MARRE
En 1204, il y avait environ quarante Juifs, de France ou de Normandie, retenus comme otages, prisonniers au Châtelet du Petit-Pont, à Paris. (L. Delisle, éd. — Premier livre de Philippe Aîig.) Nous ne trouvons pas d'exemple de semblable mesure envers les Lombards.
Cinq ans plus tard, en 1209, les sommes dues aux Juifs par vingt-quatre places des environs de Paris s'élevaient à 235,785 liv.
10 sous.
Quant à leurs noms, ceux qui avaient réparti l'impôt levé sur les Juifs se nommaient Helias, de Sezerrie, qui demeure aux Échelles ; Jacob Presbiter, qui demeure à Gonesse ; Morellus de Hienville; Vivant Gabois et Vivant de Melun.
Voici, en outre, une liste des noms les plus communs à cette époque parmi eux :
Mousse ou Mosse (Moyse), Salomon, Isaac, Léon ou Lyon, Judas, Samuel, David, Abraham, Cohen, Haquin, Jacob, HéUe, Astrugus (Astruc), Sabron, Joce, Vivant, Crescent, Dieu le croisse, Bele-Assez, Belhon, Vitalis, Marc d'argent (1292), Bonfilz, Bonnefoy, Bonne aventure, Bonne vie, Bienliviengne (Benciveni), Sarre (Sarah), Hanna, etc., etc.
Leurs rabbins se nommaient Jechiel, de Paris (t 1268); son gendre, Isaac, de Corbeil (29 avril 1280) dit Baal hhotem ou le nei velu; Nathan, l'official, et Joseph, fils de Nathan, Moise, de Couci (fvers 1280), etc., etc.
La Juive la plus imposée en 1293, Sarre la Bocacharde et son fils, ne payaient que 24 livres. (Gèraud, p. 178.)
Cette rapide nomenclature nous paraît suffisante pour empêcher toute confusion entre les Juifs et les autres financiers. (Hist. lin. de la France, t. XXI, F. Lajard. — Géraud et le Livre des tailles de 12^6 à i]oo. A. N.)
Nous sera-t-il permis de faire remarquer que parmi les pré-
CAORSINS. LOMBARDS.
teurs auxquels s'adressent les Croisés, en Terre Sainte, on ne trouve jamais de Juifs, ce qui paraît naturel, et cependant c'est Taffirmation du contraire qui motive notre observation? Une charte des Croisades, portant le nom d'un Juif, peut être rejetée, suivant nous, comme contrefaite.
Dès le VIII*' siècle nous trouvons des traces certaines du commerce, fait par les marchands lombards, en France. (Sickel.)
Dans sa lettre du 10 septembre 1074, adressée aux évêques de France, Grégoire VII reproche les vols commis sur mercaîorihus qui de multis terrarum parîibus ad forum quoddam in Francia semper convetierant (p. 583).
Le 13 novembre suivant, le pape accusait le roi Philippe P% dans une lettre à Guillaume, comte de Poitiers, d'avoir dépouillé mercatores Italicc qui ad partes vestras vénérant (p. 587).
Enfin, le 8 décembre de la même année, dans une lettre à Manassès, archevêque de Reims, Grégoire renouvelle contre Philippe, roi de France, ce loup dévorant, lupus rapax, tyran injuste, ennemi de Dieu et de la sainte religion, l'accusation d'avoir dépouillé les marchands itafiens et ceux des autres provinces. Cette dernière épître à l'évêque de Reims tendrait à prouver qu'il s'agit, en fait, des foires de Champagne et de Brie. (Hist, de Fr., t. XIV, 1806.)
Les Lombards étaient établis en France, ou mieux dans le Midi de la France actuelle, dès le commencement du xii^ siècle.
Avant 1121, date de sa mort, Guillaume V, de MontpeUier, avait assigné à la commune de Gênes une maison sise dans Montpellier; et en 1132, les Génois achetaient, à Narbonne, une place pour bâtir un entrepôt.
A l'époque où Benjamin de Tudele visitait MontpeUier (1166-67) cette ville devait sa prospérité aux marchands génois et pisans.
Raymond V ouvre ses portes aux Génois et leur accorde dans tous ses États une entière franchise, 1174. (Germain, Histoire du commerce de Montpellier, t. I, p. 98. — Histor. pair, monum. Liber Jur. reip. gen., t. I, p. 296.)
En 1209, Philippe-Auguste protégeait les marchands italiens qui venaient aux foires célèbres de Champagne. (Cibrario, Storie minore. — Oger Alfer, Chronicon asîense. Muratori, t. XI. — Champagne, 137, f° 1 5 v°. — 500 Colbert, t. LVI, p. 45, B. N.)
Les Foires de Champagne et de Brie.
En 1865, Bourquelot, dans le recueil de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres, a pubhé un travail très complet sur ce sujet. Nous n'en dirons que deux mots.
Ces foires, mentionnées à Troyes dès le v^ siècle, et dont Tépoque la plus florissante fut le xii' et le xiii" siècles, avaient
lieu
A Lagny-sur-Marne (2 janvier) ;
A Bar-sur-Aube (fin février et mars);
A Provins — Foire de May (fin avril-mai) ;
A Troyes — Foire Saint-Jehan ou foire chaude (juillet-aoûtseptembre) ;
A Provins — Foire Saint-Ayoul ou Saint-Ernoul (14 septembre) ;
A Troyes — Foire Saint-Rémy ou foire froide (2 novembre).
Elles étaient fréquentées par des Provençaux, des Italiens, des Espagnols, d'une part; des Français du Nord, des Anglais et des Flamands, de Tautre. On y venait de très loin, d'Asie, d'Acre, par exemple.
Nous connaissons les noms de quelques capitaines élus des Lombards aux foires de Champagne :
En 1288, Bugerio di Casace, de Milan;
En 1293, Eanzalotto Cuccherla, de Plaisance;
En 1299, Jaques du Front, de Florence;
Vers 1330, Bonnat Octavyan.
CAORSINS. lombards.
Aux foires de Nismes, de fondation beaucoup plus récente (1275), qui rivahsaient avec celles de Champagne, les caphaines des Lombards étaient :
En 1278, Fulcone Cacio, de Plaisance;
En 1293, Albert Medici, de Milan.
Actes concernant les Lombards.
En 1240-1251, Henri III faisait expulser d'Angleterre tous les Lombards. {Rolls of Pari.)
En 1245, Thibaut IV, comte de Champagne, accorde des privilèges spéciaux à ceux des marchands romains, toscans, lombards et autres Provençaux qui logeront dans son hôtel de Val-Provins. {Layettes du Très, des Ch., II, p. 587. — Pigeonneau.)
En 1258, saint Louis faisait chasser les Caorsins. {Actes du
Parlement, I, n° 225.)
En 1260, il y avait des Lombards à Pvouen. — Item, Jacoho Segherii, Lomhardo, et suis sociis VIL' et XIII lib. (1260, avant le 14 septembre) {Très, des Ch. — Dépenses de la ville de Rouen,
Delaborde, t. III, p. 543.)
En 1268, janvier (v. s.), saint Louis faisait chasser du royaume les Lombards, les Caoursins et les autres usuriers étrangers, sous trois mois. {Ordonnances, l, p. 96.)
Suivant nous, cette ordonnance ne s'appUqua qu'aux usuriers pris en flagrant déUt et dont les exactions devenaient trop scandaleuses, puisque, un an après, un arrêt de 1270 admettait les marchands lombards qui payaient la taille à Paris, à jouir de certams privilèges réservés aux bourgeois, notamment pour le paiement des coutumes, des péages, des redevances, etc.
Une autre preuve se trouve dans l'ordonnance de 1274 (P. 2289, f'^ 100 et sqq. A. N.) qui dit que Tusurier poursuivi pourra se défendre et qu'on fera sur lui une enquête pour^ savoir sa richesse, « s'il a longuement maintenu le mestier d'usure,
h il'
s'il a moult gagné au mestier, s'il prête grées usures ou à legier attrempement, etc., s'il a été rebel ou rioteux... « et plus loin : « que tuit li lombarts usuriers soient mandés devant les commissaires » et qu'ils fournissent caution sans qu'il leur soit permis de se mettre en franchise. Enfin les commissaires doivent interroger les courtiers et les faire jurer « sur commination de grant peine de dire vérité. »
Au xiii^ siècle le taux moyen est entre 8 et 10 %. Sous Philippe-Auguste, l'intérêt légal que pouvaient exiger les Juifs était de plus de 43 % — 2 deniers par livre, chaque semaine. (Servois, École des Ch.)
A Vérone, en 1228, la loi fixait le taux de l'intérêt à 12 ^o; à Modène, en 1270, à 20 %. (Perrens, 1. 1, p. 200.)
En 1270, il y avait des Lombards établis à Guinguamp, à Qiiimper, à a^imperlé, à Nantes; en 1273, à Dinan. (Du
Gange.)
En 1274, Phihppe le Hardi renouvelait l'ordonnance de samt
Louis de 1268 ^'>.
Ge fut Philippe le Hardi, qui eut Fidée de créer à Nîmes un grand développement commercial : il y réussit. La prospérité de cette foire dura jusqu'à la guerre de la ligue de Cambrai (1508). La foire de Beaucaire la remplaça au xiv^ siècle, puis celle de Lyon à partir de 1444. (H).
En 1277, février, les marchands lombards, toscans, de Pis-
toïe obtiennent les franchises à Nîmes.
Villes citées dans l'acte : Rome, Gênes, Venise, Plaisance, Lucques, Bologne, Pistoïe, Asti, Albe, Florence, Sienne, Milan.
Nature des échanges : soie, grains, fer, plomb, cuivre, étain, cendaux, draps d'or, camelot, étotfes de laine, bougueran, futaine, canon, toile, cuir de bœuf, de boucs [becunes], de mouton, cordouan rouge et de couleurs variées, basane, pelleterie.
Permission d'étabUr une table de change, comme en Gham-
(i) Voici les années où sont rendues les Ordonnances : 1268, 1274, 1363, 1368, 1379, 1381 (deux ordonnances), 1406 (trois ordonnances), 1429,
caorsins. lombards.
pagne, usiiris cessantihus omnino, et d'élire un capitaine ou recteur et des consuls. {Lib. Jur.)
En 1278, ils étaient en Touraine et dans le midi. A Nîmes, en 1275, certaines conventions passées, entre le roi et les marchands de Tuscie (Toscane) et de Lombardie, les obligeaient à se servir du poids du roi et à élire un capitaine. Ge capitaine, comme nous l'avons dit plus haut, était alors Fulcone Gacio, de Plaisance; en 1293, ^^ ^^ nommait Albert Medici, de Milan.
En 1288, ils ne pouvaient trafiquer dans aucune autre ville que Nîmes et il leur était défendu de se rendre à Montpellier, qu'ils avaient quitté en 1278, ce dont se plaignaient le roi de Majorque et ses hommes de Montpellier. (Du Gange.)
De plus, ils ne pouvaient aborder en France qu'au port d'Aigues-Mortes. (14 avril 1293, ^' ^O
Aigues-Mortes était le premier port possédé par les rois de France sur la Méditerranée, mais, malgré leur bonne volonté, jamais cette ville ne put devenir un centre commercial. Auparavant, les Génois et les Pisans, qui fréquentaient les foires de Saint-Gilles et de Frcjus, remontaient à Arles par le Rhône, à Narbonne par l'Aude, et communiquaient avec Montpellier par le port de Lattes.
Les Lombards payaient la taille à Paris, comme bourgeois, ainsi que nous l'avons vu plus haut, à partir du jour de leur réception, et en plus, une certaine somme imposée pour cause d'usure, ce qui n'empêcha pas qu'en 1291, le mardi après la Saint-Barthélémy (août), ils furent arrêtés, dépouillés puis relâchés. (Doat, 156, p. 12. — BouTARic, La France sous Philippe le Bel.^ Nous donnerons plus tard deux lettres d'un directeur de la compagnie des Cerchi, écrites à cette date et sur ce sujet, qui sont en même temps de merveilleux monuments de la langue italienne. (Giudici, Municipi italiani.^
En 1294, aux foires de Ghampngne, ils avaient l'autorisation de faire des ordonnances et des statuts entre eux. (Ghampagxe, 138, p. 188 v°B. N.)
En 1293, la taille sur les Lombards, à Paris, s'élevait à
LES LOMBARDS. — TOME I
îll
I en liv. 14 s. ; en 1295, le denier la livre payé par eux, cette année-là, était de ié,ooo liv., ce qui donnait la somme de 81.000 liv. avec l'emprunt de 65,000 hv. ^^^^1^°^'; nirentau roi, avec la C" des Richars de Lucqucs. (A. N.
En 1296, leur taille, à Paris, s'élève à 1,263 1. 10 s. t. ; en 1297, h 1,008 1. 17 s. t.; en 1298, à 1,122 1. 17 s. t.; en 1299, à 1,188 1. 2 s. t.; en 1300, à 1,062 1. 3 s. t.
En 1294, les agents royaux protègent les Lombards contre les seigneurs, leurs débiteurs. (Ménard, Hist. de Nismes, t. I,
preuves, p. n/-) , .„ ,
En i -")■), Philippe le Bel les affranchit de toutes tailles, collectes, emprunts, droits d'ost et de chevauchée, et de tout autre impôt à condition de payer un denier, obole et picte par livre de toutes marchandises. Il les autorise à demeurer dans toutes les villes du rovaume après y avoir acquis le droit de bourgeoisie. {Ordomu des rois de Fr., t. I, 326. ann. 1295. - Bou- TARic, La France sous Philippe le Bel, p. 356-357.)
En 1293, Marcus Laurencius, de Venise; Leonardus de Mables, de Venise- Henricus Feseur de Geines, Marcus Romain de Venise, Leonardus de Pôle, de Venise ; Dcmarin Perc de Venise, tous Lombards habitant Paris, dont le capitaine était Albert
MeJlcl, sont condamnés h payer la taille comme les autres
bourgeois, malgré leurs réclamations. (Olim.)
(Les noms de Henri Feseur (12 1. 10 s.), ceux de Gênes; de
Marc Romain (58 s.), ceux de Venise; de Léonard de Puille
(Pouillc) (40 s.), ceux de Venise; de Marin Maripèrc (18 s.),
ceux de Venise se trouvent dans Géraud, p. 4.)
Les Lombards servirent aux Papes à recueillir les tributs de
diverse nature que le monde chrétien payait au trésor pontifical.
(ClBRARIO, Ec. pol.)
QiianJ le Pape essaya de faire lever les sommes qu il percevait, par les Lombards Spilliacus de Cocissia, de la Société des Spini, de Florence, et BonnaviUanus Lucheti, de la Société des Clare'ts de Pistoïe, le roi s'y opposa tout d'abord et ne leur en donna la permission qu'à condition qu'ils recevraient l'argent
'fi
CAORSINS. LOMBARDS.
directement et le remettraient de même. L'acte est signé entre autres par Pierre Flotte^ Jehan Clersens, Guill. de Hangest, Jean de Montigni, etc., et Mouschet (le fameux Mouche).
Grégoire IX se servait de Bernard Scoti de Plaisance.
En 1299, Philippe le Bel autorisait la ville de Riom à prélever les tailles sur les Lombards, malgré leurs réclamations, comme sur les autres habitants. {Olim.)
En 1303, le I" décembre, les monnaies étant altérées, on attribua cette altération
A Lombards qui i gaignèrent Qui de faible loi la forgièrent.
(Geffroi de Paris, Chron. métrique, vers 2206-7.)
En 1308, les Lombards^ changeurs et orfèvres, qui fondaient le billon en lieux privés et secrets, étaient punis à Paris et à Troyes. (A. N. JJ. 42, p. 7 et 8.)
En 13 14, Johan Van et ses compaignons lombards gardaient l'eschange du Roi à Londres. (^Rolls of Parliament, t. I, p. 293.)
En 1315, ils avaient la permission de fréquenter les quatre villes de Paris, de Saint-Omer, de la Rochelle et de Nîmes, ainsi que les foires de la province de Narbonne, 1317^ avrils Bourges. {Orâon. des R. de F,, t. I, p. 584.)
Nous trouvons aux Archives (JJ. 53, f° 81, n° 187), une charte concédant à André de Calvignac, chevalier, le droit d'avoir des Lombards, et entre autres Guino Rafîlmi, sur ses terres ; et une autre de juillet 1334, accordant la même faveur au comte de Bar, Edouard. (JJ. 66, [° 6^2 r°, n° 1439.) Ces deux pièces sont publiées dans VHistoire du commerce de la France, de M. H. Pigeonneau. Paris, 2 vol., 1885.
Il s'élevait quelquefois entre eux des conflits. Nous avons un arrêt de 13 18, cassant une sentence des gardes des foires en Champagne, rendue au sujet d'un différend entre Pierre Renuche, de la Compagnie des Perruches, Lapprenier de la Compagnie des Bardi, d'une part, et Hatino Bonaventure et Blas
Guy (BLisonem Guidonis), substituts des procureurs de Sienne, d'autre part. (Boutaric, îoc. cit.)
Après avoir occupé des situations très élevées dans les finances, soit comme monnaiers, soit comme receveurs, nous voyons qu'on prit enfin des précautions pour les éloigner de ces emplois, dans lesquels on avait eu, sans doute, à se plamdre
d'eux.
Dans une ordonnance faite à « Angiers, presant le roy et son
conseil ou mois de novembre, Fan de grâce 1323, » il est dit :
... que aucun clerc receveur ne soit au trésor quM ne soit du
royaume » ; et « Item, que nulz receveurs du Roy ne soient
oultremontain ne de Lombardie. » (B. N. fr. 4596, fol. 108 r°
et no v°.)
Les extrait^^ des « Comptes du Trésor » que nous publions, démontrent jusqu'à l'évidence que ces Italiens amenaient avec eux, en France, leurs parems, leurs amis, leurs compatriotes, auxquels ils procuraient de bonnes places. Nous reverrons la même tactique, plus tard, avec les Médicis, et les Ma-
zarini. .
Nous ne pousserons pas ces recherches plus avant dans ^ le
xiv- siècle pour ne pas enlever l'intérêt à ces études par l'abondance des documents à l'époque que nous atteignons. Les Dino Rapondi ont été déjà signalés dans les publications de la ville de Paris. Nous reviendrons un jour sur Edouard Tadelin, de Lucques, ce fameux marchand lombard, l'heureux concurrent d'Etienne Marcel, le fournisseur attitré du roi Jean; sur Barthélémy Spifame, cet autre marchand lucquois, qui prête au roi de France 1499 1- ^'- ^^ 3^ mars 1355 (Joursanvault), et qui vend à Thomas, le courtepointier du roi, des courtines pour l'oratoire de Blanche de Bourbon, reme de Castille (1352). Il faisait passer 2,000 moutons (monnaie) au roi Jean, prisonnier en Angleterre, par l'intermédiaire de Luchi de Lombardo de Luca (15 mai 1359. Douet
d'Arcq).
Nous n'avons pas rencontré de preuves de persécution envers les Lombards comparables à celles que l'histoire a enregis-
CAORSINS. LOMBARDS.
trées contre les Juifs ^^^ : les marques d'infamie, par exemple, ou l'autodafé de Troyes ^^\
(i) Peruzzi cite quatre persécutionl'des Lombards en France : (S. Peruzzi, Storia di commet cio, etc. e dei hanchieri di Firen^e).
1° En 1277, le 24 avril, Philippe le Hardi les poursuit comme usuriers;
2° En 1291, Philippe le Bel les fait prendre sous prétexte d'extirper l'usure de France. (Les tailles sont des preuves du peu d'effet de cette mesure.)
30 En 1337, 13 avril, Philippe de Valois les fait saisir pour leur arracher une somme d'argent destinée à faire la guerre contre Edouard IIL
Enfin 40 : en 1345, février, Philippe de Valois, exerçant des représailles contre les Florentins qui avaient chassé le fameux duc d'Athènes, poursuit les Florentins et les expulse du royaume (p. 194).
(2) L'autodafé de Troyes en 1288 :
Le vendredi saint, 26 mars 1288, des chrétiens de Troyes, voulant venger « la mort de leur Seigneur, » envahirent la maison d'un riche Juif Isaac Châtelain et s'emparèrent de lui, de sa famille et de treize autres juifs qui, jugés par les Dominicains, furent tous brûlés, le 24 avril, samedi. {Hist. lilt.^
t. XXVII, p. 475-)
Les victimes furent : Isaac Châtelain ; sa femme, qui était enceinte ; ses deux
fils; sa bru, « qui tant était belle »; Samson, son gendre; Salomon ; Biendit
Bonfîlzd'Avirey(Aube); Siméon, le chantre et scribe de Chatillon; le « beau »
Colon; Isaac, le prêtre; Hayyim le chirurgien, le maître de Briénon (Yonne),
« qui rendait la vue aux aveugles » ; enfin Hayyim de Chaource (Aube).
Le 17 mai 1288, lundi de la Pentecôte, Philippe le Bel défendit aux Pères et Frères de tout Ordre de poursuivre aucun Juif du royaume de France.
Sur les Signes d'infamie au moyen âge, voir la remarquable étude de M. Ulysse Robert dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France. 1889, in-80.