A MES VERS
Vous êtes, ô. mes vers, oriphelins sur la terrv. Car dès ce jour mon nom grossit l'obituaire Des bardes fatigués qui brisèrent leur luth. Ainsi donc, mes enfants, défeiidez-vous vous-mêmes Ne criez pas — A rrîoi!— quand les astres. sont blême* Marchez sans appui vers le but !
s LES LOUISIANAISES.
Vous êtes seuls, mais grands; (1) planez donc sau> tutelle' L'inspiration fut votre mère immortelle^ Et le Louisianais votre illustre parrain? Comme cet insensé qui volait sur la cir^ 11 ne vous donna point l'aile pour le martyre. Elle est infrangible et d'airain.
Franchissez donc l'espace, à travers la poussière De ces petits oiseaux qui voilent l'atmosphère; Ces insectes des airs, ennemis vigoureux Dont l'envieux gosier saille seul dans l'arène! Et que l'aigle culbute en leur bataille vaine, Malgré leurs »;ent cris oragei x. (2)
(1) Si l'on peut appeler grands des raanuoîs culottés à la- bâle, et lont quelques uns traînent peut-être encore le maillot du berceau. Le seul bonheur de ma muse, c'est l'enfantement, qui absorbe tous ses lustasts. Peut-on, lorsque Ton tait si souvent des enfants, trouver encore le temps de les toiletter tous ; 3Ia muse, d'ailleurs, n'Eiime pas la lime ; elle n'approctia jamais de la forge de Vulcain ou de l'atelier de Phidias. Parmi les pi'oductions de mille poètes, combien de belles statues, combien de Galath^'es qni n'ont jamais senti courir dans leurs veines la flamme du sublime larron du soleil .' qui ne préfère même un Mayeux vivant à tous les Apoilons de Caiiova? Cest la pensée et la science grammaticale logique qui peuvent seules faire grand un écinvain. Ouvrez Lamartine et Hugo, et vous verrez au dire des modernes Laharpes. mille négligences : par exemple : pour, par, dans, jour, ciel, terre, etc., employés deux fois dans deux vers qui se suivent. Quand ces Aristarques a leur tour prennent la plume, que sont pour la Renommée leurs pi-oductioas si bienpeigii es et liss.es? des ^Marianes ou des odes au cercueil ! " des teinpi;tes dans un verre d'eau !"
(2) Je ne reculerai jamais devant une critique sevré, juais, comme je Pal dit ailleurs, je veux qu'elle soit i-clairee. Il faut plus: celui qui portera le scalpel dans mes essais me doit dire : Vous savez que tel ouvrage "n'a plus besoin d't-ldge]" Eh bien, c'est moi qui en suis Pautcur — Afin que yo sepa que es tan bella su amante, dit Sancho a Don (daichotte, eyiseyieme su rrtrato.
Comme Pa remarque Nodier : "Il est si agréable de faire preuve du faible " talent de peser des syllabes, de disséquer des mots, de souligner une épithète
" hasardeuse,' &c ,.
'•.Toiespuèi-iles de la médiocrité, qui rappellent ces în-SM/ieuns pubhcs que les Roumains plagaient 5-ur le cheinin destriompliateurs, et qui ne les empêchaient pas •' de s'élever, entouras d'acclamations et couronn 's de lauriers, aux pompes du " Capitole!"
Loin de moi la folle vanité de me croire à l'apogée de la gloire; je sais mieux que personne l'exacte distance qui me sépare encore des ' pompes du Capitole"; mais quel est celui de ceux qui improuvent mes prodnciions qui, .s'armant d'une plume, et comme moi, sans dire à son meilleur ami : Que te semble telle v-pilh^le ou tel vers? ferait, téte-a-tête avec son gf-nie en trois ou quatre iourg, mon dernier ouvrage tntitulf^: 1814 et 1815, ou les cinq cents vers que j'ai adres.sés a M. Soûl?
Cela soitdit, je le n'pète, san.s vanitf' aucune: si les hommes savaient mon indifférence Dour leurs 'critique;^ ou leurs louanges, personne ne prendrait jamais la peine Je plonger une plume dans pfcntoire pour maculer mes essais où exalter mon nom. Que l'on me critique sans m'insuUer, et l'on verra .si jamais je descetiM-J dans parène pour combattre même les remarques les plus provocantes par leur injustice ou parleur cécité.
Vos exploits, au soleil diront votre origine ; Si vous êtes les fils de Ja flamme divine Gtu'au poète le ciel verse si rarement, Et qui fait qu'à Dieu seul appartient le génie, La gloire, le laurier, que malgré l'atonie, L'iiomme usurpe si follement !
Oui. la gloire est à Dieu ! lui seul est grand poète ! Q.ui ne sait que de nops la vaniteuse tête N'est qu'un sistre, la corde où pesé son savoii ? Ainsi donc, sans orgueil, mes vers, je vous puis dire due des aiglons éclos par mon bouillant délire, La foudre armera le pouvoir!
Adieu donc! traversez des siècles les orages; Puissé-je, quelqje jour, sur de lointaines plages, Comme ce ménestrel, des cieux vivant gradin, (3) Si vous vous présentez à mon œil solitaire. Ne pas vous déchirer, dans rna noble colère, Et vous fouler, dans mon dédain! (4)
(3) M. Lamartine.
(4) Lamartine qui s'étonne d'avoir découvert une de seS plus belles productions â mille lieues de sa patrie! Qu'e >t-ce que mille lieues, grands dieux! auprès de mille siècles! Il laut que ce poè'e, qui s'attable tous les jours au célpste banquet, soif bien in^afiable. puisqu'il dévore encore le pain noir de la gloire. C'est uia nortion qu'il a niangée à Nazareth. A moi les trépignement.-, les sauiillementà. les battements de mains de la joie, si je rencontrais mes vers à mille lieues de mon pays!
IB LES LOUISIANAISES.
LOUiSIANAISE DEUXIEMlil.