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LES JETONS

Dans le cours du xviii^ siècle, le jeton perdit son usage primitif, et tout en conservant sa forme et son aspect, devint soit une petite médaille, soit une marque de rétribution déguisée sous le nom de jeton de présence.

Au xiii^ siècle, il fallait encore convertir, dans les opérations, les deniers (12) en sous, et les sous (20) en livres. Les personnes qui ont eu occasion de se servir des mesures de longueur anglaises ou américaines, savent qu'il faut encore convertir les lignes (8) en pouces, les pouces (12) en pieds, et les pieds (3) en toises, et combien ces opérations sont difficiles quand on n'en a pas une grande habitude.

On peut se figurer quelles complications rencontraient à Paris, par exemple, les marchands drapiers^ dont les marchandises se mesuraient à Faune de Paris, qui était de 3 pieds, 7 pouces, 10 lignes, quand il leur fallait vendre un quartier (le quart d'une aune), à 7 livres 10 sous 4 deniers l'aune !

Ajoutons que l'aune différait pour les merciers, et de plus changeait avec les localités.

Le pied, lui-même, avait quelquefois 10 pouces au lieu de 12, et l'écart entre le pied royal (o'"32484) et le pied usité dans certaines villes, était de près d'un quart ! ^

Du reste, dans la plupart des livres de comptes que nous avons consultés, dans les livres des tailles, par exemple, les erreurs involontaires de calcul sont très fréquentes. Avant l'invention du système décimal ou du :(cro qui, ajouté à la droite du chiffre lui donne une valeur dix fois plus grande, il était impossible de

de l'usage et de la routine, soit par la peur d'être trompé avec l'emploi de la nouvelle méthode, le public se montra rebelle à cette innovation : ce n'est qu'à la fin du xiiF siècle que l'usage des chiffres arabes se généralisait et encore trouve-t-on parmi eux des lettres romaines. »

C'est évidemment les mêmes causes qui ont fait que l'emploi de l'abaque ait subsisté si longtemps qu'on en trouve encore sur des jetons du xvie et même du xvn^' siècle, jusque dans les comédies de MoHère.

Ne vend-on pas encore à Paris, des marchandises à l'aune, et n'entcnd-on pas crier dans les rues des denrées à six liards la botte, en 1893, le cresson et le mouron, par exemple?

compter sans avoir recours à ce que nous appellerons des moyens artificiels. Les Grecs et les Romains qui employaient les lettres de leur alphabet comme représentation numérique, se servaient de Yahaquc horizontal qui était tantôt un cadre analogue aux bouliers-compteurs en usage pour marquer les points au billard^ tantôt une table sur laquelle étaient tracées des lignes formant des compartiments dans lesquels de petits cailloux {calculi chez les Latins, d'où le mot calcul) ou des jetons prenaient, suivant leur position, des valeurs différentes <'^

(i) Calculus. Cf. JuvÉNAL, Satire IX, 49 :

... Ponatur calculus, adsint Cum tabula pueri. Numera sestertia quinque Omnibus in rébus.

Et Satire XI, 132 :

... Adeo nulla uncia nobis Est eboris, nec tessellas nec calculus ex hac Materia.. .

Pétrone dans le Satyricon, cap. xxxiii :

ExcoL. aSequebatur puer cum tabula tcrebinthina et crystallinis tesseris : notavique rem omnium delicatissimam. Pro calculis enim albis ac nigris, aureos argenteosque habebat [Trimalchio] denarios. »

Et cap. Lxxx :

Calculus in tabula mobile ducit opus.

Voir encore J. Poi.lux, Onomast., lib. IX; — Ovide, De Arte amat., lib. II, vers 208-209, — Martial, lib. XIV, ep. 2oet ep. 17, etc., etc.

La Bibliothèque de l'École des Chartes, t. IV, an. 1842-43, p. 382 a publié 1' «Explication des traités de l'Abacus et particulièrement du traité de Gerbert,» par M. Chasles. On voit dans cet article que Boèce attribuait l'invention de l'Abacus à des disciples de Pythagore. M. Chasles affirme en outre que le principe de la valeur de la position des chiffres était parfliitement connu en France dès le xe siècle. A Rome même, au v^ siècle, on connaissait non seulement les chiffres mais la valeur de position.

Jeton allemand, xyii* sitcle.

Les Jetons des Lombards.

(Tessere.)

On trouve fréquemment dans les collections numismatiques des petites p.ecettes rondes de laiton ou de cuivre, assez semblables aux monnaies, avec cette différence qu'au lieu de lettres en exergue elles portem des petits globes, des besants. Les Italiens les appellent des tessere; en français nous disons des « letons ». Il est assez difficile d'assigner une époque exacte à la rappe de ces jetons, mais nous croyons qu'on peut, sans courir le risque de faire une grosse erreur, affirmer qu'ils ne som pas antérieurs au xiii' siècle, ni postérieurs au xv=.

Ces jetons portent les marques des compagnies de marchands qu 11 est très difficile d'interpréter aujourd'hui. Ils sont très communs et on en trouve en grande quantité, particulièrement sur les emplacements des anciennes boutiques (fondacM). Il n'y a pas de collectionneur de monnaies du moyen âge à qui il n'en soit passé par les mains. Le procédé forcément employé pour les obtenir, le peu de valeur du métal qui entre dans leur composition sont autant de raisons qui nous font supposer qu'ils étaient^ d'un usage assez courant. Il résulte de leur examen qu'il n'était pas besoin de les frapper avec un coin, mais qu'on se servait de poinçons dont les uns faisaient les rosettes et les besants, les autres les cercles et les grenetis, ce qui explique leur grande variété; ceux qui sont frappés sur un seul modèle forment 1 exception.

Il n'est pas rare de trouver les mêmes signes sur la face et le

tES LOMBARDS, — TOME II.

éo

revers, comme il arrive également que le même signe soit répété sur plusieurs jetons (côté face) avec des revers différents, mais quelle que soit la variété des inscriptions que portent les jetons, elles conservent une certaine uniformité dans le type qui fait qu'on reconnaît facilement que ces pièces étaient toutes destinées au même usage.

Leur grande ressemblance avec les monnaies a poussé quelques anciens auteurs à les publier comme telles, jusqu'à ce que le chanoine Reginaldo Selleri et Domenico Maria Manni soupçonnèrent enfin que ces pièces n'avaient rien de commun avec les monnaies,* mais qu'elles devaient avoir servi, soit comme jetons de présence à des soldats pour des montres, soit comme marques employées par des marchands pour leurs affaires ou comme des jetons pour marquer aux jeux ou pour d'autres usages analogues. Manni, s'appuyant sur les écrits du Siennois Girolalmo Gigli, prétend que ces jetons étaient exclusivement réservés aux employés de l'Université ou de l'Art de la Laine. Le Corn. S. L. Peruzzi dans la Storia del Commercio e dei Banchieri di Firenie s'exprime ainsi : « Je répète que les facteurs et les agents des compagnies des marchands de Florence portaient toujours avec eux un jeton avec les marques ou les armes des familles auxquelles ils appartenaient et qu'ils pouvaient montrer aux correspondants de ces maisons pour se faire reconnaître et inspirer ainsi une confiance parfaite. » Le chevalier Domenico Urbani dans ses Signes des anciens papetiers, dit que certains jetons reproduisent les mêmes dessins que les filigranes qu'on trouve dans des papiers et que ces jetons, suivant toute apparence, ont dû servir aux papetiers qui les fabriquaient.

Le signe représenté était, selon lui, celui qu'adoptait la compagnie à sa formation et qu'elle abandonnait lors de sa liquidation ou de sa dissolution.

Ce signe, souvent peint sur l'enseigne de la boutique, était apposé sur les marchandises qui sortaient de la maison comme garantie pour Tacheteur.

Voici une lettre qui confirmerait le fait :

LES JETONS DES LOMBARDS

u A l'honorable X..., salut, etc.

« Je viens vous prier de vouloir bien me faire faire une enseigne pour mon auberge, par votre compère, le maître charpentier, en face la maison de Conte Luti. Qu'elle soit en bon bois, bien sec, d'une longueur d'une aune un tiers, comme il conviendra le mieux, et d'une aune de largeur. Faites-y peindre un Saint Antoine avec deux armoiries (armicelle — armoiries de peu de valeur) l'une la hal^ana(^) et l'autre les armes du cardinal de Sienne, et en dessous les miennes, c'est-à-dire les armes des Rufialdi, avec la marque de la boutique qui est comme

ceci

« Faites cela au meilleur marché possible ; que l'enseigne soit finie au printemps pour la fête. Donnez cette forme T T aux

attaches et faites placer les ferrures pour la suspendre suivant cette indication. »

Le i^ juillet 1490.

• Pavolo d'Antoniuccio,

Votre dévoué en Saint-Q.uirico.

A l'honorable Giovanni Ghelaccini, mercier à Sienne, sur la place, (Archives de Sienne.)

Qu'il nous soit permis au milieu de cette variété d'opinions d'exposer la nôtre.

D'abord, nous doutons fortement que ces jetons aient servi de marques de reconnaissance pour les agents des Compagnies, parce que dans les anciens statuts de ces arts où tout était minutieusement prévu, il n'est jamais fait mention des fraudes qu'on aurait pu commettre au moyen de ces jetons.

Les Statuts de la Marchandise de la ville de Sienne, en vigueur

(i) Balsana, mot italien pour désigner l'écu coupé, c'est-à-dire séparé en deux parties égales par un trait horizontal, avec un émail dans la partie supérieure et un autre dans la partie inférieure. Ce mot était particulièrement appliqué, à Sienne, aux armes de la ville.

LES LOMBARDS A PARIS

LES JETONS DES LOMBARDS

au xiv= et au xv^ siècles, existent et renferment les règlements applicables aux marques de fabrique et les punitions infligées aux contrefacteurs et aux marchands qui n'observaient pas les règlements sans faire aucune allusion à ces jetons.

Pour nous, ces jetons sont des quartemoli et servaient uniquement à calculer. La nécessité de l'emploi de ces jetons s'impose d'elle-même quand on réfléchit, comme nous le disions plus haut, à l'ignorance dans laquelle on était alors du système décimal, à la manière dont se tenaient les livres de compte à ces époques, à la façon naïve de la comptabilité commerciale et à la difficulté des opérations les plus simples de l'arithmétique, rendue plus grande par l'usage obligé qu'on faisait des chifl"res romains, c'est-à-dire des lettres de l'alphabet.

Les basants qui se trouvent sur les jetons.

Nous allons essayer d'expliquer ces singuliers petits ornements qu'on trouve sur presque tous les jetons que nous pubHons et qui ne sont que rarement remplacés par des rosettes ou d'autres grenetis; généralement, ils sont ronds et représentent, à notre avis, des besants. Cest en étudiant les jetons employés, à l'origine, en Angleterre, que nous nous sommes formé notre opinion.

Les Jetons en Angleterre.

En Angleterre les jetons étaient primitivement des pièces de monnaie différentes de la monnaie courante, et comme dimensions, et comme apparence. Dans les temps reculés on se servait de hesanîs, ou de sous (soUdi) dépréciés et n'ayant pas cours, de l'empire d'Orient, de Byzance. Ces besants (en anglais byiantines) que nous retrouvons autour des jetons des Lombards, provenaient des amendes payées par les marchands étrangers, principalement itahens, et étaient employés comme jetons pour compter : quand on en avait un trop grand nombre,

on en envoyait une partie à la fonte. Leur valeur intrinsèque, au commencement du xiii^ siècle, était de i shilling 9 pence sterling (2 fr. 15 environ). Outre ces jetons en argent on utilisait également un jeton en or, appelé obolus, qui pesait 12 grains et valait 4 francs (un demi-noble). Au xn^ siècle il y avait des oboles d'or (valant 250 fr.) et d'argent (valant 12 fr. 50). Au commencement du xiv" siècle on se servait comme jetons de pièces d'argent vénitiennes valant environ i fr. 50, parce qu'elles étaient plus larges et plus épaisses.

On voit que tous ces jetons étaient des pièces lombardes. En France, on se servit également de jetons en or, en argent, en cuivre et en laiton, mais les premiers étaient réservés aux rois et aux princes du sang. (Cf. de Laborde, Glossaire.) Ceux des Lombards que nous publions sont tous en cuivre ou en laiton.

Jeton allemand, xvii" siècle.

Note sur les Jetons.

Dans la plupart des livres de comptes on trouve la mention d'achat de jetons. En voici plusieurs :

1380. Décembre. ... un cent de gestouers 4 s. p. pour gester et enregistrer les parties dudit office.

1381. 30 Juin. ... un cent de gestouers 4 s. p. pour gister, enregistrer et transcripre les parties dudit office.

1381. 20 Novembre. ... 300 gettouers et 3 chandelHers de cuivre 20 s. p. (Douet d'Arcq., Comptes de l'hôtel.} Chaque jeton revenait donc à environ 2 deniers. Vers 1406. A Jehan Tarenne, changeur et bourgois de Paris,

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mil XIII 1. t. en quoy mondit S. lui estoit tenu pour les causes et parties qui s'ensuivent :

Et premièrement, pour 120 gettouers d'or fin aux armes de mondit seigneur à la devise d'un ours, pesans deux mars d'or

fin. 135 frans.

Item, pour deux cens gettouers d'argent compris en ce les fers à les forger. 33 frans 6 s. t. (Comptes du duc de Berry, Collection de Bastard, 3645^'^ fr. Nouv. acq. B. N.)

(( A la Chambre des Comptes les conseillers ou auditeurs munis d'une bourse de jetons suivaient la lecture faite à haute voix, des comptes qu'ils devaient vérifier et ils marquaient les sommes en jetant devant eux des jetouers qui avaient une valeur déterminée suivant l'ordre où on les rangeait. Ensuite, ils dejetaient, c'est-à-dire ils faisaient l'addition.» (Bibliothèque de l'École des Chartes, sept. 1846 — août 1847.)

Dans les livres de Biccherna, magistrat chargé de l'administration de la RépubHque de Sienne (Itahe), on trouve souvent des notes analogues.

13 15. I liv. 15 s. à Vanni Jacomi, orfèvre, pour 20 sous de jetons pour la commune de Sienne.

1327.25 Septembre. A Giovanni, charcutier, pour 5 sous de jetons. 6 sous 8 d.

1345. A Jacques Bonoctario, pour 14 sous de jetons pour Biccherna et pour 2 boîtes i 1. 7 s.

1376. 4 Mars. A Nicolas de Nerino, mercier, pour une paire de ciseaux, des jetons et une écritoire. 5 1. 12 s.

Lorsque les jetons étaient neufs, ils pouvaient, entre certaines mains , passer pour des pièces de monnaie d'or :

« Et afin que de ce se volsist chargier, '^ Jehan Héraut i dist à elle [Alips la Pichoisej qu'il parle qui lui donroit trois escuz d'or. Et, de fait, lui bailla trois pièces que elle cuidoit estre escuz, et cuida estre telx plus d'un jour après ce qu'il les lui ot baillées, et lesquelx m pièces n'estoient que comptoirs, sy comme elle qui

JETONS DES LOMBARDS

parle vit et appercut.... (Duplès-Agier, Registre du Châtelet, t. I, p. 477.)

Légendes des Jetons.

II serait trop long d'énumérer toutes les légendes qu'on rencontre sur les jetons. En général elles se rapportent toutes à remploi qu'on en faisait :

« Pour bien jeter et dejister, fault bien entendre et point parler.

— Cet es et entendes au compte et vous gardés de mécompte, etc., etc. » Les jetons des Lombards ne portent aucune légende.

Voir pour les vols aux jetons : Revue belge de numismatique, Bruxelles, 1884, p. 427-432, l'article de M. Jules Rouyer qui cite : Histoire littéraire de la France, t. XXVI, pp. 335 et sqq.— Mélanges de numismatique, 1875, p. 250. Article de M. A. de Barthélémy. — A. Longxon, Paris pendant la domination anglaise, p. 312. — Pantagruel, liv. Il, ch. xx.

— CoauiLLART, t. II, p. 291. Édition elzévirienne. — Revue de numismatique, 1858, p. 413-424, pi. xix, fig. 5 et 6. Article de M. le marquis de Lagoy.

Pour les jetons, voir :

J. DE FoNTENAY, Histoîre du Jeton;

Rouyer et Hucher, Histoire du Jeton;

D' Alfred Nagl, Die Rechenpfennige und die operative arithmetik. — Numismatische Zeitschrift. Wien, 1887, in-8°.

DE Laborde, Glossaire : « Le duc de Bourgogne jecte en jects d'or et les autres en jects d'argent w, p. 329.

J. DE FoNTENAY, Fragments d'histoire métallique, dans les Mémoires de la Société Ëduenne, 1845. Autun, Paris. PI. ix, fig. i(').

(i) M. de Fontenay publie dans cet article un sceau portant un écu aux armes de Bourgogne, avec encadrement cantonné des lettres C H AOV R CI du xv-^ siècle, qu'il voudrait attribuer aux Caorsins établis en prévôté à Bagneux les Juifs. (L'inscription en exergue est Sigilhim preposihire Chaourcie.) Ce lieu est, avance-t-il, le dernier que les Lombards occupèrent en France : ils en furent chassés en 1431. {Mémoires de la Sociélé Éduenne, p. 196.) Nous croyons qu'il y a là une erreur; au xv^ siècle, nous ne rencontrons que très

LES LOMBARDS A PARIS

Pour l'abaque de poche conservé au Cabinet des Médailles, voir Cabinet de 5'* Geneviève, par le P. Molinet, 1692. — Sur l'abaque chinois, Cf. Léon Rodet, Le Souan-pan des Chinois et la banque des Argentiers. Bulletin de la Société mathématique de France, t. Mil, 1880. — A. VissiÈRE, Recherches sur l'origine de l'abaque chinois et sur sa dérivation des anciennes fiches à calcul, dans le Bulletin de géographie historique et descriptive. Paris, 1892, n° i.

rarement la mention dez Caoïirsins et jamais le mot Chaource n'est employé pour Cahors.

M. de Fontenay publie également l'acte suivant, concernant alors les Caoursins, tiré du Testament d'Helisabeth de Repos (commune d'Auxy) :

1262. Mercredi après la quinzaine de la Pentecôte. — Item Caorsinis de Edua septuaginta solidos divionenses de quibus ipsi tenent titulo pignoris obligata, unum coopertorium de viridi panno et de escurellis et duos annulos aureos.

Payez aux Caoursins d'Autun 70 sols dijonnais pour lesquels ils tiennent en gage un manteau ou couverture de drap vert, bordé de peaux d'écureuil et deux anneaux d'or. (P. 197.)

Face : Table à compter au moyen de jetouers : Macht gvete rechtlichkeit.

Revers : Zeitlich Wollgerait.

Légende en vieil allemand : « La loyauté fait la supériorité. »

Carré mtgique : La somme des trois chiffres sur une même ligne donne ij.

JETONS DES LOMBARDS

Jetons en Angleterre.

Thomas Snelling, dans A view of the origin, nature, and use of jetions or counters especially those commonly known hy the name of Black Money and Ahbey pièces. London 1769 (2^ partie de Ni. 70 B. N.). offre environ une quinzaine de jetons analogues aux nôtres. PI. i.

Nous croyons reconnaître parmi eux des jetons royaux ou plus probablement des jetons des Bardi portant les 3 léopards (5 variétés).

Dans le travail de M. Rouyer Qoc. cit.), le jeton n" 138, portant d'un côté, l'écu à 3 fleurs de lis entouré de globules (petits besants) et de l'autre, un écu renfermant 3 léopards, est-il un jeton des Bardi comme les 137 ? ^ M. Rouyer en publie deux, n°^ 143-14^, portant au droit, l'aigle de Pise sur un torsello, et sur le revers (143) la fleur de lis de Florence, (146) un écu en forme de raquette surmonté d'une croix portant une crosse en pal entre 2 points, grenetis de rosettes.

Sceau des Lombards florentins établis à Bruges.

B. N. Cabinet des Médailles,

LES LOMBARDS A PARIS

Nous publions la pièce suivante, que nous devons à Tobligeance de M. Delaborde, qui a bien voulu la relever pour nous dans les cartons des Archives Nationales. Cette pièce est, croyons-nous, excessivement curieuse, bien que le Lombard dont il s'agit nous soit à peu près inconnu. Ce jeton était-il en laiton, en argent, en or? Nous ne saurions nous prononcer. Quoi qu'il en soit, cette pièce, qui n'était destinée qu'à établir une question de juridiction, avait sa place marquée dans un travail comme le nôtre, c'est pourquoi nous ne pouvons trop savoir gré à Térudit distingué qui nous l'a fait connaître.

Jeton de Mouche Bezainnes.

1366. 24 novembre.

A touz ceux qui ces lettres verront, Pierre Hardi, conseiller du Roy, nostre sire, et garde du bailliage de Meleun, salut. Comme ja pieca à la requeste de Jehan de la Chapelle, procureur du Roy, nostre dit seigneur, à Meleun, la main d'iceli seigneur eust esté mise en un geton de Mouche Bezainnes ^'\ qui avait esté trouvé d'espave en un arbre estant à Panfo, ou carrefour devant l'ostel Guillot Godino comme espave au Roy, nostre sire, si comme ledit procureur disoit ; contre laquelle main mise les religieux, abbé et couvent de Saint-Magloire de Paris ou leur procureur pour euls se feussent opposez, disans ledit geton a eulx appartenir comme haus justiciers au lieu, si comme il disoit, et nous eussent requis l'empeschement estre osté à leur profit ; otfrans de nous informer de leur droit sur ce, et pour ce assavoir sommièrement et de plain la vérité de ce que dit est certaine informacion ait esté faicte de nostre commandement par nostre lieutenant et par ledit procureur, sur laquelle les parties se feussent appointées a droit mesmement

(i) 1299, en la bufeterif : Pierre Bazanes, lombart : 11 1. 10 s.; 1300, même lieu, même nom, même taille, A. N., Livre des Tailles.

JETONS DES LOMBARDS

assavoir se ledit procureur avait cause de contendre ou non •pour le Roy nostre sire. Savoir faisons que veue ladite informacion, la depposition des tesmoins dedens contenuz, la teneur des lettres mises en forme de preuves par lesdiz religieux et tout ce qui fait a veoir et considérer; eu sur ce conseil aus sages, nous disons que ledit procureur du Roy, nostre sire, n'a pas cause de contendre pour iceli seigneur pour cause dudit geton contre les diz religieux ; et pour ce l'empeschement mis en iceli geton levons et ostons a leur profit. Ce fut fait et prononcié par nous et donné sous le seel de Jehan Cossart, nostre Heutenant, le xxiiii'^^"^'-' jour de novembre, l'an MCCCLXVI.

■ (Signé :) J. Marie.

(A. N. L. 451. Dossier Panfou [S.-et-Marne].) [anciennement : L 610. no 5.]

Androclès.

Un des jetons les plus curieux de la collection que nous publions est certainement celui-ci, dont le sujet se trouve si souvent reproduit sur des faces avec des revers différents : il représente Androclès et son lion.

Dans un article intitulé : « Les premières médailles du Moyen âge » : Quali sono le prime medaglie del medio-evo ? Memoria del doit. JhHus Friedlaender, publié dans le Periodico di imniismatica e sfra(jistica per ht sîoria d'IlaJia, ann. 1868, ksc. i, p. 141-155, nous rencontrons cette pièce en bronze, portant sur la face, Androclès, la main posée sur la tête d'un lion avec cette lé-

LES LOMBARDS A PARIS

gende : leonis umilitas, et sur le revers, une Justice assise, Justicia, le C ouvert à gauche : D. Voici comment s'exprime le savant conservateur du Cabinet des Médailles de Berlin : « Ce jeton, fessera, est remarquable à cause du sujet antique, de la grandeur et du style, et de la forme des lettres. Il est probablement du commencement du xv*^ siècle. Faut-il l'attribuer à Alexandre Sexto (vers 141 7) intaiator en moneta, ou à ses parents, les frères Laurent et Marcus, fils de Bernard Sexto, tous iniajatores feramentonim monete, 1391?»

L'article est écrit en italien.

Ce n'est qu'avec une certaine hésitation que nous nous permettrons de donner notre avis après la description du célèbre professeur. Nous croyons qu'on peut voir, d'après les spécimens publiés par nous, que ce sujet était connu avant la fin du xiv^ siècle, et que par conséquent la reproduction du même sujet, toujours identique, était commune sur les jetons des marchands italiens antérieurement à la date fixée par le savant docteur allemand.

JETONS DES LOMBARDS

Description des Jetons.

Nota. — Les lettres F. et R. signifient Face et Revers,

Différents

de monnaies

florentines,

avec les noms des

personnages

qui les ont fait

frapper :

Florin or.

Or. Nicolo di Serragli. Jean de Médicis.

Davanzati. Andréa de' Pazzi.

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Cosme de Médicis.

Différents de monnaies siennoises.

On retrouve sur les jetons des figures

analogues.

LES LOMBARDS A PARIS

64 — F. et R.

David.

65 — F. et R,

Richard et Dancoisne.

66 — F. et R.

Richard.

M. Mazerolle a le même, mais sur le revers le croissant est à gauche et le soleil à droite.

Ce type [de la croix à double branche flanquée d'un côté du soleil, et de l'autre de la lune en croissant, que l'on rencontre si fréquemment avec des variantes sur les jetons,] est commun à tous les sceaux de plomb connus des évoques d'Acre. (Schlumberger, Revue numismatique, 1888, p. 469.) Il se retrouve, en effet, avec cette légende : Hoc si^num crucis erit in cœlo autour des sceaux de Thibaud, d'Acre, évèque; de Jacques, d'Acre, évèque, etc. (Séb. Paoli, Codice dipkvnatico del sacro mililare ordiiie gerosolimiîano. Lucca, 1734, 2 vol.)

67 — F. et R.

Richard.

68 — F. et R.

Richard.

69 — F. et i?.

Richard et Dancoisne.

M. L. Dancoisne dans sa Numismatique béthuuoise, Arras, 1859, in-8°^

attribue les jetons ainsi marqués, dont il puMie trois variétés, à l'église Saint-Barthélémy, de Béthune.

70 — F. et R.

Richard et Dancoisne.

On retrouve sur ce jeton le même monogramme sur la face ; sur le revers un P (Pise ?)

71 — Cabinet des Médailles.

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