‹ Les louisianaisesChapitre 19 sur 25 · JEAN-JACQUES ROUSSEAU · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

L'ouragan s'exeiçant sur son orgue sublime, Me rappelle Rousseau! plongeant dans un abyme D'ivresse et de transports les plus frigides seins. Gtuelle plume dirait ses larges accords saints!

Son génie est si grand, qu'il tonne sans la phrase!

J'aime à le fixer nu comme une ame en l'extase,

Q,ui jette, pour le ciel, son vil sayon du corps!

Le sot croit que Rousseau n'excite de transports

due par un vain amas d'explétives sonores, (1)

Quand c'est le sentiment! à ces fleurs inodores,

Q,ui souffle son parfum, que vient pomper le cœur.

Grand homme, le génie est ta seule saveur!

Toi-même, tu l'as dit, lorsque le solécisme

Te faisait t'écrier : — Q,uest-ce que le purisme,

S'il châtre mon penser, toujours blême et voilé? (2)

— Grammairiens^ arrière! à lui l'œil étoile

De l'aigle, pour plonger dans le ventre du Monde!

A lui son cœur d'Etna! l'éloquence, qui gronde,

Pour tout mettre à ses pieds! comme un foudre écrasant

Q,ui renverse et consume à son souffle embrasant

Tout ce que tend l'obstacle à sa colère ailée!

Divin* Rousseau, par toi quelle ame n'est foulée?

O génie! ô poète! incomparable auteur!

Qu'est à ton grand flambeau la lampe d'un rhéteur!

(1) Quel langage, au prix de la pensée, qui n'&st encombré d'explétives.

(2) A'^oici les paroles de Rousseau, que renferme ime note dans un de ses ouvrages. Je cite de mémoire : '' Je ne suis pas vm puriste, et je me soucie peu de l'être. Chaque fois qu'à l'aide de dix solécismes je pourrai me faire comprendre, j'aurai atteint mon but, et je serai satisfait. "

O hommes, quand comprendrez-vous ceci : La vertu et le génie seuls font

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