‹ Les lorrains, vaudeville en un acteChapitre 2 sur 18 · BERTIN , FANCHETTE · texte numérisé non relu

BERTIN , FANCHETTE

FANCHETTE

Eh bien! monsieur le cadastreux, est-ce que vous n'aurez pas bienlôt fini de toiser nos champs, nos vignes, nos ma* 3 : si ça les rendait meilleurs , encore passe.

BERTIN

Ne bougez pas , ma petite.

FANCHETTE

Comment , est-ce que vous voulez me cadastrer aussi , moi?

BERTIN

Oh! j'ai à-peu-près fini dans ce pays; mais le nouveau propriétaire , monsieur Germon , m'a chargé de lever le plan de sa propriété , et comme cette ferme lui appartient . . .

FANCHETTE

Le grand pré, le petit bois et c 'le ferme lui apparlicnncnl, c'est sûr. . . mais moi , je n'appartiens encore à personne.

Cela est-il bien vrai , ma petite Fanchclte, n'avez -vou^ pas déjà donné votre cœur ?

FANCHETTE

Non , vraiment. . . et cependant il csl temps que je m'y prenne ; j Vas vous raconler ce qui m'est arrivé. 11 y a quatre ans , comme je coupais des herbes , respect parlant pour nos bestiaux , monsieur Philippe Germon , de qui je tenons notre ferme , vint à passer près de moi , il me reluqua cl me dit comme ça : « quel âge que t'as, petite? — Douze ans, vienne la Sainl-Martin que je lui répondis. » •< Eh bien ! dans » quatre ans, si tu es bien sage , je te marierons. » L'tcrme est échu depuis un mois, mais not' pauvre maître est mort, et si son neveu , ce jeune négociant qui vient d'hériter de ses biens , ne voulait pas remplir ses engagemens , vous pensez bien que ça me reculerait joliment.

BERTIN

Vous avez sans doute un amoureux ?

FANCHETTE

Yralment, j'en ai plus d'un.

Air : dAristippe,

È Tous les dimanch's les garçons de c \illage

Vienn'nt me saluer : c'est L aurent , c'est 3ulien. Mais j' sais in conduire en fille toujours sage, Si j' danse un jour avec le p'tit Lucien , J' dans' le lend'mairi avec le gros Bastien.

BERTIN

Quand leur seul but est ici de vous plaire , . > '^De tous ces amans entre nous .

Lequel ëcoule£-vous, ma chère?

FANCHETTE

y les ëcout' tous pour n' pas fair' de jaloux, (bis.) Il ne faut pas être fière*

BERTIN

Mais il y en a sans doute un que vous préférez ?

FANCHETTE

Ah ! il y en a plus d'un.

BERTIN

Comment Tentendez- vous ?

FANCHETTE

D'abord, il y a Futé qui m'conviendrait Tmieux , parce qu'il est le plus riche , mais c'est qu'il est un peu vieux ; ensuite^ il y a le gros Rousselet , qui est jeune et réjoui , mais c^est qu'il est intéressé , coureur et méchant; enfin y a Bobino

qui vaudrait encore mieux qu' tous les autres, s'il n'était pas si pauvre et si niais. ... il n'aura jamais ni argent, ni femmes, celui-là. , . mais, montrez moi donc c' que vous faites-là.

BERTIN

C'est votre portrait que je me suis amusé à croquer pour votre prétendu .

FANCHETTE , regardant Je dessin.

Oh! vous appelez ça croquer. . . je T donnerai àBobino; mais dites donc , je ne suis pas noire comme ça. . . . et ça n'est qu' ma figure.

Ai a : Voulant par ses œui^res complexes,

y veux bien qu' ce soit la mon visage, Mon front , m'a bouch' , mon nez , mes yeux , Mais jen' voyons pas mon corsage , Mes p'tits souliers et mes bas bleus, Quoiqii' Bobino soit un peu bcte , Je sais qu'il m'aim' par dessus tout, Quand tout' ma personne est d' son goût, Il n' se contenl'ra pas d' ma tête.

Mais faut que j' rentre à la ferme. {Elle va pour rentrer et revient sur ses pas. ) Ah! dites donc, je ne veux pas m'en aller sans ma tcte {prenant le dessin. ) Je la mets dans ma poche, entendez-vous.

Page 1