‹ Les Lombards en France et à Paris [microform]Chapitre 17 sur 71 · DE NOGARET · texte numérisé non relu

DE NOGARET

Les frères Biche et Mouche étaient Florentins. Issus d'une famille d'origine franque, les Franzesi, qui résidaient à San-

^- Il

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Geminiato, et tenaient les fiefs les plus importants de la vallée du Haut-Arno, leurs vrais noms étaient Albizzo, dont le diminutif est Biccio, Musciatto et Nicolo Gùidi, car ils avaient un troisième frère. En France, on les appelait indifféremment Biche, Biche, Mouche, Mouchet, Manchet, et Nicolas ou Nicole Guy, mais les deux premiers étaient généralement désignés sous le nom de Biche-Mouche. (Renan, loc. cit.)

M. Kervyn de Lettenhove, dont le jugement n'était pas impartial, affirme que Biccio était borgne, d'où son surnom de Borno (?) et que Mouche portait seul le surnom de Franzesi — c'est-à-dire le Français; c'est une erreur absolue. {Bulletin de VAcad. royale de Belgique, 2^ série, t. XII, 1861.)

Il ajoute qu'ils avaient des neveux : Tôt Guy et Tan Guy. — La Taille de 1298 cite effectivement le « neveu de messire Mouche, Vane, — Estoiide, son frère, » qui, avec Tainguin, le Lombart, paient 11 1. 10 sous. Paroisse Saint-Germain l'Auxerrois.

En 1281-83, Biche demeurait dans la ruelle Saint-Christophle, petite voie située devant Notre-Dame, à Paris; du moins, il y avait une maison.

En 1293, il avait déménagé et s'était installé « autour de la Ferronnerie » paroisse Saint-Germain l'Auxerrois, et payait 40 livres de taille.

Mouchet, à cette date, demeurait paroisse Saint-Nicholas des Chans et paiait 54 livres. Peut-être rue des Jugléeurs. (Jourdain — Denifle, Chartul. Universit.) Biche paie 6 1. p. pour sa maison. Géraud, p. i. Biche le lombart; — Jaques et Corset compaingnons demourans encontre la méson Sire Macy Piz d'Oë. (C'est dans la Ferronnerie. Voir p. 22.)

Dès 1285, nous voyons leurs noms cités dans des comptes :

Sunt alla mutua inter compotos Bichi et Moucheti et interscripta qua:: non habent loca propria... (Hist. de la France, t. XXI, p. 527.)

En février 1289 (v. s.) nous trouvons Bichio Guidi et les marchands de la compagnie de l'Escale (Scalarum).

En 1290, Bichio Guidi et Barthélémy Barbedor faisaient partie

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de la compagnie « Friscobaldorum et Francentium » c'est-à-dire des Frescobaldi et des Franzesi. (Boutaric, La France sous Philippe le Bel - A. N. J. 938. Géraud, p. 2 : Quentin Amadour; - Lotier Bonajute; - Odelin Enfegat [Infanghatin] de la Compagnie de l'Escale 46 liv. paroisse Saint-Jaques [la Boucherie]. - Géraud, p. 3 : Bertelemy Barbed'or en la compamgnie des Fréquenbauz 10 1. ainsi que Thomas Heibert 10 1 avec Nicholas Bonne-Vive ; Jehan Jaques de la compaignie des Fréquenbauz, 30 liv. (page 2, parois. S.-J. la Boucherie.)

En 1292, le crédit des deux frères s'était développé; nous Hsons, en effet :

Dépenses par Bichet et Mouchet :

138,434 1. 4 d. t. valent 110,747 1- 4 s. 3 d. p. — Bichet restant de son compte 193,258 1. 6 s. 10 d. t. valem 153,606 l 13 s. 6 d. [p.] (L. Delisle, Mémoire sur les opérations financières des Templiers.)

A l'Ascension de 1293, Biche et Mouche paient pour certaines communautés religieuses, une somme importante au roi Le restant de leur compte s'élève à 2,076 1. 10 s. 2 d. (Hist. des Gaules. Compte de Robert Mignon.)

En 1294, Mouchet, valet et receveur du roi de France, conclut un traité à Lagny-sur-Marne, avec les Lombards. CBour-

QUELOT.)

« Dès 1294, quand au début de la guerre contre les Anc^lais (la querelle entre le roy de France et celui d'Angleterre Tvait commencé en 1293, avant la Toussaint), le maître de la Monnaie proposa comme une ressource féconde l'altération des monnaies, les habiles financiers italiens auxquels Philippe avait donné la direction des finances, Biche et Mouche, s'opposèrent à cette mesure, dont ils proclamèrent à la fois l'inutilité et le danger; ils parvinrent même à la faire ajourner; mais leurs sages conseils finirent par être mis de côté. Enguerrand de Marigny parait au contraire avoir été persuadé de l'efficacité de cette misérable ressource qui jetait la perturbation dans le royaume, sans enrichir le trésor ; du moins, sous son administration les monnaies furent continuellement altérées. » (Bou-

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TARic, La France sous Philippe le Bel y p. 304 et note 4; p. 326 et notes.)

En 1295, Mouche fut envoyé en Allemagne comme ambassadeur. Suivant une chronique manuscrite citée par M. Edw. le Glay dans F Histoire des Comtes de Flandre, t. II, p. 189, il aurait emmené avec lui « quatre bêtes de somme chargées d'or et d'argent. » Mais laissons parler Mouche. Dans le document coté J. 654, n° 16, aux A. N, attribué par M. Kervyn de Lettenhove et par Boutaric au financier lui-même et publié plusieurs fois {Notices et Extraits des manuscrits, t. XX, 2^ partie, p. 125), et surtout par M. Frantz Funck-Brentano, dans sa remarquable étude sur les « Relations de la France avec l'Angleterre et l'Allemagne sous Phihppe le Bel» (Revue historique, janv. -avril 1889, p. 326-348), nous lisons :

1295. Item, nostre seigneur le roy envoia au roi d'Alamaigne X... etc. mes après euls ala monseigneur Mouche, qui ala si bien fondé et garni qu'il ot bonne odience et fist tant que le frère du roy vint secréement à Lille en Flandres , où monseigneur Mouche ala à li, et parfist le traité qu'il avoit pourparlé et acordé à li an Alamaigne, si qu'il s'en ala apaié. Et retourna ledit monseigneur Mouche en Alamaigne au roy et aux autres d'entour et mist à fin touz les tratiez, si qu'il promistrcnt qu'il ne se meuvraient contre le roy, ne ne se murent; et fu l'en aseur de celé partie.

Item, ala monseigneur Mouche tout avant au duc de Brabant, qui estoit de ses robes et si come sa criature, et fist tant à l'aide de monseigneur Goudefroi, son frère et d'autres, que comant que le mariage d'Engleterre se parfaist^ il promist qu'il ne seroit ne se meuvroit contre le roy ; ne ne se mut... »

Pour ce qui est de l'argent, on trouve d'abord au Louvre 200,000 1. t. et puis :

« Item, monseigneur Biche et monseigneur Mouche prestèrent de leurs deniers et qu'ils empruntèrent sus euls aus foires de Champaigne et à Paris, si com il apert par les escriz, environ CC"' livres tournois.

« Item, pour ce que Thomas Brichart, mastre de la monnoie

et aucuns du conseil conseilloient et voloient que ^ pour avoir chevance se faist faible monnoie, qui puis se fist, Monseigneur Mouche et aucuns autres qui sostenoient le contraire, ne ne voloient que la bone monnoie se gastat pour le destour ber et pour ce que la feble ne se fesist par leur conseil, se leva prest qui fu mis et levé sur les riches bourgeois de toutes les bonnes villes et des baillies l'an 1293. »

Ce document, dont l'authenticité nous semble incontestable après le travail de M. Frantz Funck-Brentano, cité plus haut, est-il assez clair ?

Villani affirme, et pour cause, que ce fut Musciato Francezi qui donna à Philippe le Bel le conseil de falsifier les monnaies. Leblanc dit : Le roi commença la « faible monnoie en avril 1295 « (Philippe le Bel, p. 210); il cite comme autorité le Trésor des chartes, reg. 7, fol. 179 v°. Il ajoute <^> : . « En 1305, le roy essaya de faire revenir la monnoie au même poids que du temps de saint Louis, mais il ne demeura pas longtemps dans la résolution de faire faire de bonne monnaie. Il les aff'aiblit par le conseil de deux Florentins, Muschiati et Bichi, de manière que le denier qui courait auparavant pour i en valut 3, et mesme davantage, de sorte que le prix du marc d'argent retourna à 8 l. 8 sols (p. 218). Cet aff"aibhssement fut cause de la sédition dans laquelle la maison d'Etienne Barbette, maistre de la monnoie, fut saccagée (p. 190). » (Leblanc, Traité historique des monnaies.)

L'affaiblissement des monnaies dura dix ans (1295 à 1306), mais dans son testament, le roi recommandait sur toutes choses, à son fils, de faire faire de la bonne monnaie. Malheureusement ses successeurs ne suivirent pas ce sage conseil, et Leblanc va jusqu'à dire que cet aff"aiblissement « contribua plus à perdre le royaume que tous les efforts des Anglais. » (p. 213.)

(i) En 1304, Benoît XI, dans une bulle datée de Pérouse, adressée aux évoques de Bourges et de Melun et au trésorier de l'église d'Anjou, se plaint des incommoditates et dampnaex dimimitione nionete maxime Turonen. et Parisien., et demande que la monnaie revienne à la valeur et au poids qu'elle avait au temps beati Lodovici, avi clare memorie Phxlippi bairis, etc. (A. N. J. 710.)

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Leblanc ne connaissait pas le document que nous avons cité, mais comment M. Kervyn, qui l'avait lu, a-t-il pu soutenir la même accusation ? Il est vrai que , dans ses Études sur l'histoire du xiii^ siècle, il dit que « Sciarra Colonna s'était caché quelque temps chez l'usurier florentin Musciato Francesi, autre complice de l'avidité et de la violence de Philippe le Bel. » (Mémoires de r Académie de Belgique, t. XXVIII. Bruxelles, 1854.) Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de cette assertion.

L'emprunt dont parle Mouche produisit 150,000 livres tournois.

On Ht dans le même document que les Juifs fournirent

215,000 hvres tournois.

L'altération des monnaies, « laquelle ne rendit mie moût grant proufit en celé première année » ne produisit que 60,000 1. t.

Plus loin : « Item, de la finance en lieu de don et du denier de la livre des villes de Paris... et de Reims... environ LX"^ livres.

Item, de la taille des Lombars singuliers et de la finance de la compaignie des Richarz de Luques, environ lxv"' livres tournois. »

Comme confirmation de l'avant-dernier article, nous lisons dans les Archives de Reims, 1295, 4 janvier (n. s.). Archives administratives de la ville de Reims, t. I, p. 1085 et p. 1091 :

« A tous ciaux. . . Je Geins Geindins, procurères Biche et Manchet Guy, frères, varlets et receveuz nostre seigneur le Roi de France, salut. » Suit la quittance d'un à-compte de mille livres versées par la ville de Reims pour le denier la livre.

1295 avril. Quittance de 70 livres versées par la paroisse Saint-Hilaire de Reims pour le denier la livre.

En 1296 (août), Musciato prêtait de l'argent à Gui de Dampierre. {Arch. de Lille, cité par Kervyn de L.)

1295, ^" "<^^'- — ^^ Bichio et Moucheto Guidi, frères, nos valets et nos receveurs » promettent de payer au roi et à la reine le denier obole et la pogoise ou la picte sur la livre sur toutes les marchandises échangées aux foires de Champagne. (A. N. P. 2289.)

1295. Sept. — Mouchet Guidi est trésorier du roi et chargé avec Biche de recouvrer les impôts sur les foires de Nîmes et de la province de Narbonne.

Dans la Table des Mémoriaux de la Chambre des Comptes, vers 1295 (A. N. PP. 117), nous lisons : ce Réassignation de 500 1. de rente ceddez par Mouchet Guy à la comtesse de Dreues sa femme sur le Temple pour en jouir à l'avenir par ledit de Chambly [Pierre] sur la commune de Beaumont et autres lieux.' » La comtesse de Dreues et sa fille, la damoiselle de Dreues, sont citées dans Douet d'Arcq., Nouveaux Cmnptes, p. 6 et 10, (1316).

1297. Dans le compte de Robert Mignon, on lit : Débita Bichii et Moucheti, quidam quaslibet qu^ debent régi, alla quas debebant eis plures personne per litteras obligatse, et alia tradita curia^ anno 1297 i" sui debiti exonerationem.

Compoti dominorum Bichii et Mouchi fratrum, militum, de pluribus receptis et misiis factis per ipsos (page 527). (Hist des Gaules, t. XXII.)

En 1296, le nom de Mouschet se trouve au bas de l'arrêt qui permet au Pape de faire toucher ses revenus par les Lombards. {Olim.)

En 1296, Mouchet paiait 82 l. 10 s. de taille et demeurait paroisse Saint-Germain l'Auxerrois.

En 1299, au heu du montant de sa taille, on Ht ces mots : Mes sire Mouchet gentil home.

La collection Clairambault renferme les pièces suivantes :

1298. Ordre du roi de payer à Mouchet Guy pour son voyage en Allemagne 100 livres. Paris, mardi après les Rameaux.

1298. Jehan Mouchet Guy, chevaUer. Reçu de 100 livres pour voyage en Allemagne. Paris, jeudi avant Pasques.

1299. Reçu par u Muccetus Francese » des receveurs de Champagne pour son voyage en Allemagne avec d'autres ambassadeurs 290 hv. t. Bar, 1299, 22 may. (Clairambault, vol. 79, p. 6197. S- N.)

En 1300, Mouche était envoyé comme ambassadeur à Rome avec Gautier de Châtillon et Jean d'Harcourt. (J. 633, n° 6. — Funxk-Brentano.)

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En 1301,11 accompagnait Charles de Valois dans ses voyages en Italie, le recevait à son château de Staggia et lui servait d'agent dans la campagne où les intrigues du pape compromettaient si tristement le frère du roi de France. (Gw//. de Nogaret. — Renan.)

Le 7 mars 1303, Nogaret, Mouchet, chevaliers, et maîtres Thierri d'Hiricon et Jaques de Gesserin reçoivent officiellement les lettres patentes leur conférant le droit d'aller arrêter le Pape au milieu de ses États pour le traîner devant le tribunal qui doit le juger.

Ils partent le 12 mars, s'arrêtent à Florence où ils avaient une lettre de crédit pour les Perruches (Peruzzi), les banquiers du roi; de là ils se rendent à Staggia, près de Poggibonzi, sur le territoire de Florence, où Mouchet avait un château, et y font un assez long séjour. C'est probablement là que vint les retrouver le fameux Jacopo Coldnna, surnommé lo Sciarra (le querelleur).

On connaît Thistoire de Nogaret avec le pape : malheureusement pour nous, à Anagni nous ne retrouvons plus ni Hiricon, ni Gesserhi, ni Mouche : ils ont disparu. Leurs noms ne figurent même pas dans les procès auxquels donne lieu la capture du pape ^^\

A propos du voyage de Charles de Valois en Italie, la chronique rimée de Geffroi de Paris renferme ce passage (vers 62

et sq.) :

Icele année (1301) Mouche et Biche

Reçurent a grant compaingnie

En la terre de Lombardie

Charlle, le frère au roy de France,

Qui s'en alloit pour fère aidance

En Calabre au roy de Cézille...

(i) Voici la liste des personnages qui étaient avec Nogaret, d'après les Annales ecclesiastici, t. XXIII, an. 1304, p. 379 :

« Guillelmus scilicet de Nogareto ; Renaldus de Supino; Thomas de xMorolo ; Robertus fîlius Renaldi; Petrus de Genazano; Stephanus filius ejus; Adenulphus et Nicolaus nati quondam Mathix, Giffridus Bussa; Orlandus et Petrus de Luparia, cives Anagnini ;

Milites Sciarra de Coiumna; Johannes filius Landulfi; Gottifridus natus^ Johannis de Ceccano, Maximus de Trebis. »

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Ceci prouverait que Biche était du voyage. Le chroniqueur ajoute (vers 145 1 et sqq.):

Mes le roy, chascun si le triche ; En sa court avoit Mouche et Biche Qui durement l'ont esmouchié :

Si lor a le roy tout couchié; Si en demoura sans argent.

En 1303, Paris, veille de la Penthecoste, un acte de Philippe le Bel cite les noms de Bonsignore Orlandi, Conradus Berignonis de la compagnie de la grant table, de Sienne, et de « Biche, Mouchet et Nicholas Guido de Francesibus fratribus, militibus» au sujet d'une somme de 85,000 liv. t. (A. N. J- J- 35)5 "° 74- — ■ (Comment le roy est plaiges pour autres.)

En 1306, on trouve leurs noms cités à propos d'une taille imposée aux Lombards et perçue par Jaques Cyprien de Florence. {OU m.)

Au mois de mars 1309, Biche et Mouche étaient morts. C'est ce que prouve le document suivant : (A. N. J. J. 45, f° 40 v°) :

« Par devant Ploiebanch, garde de la Prévôté de piris, comparaissent Balde fin et Jaque Pierre, procureurs de noble homme mons. Nicole Gui, frère et hoir pour le tout de feu mons. Mouche et Biche, jadis chevaHers nostre Seigneur le Roy. »

Cependant, après leur mort, leurs biens étaient confisqués. (BOUTARIC. A. N. JJ. II, p. 32.)

Il est probable qu'on laisse à leur frère, héritier, une partie des immeubles, tels que le « chastel et manoir et mesons de la ville de Pommeuse lez Foire moustier en Brie » avec des dépendances, le tout estimé 600 1. t. (A. N. ]]. 45.) Pommeuse près Farmoutiers (S.-et-M.)

En 13 10, Enguerrand de Marigny achète de Nicole Gui, frère et unique héritier de Biche et Mouche, le vint et uniesme denier du denier de la livre que paiaient les compagnies des marchands et des changeurs d'outremons hantans les foires de Champagne, la cité de Nîmes et la province de Narbonne. (Septembre 13 10.) (A. N. JJ. 45.)

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Philippe le Bel, dans son codicille daté de Fontainebleau du a8 novembre 13 14, écrit : (J. 405, n° 18, cité dans Notices et Extraits, t. XX.)

« Item magistro Briccio Guidi, clerico camere denariorum hospicn nostn pensionem annuam centum librarum Turonensium annis smgulis, quousque per successorem nostrum regem vel ad e)us procurationem de beneficio ecclesiastico cujus fructus ad summam predictam ascendant, provisum extiterit, relinquimus et donanius. » ^

S'agit-il ici de Biche ? ou d'un de ses descendants ? Longtemps après leur mort, surgirent des réclamations au

Tn- 1""' KT .""^ ''^'■•"" ^' ^'^^^'^ '^^ Valois sur les biens de Biche et Mouche, comme la pièce suivante le prouve

« Henn de Caperel, garde de la prévôté de Paris,' salut. P erre et Laude Acon.s, procureurs de noble homme mons Ni-

iÏÏ'che " 1- " ' ^'" " ^°''' '"°"^- B-'^he et Mouche, ladis chevaliers nostre s' le roy etc.-, Nous avons « un instrument publique scellé du scel de la court l'evesque de Sene > prouvant qu Ils ont bien et diligemment compté et fait fin

c ZJr vt^T'^ "'^ """^ " P"^^^^"^ P™" --• Charles comte de Valois de tous marchiez, debtes, demandes, empruns

onvenances paiemens et prés ., pendant leur vie (1319 £ lundi avant la miquaresme.) (J. 377, „» 12.)

Tour « Bische-Mouche » au Louvre.

En 13 50, une tour du Louvre portait le nom de Bische-Mouche - « Vincent Ahxandre, serreurier, pour une clef faire par lui du commandement sire Jehan d'Auxerre, en la serrure de la tour Bische-Mouche au Louvre, pour la garde des joyaux du Roy ë pour appareiher la dicte serreure, par marchii fait avec lui pa le d.a sire Jehan 16 s^ p.,. (Doubt o'Arcq, Coniptes, v^ vo p. 188. - Comptes d'Ét. de la Fontaine, et A. N. KK. 8.) '

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La tour de Biche-Mouche ne serait-elle pas la même que la grosse tour où Charles V faisait garder ses joyaux ? (Berty, Louvre, t. I, p. 148.)

C'est probable.

Voici un reçu délivré à Biche par Louis de Beaujeu : « Je Loys de Biaugieu, chevaliers, sires du Broc, faz savoir a touz cens qui verront et orront ces présentes lettres que je ai eu et receu de Biche le lombart, vallet nostre chier seigneur le roi de France, sis mile libr. de petiz tournois », etc. (que le roi lui devait a raison de l'eschange de Montferrant).

1292, Jeudi devant la feste Saint-Lorent. (A. N. T d-7A n° 51.) ^ ■' ^'^'

Dans J. 476 i^= on trouve sur un bout de parchemin les mots suivants :

«Domine révérende, memoria sit, si placent, de quodam statuto beati Ludovici faciente mencionem de hoc videlicet, utrum Lombard! qui petendo sua débita per decennium et plus cessaverunt excludantur omnino.

Et pridie vestri gratia illud perquiri facere promisistis. »

Ce petit mot est adressé à Pierre d'Etampes, chanoine de boissons, clerc du roi, gardien des lettres et privilèges vers ^324 0) (c'est le conservateur des chartes.)

La compagnie des Francesi existait encore en 13 14, comme le prouve un procès entre les exécuteurs de feu Labre Vulpel de Lucques, d'un côté, et Rique Simon Tenaille et Nicholas dit Qumquenel, de l'autre, de la compaignie des Francesi de Florence. (Olim, 13 14.)

Voici un acte au bas duquel se trouvent les sceaux des trois frères Guy de Franzesi, de Figline :

« Universis présentes litteras Lispecturis, nos, Bichius, Mochetus et Colinus Guidi, fratres, receptores régis francie, notum facimus quod de illa sum[mja pecunie quam petebamus a canbiatoribus nundinarum campanie quam ipsi recieperant a quibusdam Lombardis fugitivis et emendam in qua incurrerant ratione recieptionis dicte pecunie facte contra precieptum régis, volumus et concedimus quod totum proficium et emolumentum quod ex

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inde procieder, tam ratione compositionis quam ratione amende, sit régis excieptis otto millibus lib. tur. quas ipse conciessit nobis de gratia speciali, in conpositione sive emenda cum ipsis canbiatoribus tacta vel fancienda. In cujus rei testimonium sigilla nostra duximus ad ponenda. Datum anno domini M" ce LXXXX", die dominica post festum narivitatis Béate marie virginis. » (1290, septembre. A. N. J. 474, n" 31.)

Betin Cassinel.

Betin Cassinel était fils de Jean Cassinel et de Marguerite, sa femme, originaires de Lucques (Italie), et frère de Sornard Cassinel.

C'est avec lui que commença la fortune extraordinaire de cette famille Cassinel qui était appelée à jouer un rôle si considérable pendant trois siècles. C'est, en effet, un de ses arrière-petits-fils, le tameux Ferry Cassinel, alors évéque d'Auxerre, plus tard archevêque de Reims, qui, le 30 novembre 1388, donnait à son neveu, qui n'était autre que Jean de Montagu, la seigneurie de Alarcoussis et le domaine de la Ronce, qu'il venait de recevoir de Charles VI, en échange de la terre de Gallargues, dans la sénéchaussée de Beaucaire. (Malte-Brun, Hist. de Marcoussis , 1867, in-8% p. 35.)

La sœur de Ferry Cassinel, Biette, avait épousé Gérard Montagu, père du grand-maître. On a prétendu, à cause de ses relations avec le roi, que Charles V aurait été le père de son favori ; mais les dates démentent péremptoirement cette légende : lors de la naissance de Jean de Montagu, Charles n'avait que 13 ans ou environ.

Plus tard, une autre Cassinel, Gérarde, fut la maîtresse du dauphin Louis, fils aîné de Charles VI, duc de Guyenne. C'est même cet amant indiscret qui faisait, dit-on, porter devant lui un fanion sur lequel étaient peints un K, un cygne et une aile : K-cygne-aile!

KIQ iRQat nOBlV^VlIS VIKD0fflinV5

JII90 •iAai/:)ini/q]z' . ihj .isao

Pierre tombale de Betin Cassinel, à l'abbaye de Lagny-sur-Marne (foires de Champagne) la porte

du chœur à giuche, en dehors de travers. (Collection Gaignières d'Oxrord. — Pelo. fol. 70 calque. B. N.)

Hic jacet nobilis vir dominus Bethinus Casinellii miles domini régis francorum : oriundus de

Lucca : dominus Castelli Gal[azanicis] obiit die mercurii, fasto beati luce evangeliste anno domini 1312. Ejus anima requiescat in pace. Amen.

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Betin Cassinel était en France avant 1287. On lit, en effet, dans les comptes de la Chandeleur (février 1288 n. s.) :

De monetaria Submidrii (Sommières) per Betinum Caucinelli, 700 1. 43 s. Id.

u De monetagio parisiens! per Matheum Caucinelli, 400 1. » (Opérations financières au Temple pour Philippe le Bel, L. Delisle, p. 136.) Nous trouvons le nom de Mathieu Cassinel dans ToMMASi, Storia di Lucca; il est 7îohle et grand en 1308, à Lucques. (M. de Saulcy le nomme Bethin ou Bechin, Cancinel et même Cantinel, et Demay (Sceaux de Clairambault) : Caucuiel.)

En 1293, la taille le nomme Betin, de la Monnoie; il paie 100 s. ; son vallet Guiot paie 2 s. Ils demeurent place Saint- Michel, dans la Cité, paroisse Saint-Barthélémy. Il est également inscrit parmi les Lombards : Betin de la Monnoie : 4 liv. Il paie donc deux fois. (Géraud, p. 135 et p. 3.)

En 1294, 24 juin, Bethin et Jehan Daismier, monnayeurs du Roi, prononçaient une sentence par laquelle ils restituaient à l'évêque de Viviers le droit de battre monnaie à l'Argentière. Jehan Daismier ou Dimier, le monnoieur, demeurait rue du Four (Saint-Honoré) en 1294, i^9^. 1305 22 juillet. Son fils Emcry était monnoier en 1311, 13 15, 13 17 (De Saulcy). (Mesxard, Hist. de Nisnics, t. I. Preuves, p. 127, cité par Boutaric.)

On trouve son nom au bas de l'accord entre les maîtres, les ouvriers et les monnoiers du Roi en juin 1296, avec ceux de Jehan Desmier, monnoier, de Thomas Bruchart, de. Renier le Flamenc, etc., bourgeois de Paris, maistres des monnaies. Renaud de la Halle était alors clerc des monnaies et Fâche Galgayu, de Florence, maître de la monnaie d'or. Ce « Syre Face, • mestre de la monnoie d'or, » paie 38 sous de taille en 1296. — Paroisse Saint- Jehan. — C'est le Galganus du compte de 1298-1301, publié plus loin.

En 1300, août, Bethin était pannetier du Roi et maître de la monnaie de Toulouse. Philippe le Bel lui fliisait don du moulin de Lunel, en Bas-Languedoc , et de la châtellenie de Gallargues

LOxMBARDS CELEBRES.

dans le même pays (castel de Gasalade, castrum Guasalanicis ou Galazanicis), dyocèse de Nismes. (A. N. JJ. 38, p. xvn.)

En 1305, il est chargé avec le chevalier Bernard Rémon et Jehan Dymier, de recueillir le profit que devait tirer le roi de la frappe des monnaies d'or accordée à Cathelin Infanghatin (le Othelin Enfegat de Géraud) et à ses compagnons, les Perruches, de Florence.

La monnaie doit être frappée de telle manière « qu'ils seront petiz royaux d'or fin qui seront de pois de 70 au marc de Paris, et seront taillés suivant la coutume. (A. N. JJ. 36. p. 237.)

Ce Cathelin Infanghatin et Philippe, des Perruches de Florence et leurs compagnons, percevaient les émoluments que le roi devait tirer des monnayages de Paris, Troyes, Tournay et Sommières en 1305. Lundi devant la Magdelène. Daté de Courci en Loige. (A. N. JJ. 36. p. 236.)

En 1305," 4 août, Philippe le Bel autorisait Donato Brunet, de la Société des Perruches de Florence, à saisir et à arrêter tout l'or et l'argent qu'il trouverait dans le royaume ainsi que toutes les monnaies adultérées et contrefaites (A. N. JJ. 36. pp. 100 et 238.)

En 13 10, Donat Brunet, de Florence, et Jaques de Chartant recevaient la ferme de la fabrication des monnaies. (De Saulcy.)

En 1308 (3 juillet), mons. Betin donne des ordres à la garde de la monnaie de Paris. (De Saulcy.)

Le mardi après la Saint-ALartin d'hiver, 1309, Betin, dans une donation entre vifs, accordait à son fils, Guillaume, chevalier, une rente annuelle de 500 livres tournois, que ce dernier ne pouvait aliéner; elle devait retourner à ses enfants, qui étaient émancipés à cette date. Betin qui possédait des propriétés à Romainville, à Bagnolet, à Petit-Can (?) se réservait le droit de résider, sa vie durant, dans ces endroits. (A. N. JJ. 41. p. 142. JJ. 42. p. 183. JJ. 42. p. 141.)

Il avait encore des immeubles à Paris. Au mois de janvier 1309, nous le voyons vendre à Thibaut de Saint-Martin des Champs, quatre maisons qui lui avaient été données [par le Roi ?] et qui venaient d'Ade de Drancy, de Robert Roussel, de

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LES LOMBARDS A PARIS

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Simon du Temple et de GeofFroy Lanier (Lanarius). (A. N. JJ. 41. p. 184.)

En 13 10, 7 février, Bethin Cassinel et Pierre de Mante passaient un bail pour frapper des « agnels » de 58 1/3 au marc, et la chambre des monnaies (du 15 mai 1308 au 15 février 13 10), réclamait les comptes de trois jours de monnayage par Pierre de Mante et Bethin. (Ord. des R, de F., — De Saulcy.) Le 8 juillet 13 12, un arrêt du Parlement confirmait une sentence du Prévôt de Paris, relativement à la propriété de plusieurs héritages à Romainville et à Bagnolet. (Actes du Parlement, n° 3986. BouTARic. — Pour les héritages de Guillaume à Pomponne, Romainville et Bagnolet, voir Sauval, t. III.)

Enfin, Bethin Cassinel mourait à Paris, le mercredi, fête de saint Luc — 18 octobre 13 12, — et était enterré à Tabbaye Saint-Pierre de Lagny où se lisait cette épitaphe :

« Icy gist noble homme monsieur Bethin Cassinel, chevalier : de Ms^ le Roy de France, originaire de Lucques, chastelain de ; Galargues, qui trespassa le mercredy, f^ste de Saint-Luc l'evan- . geliste 1312.» (P. Anselme. — Duchesne, Histoire de la Maison ]de C hast il Ion, p. 452.)

Nous publions sa pierre tombale d'après Gaignières. L'inscription, mal déchifîVée, doit être rétablie ainsi : ... dominas castelli Guasanalicis qui obiit . . .

En 13 13, durait encore un procès, intenté par Bethin, de son vivant, au sujet de Guillaume de Castelnau, son lieutenant en Languedoc, auquel on avait fait subir des violences. La demande de poursuites fut rejetée (14 mai 13 13). (^r/^'j- du Parlement, n° 4298. — BoUTARIC.)

Betin Cassinel avait eu deux femmes. La première, Jeanne Garnier, était la mère de Guillaume Cassinel, premier du nom ; la seconde, Vierne, instituée par testament tutrice de Jean, fils et héritier de Betin, obtenait un arrêt ordonnant au sénéchal de Beaucaire de lui remettre les biens de feu son mari. {Actes du Parlement. — Boutaric.)

Les 0//w (t. II, p. 556) renferment Fordonnance du Roi, au sujet de la saisie des biens de Betin Cassinel par le sénéchal

LOMBARDS CELEBRES

de Beaucaire, pour éviter que ses enfants ne se les disputent. Vierne, femme du défunt et ses deux enfants, Jean et Guiot prétendent que Betin a choisi comme légataire universel son fils Jean, et comme curatrice et tutrice de ses enfants, sa femme Vierne. Guillaume Cassinel, chevalier, fils d'un premier lit, soutient qu'au moment de sa mort, son père, bourgeois de Paris, habitait cette ville depuis longtemps, et qu'il avait acquis les propriétés contestées du vivant de sa première femme, sa mère, à lui.

Le sénéchal adjuge la saisine de ces biens à Jean et à Vierne; la question de propriété de Guillaume est réservée.

13 12. Vendredi après la Saint-Martin d'hyver. Guillaume Cassinel paye 257 1. 15 s. p. au Prieur et au couvent du Val des ÉcoHers à Paris. — Comptes du (Trésor 1345-1419. École des Chartes, t. XLIX, 1888.)

Les comptes de 1 298-1 301 que nous publions pour la première fois montrent Betin dans son rôle de monnayer.

Voici un document de la même époque le concernant :

« Guill. Thibout, garde de la prévôté de Paris. Marguerite femme feu Maugier le Registrier, jadis bourgeois de Paris et Auberée sa fille femme de feu Jehan de Dampierre, possèdent une place assise à Paris en la rue des Jardins en la censive qui fut jadis Pierre Le Flamenc, joignant d'une part à la maison dudit Pierre Le Flamenc, et d'autre part à la maison des Nonnains du pont Nostre-Dame de l'Ordre de Cisteaux du diocèse de Miaux et la vendent au roi, pour 40 1. t. qu'elles touchent par la main de Betin Cassinel, mestre des monnoies du Roy. » Vendredi après Pâques 1298. (A. N. J. 151, n" 27.)

Jeton de Bétin Cassinel. Musée de Cluny. CoUect. Affry de la Monnaye.

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