CHAPITRE IV
COMPAGNIES DES LOMBARDS
(Societates)
Les Peruzzi (Florence). — Les Bardi (Florence). Gio. Boccace [Portrait d'un Lombard; ses livres de comptes].
Les Frescobaldi (Florence).
Les Angoissoles (Plalsance). — Les Scoti (Plaisance).
Les Gaaigne-biens (Plaisance). — Les Scali.
Les Bourrins. — Guy Cavessole (Plaisance).
Les .Rustigaz (Plaisance). — Les Richarz (Lucques).
Les Amanaz (Pistoïe). — Les Spini (Florence).
Les Clarhz (Pistoïe). — Les Pulci (Florence).
Les Mozzi (Florence), etc., etc.
Compagnies de Lombards à Paris.
Les maisons importantes de Lombards, comme les banques de nos jours, étaient formées en compagnies qui prenaient généralement le nom de leur fondateur.
Il serait trop long d'énumérer toutes celles que nous avons rencontrées ; nous nous bornerons à indiquer les principales, en relevant le montant de la taille qu'elles payaient, à Paris, comme un indice certain de leur importance. Nous réservons celle de Gandoufle d'Arcelles pour le chapitre où nous nous occuperons de ce personnage.
Les deux compagnies qui ont joué le plus grand rôle sont les Peruzzi et les Bardi.
LES LOMBARDS A PARIS
Les Peruzzi (Florence).
Nous trouvons souvent cette mention dans les documents du xni= siècle : « les Perruches » : ce sont évidemment les i'e-
'" Les Peruzzi sont des popolani (bourgeois), et non des nobles. Cette famille fournit dix gonfaloniers et cinquante-quatre prieurs
En 1290, sous le règne d'Edouard I" on ht, dans les Lberate Rolls les noms italiens des compagnies ■ ^ , ^ ^ .
De Bardo Frescobaldi di Firenze- Neri (Noirs) (en français :
les Fréquenbauz) ; , ,
De Giov. Frescobaldi di Firenze - Btancin (Blancs) (
Des Bardi (en français : les Bordes, les Baldes, les Bardes),
Des Peruzzi (en français : les Perruches) ;
Des Mozzl (en français : les Mogges) ;
Des Spini (en français : l'Espine) ;
Des Riccardi di Lucca (en français : les Richarz) ;
Des Pulci di Firenze (en français : les Paches). . Hn 1293, le directeur de la compagnie, a Florence, était Peruzzi Pacino d'Arnoldo Peruzzi.
Les représentants à Paris se nommaient alors :
Peruzzi FiUppo di P.acino, et Guicciardini Luca di Sm.one , celui de Londres, vers 1330, était Baroncelli Giovanni d. Tano.
Edouard III devait aux Peruzzi plus de 135,000 marcs ster-
''"L^yS" 10 juillet, Symon de Brolio et Bartélemy Perruche étaient monoiers de Saint-Quentin.
(0 Albi ou BiancU; Neri ou Nigri ; Blancs ou Noirs. Il ne faut pas con- .- A Z Blancs et les Noirs avec les Gibelins et les Guelfes, bien qu .1 t;\ e e'r;::, ues rapports. Les Blancs et les Noi.s dont il faut cje. :,er les origines . Pisto.a ne tardèrent pas à t.nsporter .t.s ,ue.U. a Plorence.(Cf. Machiavel, Hist. Fior.; — A. UEsjARoiNb, .v ^ t
7/7 Tn^rane i8SQ. Introduction, p. xxiv.) . , ,
OnZ^^X avait des membres d'une même famille dans les deux camps, comme dans les Guelfes et les Gibelins.
COMPAGNIES DES LOMBARDS
En 1305, Otelin Enfegat et Philippe, membres de la compagnie, frappent la monnaie d'or pour le roi.
En 13 10, Donato Brunet et Jacques de Chartant ont la ferme de la fabrication des monnaies. (De Saulcy, Hist. des monnaies ,
En 13 10, Jean Villani était un des chefs des Perruches de
Florence.
« Les relations des Villani avec les Peruzzi et avec Philippe le Bel, sont un fait qu'il ne faut pas oublier quand on lit les récits du célèbre chroniqueur Jean Villani, sur les rapports du roi avec l'Italie et avec la papaiité. » {Hist. litt, de la France^ Renan.)
En 13 12, l'abbé de Saint-Michel de l'Écluse, en Savoie, voulant faire un dépôt de 7^000 florins d'or, choisit les banquiers florentins de la Cour de France, à Avignon, Bardi, Peruzzi et Scah. (Peruzzi.)
Dans un acte de 13 12 (19 oct.) sur une quittance de Rainoldo da Supino, de 10,000 florins petits de Florence, touchés sur la compagnie Peruzzi, à Carcassonne, on remarque parmi les témoins : Guillaume de Plaisian, Jaques de Perruches et Philippe Villani.
Du reste, les Peruzzi semblent avoir eu de la peine à rentrer dans leurs avances au roi. Les biens des Franzesi paraissent aussi être tombés comme gages entre les mains des Peruzzi. En 1309, 13 10, Jean Villani touche à Sienne, pour le compte des Peruzzi, les revenus de la location du palais que lesdits Franzesi possédaient sur la place del Campo. Ces dettes des Franzesi remontaient peut-être aux événements de l'an 1303 (afi"aire de Nogaret). Hist, litt. de la France, t. XXVII, p. 347.)
En 13 13, le prévôt de Paris rend une sentence pour Guil. Vasconis, voiturier, contre Jacques Girardi, compagnon des Perruches et caution des pertes éprouvées par le voiturier, {Olim, IV, f^ 230 v°.)
En 1322, 6 février, arrêt pour Jean de Cepoy, chevalier, demandeur, contre Philippe Villani et Silvestre des Perruches, compaignons des Perruches, au sujet du produit de la ventQ d'une coupe.
LES LOMBARDS A PARIS
En 1323, Grands jours de Troyes. - Appel de la sentence des gardes des foires de Champagne prononcée au su)et d une contestation entre le procureur de la commune de Sienne et les compagnons des compagnies des Perruches, des Bordes (Bardi), des Mâches (Macci), Jean Nicolay, Clarot, Baudm et Baudouche Boncompte, marchands lombards aux foires de Lhampa"ne. (Boutaric, Actes du Parlement, t. II, p. 5i4-)
En 13-3 arrêt nommant G. Dreu et Aimeri de Bngoho, clercs, pour recevoir les reproches des témoins dans le procès ci-dessus mentionné entre les Perruches, les Bardes, les Mâches et Jacques Nicolai, Clarot Baudin et Bauduche Boncompte d'une part et la commune de Sienne d'autre part (t. II, p. )I9)- En 1 309 un Bernardino Peruzzi était ambassadeur de Florence près du sultan d'Egypte Kansouh el Ghouri. (H.)
La maison Peruzzi existe encore aujourd'hui. On peut voir, à Florence, dans le salon de MM. Peruzzi, un cadre renfermant une reconnaissance d'argent prêté, par leurs ancêtres, a Edouard m, roi d'Angleterre, qui n'a jamais été recouvrée. (S. L. Peruzzi, Storia del comnurcio e dei hanchen di timide.
Florence, 1868.) - 1 -r '
La famille Peruzzi adresse de temps en temps a la Iresorerie anglaise, pour la forme, une réclamation qui va dormir tranquillement à côté des autres dans la poussière des dos-
"Té 10 septembre 1891, mourait à Florence, M. Ubaldino Peruzzi, âgé de 69 ans. , r, ,
Chef d'une des plus vieilles familles florentines, dont Dante a fait mention dans la Divina Commedia, M. Peruzzi avait été plusieurs fois ministre dans les cabinets de Cavour et de Biensoh,
Farini et Minghetti.
On raconte que c'est une indiscrétion de sa femme donna Emilia Peruzzi, une des personnes les plus instruites et les pUis spirituelles qu'on puisse rencontrer, qui fit connaître la teneur de la convention de septembre, conclue entre 1 Italie et la France, - indiscrétion qui aurait ainsi amené les ,ournees sanglantes de Turin, les 23 et 24 septembre 1864. On se rappelle
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qu'aux termes de cette convention, la capitale, qui était alors à Turin, fut transférée à Florence.
La famille Peruzzi a dans ses archives des livres de comptes qui remontent à 1292. Persécutée par les Médicis, elle fut, comme tant d'autres, forcée de s'expatrier et de se réfugier à Avignon en 1438. Il existe encore dans cette ville une branche des descendants de Ridolfo Peruzzi. Il y eut également dans la suite un gouverneur du château de Vincennes qui porta ce nom.
L'Index des Deli^ie renferme une page entière des noms" de membres de cette fimille.
Nous donnerons de nouveaux détails sur les Peruzzi dans une étude complémentaire intitulée : Les Lombards che^ eux, dont la publication suivra celle-ci.
Les Bardi (Florence).
Le mot Bardi, bien que mentionné dans Promis, Vincenzo, Tavole sinottiche délie ^nonete, Torino, 1869, comme une terre avec le titre de marquisat, province de Plaisance, est en réalité une contraction du mot Berardi ou Bernardi.
Les Bardi étaient une famille originaire des environs de Florence, établie dans la ville à la fin du xi*" siècle. Leurs maisons s'étendaient sur une grande partie du Borgo dit Pidiglioso (Pidocchioso), puis appelé rue des Bardi, à cause de leur puissance. Vers II 12, Pagano di Bardo, ou Berardo, ou Bernardo donnait à l'église de San Reparata (actuellement la cathédrale) quelques propriétés situées au Campo rcgio (actuellement Ca-
reggi).
Bartolo di M. Jacopo di Bardi était un des premiers magistrats de Florence en juin 1282. (Arsenal 78 bis. Marsand, Manuscrits ilaliens, t. II, p. 365.) La famille Bardi habitait à cette époque le quartier San Spirito. (F. italien 27, B. N.)
En 1300, 22 avril, Bochinus de Claro était l'agent des Bardi à Famagouste. {Arch. de l'orient lat., II, 2, p. éo.)
LES LOMBARDS A PARIS
En juin 1300, Marchus Darten, marchand vénitien, doit à Doffo Bardi de Florence, de la compagnie des Bardi, 300 1. petits tournois dette contractée à la foire Saint-Jean de Troyes. Le doge Pierre Gradenigo demanda au roi de France 1 arrestation et la saisie des biens de ce marchand. {Doc. méd., t. 111,
^"En'i3o8,nous avons un arrêt déboutam Guichius de Senella et ses compagnons, de la maison de Burgo, qui réclamaient à Noche Terroche, associé des Bardi, 1,200 marcs esterhns d argent que Huguet Symoneti avait déposés, trente ans auparavant entre les mains de Renier Fornario, associé des Bardi, pour laquelle somme les de Burgo avaient reçu hypothèque sur tous les biens des Bardi. (Boutaric, AcUs du Parlement. t. II, p. 47- - OUm, IV, fol. 100 v°.)
En 1311, Edouard III donnait 1,000 marcs steihns a la femme de Gérard Bonenseigne, représentant de la société des Bardi en Angleterre, et 500 marcs sterlins à la femme de
Barthélémy des Bardi.
Selon Villani, Edouard III <> devait aux Bardi 180,000 marcs sterlins et aux Perruzzi plus de 135,000, qui forment ensemble un total de 1,3 5 5,000 florins d'or, somme qui vaut un royaume. » (S. Peruzzi, Sloria del commercio.)
En 13 15, Pegolotti (Francesco Balducci), l'auteur de la Pratica délia mercatura, obtenait des faveurs spéciales sur la place d'Anvers pour la compagnie des Bardi, dont il était
l'agent. ,. ,^,. s
En 13 18, Lapprenier était « compaingnon » des Bardi (Unm).
En 1320, l'ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Rhodes était débiteur envers les compagnies Bardi et Peruzzi, de la somme énorme de 575,900 écus d'or.
La compagnie des Bardi de Florence avait acquis le privilège de ne payer qu'un droit de 2 "/o à l'entrée du port de Satalia (Asie-Mineure) sans payer aucun droit à la sortie.
Pegolotti, son agent, séjourna dans l'ile de Chypre de 1324
à 1327 et en 1335. .... >. ^
A Famagouste, les Bardi et les Peruzzi )ouissaient dune
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réduction sur les droits de douane à l'entrée et à la sortie : au lieu de 4 °/o, ils ne payaient que 2 °/o.
En Arménie, Pegolotti obtenait pour les Bardi, en 1335, Texemption entière des droits d'entrée et de sortie, tandis que la maison rivale des Peruzzi continuait de payer un droit de 2 °/o dd valorem à l'arrivée et au départ.
Ces maisons s'occupaient principalement d'affaires de banque. (H.)
En 1337 les quarante galées ordonnées par le roi, à Gênes, pour quatre mois, devaient coûter 144,000 florins d'or, payés en partie par la compagnie des Bardi, Philippe de Pogge et plusieurs autres. (A. Jal, ArchéoJog. nav., t. II, p. 337, d'après un ms. de la B. N.)
Une lettre d'un Ferdinando Bardi di Firenze se trouve dans le n° 13029, fonds italien, B.N (xvii^ siècle).
Un Girolamo Bardi était cardinal au milieu du xviii^ siècle. (Arsenal 52. — xMarsand, t. II, p. 315.)
Roberto de Bardi, naturaliste, philosophe, théologien, fut, quarante ans, chanceHer de l'Université de Paris. Il mourut vers 1400. Pétrarque écrivit des vers en son honneur. La femme de Cosme de Médicis était la fille de Giovanni des Bardi (143 1).
Malgré toutes les recherches, on n'a pu encore découvrir jusqu'ici aucun livre de la Banque des Bardi.
Le comte Girolamo des Bardi, qui était mort un peu avant 1868, n'avait pu montrer à M. le Com. S. L. Peruzzi que des comptes modernes, sans aucun document entier intéressant l'histoire de cette illustre maison. (Peruzzi.)
L'Index des Deliiie cite quatre-vingt-quinze noms de membres de cette famille.
Pour plus de détails sur les Bardi, voir : Les Lombards che:(^ eux.
LES LOMBARDS A PARIS
Boccaccio de Chellino de Bonajuto.
Les Bonajuti (Florence).
Les Bonajuti étaient des popokni (bourgeois) du Borgo
S. Apostolo en 1260. .
En 1285 le 8 juin, Ser Bonajuto remplit les fonctions de secrétaire du conseil des capiudini et des sages de Florence. (P t I p. 535; t. II, p. 492.) (Cf. GÉRAUD, p. 2.) Lotier Bonajutc, de la compagnie de l'Escale avec un Amadon et un Infangati. 46 Hv. et p. i. Bonajute, devant Guiart Bone-Voute 20 1 Ce Guiot Bone-Voute, delèz Gandouffle, paie 10 1. Son nom nous paraît la traduction euphonique de Bona-jut, et non de Bona volta. Les Bonajuti se divisent en plus de huit branches. Les Ddr^ic mentionnent jusqu'à trente-trois noms dans une seule.
Les Boccaci.
En septembre 1229, le podestat de Florence était Giovanni
deBoccacio. (P., t. I, p- 273.)
En 1285, 17 février, Arrigo del Boccacio, membre des capitudini des sept arts majeurs et du conseil des sages, propose de nommer parmi les meilleurs citoyens des ambassadeurs pour délibérer sur les dommages à infliger aux Pisans. (P., t. II, p 47 5)- le 2 juin 1285, il demande dans le consed un ajournement ' qui est voté, et, le 11 septembre, il se prononce contre les clercs qui faisaient opposition à la commune. Ubu1.)
En 1293 Boucachin*", un Lombart, demeurait, à Pans (paroisse Saint-Jacques de la Boucherie), chez Marie de Sanz et pavait 16 sous de taille. (Gèkaud, p. 2.) , • ,
C'est probablement le même que Jacques Bouquachin, de Florence, clerc, qui, le vendredi devant caresme prenant 1291
(1) Est-ce le père de Boccace? Ce ne serait pas impossible, mais jusqu'ici rien ne nous le prouve. Peut-être ne sont-ils pas parents, mais ce n est pas probable, à notre avis.
COMPAGNIES DES LOMBARDS
éS
(v. s.), par devant Jehan dit Clignet, prévôt de Saint-Germain des Prez, vend à Jehan dit Sabaot, charpentier, et à Jehene, sa femme, une maison à deux étages « c'est à savoir un bouge à cheminée par dessus la voie minime aveuques une chambre et une haute chambre, c'est asavoir un soHer par derriers aveuques une petite chambre desouz celui solier; si comme ladite meson se comporte en long et en le desus et desous, joignant d'une part, à la meson à la jardinière et à la meson dudit Jehan et Jehene, sa famé, et d'autre part à la censive et seigneurie de nostre église, etc. » pour la somme de loo solz parisis. Mestre Raoul de Monstreul (Géraud, p. 174 = mestre Raoul de Montereull, 7 liv. rue Saint-Père) perçoit 10 sous de cens. (J. 153, n° 8. A. N.)
Boccace.
Le père du célèbre auteur du Décaméron se nommait Boccaccio de Chellino de Bonajuto ^'\ Les Chellini, qui ont pris depuis le nom de Boccace, étaient originaires du bourg ou château de Certaldo, situé sur les bords de l'Eisa, petite rivière de la Toscane, à 20 milles de Florence, sur le chemin de Volterra. Il était marchand et « compagnon » de la société des Bardi. C'est au cours d'un de ses voyages à Paris, vers 13 10, qu*il fit la rencontre de la Française « de condition moyenne, entre noble et bourgeois » qui devait donner le jour à Boccace, dans cette ville, en 13 13.
Le 1 1 mars de cette année , il assistait à l'exécution de Jacques Molay, grand maître des TempUers, à Paris, et en 1332, il était encore de passage dans cette ville. Il était de retour à Florence en 13 14, ramenant son fils avec lui. En 13 18, Boccace père et son frère, Vanni di Chellino, propriétaire depuis 1297 au moins, habitaient dans le populo di san Pier Maggiorej à Florence, depuis quatre ans.
Il prit part au gouvernement de la ville en 1322.
(i) Les Deîiiie XII, 9, citent Boccacio di Golino di Certaldo.
LES LOMBARDS. — TOME I
LES LOMBARDS A PARIS
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On sait que Boccace était un enfant naturel. S. Peruzzi ait cette remarque qu'au xm^ et au xiye siècles, les naissances illégitimes étaient très fréquentes parmi les Lombards, ce qui était une conséquence de la prospérité des centres commerciaux. Ces riches marchands faisaient généralement élever ces eiifants à leurs frais. (Sur les bâtards à Florence, cf. Perrens, Histoire
de Florence, t. III, p. 333-334-) ^ ^ r^ i } ca a.
Dès lU^ Boccace était ambassadeur auprès des Ordelath de ForU et des Polenta de Ravenne. En 1347, il était encore envoyé par la République florentine auprès des seigneurs de Romine et entre autres auprès d'Ostasio de Polenta; en 1348, à h mort de son père, Boccace avait trente-cinq ans.
En 1350, il va remettre 10 livres à sœur Béatrice, hlle de Dante religieuse au couvent San Stephano à Ravenne. ^
En 13 51, il est chargé d'une mission près de Pétrarque, alors a Padoue, pour l'engager à rentrer dans sa patrie : Pétrarque refusa.
En cette même année, il allait en ambassade près du marquis de Brandebourg, fils de Louis de Bavière. Deux ou trois ans plus tard, il se rendait près d'Innocent VI. En 1359, ^^ ^'f ;^ Milan; en 1362, à Naples ; en 1363, à Avignon; en 1367, a Venise ; en 1368, à Rome, près d'Urbain V; en 1370, a Naples.
Il mourut le 21 décembre 1375. ^ Certaldo.
Dans la première nouvelle du Dccaméron, nous trouvons ce merveilleux portrait de Lombard, que nous croyons généralement ignoré, ce conte n'étant pas, par hasard, de ceux que nous appelons aujourd'hui Ucencieux.
Portrait d'un Lombard par Boccace.
Chappelet Duprat.
François Muschiat(^ riche négociant, devim autrefois <^) en France un grand seigneur : on a vu des révolutions plus
(i) Mauvaise traduction de Musciato Franzesi.
(2) Autrefois, pour Boccace, né en 1313 > signifie 1280 à 1300.
bizarres. Obligé de suivre en Toscane Charles de Valois (que Boccace nomme Charles sans Terre — « messer Carlo senza Terra » — bien qu'aucun prince n'ait porté ce nom), il confia à diverses personnes le soin de ses affaires pendant son absence.
Comme plusieurs Bourguignons, gens chicaneurs, brouillons, calomniateurs, sans honneur et sans foi, lui devaient de l'argent, il songea à leur opposer un certain Chappelet Duprat, qu'il protégeait : il ne pouvait faire un plus heureux choix.
Chappelet Duprat était notaire, et sa conscience telle, qu'il aurait rougi qu'un acte eût passé par ses mains sans être jugé f:iux. Ce triomphe lui paraissait si doux, qu'il en aurait généralement fait vingt de cette espèce pour rien, plutôt qu'un seul à l'abri de tout reproche pour un rouleau d'or. Jamais on ne se parjura avec plus de complaisance; toujours prêt à rendre un faux témoignage, il n'attendait souvent pas qu'on l'en priât. Doué d'une singulière industrie pour semer le trouble dans les iamilles, la discorde entre les amis, les bruits scandaleux, son âme stoïque se complaisait dans le spectacle de l'infortune , et surtout de celle qu'il avait causée. Les imprécations, les blasphèmes, les violences étaient ses passe-temps les plus ordinaires ; les lieux de prostitution et les johs garçons ses goûts favoris ; le vol et l'escroquerie ses plus chères défices : enfin cet homme réunissait les qualités les plus rares et passait pour un chef-d'œuvre en son genre.
Cependant comme l'envie poursuit toujours le mérite, tout le monde se plaignait de lui; et sans la protection de Musciat, qui jouissait d'une grande faveur à la cour et dont on redoutait le crédit, les ennemis de Chappelet, c'est-à-dire tous ceux qui le connaissaient, seraient parvenus fort aisément à lui susciter des affaires, etc. (^Nouvelles de Jean Boccace, traduction libre, par Mirabeau, 4 vol. Paris, 1802. — Ce Mirabeau, est celui qui fut surnommé Mirabeau- Tonneau, le frère du grand orateur.)
La scène du conte, peu intéressant d'ailleurs, pour nous, se passe à Dijon, chez deux Lombards florentins de cette
LES LOMBARDS A PARIS
ville. Chappelet, tombé malade pendant son sé,our dans leur maison, se confesse à son lit de mort -mme s.l étau un saint - et reçoit l'absolution. Après sa mort, '1 ^ «P-^J^/ miracles sur son tombeau. Pour bien saisir le « sel » de 1 h.s- To , il faut se reporter à l'époque où elle fut écrite et aux idées qu'on se formait alors de l'Enfer et des peines éternelles, (Dante ne meurt à Ravenne qu'en septembre 1321) et ensuite la lire dans le texte, qui est intraduisible.
Nous avons cru de notre devoir de le citer pour permettre de contrôler notre assertion. Il faut bien se garder d oublier que c'est de l'italien du commencement du xiv= siècle :
Ser Ciappelletto con una falsa confessione inganna un
santo frate, et muorsi, etc.
un Ser Ciapperello da PratoO, il quai molto alla sua casa "in Parigi si riparava ; il quale, percioche piccolo di perla era, et molto assemuuzzo, non sappiendo li franceschi che si volesse dire Cepparello. credendo che Cappello, c.o eghirlanda seconde il loro volgare a dir venisse ; percioche piccolo era non dicemmo, non Cappello, ma Ciappelletto il chiamavan'o et per Ciappelletto era conosciuto per tutto, la dove po- Ihi p'er Ser Ciapperello il conoscieno. Era questo Ciappelletto di questa vita. Egli essendo notaio havea grandissima vergogna quido uno de' suol strumenti (corne che pochi ne facess fosse akro, che falso trovato; de' quali tanti haurebbe fatti di quanti fosse stato richiesto, et quelli piu volentien m dono, che alcun akro grandemente salariato. Testimonianze false con solo diletto diceva richiesto, et non richiesto et dandosi a nue' tempi in Francia a saramenti grandissima tede, non curan- Isi fargli falsi; tante qui stioni malvaglamente vincea, a quante a iurart- di dire il vero sopra la sua fede era chiamato. Haveva oltro modo piacere, et forte vi studiava in commettere tra amici, et parenti, et qualunque altra persona, mali , et inimi-
(I) Prato, petite localité située non loin de Florence.
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citie, et scandali; de' quali quanto maggiori mala vedeva seguire, tanto piu d'allegrezza prendea. Invitato ad uno homicidio, o a qualunque altra rea cosa, senza negarlo mai, volonterosamente v' andava, et piu volte a fedire, et ad uccidere huomini con le proprie mani si trovo volentieri. Bestemmiatore di Dio, et di santi era grandissime, et per ogni piccola cosa; si corne colui che piu che alcun' altro era iracundo. A chiesa non vsava giamai, et i sacramenti di quella tutti corne vil cosa non abominevoU parole scherniva. Et cosi in contrario le taverne, et gr altri dishonesti luoghi visitava volentieri, et usavagli. Délie femine era cosi vago, corne sono i cani de' bastoni; del contrario piu, che alcun' altro tristo huomo, si dilcttava. Imbolato havrebbe, et rubato con quella coscienza, che un santo huomo offerrebbe. Golosissimo, et bevitore grande tanto, che alcuna volta sconciamente gli facea noia. Giucatore, et mcttitor di malvagi dadi era solenne. Perche mi distende io in tante parole? egli era il piggiore huomo^ che forse mai nascesse.
(// Decamcron di Messer Giovanni Boccacci, citadino fiorentino. — In Fiorenza. — Stamperia de i Giunti. 1578.)
Le vrai Nom du Lombard de Boccace.
M. Cesare Paoli dans le Giornale Storico délia Jetterai ur a ita- j liana (Tom. V, p. 329-369. 1885, Rome-Turin-Florence) a dé- 1 couvert le vrai nom du héros de la nouvelle de Boccace : il se nommait Ccpperello Diotaiuti da Prato.
Ce Lombard, receveur de la baillie d'Auvergne (1288-1290) et ensuite di décime et d'autres tailles pour le compte du trésorier du roi de France, Philippe le Bel, jusqu'en 1295, était en relations suivies d'affaires avec les deux frères Franzesi, Biche et Mouche. Dans une « reconnaissance » à la fin des aoiili^^^ de Cepperello, on lit que Biche et Mouche se portent garants d'un paiement fait pour le compte de Cepperello à messire
(i) Aouli opposé à rendtUiy comme doit et avoir , dans les livres de comptes.
Eustache de Beaumarchais, dont la quittance est perdue <^^; il y est aussi question de florins d*or prêtés par Cepperello à Mouche. Cette (c reconnaissance » nous apporte encore une preuve de la grande famiUarité dont jouissait Mouche à la cour puisqu'il y est dit que le Roi Philippe le Bel l'emmenait avec lui à sa résidence royale de Melun, pour y passer les fêtes de Noël, en
Voyons maintenant comment on peut établir l'identité de ces
deux personnages :
Nous avons d'abord le nom : Ceppareïlo ou Ciapperello da Prato, suivant la Nouvelle, et Cepperello, Chcparellus de Prato, Chiperellus, Chipperelîus des documents trouvés par M. PaoH.
Nous avons de plus Diotaiuti , transformé par les copistes français en Dexîahit et Diextahit.
Les documents ne le qualifient pas du titre de Sire. S'il fallait une preuve de plus, nous citerions le nom de Mouche, que M. Cesare Paoli appelle un « aventurier florentin » et qu'il accuse d'avoir été le témohi, le coopérateur et le conseiller de la réaction des Guelfes à Florence et d'avoir fait donner plus tard le fameux so\.MQt(^quanciaîd) au pape Boniface par Colonna le Sciarra.
Voici du reste le jugement d'un de ses compatriotes : « Musciatto Franzesi, venuto su prima da contadino fiorentino a mercatante, poi in Francia da mercatante a cavalière per la via di queUe usure che facevano cola odioso il nome dei bmhardi cani^'^ alla povera gente, ma non ai re cristianissimi, i quali sfruttavano largamente e senza scrupolo l'oro italiano. (^Dino
(i) Eustache de Beaumarchais (Etaccia di Behnercieri) percevait 200 1. t. par trimestre pour ses gages en 1288-1289. C'est à ce sujet que le Lombard écrit : « Non n'auemo la ketanza : dène rispondere Biccio e Musciatto per lui, kelU mi fecero paghare ke si [kessi] perdeo la ketanza. Riceuette Bernardo SUD keriko : ebe trecento sesanta fiorini d'oro, e' rimanette paghô Musciatto, kelli prestai di tre anzi natale, cio è quaranta fiorini d'oro , quando andoe a fare la pasqua a Mellione ko re. » 1288.
(2) I cani lombardi. (Boccace, Dêcaméron, Giorn. I. nov. \, t. I, p. 43- Milan, 1816.) — Magnum sibi nomen, sinistram autem famam per universam Europara compararunt [Lombardi]. (Muratori, t. I, p. 888).
COMPAGNIES DES LOMBARDS
Compagni e la sua Cronica. Vol. I, p. 207. Isidoro del