BALLADE DE LA COUCHE DE NAUZAN
( C H A R K N T lî - 1 N F É U I E U R E )
A Monsieur le vicomte J. de la Roche brochard.
Lorsque j'étais petite Vous me sembliez grands, Chênes de ce beau site !
Je revois ma visite A la grotte des glands.
O grotte de l'enfance, Sans porte et sans volets, J'y rêvais de la danse, Entraînante cadence.
De quelques feux follets !
176 BALLADE DE LA Cl O U C H Ë DE NAUZAN
J'espérais voir sur Tonde Ou la fée ou l'esprit, Glisser, mener la ronde Sur l'Océan qui gronde, Et voltiger sans bruit.
On racontait l'histoire D'un chevalier fameux, Qui, certaine nuit noire, Sans manger et sans boire Partit laissant ses preux.
Il cherchait l'anneau rose Dans l'île Gordeva Qu'un ruisseau d'or arrose; Mais la magique chose Hélas! point ne trouva.
En abordant, la reine Lui promit le bonheur, Mais, perfide sirène,
HALLADK 1) K LA C () U c: H E I) i: .\ A IJ Z A X . I
L'entoura d'une chaîne; Il perdit son honneur.
Alors, depuis l'an mille Sous l'écume, au printemps, Il file l'algue, il file, Prisonnier dans cette île.
Sans repos en tout temps.
O riante jeunesse Qui par ici passez, Ne rêvez pas d'ivresse, Ni de folle maîtresse ; Plaignez-le, c'est assez.
SEPARATIONS
A Monsieur le général baron de Charette.
La séparation est une rude école qui prépare à la mort, elle en est le symbole.
Des mouchoirs agités par des mains féminines Se voyaient de la plage ou bat le flot amer. « Au revoir » répétait la voix, notes câlines Qui se mêlaient au bruit du vent et de la mer.
Le bateau s'ébranlait : la lourde masse noire Partit, diminua, ne fut bientôt qu'un point;
Et puit tout disparut, les marins allaient boire,
Et moi, comme un enfant, je pleurais dans mon coii^.
l8o SÉPAHATIONS
Je me sentais bien seul; la sœur de ma jeunesse Venait de s'embarquer pour un pays lointain. A qui conter ici mes peines, ma détresse, Et les entraînements de mon cœur incertain ?
Le ciel me sembla gris, quoiqu'il fût d'émeraude. Et je souffrais du froid d'un bien léger zéphyr, Zéphyr qu'on bénissait, car sur la brique chaude Le soleil du midi brûlait, faisait souffrir.
Et tout au fond de moi, je me sentais de glace. Et la foule des cours, des jardins et du port, Au lieu de m'égayer par l'esprit de sa race, Augmentait mon ennui; je me plaignais à tort.
Marseille, sous le dais d'une nuit étoilée. Me paraissait moqueuse et pleine de dédain Pour mon isolement; sa lueur mi-voilée Semblait me rejeter, me chasser de son sein.
SEPARATIONS. lOl
Alors je m éloignai, marchant sur la grand'route ; J'aspirai l'oranger, l'eucalyptus, les pins. Et les marais salés où le jeune agneau broute Et le subtil parfum du grain bleu des raisins.
J'entendis en passant, dans une maison blanche. Des pleurs entrecoupés de paroles d'adieux; Par la fenêtre on voit un couple qui se penche. Et puis qui se sépare en larme, oh ! pauvres yeux !
Triste et fatale loi : quitter ce que l'on aime, Disais-je! Et j'écoutais ce long gémissement. Et je songeais : partout le cœur est bien le même. Pourquoi donc t'étonner d'être meurtri passant?