‹ Les louisianaisesChapitre 21 sur 25 · Â M. P. CANONGE · texte numérisé non relu

 M. P. CANONGE

Noirs pensers, qui venez dévorer mon cerveau, Devez-vous m'assaillir aussi dans le tombeau ? Viendrez-vous, quand tout don, dans ma demeure sombre, Â la voix du criquet, épouvanter mon ombre ! Spectres, fuyez mon front; que voulez-vous de moi ? Fuyez lorsque sur vous le glaive de la foi Fait déborder l'éclair pour pâlir votre troupe! Allez trouver Byron! allez danser en groupe

Autour de son cercueil! son génie infernal

Aime, vous le savez, votre terrible bal!

Eh! quoi! jusqu'au malheur qui fait flamber votre ire!

Vous voulez m'enlevcr ce mensonger sourire

Que le monde m'oblige à porter sur mon front!

Le monde! ah! s'il savait quel pesant joug de plomb,

Q,uand je suis loin de lui, courbe à mes pieds ma tête,

llpiîraitle Seigneur d'alléger le poète!

Il lui demanderait, pour lui, non le laurier.

Mais un rameau bénit pour dorer son cimier;

Avec le lit de Job le doux repos de l'ame;

Le zéphir pour ses nuits, et non pas de la flamme!

Job, ai-je dit? profane! as-tu, dans la douleur,

Comme ce grand chrétien^ cadenassé ton cœur?

Geindre est ton lot à toi, quand l'ardente souffrance

Promène un scorpion sur ton ame en démencç!

Arrière, luth d'enfer! ton ébène est maudit! Malheur à l'insensé dont la voix t'applaudit! Malheur à qui ne sait, avec toi, Lamartine, Laver son désespoir à la large piscine Où le Christ a laissé, dans le flot purpurin, La lèpre qui mangeait le front du genre humain! Malheur à qui ne dit, lorsque le mord l'angoisse. C'est pour purifier que son fer rouge froisse! Malheur à qui maudit dans son voile soleil, Et qui, lorsqu'il flamboie, appelle son sommeil!

Arrière, luth d'ébène! à moi beau sistre d'or, Pour monter jusqu'à Dieul sur l'aile du condor!

LOUISIANAÎSE VINGT-DEUXIEME.

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