PREFACE. XV
lites comparables à celles que nous venons de citer; tout s'y opposait, et le peu de confiance qu'ils inspiraient et la nature même des opérations auxquelles ils se livraient. Un prêteur sur gages n'a pas besoin de crédit puisqu'il ne fait d'opérations qu'au comptant et qu'il est toujours couvert par la valeur de l'objet qu'il détient et qui représente dix fois la somme avancée. On a soutenu que le Juif pouvait prêter sur parole; nous n'en avons rencontré aucune preuve et le fait nous paraît extrêmement douteux : c'eût été courir trop de risques de la part des deux partis engagés.
Nous ne voudrions pas qu'on vît dans les considérations qui précèdent sur la différence existant entre le Juif et le Lombard un parti pris de défendre et d'exalter l'un aux dépens de l'autre. Ce serait absolument contraire au but que nous nous proposons. On verra, de reste, en parcourant notre travail, que nous ne dissimulons pas la mauvaise opinion des contemporains sur ces manieurs d'argent; mais nous avons voulu prouver que souvent cette opinion ne repose que sur un préjugé; nous avons enfin et surtout désiré établir ce fait trop évident : que l'on connaît très incomplètement et très mal le rôle considérable joué par eux durant deux siècles au moins de notre histoire.
Nous voudrions montrer en même temps, d'ailleurs, que la vérité historique se dégage peu à peu, et que le temps n'est plus où l'on pouvait encore, sans trop de ridicule, avancer des allégations comme celles-ci :
« [Les Juifs] pénétrèrent impunément [en France] en se donnant pour des Italiens, Génois, Vénitiens, Lombards : c'est sous