QUELQUES MOTS SUR LES M AN-TSE (@ J
Les quelques données historiques que je viens de grouper ici ne pourront être complétées et corrigées que lorsqu'on aura pu rassembler un certain nombre de traditions des tribus lolottes et compulser sans parti pris les écrits si vagues, si vains et si partiaux des nations environnantes.
Les Man-tse, ce peuple librç et indépendant enclavé dans l'Empire chinois, est encore inconnu de tout le monde et ignoré de la plupart des géographes. M. Martin, Missionnaire Apostolique du Se-tch'oan méridional et mon cher confrère, s'est dévoué pour leur porter la bonne nouvelle.
Les renseignements qu'il me donne prouvent évidemment que son peuple est mon peuple, et que Man-tse et Lolos ne sont qu'une seule et même race.
he vrai pays ou royaume des Man-tse indépendants est séparé des Chinois par une ceinture de tribus que gouvernent des chefs soumis au roi des Man-tse.
«Les Lolos ou Man-tse, m'écrit mon confrère, se disent venus de l'Occident. Les dialectes varient selon les distances. Les Lolos se nomment Noseu, NosOj ou No (2). La race noble
(i) Il s'en faut que tous les Lolos soient soumis à des seigneurs. Ceux qui ne le sont pas sont dirigés par les chefs de villages et paient l'impôt au mandarin chinois.
(2) Mon confrère me permettra bien de dire qu'il me donne ici des noms de tribus jîour des noms de races. No doit répondre aux Na de chez moi, et les Noseu ou Noso aux Nase d'ici. Les Na sont les Hee-y et les Nase les Eul-y-tse.
qui a beaucoup de rapports avec la tribu que vous appelez iVaso, au point de vue du régime féodal, de la fécondité moins grande et des nombreux serfs, se nomme aussi JVo.»
Mon confrère m'envoie «une singulière tradition ou genèse lolotte que l'on récite par manière de proverbe, ce qui indique une réminiscence de la langue ancienne concise et écrite par phrases en nombre de mots impaire, comme on les trouve dans leurs livres.»
La voici, dans son texte, avec la traduction de mon confrère:
Miede monde apou ouosa die
moho kie dzu kio
di/mi je dze kio
00 tso kou dzoUf tso kou ha
raa tso no dzou
tm no ha
rapou tso gni dzou
f.^o gui loukouta dzoula^o
tso uni zœ so yo
o dzu amou gid
Noéeu zalé gie
Hega zagnu gia
Noseu zalele oo Geho gou
raa kioni gou
Elmnia y gou.
Terrain cselum apou ouosa fecii
cselorum stellse emissas fuerunt
terraB herbae creverunt
prinium lioraines albi creverunt, homines albi perierunt
deinde homines nigri creverunt
homines nigri perierunt
postea homines rubri creverunt ^
hominum rubrorum in manus incrementum (1)
hominum rubrorum filii très sunt
Sifan (Thibet) natu major fuit
Lolo (Noseu) secundus lilius fuit
Sinensis natu minor fuit
Lolo, secundus filius, priinum trajecit Geho
deinde Kioni trajecit
postea Ëlmma trajecit.
Geho, Kioni, sont-ce des pays, des montagnes ou des fleuves? on ne sait. Elmma est, me dit mon confrère, ce pays primitif d'où la race est sortie pour se répandre ailleurs; il est situé dans la boucle que fait le Fleuve Bleu au sud du Se-tch'oan.
Ces trois souches (blanche, noire et rouge) dont deux périssent, coïncident singulièrement avec les trois frères du délug^e lola, dont deux périssent également.
Dans la tradition man^tse on a le fait; et 4ans la tradition gni on a l'explication du fait.
Ne serait-il pas possible de trouver une tradition écrite plus primitive et plus pure qui nous indiquerait quelle voie il faut suivre pour arriver à la source d'où est sortie cette race et d'où elle a emporté ces bribes de vérité? Je l'espère, mais c'est un bonheur réservé sans doute à nos successeurs.
(1) L:\ multiplication de l'espèce vint des hommes rouges.