).
Son nom lui est donné.
La jeune fille grandit,
La jeune fille a trois mois,
Elle commence à sourire :
Le cœur de la mère trois fois content,
La jeune fille a sept mois;
A sept mois elle sait s'asseoir;
A huit mois elle marche en rampant;
Le cœur du père trois fois content.
La jeune fille a neuf mois,
Elle commence à bégayer:
Le cœur de la mère quatre fois content.
La jeune fille a trois ans,
Elle va et vient comme Tabeille
Et peut faire le tour de la maison;
Elle apprend à décortiquer le chanvre :
Le cœur de la mère cinq fois content.
La jeune fille a cinq ans;
Elle file le chanvre, bruit d'abeille;
Elle commence à aider sa mère :
Le cœur de la mère six fois content.
La jeune fille a sept ans,
A sept ans elle corde le chanvre;
Le cœur de la mère sept fois content.
La jeune fille a neuf ans;
Elle apprend les travaux d'aiguille :
Le cœur de la mère huit fois content.
La jeune fille a douze ans;
Elle peut apporter Teau,
Aider sa mère à cuire le riz.
Le père et la mère de la jeune fille
Jusqu'à quinze ans la nourrissent.
Ils n'ont que cette unique fille ;
Sa réputation est sortie de la maison :
On dit qu'elle est belle comme l'or
Et que son nom est Chema.
Au loin on dit qu'elle est belle;
Le pays d'Adjo le sait.
Le pays de Jeka Ta entendu.
Le pays de Neka l'a entendu.
Le fiancé l'a entendu.
Il presse Tentremetteur,
Il l'invite par trois fois ;
Il arrive au pays d'Adjo;
Il arrive à la porte,
Il entre dedans.
La jeune fille l'entend s'asseoir ;
Le père et la mère arrivent :
«Vous avez une belle fille;
Là-bas est un jeune homme riche....
Qu'ils deviennent époux !
Je puis vous aider,
Je suis l'entremetteur;
Le fils demeure en Adjo :
Des bœufs, des chevaux plein la montagne;
Des moutons nombreux comme des pierres, etc.»
Enfin on se marie. Ce que je viens de citer suffit pour donner une idée du style poétique. Les chants descriptifs de longue haleine ne se déploient qu'en certaines circonstances, telles que le mariage ou la mort ; et de plus, ils ne sont appris que par une certaine classe.
La chanson, au contraire, ou plutôt la complainte est de tous les jours. On chante tout; on improvise sur tout: les peines intimes, les habits déchirés, une entorse, le beau temps, la fatigue, etc.
La jeune fille surtout est habile à exprimer ses sentiments.
Comme la chanson en France, la complainte indigène a sa vogue et quelques-unes même passent à la postérité.
Voici la traduction de la Complainte de la Mariée, qui du reste ne manque pas de variantes.
Complainte de la Mariée.
Mère ! ta fille est triste, Depuis trois jours tu es partie ; Mère, reviens, reviens, Mère, je pense à toi.
Mère, ta fille est triste;
L'arbre meurt, la racine vit.
La racine meurt, la feuille se dessèche ;
Mère, ta fille est triste.
Le vent agite la feuille, Mère, ta fille est triste; La feuille vit encore, Ta fille n'a plus de vie.