‹ Les Lolos. Histoire. Religion. Mœurs. Langue. ÉcritureChapitre 28 sur 32 · ORIGINE PROBABLE DU MOT «LOLO · texte numérisé non relu

ORIGINE PROBABLE DU MOT «LOLO

Jusqu'à ces derniers temps, et. malgré toutes mes recherches, je n'avais pu comme je Tai dit, découvrir le sens du mot Lolo.

Ni la langue chinoise, qui écrit ce mot avec un caractère phonétique, ni la langue indigène, qui Tignore, n'avaient pu me mettre sur la trace d'une explication.

Cette explication, je l'ai enfin trouvée dans une lettre de mon Confrère M. Martin.

J'ai dit que chez ce peuple, il existe une tribu patricienne, une classe élevée d'où sortent tous les chefs et presque tous les propriétaires.

Les Chinois les appellent des Hee-y, c'est-à-dire tribu noire.

Dans le nord, où habite mon Confrère, cette tribu s'appelle elle-même No; dans le sud, au Yun-nan, elle se nomme iVa (1).

Lorsque les Chinois, en s'avançant graduellement du nord au sud, rencontrèrent cette race nouvelle, qui alors occupait le Se-tchoan et le Yun-nan, ils n'ont pu prendre contact avec elle que par l'intermédiaire des Chefs.

Ce contact s'étant tout d'abord produit dans le nord, c'est là que les Chinois ont dû apprendre le nom de ceux contre qui ils luttaient.

Comme les Chinois n'avaient à leur disposition que les sons de leur propre langue, ils ont écrit le mot No d'une manière approchante et l'ont doublé par eupl;ionie.

(1) Dans dVutres dialectes, elle est appelée çopou, nesejxt, gnisoupo. Le mot pou, po ou pa est une finale masculine opposée à moUy mo ou ma, finale féminine. Il B*ajoute quand on doit déterminer le genre; v, g. gnipa, gnima, un homme, une femme gni. Quand le genre n'est pas précisé on retranche le mot pa ou ma; v. g. ga gni gè, j'appartiens k la tribu gnû

C'est ainsi que les Chinois ont inventé le mot Lolo (1).

Spécial à une tribu, ce mot est devenu l'appellatif de tout un peuple.

Dans son acception primitive, le mot Lolo est donc fort honorable. Il n'est devenu un terme de mépris qu'en passant par une bouche chinoise, dans laquelle, Comme on sait, le mot européen même est une injure.

Plus tard, les Chinois se firent une opinion moins confuse des Lolos, et ils s'efforcèrent de désigner chaque tribu par un nom spécial.

Nous eûmes les Kan^y, les Sami, les Atcho^ les T'a teoii lao, les Poula, les Métchaj les Ogni, les Lou-oUj les Atchang, les Lissou, etc.

Je crois que beaucoup de ces noms sont indigènes et travestis à la chinoise; les Kan-y, Sami, Atcho, sont les Ko, Sami, Ashi.

Que ce travestissement n'étonne pas; un grand nombre de villages dont les noms sont censés chinois, ne portent, à vrai dire, que des noms lolos.

En voici quelques-uns pris autour de moi.

Nom lolo.

Villages.

Nom chinois. Nom lolo.

Nom chinois.

Lou mou je. Lou mei y. Se kè je So ko y.

Aje hle. Ay lin. Reneu. Hee gni(tsen).

Hè je. Hee y. Noure. Lou hee.

Védlare. Oui tcha-hee. Tche de pou. Choui ta pou.

Vétsé. Oui tsee. Anou hlé. Anou chan.

Lamoucho. Laomouchao. A y lou. A y long.

Vépaje. Oui po y. Gni re. Gni hee.

Nou je. Lou y. Fé y. Fa y (chao).

Dzechou. Tsechou. Doudza. Toutsa.

Jevi. Y oui (chao).

Mais, me dira-t-on, qui vous dit que ce ne sont pas les mots lolos qui viennent du chinois?

D'abord les Lolos ne transcrivent pas, ils prennent le mot tel quel, sauf à le prononcer plus ou moins bien. Ensuite tous ces noms ont un sens en lolo et n'en ont pas en chinois. >

Une dernière et importante remarque qui lèvera tout doute. Dans tous ces noms Tadjectif est placé après le substantif, selon la règle de la syntaxe lolotle. Les Chinois, en transcrivant, ont

(1) Les sons de la langue chinoise sont loin d'être uniformes et, pouy ne parler que du cas en question, presque tous. les mots chin.oi& dont \& jusmier a»n ee^ mr t peuvent aussi se prononcer en n. Ainsi on dit lan ou nan «sud», na ou la «prendre», len ou nen «pouvoir». Le mot Lolo doit pouvoir aussi se prononcer Nono en certaines régions. £n tout cas les Chinois n'avaient q.ue ce mot pour rendre le No indigène.

APPENDICE

conservé cet ordre, malgré leur syntaxe qui exige que Tadjectif précède le substantif, du moins en général.

Que de noms de villages en Chine, n'ont pas d'autre origine (1)!

Pour en revenir à l'origine du mot LoZo, il est remarquable que dans une Histoire de l'Annam, l'auteur Petrus Truong-vin Ki • (vol, 2. p. 40) écrit qu'en 1508 les Ilac-la-la (Heelolo), tribu sauvage du Yun-nan, passèrent la frontière et envahirent l'Annam.

Dans le Yun-nan les Heelolo se nomment Na comme au nord ils s'appellent Nm*

Lala doit venir de Na, comme Lolo vient de No,

Telle est, selon moi, l'origine très probable, du mot Lolo,

En traitant de la littérature, j'ai cité quelques couplets de la Complainte de la jeune mariée. Je m'en voudrais de laisser le lecteur sous l'impression de sa tristesse.

Pour compléter le tableau, je termine cet appendice par la traduction des «Premiers soucis de la jeune Mère», traduction très exacte mais non pas littérale^

Texte.

Ema neu nia la!

Se 'è a ge dé, Akè k*a bou dé; Rebè boutou go, Rela boutou k'eu, Chep*a boutou ki, Hlo p*è hla né go, Gni-y, gnichou po!

Traduction.

Le cher. petiot est tendrelet, .

Comment aller voir^ nos amis?

Jeune maman, au cœur inquiet, Sur son dos le couche endormi. Pour le porter, elle demande Une enveloppe en feutre doux, Un voile azur pour le couvrir.

Pour le serrer des cordons jaunes, Pantalon noir et robe bleue.

Des rubans verts, des rubans rouges.

Pour égayer notre poupon.

Lou-mei-y, 5 Septembre 1897.

Paul Vial, M. A.

(1) Plusieui-s mots de la langue chinoise ont une origine évidemment lolotte. Nou, arbalète, ce mot si singulier, si anti-chinois, unique comme son, vient du lolo fiow,

arbalète, d'autant que cette arme elle-même n'est pjis d'origine chinoise. Tou, empoisonner, et son dérivé toula, nom d'une plante dont le vrai nom chinois est

peckai^ antidote de quelques poisons végétaux. Or en lolo, tounatse (de tou i)oison,

na guérir) signifie « médecine contre l'empoisonnement », Po, mont, employé comme synonyme de chaiiy dans les anciens pays lolos, n'est-ce pas

le même que peu de cette langue?

La langue chinoise du Yun-nan a tellement subi l'influence de la langue lolotte qu'elle a perdu les sons u et a, remplacés par les sons y et h.

Ainsi, au lieu de hia iu, il pleut, la iu, pêcher, *M«tt, fi-anges, i/ ku koa, un mot, on dit hia yi^ la ?/t, hihi, y ki koa.

La langue lolotte ne possède pas le son u, et le son s est très rare si même il existe.

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