LES
A PRÉS beau temps vient la pluye et tempeste; jLXPlains, pleurs, souspirs, viennent après grant feste. Car le partir desplaisance tresgriefve; Après esté profitable et honneste, Y ver hideux froidure nous apreste; Si nous avons liesse, elle est bien briefve; Après temps coy, le bien grant vent se lieve; Guerres, debatz, viennent après la triefve; Après santé vient mal en corps et teste; Quant Vung descent, tantost l'autre se lieve; Pouvres sommes se Dieu ne nous relieve, Car à tout mal nostre nature est preste.
Boire, menger et dormir nous convient.
Nos jours passent, jamais ung rfen revient; Nostre doulx est tout confit en amer; Contre ung plaisir ou ung seul bien qui vient Le plus heureux centfoys triste devient.
Ce n'est pas sens le monde trop aimer, Et qui son cueur y met fait à blasmer:
Périlleux est à la terre et à mer.
Mais à bien peu à présent en souvient; Ilpaist le corps, et, pour l'ame affamer, Bien le devons pour ennemy clamer.
Car qui le sert à double mort parvient.
Du temps passé peu nous esjouissons
Et du présent en dangier jouissons.
Las! au futur avons petit esgart.
Tant que povons à la mort fuissons.
Jeux et esbatz voulentiers ouyssons.
Mais à l'ame n'avons jamais regard.
Ne aux meschiefs venons, dont Dieu nous gard.
Au corps servir employons tout nostre art.
Trop chèrement l'aymons et nourrissons.
Si nous souvient de Dieu, c'est sur le tart;
Point n'avisons nostre piteux départ,
Et comme apris en terre pourrissons.
misérable et tresdolente vie
Qui en nul temps ne peult estre assouvye
De biens mondains dont n'avons que l'usaige,
Car, quant aulcun de nous meurt ou desvie
(Prenons qv^il ayt louenge desservie
Et bien gardé richesses davantaige),
Il laisse tout quant ce vient au passaige,
Riens /^emporte : pource n'est-il pas saige
Qui en Dieu n'a sa pensie ravye;
Sans luy sommes de mort le vray ymaige,
Et l'ennemy de tout humain lignaige
Par chascun jour en enfer nous convie.
O gens aveugles, gens sours, mutz, insensibles,
Cens sans amours, à nous mesmes nuisibles.
Qui ne tendons fors à dampnation,
Gens orgueilleux plus que lyons terribles,
Ha! tant nos faictz damnables sont visibles
A ceux qui ont ymagination;
Douloureuse, meschante nation.
Qui sommes plains d^habomination
Et de toutes corruptions possibles,
Peu demourans en domination;
Et quant se vient P exanimation,
La mort nous rend trespuans et orribles.
Cest assez. mal pour yssir hors da sens.
Car fapperçoy clerement, voy et sens Tous les plus granSy les moyens et menus Que chascun jour y voire à milliers et cens.
Mort tire à soy violentement, sans En avoir eu oncques pitié de nulz, Veu que mesmes au monde venons nudz Et que trop peu y sommes retenuz, Huy nous voyans presens, demain absenSy Et si n'en est gueres de devenuz Jusques au temps d'-estre vieilz et chanus!
A cestuy cas pas bien je ne m'assens.
Se ma langue d^en parler trop s'avance.
Pardonnez moy, pour Dieu, ma nonsçavance.
Car desplaisir me contraint de le faire.
Par tresgriefve et dure appercevance De ceste mort qui pas d'huy ne commence A nature suffoquer et défaire.
Las! nous voyons que c'est tout son affaire De destruire ce que jamais refaire Ne peut nulluy, pour aucune sçavance Qu'il ayt de Dieu, lequel peut tout parfaire : Dont je ne puis le joyeulx contrefaire, Considérant tant piteuse grevance.
Et s'il esîoit à quelcun homme advis Que follement je feisse telz devis.
Et que je rCaye de me plaindre bon droit, Je luy supplie qu'il vienne vis à vis :
Il congnoistra que je fauldroye envis De luy respondre à ce cas et endroit A mon advis ainsi qu*appartiendroit.
Cause pourquoy ma raison sousîiendroit Que mil honimes autrefois ay veu vifr, SaintZy gentz, joyeulz, jeunes, et qu'orendroit Pour nulle rien ung d^eulx n'en reviendroit.
Las! celle mort trop fait piteux convis,
La guerre avons, mortalité, famine; LefroH, le chault, le jour, la nuit nous myne; Quoy que façons, toujours nostre temps court; Pulces, cyrons et tant d'aultre vermine Nous guerroyent ; brief, misère domine Nos meschans corps, dont le vivre est trescourt. Ung grant mondain ou bien homme de court Remply d'orgueil sur un beau cheval court, Qui a jeunesse et d'or toute une myne; Diroit tantost que mort n'a sur luy court; Croy que si a, et que bien tost accourt.
Dont trompé est si son cas n'examine.