‹ Les Lombards en France et à ParisChapitre 6 sur 38 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

gues^ et qu'ils voudront bien nous faire part des objections que leur suggérerait notre théorie et nous soumettre les nouveaux types oubliés par nous, qui doivent être encore fort nombreux.

C'est avec une vive reconnaissance que nous tenons à remercier ici les personnes qui ont bien voulu nous aider dans nos recherches en mettant à notre disposition les échantillons de leurs riches collections. Nous citerons en particulier pour les jetons : MM. Rollin et Feuardent, David, Richard et Mazerolîe, ainsi que MM. de la Tour, Blanchet et Maurice Prou, les obligeants érudits du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale, et M. Letellier, le marchand chez lequel nous avons eu l'occasion d'acheter nos premiers spécimens. Nous sommes redevable à la complaisance de M. Maxe-Werly de la collection des poids-monnaie, et ce sont MM. Richard et Mazerolîe qui ont bien voulu nous faire connaître ces plombs si curieux et si intéressants pour la France, et pour Paris en particulier, que nous publions.

Que ces savants collectionneurs veuillent bien accepter l'expression de notre profonde gratitude.

Paris, 189}.

— ^>-.cï;«-<<^

Les Marques des Lombards

Sceau de la commune et du peuple de Gènes.

Sceau rond de 0,0^ S""". (A. N. J 499.) xiu' siècle.

Un griffon marchant à gauche, dans un encadrement eu étoile.

Y Sigillum com[mlunis et populi Janue.

Philippe le Hardi. Réponse des Génois aux envoyés du Roi de France.

Marques des Lombards.

De tout temps, dans tous les pays, on a fait usage de marques pour reconnaître des objets ou des marchandises appartenant à telle ou telle personne, à telle ou telle compagnie.

Il n'y aurait môme rien d'impossible à ce que ces marques aient précédé l'usage général de l'écriture; nous voulons dire qu'il est plus que probable qu'elles ont pu quelquefois être appliquées par des individus ne sachant ni lire, ni écrire, mais capables de les reconnaître et au besoin de les tracer. Mais qu'importe ? Ce serait, à notre avis, perdre son temps que de vouloir retracer l'origine de l'invention de ces marques ^'^

Pour ne nous occuper que de celles que nous étudions, nous dirons que les Statuts de l'Art de la Laine, à Florence, en 1302, ordonnent expressément que chacun mette ses marques sur ses

(i) M. le docteur Hamy, dans un très intéressant Mémoire présenté au Congrès archéologique et historique de Bruxelles 1891, intitulé : Un Naufrage en i^}2, s'exprime ainsi au sujet de marques relevées sur des balles et pains de cire :

« L'usage de marquer les marchandises de prix d'un signe de propriété était, comme on le voit, tout à fait habituel aux marchands de la première moitié du xiv>; siècle. C'est cependant la première fois qu'un tel usage se manifeste dans une série de documents historiques de cette époque; aucun des nombreux ouvrages consacrés à l'histoire du commerce du moyen âge ne fait mention de textes quelconques sur la matière remontant aussi haut, et cela seul justifierait amplement notre petite communication. . .

« Ces diverses marques de commerce de 1332, dont les dessins nous ont été conservés, n'avaient d'ailleurs aucune signification apparente. »

balles et sur ses marchandises et ne se serve pas de celles d'une autre compagnie, sous peine de 3 florins d'or d'amende^').

Bien avant cette date, nous possédons un acte de 11 62, 18 septembre, où il est déjà fait mention des marques, quand Ismaël livre des marchandises à Bombarchet et i\ Simon, à Gènes''\ Nous rencontrons encore en 1163, 22 septembre, la marque "K^ sur des sacs (sporta) d'alun et de poivre. Patria mou. charl. II, col. 889.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que nous ayons trouve sur les reçus des croisés, accusant les sommes empruntées à des prêteurs lombards, les marques de ces derniers, bien que ces feuilles de parchemin ne fussent pas, à proprement parler, des marchandises.

Existait-il alors une loi obligeant les prêteurs sur gages italiens à se servir, eux aussi, de marques?

Il nous faut cependant le constater, les marques inscrites au dos de ces obligations n'ont été mises qu'au xvii'-" siècle, par une même main italienne. Nous n'en demeurons pas moins convaincu, jusqu'à preuve du contraire, que ces marques étaient celles des maisons qui sont mentionnées sur le verso de l'acte ; ce ne sont pour nous que des copies de marques plus anciennes

(1) Le simple raisonnement permet d'alîîrmer qu'il devait exister en France, et en particulier à Paris, des règlements analogues. Les sentences publiées par Depping, à la suite de son édition du Livre des Mctiers, nous montrent clairement qu'on devait faire une marque particulière sur les tonneaux de vin remontant ou descendant la Seine pour montrer que le destinataire faisait ou ne faisait pas partie de la hanse. Le premier corps de métier, celui des Drapiers, dut également se servir de marques spéciales ; il lui était impossible de ne pas connaître celles des Lombards. Les Marcel, depuis le vieux drapier, Pierre, grand-père du prévôt, jusqu'au prévôt lui-même, connaissaient les marques des Flamands, des Gantois en particulier, dont ils vendaient les rayés \ la maison du Roi. Il n'est pas jusqu'aux maisons qui n'eussent des marques qu'on a retrouvées sur les pierres de la plupart de nos vieux monuments.

(2) Patria Motiuiiunta. Charlurtim H, col. 809, 810, 811. Voir : Pièce justificative, page 27.

MAKQ.UKS DES LOMBARDS. )

qu'on découvrira quelque jour, en Italie, quand on les recherchera.

Qiie si l'on s'étonnait de nous voir aussi afiirmatif dans une pareille question, nous pourrions répondre que n'ayant rencontré aucun ouvrage où elle fût traitée, nous avons dû nous contenter de nos recherches personnelles.

Or, si nous prenons au hasard un de ces noms de prêteurs, celui des Lercari, par exemple, appartenant h une famille génoise qui a compté parmi ses membres, non seulement des consuls de Gènes, des hommes d'htat, des guerriers, des ambassadeurs, mais encore un amiral au service de saint Louis : — Ugo Lercarius 1248, — et un banquier du même roi en Terre Sainte : Belmustinus Lercarius — camp devant Césarée, août 125 1, — nous voyons qu'il était dignement soutenu par les représentants de cette illustre maison au xvii'' siècle, et à Gènes, où le doge Jean-Baptiste Lercari (1643) avait un fils, Dominique Lercari, et même à Paris^'\

Il ressort de là, pour nous, que ces marques apposées au dos des obligations des Croisés ont dû être écrites en connaissance de cause, probablement par des descendants des prêteurs ita-

(i) B. N. Pièces origitiaks : Lercari.

Noble homme Bernartlin Massey, gcntilliomme lucquois, demeurant A Paris, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, au nom et comme procureur des sieurs Jehan et Charles Lhercari, citoyen de Gaines, héritier testamentaire de feu François Lercari, fonde de procuration par substitution de .\nthoine Balbany, aussi getuilhomnic lucquois, passeV- par devant Kvb.uili {}) et Hergeon notaires au Chàtelet de Paris, le x\iu d'avril mil vi'^ deulx... pour recevoir la somme de 187 1. 10 s. pour un quartier escheu le dernier jour de mars 1602, A cause de 750 1. de rentes audit Lercari appartenant, et qui, dès le 19 août 1573 lurent constituées sur les 100,000 1. de rentes \ prendre sur le clergé, etc..

16 octobre 1605.

(Signé :) B. Massey — Rybauli (?) — Bergeon.

Sur les Lercari voir le curieux recueil in-folio coté K 87 au département des hiiprimés de la Bibliothèque nationale renfermant : i'> I.c Soleil de la Ligurie dans la maison Lercari ; 2>' Discours du couronnement de J.-B. Lercari; 3" Lloge des Lercari. Gènes 1644, in-folio en italien et en latin.

liens du xir siècle, et que la main qui les a tracées ne les a pas inventées.

Nous allons d'abord donner : i° la liste alphabétique des noms des prêteurs italiens dont nous connaissons la marque ;

2° La liste des noms de ceux dont la marque nous est inconnue;

3° Enfin, par ordre de date, les marques de ces prêteurs de Gênes ou de Pise, avec l'indication du lieu d'origine, quand on le trouve indiqué sur l'acte.

Nous ajouterons en môme temps, dans les notes, les renseignements concernant le Lombard et sa famille probable, quand cela nous a été possible. Nous retrouverons sur les jetons des Lombards des marques analogues.

Nous ferons remarquer, en terminant, que ces noms italiens nous intéressent particulièrement en ce sens qu'ils sont portés par des membres de familles souvent illustres<'\ qui avancent des sommes d'argent considérables à des croisés français, ou qui le deviennent plus tard, par exemple, des chevaliers et écuyers normands, saintongeois, etc., et même parfois belges, navarrais, savoyards et allemands, ces derniers à la solde de Philippe-Auguste.

(i) Les Lercari, les Uso di Marc, les Malocelli, les Squarzatîci, etc.

Listes des Prêteurs italiens

(XII^ ET XIII'^ siècles)

Sceau de Pise (xv^ siècle).

Cf. notre premier voluiiie, page 47.

Légende : Face : f Sigillum sancte Marie civitatis Pisarum.

Revers : f Urbis me dignum Pisane noscite signum.

Listes des Prêteurs italiens.

Liste alphabétique des noms des prêteurs italiens dont les marques nous sont connues.

La lettre G indique le lieu d'origine : Gênes ; P : Pise ; S : Sienne.

Albario-Odoardo de, G.

Ansoldus, G.

Aspirani Jacobo, G.

Auxia Bonifacio^ G.

Barbarus Ansaldus, P.

Becimo Manuele, G.

Belforte Petro, G.

Bioni Salvagius, G.

Bochonus, G.

Boscoro Berton de, G.

Bozo Ughet de, P.

Brezano Lodisio, G.

Buchanigra Guillelmus, G.

Buroni Johanne, G.

Calvo Martine, G.

Capry Jehan, G, Casanova Walerano de, G.

Cattaneo Rafaele, G.

Cavaccia Thobias, G.

Cavali Andréa de, G.

Cayroli Teranus de, G.

Ciconia Marco, G.

Cigala Cosma, G.

Cocerel Gaspar, G.

Consilii Rossus, S.

Constantino.

Conte Andriolo, P.

Coronato Manfredo de, G.

Corsali Luchino, G.

Coxola Antonio de, G.

Devinelli Lazari, G.

Domina, G.

Dominici Marrino, G.

Ermirius Damien, G.

Fatinanti Andréa, G.

Favali Andréa de, G.

Ferrarius Philippo, G.

Ferrarius Michaele, G. Gazolo Agabito de, G.

Geideto Quiliano, P.

Gemino, S.

Goarco QjLiilico, G.

Grillus Andréa, G.

Guillelmo Petro, G.

lO

Guizardo Gaspardi de, G.

Gusulfis Lanfrancho de, G.

Hospinelli Vcneiio, G.

Janbono Filipo, G.

Japelo Ansaldo, P.

Jlîota Jacobo de, P.

Juria Quiliano de, P.

Justus Andriolus, G.

Lercarius Belmustiiuis, G.

Lizoro Lantranco de, G.

Matferio Scipione, G.

Maraboti, G.

Marceio Bonaventura de, S.

Marihono Opecino, G.

Marocelli Benedicto, G.

Mogio Baptista, G.

Nicolaï Barnaba, G.

Nicolaï Anfreono. G.

Pagana A3'merius.

Pancia Odo, G.

Panzani Philippe, G.

Pontedecimo Bertolomeo de, G.

Portafino Bonfiz de, G.

Prédis Salvagius de, G.

Recho Ladoisio de, G.

Recho Peregrinus de, G.

Refignani Simon, G.

Respario Isn. Rivegiio Andréa de, Rosio Jean de^ G.

Saulo Simone de, G.

Savignoni.

Savina, G.

Scarella Bertono, G.

Scarzafico Sismundi, G.

Semino Rafaele de, G.

Sentas, S.

Sepa Adam, G.

Sihaffe Guitardo.

Soldi Aymone, G.

Spinelli Tornabellus, G.

Strata Masiolo de, G.

Stroxoli Petrus, G.

Suzaro Luchino de, G.

Symon Jean, S.

Tarigo Jacobo.

Tavani Petrus, G.

Terdona Ger. de, G.

Testa Salvagius, G.

Usus Maris Conrado, G.

Vignolo Antonio de, G.

Xaba Antonius, G.

LISTES DES l'KIvTEURS ITALIENS.

Liste alphabétique des noms des prêteurs italiens dont les marques ne nous sont pas connues.

Lieux et Dates.

Acre 119 1, Juin.

— Juillet.

— Juin.

Messine 11 90, 8 déc.

Acre 119 1, Juin.

— Août.

Messine 11 90, Décemb.

Damiette 1249 Septemb.

Acre 1191 Juin.

— Août.

— Juin.

Damiette 1249 Août.

Acre 1191 Juin.

Messine 11 90 Février,

— Décemb.

Acre 119 1 Juin.

Noms.

Alpanus Bertonus, G.

Amodei Paulino, G.

Anglerici, S.

Armoyni Franciscus, P.

Axili Opecino.

Babo Ant., P.

Bozolo Anfreono, de G.

Capella Dainanus, G.

Cavaccia Angelo, G.

Chéri Coihus, G.

Contadini Bœnnencontre, S.

Curte J. de, G.

Dondi Bartolomeo, P.

Gaion Ostien, G.

Goarco Benedictus de, G.

Isnardus Jof., G.

LafayaL., P.

Marna Johannino de.

Mogius Anfr., G.

Mussi V., P. Nicolaï Cataneo, G.

Niela Lazarinus de, G.

Nigroni Melchiori de, G^'K Nigro M. de, G.W.

(i) Nigrone, AnsalJus de, 11 58, 11 août; W'illclmus de Nigrone, 1160, 29 décemb. Pat. Mon. chart. II, col. 518, 718.

(2) Lanfrancus de Nigro, 11 58, 16 août; Oto de Nigro, fils de Guillaunie, épouse Marie, fille d'Otone de Staccio, 1162, 27 cet.; GuiJoiuis de Nigro, 1164, II juillet. Pat. mon. chart.., II, col. 522, 882, 956. — Nolascus de Nigro, 1300, 5 cet. Or. lat., t. III, inédit. — Ottolinus, Dabadinus, Thomas de Nigro, nolisateur génois, 12.48. J.\l., Annales maritimes et coloniales.

LIS lOMBAKDS.

12 LKS LOMBARDS A PARIS.

LiECx i;t Datks. Noms.

Acre, 1191 Juin. Odoardus, G.

Messine, 1190 8 Dec. Oliva Mafiolo de.

— — Piincia Peregrinus, G.

Acre, 1191 Juillet. Pereto Agostino de, G.

— Juin. Perinus M., P.

— — Ponzibo Franciscus de, G.

Messine, 11 90 8 déc. Pouzola Cattaneo de. Acre, 1191 Juin. Poxano Cosma, G.

Messine, 11908 déc. Rapalo Rafaele de, GA'\ Acre, 1191 Juin. Refa Rafaele de, G.

— — Rugeo Mich. de, G.

Daniiette, 12 18 Août. Sclapa Jacobus.

Acre, 1191 Juin. Tortus Sam., G.

— — Via S. de, G.

(i) Amalfredus de Rapallo, 1158, 19 juin; Raimiindus de Rapallo, 11 59, 8 janv.; Eribert de Rapallo, 1160, 21 avril, père de Guillaume, Jean et Vivaido; Gisia de Rapallo, fille de Guillaume, 1160, 27 août, épouse de Bonifazio de Carenzone, a une fille, Carenza. Pat. mou. charl., Il, col. 497, 565, 637, 694. — Johannes de Rapallo, 1300, 3 juillet; Jean, père de Bonifiice et de Lanfrancus de Rapallo, 1300, 19 sept. Or. lut., t. III, incd. — Baalardus de Rapalo, nolisateur génois. (Jal., Annales mai it. et colûiiialvs.)

Marques des Lombards

(XII^ ET XIII^ siècles)

Sceau de la ville de Sienne la vieille, xiii'^ siècle. (Manni).

Légende : -j- Vos veteris Senc signum noscatis amené.

Marques des Lombards

DATE

MARQUE

1190. 12 janvier.

Camp devant

Acre.

1191. Mai.

Camp devant

Acre. 1190. Juin.

1191. Mai.

Tyr. 1191. Mai.

Camp devant Acre. 1191.

NOMS

Ansoldus et Bochonus<^'^

Antonio Xaba^^> et Philippo Ferrarius ''

Salvagius Testa, Petrus Stroxoli et C'^^^

Tornabellus Spinelli et 0^

Petr. Tavani et Ger. de Terdona.

LIEU D'ORIGINE

uenes.

Gênes.

Gènes.

Gênes.

Gênes.

(i) Un Dagnanus Bochonus prête serment au roi de France, 1401, 18 dêc, comme un des douze anciens, anliani, de la ville de Gênes. (A. N. J. 500.)

(2) Xaba ou Ceba ou Cebe. — Ansaldus Ceba 1156, 16 août; 1160, 19 août ; 1163, 10 avril; — Patrice Monuni. chart. col. 343, 682, 849. — Mattheus Ceba, noble, 1234. Muratori, t. VI; 1267. Lib. Jitr. — Raynaldus Ceba, noble, 1237. Ibid. — Ansiaudin Ceba, 1256, consul de Gènes à Acre. Orient, lut., t. II, 2c partie, p. 447. — Lanfrancus Ceba, 1271, 7 oct. ; 1279, 14 décemb. Ibid. — Oglerius Xaba, remolarius de Janua, 1300, 9 sept. Orient, lai., t. III, inédit. — Lanfrancino Ceba, 1249, août, Damiette. Chartes des Croisades. — Johannino Ceba, nolisateur génois, 1246. — Jal., J finales maritimes et coloniales.

(3) Ferrarius Odo, il 57, 27 mais. Patrice Mon. clnirt., II, col. 578. — W'uilelmus Ferrarius, nolisateur génois, 1248, Jal,, Annales maritimes et coloniales.

l6 LES LOMBARDS A PARIS,

DATE MARaUE NOMS LIEU

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