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CHAPITRE II

Les Caorsins. — Nationalité des Caorsins et des Lombards. Les Lombards aux foires de Champagne.

Les Caorsins.

(Change — Prêt sur gage.)

Les Usuriers.

(( Les habitants de Cahors furent les premiers à rivaliser avec les Juifs dans l'art du prêt et du change. » (Cibrario, Écon,

polit, au moyen âge.)

Cette opinion paraît indiscutable quand on voit mentionner les usuriers de Cahors dès le mois de janvier 11 66, dans une bulle du pape Alexandre III, et en 121 6, dans une lettre d'Innocent III, ordonnant de les chasser du cloître de Troyes. Ils sont également cités dans un document de 1220. (Coll. Doat. — BouRauELOT.)

En 1230, 27 mars, il y avait à Cahors une compagnie de Lombards, ayant à sa tète un nommé Juvénal, qui avait prêté 200 marcs d'argent à l'évèque Guillaume. (Doat. 11 8, fol. 30 r^) Évidemment ce financier était venu d'Italie, mais cela n'empêchera pas Benvenuto d'Imola d'écrire en 1380, dans ses commentaires sur Dante : <( Cahors est une ville de France où presque tous les habitants sont usuriers. » (Muratori, t. I, col. 891, B.)

En 1304, le procureur Jehan de Lalbugua les avait accusés de bien d'autres méfaits. Dans un sermon délivré à Cahors aux Frères Prêcheurs, le procureur du roi n avait-il pas traité les habitants de Cahors de meurtriers, larrons, incestueux, traîtres à Dieu et sodomites? Heureusement que Tévêque Raymond prit leur défense , et vint déclarer que les habitants ainsi calomniés étaient bons et vrais catholiques et légitimes chrétiens.

De 1230 à 1240, les noms de Caorsins et de Lombards deviennent synonymes d'usuriers français et italiens, mais on trouve encore les Caoursins spécialement désignés dans une ordonnance de janvier 1264 (n. s.), interdisant les foires de Champagne à Etienne et Pierre de Salvetat, et aux frères Durand, tous de Cahors. En 1274, nous trouvons un reçu de 300 livres de Viannois (monnaie) de Ardeton, le Corssan, et le Livre des Sept Péchés mortels de Laurent cite ^ les Caorsins qui prêtent et destruient le pais. » (Godefroy: Caorsin.)

Enfin, en 1285, l'archevêque de Bourges, Simon, primat d'Aquitaine, visitant le diocèse de Cahors, recevait Fabjuration de quarante usuriers pratiquant dans le Q uercy. (Baluze, Miscell.) Ce qui donnerait raison à Benvenuto d'Imola.

La rue des Corps Saipts à Genève est évidemment la rue des

Caorsins.

Dans les actes publics du milieu du xiii' siècle, ils sont encore distingués des Lombards , mais peu à peu on les voit disparaître devant ces derniers dont les noms se sont conservés jusqu'à nos jours, à Paris (rue des Lombards), à Londres (Lombard Street) et en cent endrohs divers jusqu'à Avise (rue de la Lombardie), au Mesnil, à Avenay (rue des Lombards), en Champagne, etc. Lombard Street à Londres portait ce nom dès 13 18 {Str(mj's Surveyj p. 376). Il n'y a plus aucun de leurs descendants dans cette rue qui comptait encore, en 1805, dixsept maisons de banque, (Mac Pherson, Annals of Commercé) et qui renferme aujourd'hui un si grand nombre d' « offices » de financiers.

CAORSINS. LOMBARDS.

Nationalité des Caoursins, des Lombards.

Nous n'ignorons pas que nous sommes en désaccord avec plusieurs historiens qui se sont occupés de cette question.

Si Adrien de Valois et Muratori affirment, comme nous, que ces usuriers venaient de Cahors — ce dernier avec d'excellentes preuves à l'appui — en revanche, du Cange et les autres leur donnent une origine italienne (Notitia Gaîliar., p. III, col. i ; — t. I, diss. XVI.) Depping les fait venir d'une ville du Piémont, Caorsa; Bourquelot les amène d'Italie à Cahors et son ami M. Lacabane altère les textes pour soutenir la thèse de Bourquelot : il s'obstine à lire Caoursins de Sienne (senensibus) là où Mathieu Paris a positivement écrit Caoursins — synonyme d'usuriers français — de Sens (Scnonensihus), comme on a dit les Caoursins de Douai, de Bourc, etc., et les Lombards de Paris, de Londres, etc. « Le texte portait, A coup sur, senensibus », écrit M. Lacabane (École des Ch., série V, t. I, p. 323).

Depping avance qu'ils étaient Juifs : nouvelle erreur. Les noms seuls des Caoursins prouveraient le contraire. A part un certain Girard David (1230), on ne peut raisonnablement soutenir que les noms Guillaume Servat ou Servade, Reymond de Saint-Clément (Rolls of Parli a ment), Reymond de Salvagnac^'^^ Jaques Jehan, Guillaume de Lart, etc., soient juifs.

Mathieu Paris dit positivement (an. 1235) que les Caoursins

(i) Quand Simon de Montfort prit Lavaur, 3 mai 121 1, il abandonna les richesses de cette ville à Raymond de Salvagnac. Voici à ce sujet un passage traduit de la Croisade contre les Albigeois :

« A Raymond de Salvagnac, un riche marchand, — natif de Cahors, puissant et opulent bourgeois ^ — le comte de Montfort doit l'immense butin. — C'était lui qui maintenait la croisade et lui avait prêté l'argent, — recevant ensuite en paiement du drap, du vin et du blé. — Tout le butin de Lavaur lui fut mis devant et donné...

Traduction Fauriel de V Histoire de la Croisade contre les Albigeois, en vers provençaux. Dans la ville, on trouva des chevaux noirs et bais, des armures, de fer, du blé, du vin, du drap et des vêtements.

étaient français et le Livre des Proverbes français du xiii^ siècle cite ce dicton populaire : « usuriers de Cahors. »

Le pont de Cahors, commencé vers juillet 1251, qui existe à peu près tel que le représentent les sceaux et les poids-monnaie de la même époque , est encore connu sous le nom de « Pont des Usuriers ». (Doat. 118; Arch. nat. ; Cab. des méd.

Enfin dans un passage du Pèlerinage de la vie humaine, poème

du xiv^ siècle, cité par Bourquelot, V Avarice dit au pèlerin qui s'informe de son pays d'origine :

... Ma nacion est A Caours, où on me nourry Dont Caorsine dite suis.

auant au taux de l'argent prêté par les Caoursins, on trouve au xiv« siècle des exemples d'un intérêt de 3 5 °/o et même plus élevé, mais généralement le taux était plus raisonnable, comme en témoignent ces extraits des comptes d'Yolande de Bar, dame

de Cassel, à la date de 1354 •

« Item pour la monnoie eurent les Cauwersins à III et demi pour C le moins. » Suivent deux notes des « Kauwersins ». (CiBRARio, Êcon. polit. — Dehaisnes, U Art en Flandre, p. 383.)

Si les noms des Caoursins ne prêtent à aucune équivoque, et trahissent leur origine française, ceux des Lombards sont toujours itahens ou traduits de ritalien<'>.

(1) Dans rorigine, en Italie comme en France, les noms étaient personnels. Plus tard, on y ajouta le nom paternel, puis des distinctions de lieu d'origine, de métier, de qualité ou de défaut, enfin des surnoms.

Les noms dç famille ne deviennent d'un usage général qu'au xiii'^ siècle en Italie ; ils ont tous une signification :

Les Pazzi signifient les Fous ;

Les Ubbriachi — les Ivrognes ; Les Infangati —

Les Bardi —

pour Durante.

Les Spini —

les Embourbés;

contraction pour Berardi ou Bernardi, comme Dante

les Épines ;

CAORSINS. LOMBARDS

Quant aux Juifs, c'est-à-dire à leurs noms, qu'il est impossible de méconnaître à cette époque, qu'il nous soit permis d'ajouter encore quelques mots sur eux, bien qu'ils ne rentrent qu'incidemment dans notre sujet. On sait qu'au lieu de se borner à taire du commerce, ils se livraient à la pratique du prêt sur gage et de l'usure, ce qui fut cause des véritables persécutions qu'ils eurent à subir.

En tout cas, ils étaient placés en dehors de la loi commune, contrairement aux Lombards, qui jouissaient des privilèges attachés au droit de bourgeoisie ^^\

Entre ces derniers et les Juifs, on étabHssait des distinctions.

Les Cerchi Les Mozzi Les Mazzi Les Pulci Les Peruzzi Les Scoti

signifient les Cercles;

— les mousses, garçons, serviteurs ;

— les masses, marteaux ;

— les Puces — et non poussin qui se dit pulcino.

— petite poire, diminutif de pera.

— sergette, espèce de drap ;

— écot, repas pris en commun ; v

ou Scotti —

Écossais se dit Sconese.

Les noms composés ont également un sens : Les Foraboschi, les Tiraboschi signifient les Perce, tire-bois ;

Les Frescobaldi Les Caponsacchi Les Diotisalvi Les Bentivoglii Les Pelavicini

les froids et hardis ; les têtes en sac ; les Dieutegard ; les Bien te veux ; les Pêlevoisins ; les Bon secours.

Les Bonajuti —

Il est assez facile, avec un peu d'habitude, de retrouver le nom italien sous le nom français du xiiie siècle : ainsi il est évident, si nous ouvrons Géraud, que le Palestrel de la page 2 est Palastrellus ; la compagnie des Sail-en^biens de la page 3 est celle des Salimbeni ; les Bonajtite, les Bonnc-Voute sont par corruption les Bonajuti (et non Bona volta), et que même le Bernard de Quessenet de la page 4 n'est autre que : Sornard Cassinet : Sornar... do Cassinelli.

(i) En Saintonge, à l'Ascension de 1261, un Juif, Aaron, était accusé d'avoir eu commerce avec une chrétienne, et condamné à 30 sous d'amende. (E. BouTARic, SaiJit Louis et Alphonse, p. 261.) Un Lombard eût été jugé probablement suivant le droit commun. (Cf. Tanon, îoc. cit.)

jusque dans les pénalités. En 1372, d'après le règlement d'Hugues Aubryot, un Lombard ou une Lombarde, en prison au Châtelet, ne devait payer que 12 deniers par jour, tandis qu'un Juif ou une Juive payait 2 sols tournois. (Dupuy, 247. B. N. — Dela-

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