‹ Les lunettes des princesChapitre 5 sur 11 · LIS LUNETTES · texte numérisé non relu

LIS LUNETTES

Davantaige fortune nous court sure,

Dont maintes fois le peuple en vain labeure.

Car ce qu^ilz ont à grant peine amassé

Par si long temps se pert en bien peu d'heure,

Et tant souvent que rien ne leur demeure.

Soit en avoir, en argent, ou en blé:

Ils perdent Vung, l'autre leur est emblé;

Aucunes fois à plusieurs a semblé

Que Dieu leur nuyst et point ne les sequeure;

Us ungs de froit ont maintes fois tremblé,

Aultres par fain ont les mors ressemblé.

Vivant cecy, ay je tort se je pleure f

Les grans pillent leurs moyens et plus bas.

Les moyens font aux moindres maintz cabas.

Et les petits s'entre veulent destruire; Telz qui n'ont pas vaillans deux meschans bas Voit-'On souvent avoir mille debatz, Aulcunes fois se navrer et occire.

Ainsi par Vung Vautre souvent mal tire, Et d'eulx mesmes se procurent martyre.

Il fia assez d! aultres plus beaulx esbatz.

Dieu, qui es nostre vray père et sire, Nostre fait va huy mal et demain pire.

Quant de telles afflictions nous batz.

DBS PRINCES

Tant d'autres cas nous procurent ennuys, Et la moytié de nostre temps en nuitz Est employé, dont je meurs, ou bien pris; En y pensant^ je me tourmente et nays; Pour en yssir ne trouve porte ne huys; Ung seul plaisir m'est plus cher que cypris; Et quant je voy et considère après Que celle mort nous poursuit de si prés.

Pensez l'ennuy et le mal où je suys; Je vays plourant par chemins, boys et pris.

Et me convient dire par motz expris :

fay beau plourer, aultre chose riy puis.

Quant bien au fait d'Alexandre je pense, Si grant seigneur et de telle despence.

Qui du monde fut gouverneur unicque, Cest à bon droit se ma joye suspente; Mon mestier est que je pense et despence.

Chargé de dueil comme homme fantastique, roy David, prophète pacifique, Sanson le fort, qui tant fus autenticque.

N'avez vous sceu faire à mort recompense f Salomon, saige dit en publicque.

Puisque la mort contre telz gens s'applicque. Que vaudroit'il en demander dispense f

Et en noz jours ce prince de saigesse, Le bon duc Jehan, nompareil en largesse.

Ne le prinî mort par son cruel oultraige? Certes si fist, dont amere destresse A longuement esté nostre maistresse; L'avoir perdu nous fut haultain dommaige; Fier fut aux fiers, aux bons doulx en couraige, Prudent en faitz et begnin en langaige; Autant valloit qu'ung scelle sa promesse; Oncques ne fist ung deshonneste ouvraige; Des benoistz cieulx lui doint Dieu Vheritaige, Car à son temps père estoit de noblesse.

Ainsi ung jour noz meschiefz advisoye, Et à par moy en y pensant visoye Que tous tirent à ce piteux trespas; Es cronicques anciennes lisoye Par lesquelles maintz hommes devisoye, Haultz et puissans, qui ont passé le pas.

Et nous mesmes trop plustost que le pas Allons après, de ce ne doubtons pas, Pourquoy mon cueur de douleur ravysoye Et luy donnay ung tant piteux repas Que je perdy de raison le compas.

Tant que ne sceu que je fis ou disoye.

En ce penser et oultre tout cecy^ Pour augmenter mon douloureux soucy, Continuant le dolent desconfort Qui durement m'avoit le cueur noircy.

Vint une voix qui me dist tout ainsi :

« Mort de nouveau a fait bien grand effort.

Le duc Françoys et conte de Montfort, Et Richemont qui tant fut bel et fort, Est decedé, Dieu le preni à mercy. »

Mais je croy bien que le sçavez au fort, Pource vous pry d'avoir bon reconfort :

Âultres que vous y ont perdu aussi.

Des plus dolens dessoubz la lune l'un De ce grant cas qui est à tous commun Que celle mort nostre bon maistre a prins.

Ce jour je vy nobles clercs et commun Tant fort pleurer qu'il sembla que chascun N'eust oncquesmais aultre mestier aprins; Si fus de dueil tellement entreprins Que mon ennuy ne peut estre comprins.

Las! ce me fut ung trespiteux destin.

Mort, tu as mys grant chose à petit pris, En jeunesse as nostre prince sourprins; Mais tes faitz sont de n'espargner aulcun.

Mort, combien ta mémoire est amere A ceulx qui ont bonne fortune amere, Vivans en paix et non pas justement; trescruelle, soubdaine et sans lumière, Tu n'as en mal seconde ne première, On ne te peut descripre bonnement.

Plus a entoy de douleur et tourment Que comprendre ne peut entendement.

Soit de Platon, de Virgille ou Omere.

D'âme et de corps tu fais séparément, Trop subit est ton f aulx advenement.

Ces mot! sont vrays, nonpas ditz de commère.

Las! or n'a il fors huyt ans dominé.

Après que Mort avoit exterminé Ce bon duc Jehan dont j'ay fait mention, Duquel fut filz tant bien moriginé.

Qui, tout son cas au long examiné.

Doit posséder d'honneur la mansion.

En armes mist corps et intencion, A gens vaillans gaiges et pension Donna si grans, par sens illuminé.

Que des Anglois la grant contention Ravalla bas ainsi que ostention Fait son procès, s'il est bien fulminé.

En son temps fut de Bretaigne le chef. Mort, tu Pas prins et mis ses jours à chef.

Dont je mauldy toy et tes piteux faitz; De toy viennent ennuys, douleurs, meschief.

Larmes, soupirs, tordre mains, tirer chef, Cest tout le bien qu'onques tu fis et faitz, Veu qu'aussi tost les loyaux et parfaitz Que les mauvais prens, destruitz et deffaitz, Et n'en peut ung revenir de rechief.

Si j'appelle tes ouvraiges infaitz, Il me semble que point ne me forfaitz, Car nostre temps maines à fin trop brief.

Tant a de maulx doncques où tu arrives, Tant sont aussi tes manières chetives, Tant il est fol qui fort ne te redouhte.

Tant de grans gens de leur vie tu prives.

Tant on congnoist ton fait sans que Vescripves, Tant en y a qui en toy ne voyent goutte, Tant s'endorment qui là doyvent l'escoute, Tant sont asseurs en grant dangier et doubte. Tant ont de maulx tous ceulx que tu estrives. Tant de meschiefz advenir par toy doubte.

Tant en mon cueur dure pensée boute, Tant que riay plus nulles plaisances vives.

Car nous voyons qae noblesse et avoir, Jeunesse, force, ou riens qu^on puisse avoir, Beaulté, amys, et tout ce qu^on peut dire.

Que préférer les aultres en sçavoir Ou pour honneur du monde recepvoir.

Homme ne peut à la mort contredire.

Rien ne nous vault despiter ne mauldire.

Soyons joyeulx ou nous despitons d'yre.

Car il nous fault acquiter ce debvoir.

Il n'est celuy qui le puisse desdire; Mais la cause qui le me fait redire.

C'est pour les cueurs d'y penser esmouvoir.

Se triste suis et mon cueur s'appareille A grant douleur, j'ay perte nompareille De ce bon duc qui tant de biens faisoit; Mais tout ainsi que doulant cueur traveille, Et que d'ennuy moult souvent se reveille, Ung soir m'avint que plus ne me chaloit De vie ou mort, mon sens se ravalloit, Mes yeulx plouroyent, mon esprit se douloit.

Lors Dieu, qui tous desconfortez conseille, M'informa bien que pas il ne vouloit Me faire moins d'amitié qu'il souloit :

Si me trouvay appaisé à merveille.

Pour ce prince qui jeune deceda, Comme j'ay dit, vint et luy succéda Ung sien frère qui grandement valut Pierre nommé, et tant bien procéda Qu'à son peuple franchise concéda Et le nourrir tresrichement voulut; De ma pitié doulcement luy chalut, A le servir me choisit et esleut.

Et de ses biens largement me céda.

La mort depuis aussi le nous tollut :

Repos es cieulx ayt son ame et salut.

Son droit règne sept ans point n'excéda.

Après ces deux princes derrains nommez.

Qui en valeur furent tant renommez,

Ung ancien, leur oncle tresnotable.

Leur succéda quant mort les eut sommez

Et de son dart meurtris et assommez.

Artus eut nom, de France connestable,

Saige, vaillant, vertueux et estable.

Aux ennemys cruel et redoubtable.

Or ont esté ses jours brief consommez

En quinze moys, c'est cas espoventable.

Ha! qu'est cecy, fi>rtune tresmutable.

Tant de maulx fais qu'estre ne peuvent sommez.

Qui pourroit veoir tant de mutations Sans en faire grans lamentations?

Pas n'ay vertu pour porter telle charge; Si rien valoyent argumentations, Dont nous viennent telz supplantations, Veu que le monde est tant grant et si large Que n'a prins mort les gens de moindre marge En les couvrant dessoubz sa noire sarge, Non pas noz ducz, nos confortassions, Qv^elle a passez en sa dolente barge ; Contre son trait ne vault escu ne targe.

En douleur sont ses délectations.

Par ceste mort je sens guerre mortelle; Mort elle fut desoncques tresrebelle; , Belle ri est pas, gente, ne advenante, Venante à coup, et voulentiers se celle, Celle fait tant que tout hault bien chancelle, Ancelle est donc dommageuse et meschante; Chante qui veult, elle est toujours dolente, Lante à tout bien et en mal excellente, Cellente aussi d'avoir malle nouvelle; Elle est de tous haultz meschiefz contenante, Tenante en soy tristesse permanante, Manante en pleurs et douleur éternelle.

DES PRIHCES 15

Ha! mort, par toy si tresgrant douleur maine. Et par regret qui ainsi me demaine, Que je ne sçay quelle part me doy rendre.

Penser me tient, foiblesse me pourmaine, Souvenir me ard, desplaisir me ramaine. Peine et soucy me veulent le cueur fendre, Couroux m'a fait par angoisse défendre Ne m' es jouir ne à liesse entendre; Langueur me veult avoir en son domaine, Fureur nfassault; qui me pourra défendre?

Et desespoir vient chez moy logis prendre.

Qui trop de gens avecques luy amaine.

Ce m'est force que d'aise me déporte.

Car je la sens desja pris de la porte, Et vient loger dedans ma fantaisie; Je m'esmerveille comme sur piedz me porte Et que la mort tout à coup ne m'emporte.

Qui longtemps a m'a prins en sa choisie; Rien ne me plaist, esbat ne courtoysie; Je veille en pleurs, je dors en frenaisie; Il rfest chose que ma douleur supporte; Pire est mon mal que n'est paralisie; Ma jeunesse est de tout bien dessaisie.

Et me desplaist du bien qu'on me rapporte.

l6 LES LUNETTES

Quant desespoir et ses gens devant dis, Qui me sembloïent des gens plus de dix.

Furent venus au plus prés de la place, Effrayé fu en maintien, faitz et ditz, Oncques homme ne fut tant estourdis.

Le cueur m'en fault et la vertu s'efface.

Ha! desespoir, malle mort te defface.

Je n'ay mestier que douleur contreface.

Assez m'en vient par ses hostes maulditz.

Lors me gettay contre terre la face, Et dis ainsi : « Or ne sçay que je face, Desconfit suis et plus n'y contreditz, »

Le fourrier vint, qui trouva tout ouvert; Ne sçay s'il fut vestu de noir ou vert.

Car regarder ne l'osèrent mes yeubc.

Tantost après tout l'ostfut descouvert.

Et se vindrent loger soubz le couvert; Mais desespoir n'entra pas avec eulx.

A ma vie je ne vi gens autieux. Fourragé ont tantost tous les hostieulx, Et si rfen ay ung seul bien recouvert.

Je croy que Dieu ne mist onc soubz les cieulx Tant ords pillars ne si mal gracieulx.

Celuy gaigne certes moult qui les pert.

Si dys adonc : Désespoir^ mauîvais hoste,

Esloigneîoy et aussi tes gens oste,

Qui desja m'ont si grandement pillé

Que ma vertu est demouréefroste;

Rien n'ont laissé sus, ni jus, ne decoste,

Oncques ne fu en ce point habillé,

Mon sentement ont lié et bille,

Et puis après l'ont par les yeulx cillé,

Tant qu'il tCy voyt nulle chose à sa poste.

Et si ne sçay comme il soit dessillé;

Ainsi nfont Hz de tous biens exillé,

Et pour disner nfont mis rage en composte.

De raison n'ay pas tant comme une mouche; Ma vertu est semblant la vieille souche Qui a finy de son temps tout le terme.

J'ay sceu parler, or ay mute la bouche, J'ay beau regard qui est devenu louche, Foible me sens qui fu aultre foys ferme; Jefujoyeulx, or ay je à l'œil la lerme Incessamment, qui ma douleur conferme; Mon honneur est converty en reprouche; Plus n'ay sente, je suis du tout enferme; Ainsi me va du temps, je vous afferme. Dont plus ne quier fors que la mort me touche.

Se j'eusse esté hermite en ung hault roc.

Ou mandiani de quelque ordre à ung froc, J'eusse eschevé grant tribulaiion.

Ung laboureur qui a cherrue et soc, Fourche, ratteau, serpe, faulcille et broc, En son œuvre prent consolation; Mais moy, tant plain de désolation, Meschant nasqui soubz constellation D'infortune, qui ne vault tant soit poc.

Et ay vescu du vent de elation, Remply d^ orgueil et cavillation; Suis mieulx pugny que ceulx qv^on met au croc*

Il ne me chault de Gaultier ne Guillaume, Et aussi peu du roy et son royaulme; Je donne autant des ret que des tondus, Car, quant courroux me frappa au heaulme.

Tel coup senty de sa cruelle paulme Que mieulx me fust avoir esté pendu.

Les jeux passés me sont bien cher vendus; J'avoye aprins coucher en litz tendus.

Jouer aux detz, aux cartes, à la paulme; Que me vault ce, mes cas bien entendus?

Tous mes esbatz sont pieça despendus.

Et me convient reposer soubs le chaulme.

J*ay in robes de martre et de bievre, Oyseaulx et chiens à perdris et à lièvre; Mais de mon cas c'est piteuse besongne.

S'en celuy temps je fa jeune et enrievre, Saluant dames, à Tours, à Meun sur Hievre, Tout ce qu'en ay rapporté, c'est vergongne, Vieillesse aussi, rides, toux, boutz et rongne. Et mémoire qv^il fault que mort me pongne.

Dont j'ay accès trop plus maulvais que fièvre. Car je congnois que tout plaisir m'eslongne.

Et à la fin que vérité tesmongne :

Je me voy nud de sens comme une chievre.

Or m'est il donc tresgrandement meschu.

Qui me vy hault et me sens si bas chu Que je n'ay plus aulcun qui bien me vueille; Mes maistres mors, mon honneur est decheu, Et tout malheur m'est en partaige escheu; Il est bien temps que griefvement me dueille. Est il meschief que mon cueur ne recueille f Certes, nenny. Tremblant comme la fiieille Seray toujours tant que mort m'ait receu; Si luy supply que en sa maison n^acueille.

Et que lesfruitz de mes gr ans ennuys cueille. Car vivre plus au monde ne m'est deu.

fdy voyagé en Anjou et en Perche, Comme celuy qui confort quiert et cherche^ Mais fay trouvé grant malheur en embusche, Lequel m'a prins et signé de sa merche, Et me donna ung si grant coup de perche Que peu s*en fault qu'à terre ne tresbuche.

Estonné suis tant dur qui hault me huche; Je n'oy plus rien, mais sourd comme une bûche Suis devenu; les ennuys où je perche Me pourvoyent pas en une bien grant huche; One on ne vit plus de mouches en ruche.

Ne de frey au ventre d^une perche.

Je suis garny de sancté langoureuse, J'ay lyesse peinible et douloureuse.

Et doulx repos plain de melencolie, Je ne vi plus, fors en seurté paoureuse, La clarté m* est obscure et ténébreuse, Mon sentement est devenu folie.

Comblé de dueil, pour faire chiere lye De tous esbatz je ne donne une alye.

Mais treuve paix grandement encpmbreuse; Plus j'ay de maulx et moins me humilie.

Advisez donc se ma vie est jolye. Mais que la mort soit de moy amoureuse.

L'arbre sec suis portant d'ermuys verdure, Vivant en mort, trouvant plaisance dure.

Noyant de soif en la mer asséchée.

Tremblant je sue et. si ars en froidure, En dueil passé ay mal qui sans fin dure.

Et ma santé (t infection tachée.

En plains et pleurs ma lyesse atachée; J'ay corps entier dont la chair est hachée.

Et ma beaulté toute paincte en laidure; Au descouvert s'est ma joye cachée.

Et en mon ris est tristesse embuschée Que doulcement en grant yre j'endure.

Des biens mondains rfay vaillant une plaque.

Mais des douleurs plus de plaine une caque Sens en mon cueur, de ce point ne me mocque; Je voys aux champs sus ma petite hacque.

Là conviendra que la dague je sacque, A celle fin que ma vie défroque.

Par la cause qui à ce me provocque; Trop cruel est: helasi je me revocque D'avoir ce dit; par monseigneur sainct Jacque, Je m'en repens, la grâce Dieu invocque A deulx genoulx, ostant bonnet et tocque, Luy suppliant qu'à mon adresse vacque.

9i Hal Dieu, par qui je vaeil mourir et vivre, Je te supply me faire brief délivre De tant de maulx que j'ay à soustenir; Je pers le sens tout ainsi comme le yvre, Et ne congnois ne par cueur ne par livre En quel façon je me doys maintenir; Pourquoy te pry m'avoir en souvenir.

D'autre ne peut mon reconfort venir, A toy me rensy à ta mercy me livre: Tant de meschiefz je congnois m^ avenir Que je ne sçay que faire ou devenir, Car de plaisir n'ay plus once ne livre.

« Tu es le maistre et je suis ta pouvre œuvre. Regarde moy, tes yeulx de pitié euvre.

Puisque faire me daignèrent tes mains; Impossible est que ma pouvreté cueuvre, Chascun la voit, je la monstre et descueuvre Par tous les jours et desoirs, et demains.

Plaise toy donc, aucun de ces demains, Bannir le dueil en quoy toute heure mains.

Car, se par toy santé je ne recueuvre, Maudit me voy entre tous les humains.

Et va mon fait toujours de plus au moins.

Se ta grâce prochainement n'y œuvre.

DBS PRINCES 3|

« Souverain Dieu, créateur éternel, Infini bien, gouverneur paternel, Haulte bonté dont toute autre procède, Vrayfilz nasquiz du ventre virginel.

Dont s'esbahist l'usage maternel.

Mais fors à toy si digne cas ne cède.

Merveille grant qui tout autre œuvre excède.

Or n'est il sens que cestuy ne précède.

Qui a vaincu l'adversaire infernel, Tresdoubc Saulveur, ta grâce me concède.

Tu n'as premier ne qui après succède :

Je te requiers repos sempiternel. »

Tantost que feu faicte mon oraison, Il me fut mieulx et sans comparaison Queparavant, dont tresbien il m' advint.

Dieu m'envoya visiter par Raison :

Bien grant mestier en estoit et saison.

Car trespiteux me trouva quant el vint; Des ennemys de mon sens plus de vingt Me guerroyoient, mais, si tost qu'el sourvint, Loin tous dispers vuyderent la maison, Pourquoy mon cueur bien rappaisi devint Et de grâces luy rendre me souvint, Comme à celle dont 'feu des biens foison*

Qae bonnement racompter je vous sceusse, Ne que langue suffisante à ce eusse.

Pour exprimer de raison la beaulti N* entendement parquoy je la conceusse, De m'en vanter sans ce que vous deceusse, Il ne m'est pas possible en loyaulté.

Bien ressembloit estre de royaulté, Et vey plusieurs luy faire feaulté.

Mais qu'onquesmais en ma vie apperceusse Rien si luysant ne de tel nouveaulté, Certes ne fis : et plus vault sa bonté.

Car sans elle trop de griefz maulz receusse.

Or entendez quelle fut sa venue.

Point n'arriva comme meschante nue, Mais richement de vestemens aornée, Et descendit en une belle nue, Par un doulx temps, d'une pluye menue.

Depuis ne vey la pareille journée, Tant fresche fut et si bien se journée.

Et plus que aultre richement atournée; Si luy priay d'estre en sa retenue.

Lors envers moy s'est doulcement tournée:

Comme celle qui est pourjecours née.

Dame de sens, renommée et tenue.

De ses beaulx yeulx, qui sont plus que nature Ne peut ouvrer en nulle créature Doulx et rians, ung regard me transmist Qui me donna au cueur une poincture, Si tresplaisant et de tel nourriture Que mon soucy presque tout se demist; Puis à marcher droit envers moy se mist, Comme son vueil Fenduraet permist.

De ce me vint belle et bonne adventure, Car tant à moy secourir se soubmist Que loyaulment me jura et promist Me faire brief de tous biens ouverture.

Pensez se feu le cueur bien esjouy Quant ces beaulx motz de la dame fouy, Car grant mestier avoye de secours, Mefist il bien? Ce vous respon-je ouy, De tel plaisir oncquesmais ne jouy, Et ne se peut racompter en temps cours.

Doncques, Raison, en vous est mon recours^ Cause pourquoy venue estes le cours Me secourir et m'avez resjouy; A vous servir veulx employer mes jours.

Ou soit es champs, es villes ou es cours, Puisque mon mal s'en est par vousfouy.

Je mercye Dieu qui tant de biens m' envoyé, Et vous aussi, car plus je ne sçavoye Que je deusse faire ou dire à ma dame; Mes povres yeulx de larmes je lavoye, En tel douleur qu'il n'est nul qui le voye Que grant pitié il n'ayt se point il m^ame; Mon sentement gisoit dessoubz la lame, Ma fantaisie estoit en haulte game.

Car tout Vennuy du monde je Vavoye, Presque destruit, voire de corps et dPame, Mais la veuë de vous à qui me clame M'a presque mis de repos en la voye.

Lors elle entra en mon entendement, Qui vuyde estoit et pillé grandement Par desespoir et les gens de la suyte.

Et n'y trova que disner bonnement.

Sinon ungpain defoy tant seullement Assez petit, mais de bien bonne cuyte; Et toutefois elle est de tel conduicte.

En grant valeur et saigesse tant duicte.

Que bien ne fault, sens ne gouvernement ; En quelque lieu qu'elle maint ou habitte^ Paix entretient et met tout mal en fuyte.

Corps et ame repaist suffisamment.

Son pourvoyeur fut sens, lequel avoit Vivres foyson, ainsi comme il devoit, Et commanda que l'on dressast les tables; Gouvernement qui bien servir sçavoit Us officiers doulcement esmouvoit Parparolles sages et pr ouf fiables.

Raison s^assist, gardant termes estables, Et avec el plusieurs dames notables; Providence de trencher la servoit, Discrétion portoit metz acceptables, Docilité en vaisseaulx délectables Servit de vin es foys qu'elle buvoit.

A ce convy que Raison ordonna Ne demandez se foison ordonna.

Car ces presens sont bien d'autre valeur De reconfort; ses biens m'abandonna, Dont largement et tresgrant foison a, Et fist cesser mes ennuys et douleur, Puis sagement et sans nulle chaleur, Sans varier en maintien ne couleur.

Bien doulcement avec moy sermonna En beaulx termes et langaige meilleur Que les humains if eurent oncques du leur, N'un tout seul mot mal à point ne sonna.

Et si me dist : « Mon enfant^ or entens :

Estre dolent bien souvent en son temps Cest le propre de la fragilité; Fortune tient tes esprits en contendt.

D'elle ne peux toujours estre contens.

Tous ses faitz sont variabilité; S'anuyt te tient en grant habilité, Demain te rend en basse humilité Ou pouvretéy à quoy jamais ne tens; Mais quant el fa ainsi débilité.

Souvienne toy d'avoir virilité, Qui trop mieulx vault que mil escus contens,

« Fortune fait ses presens incertains, Tainctz de douleur, avironnez de plains.

Plains de regretz, de larmes et meschance.

Mais chance y ont joyeuse souvent maintz, Ains congnoistre ses doulans faitz et vains; Vaincz la doncques par cautelle et sçavance; Avance toy, monstre ton excellence.

Lance te fault ou n'ayt oultrecuydance, Dance en la main de plus petis compaings, Paings en ton cueur la vertu de constance, Tance à toy seul contre folle plaisance; Aysance nuyst aux dissoluz mondains.

« Fortune doys congnoistre de pieça,

Car, s'aajourd'huy tu luy vois le pié ça, Soubdainement autre part le remue; Aulcunesfois les biens grans despieça Et les défais mist hault et rapiéça.

Son mouvement en peu d'heures se mue, Des saiges gens n'est pas ferme tenue, Mais en tous cas est de fermeté nue, De loyaulté trop petite pièce a; Tantost s'en va aussi tost est venue; Son service est doubteuse revenue.

Et sa douceur d^ amertume a pieça.

« Veulx tu doncques sembler à beste bruite, Insensible, meschante et mal instruictef S'il te souvient quelque chose diverse.

Ta valeur est trop aysement destruicte Et de sagesse en folie construicte.

Puis que tous jours si follement se verse Qu'à desespoir en sa lignée perverse Tu es submis, et tant qu'à la renverse T'avoit getté, se n'eusse esté induite De te venir ayder à la traverse, A toy mesmes es tu partie adverse.

Car, se tu chez, ce n'est que de ta luite.

a Hé! fa pas Dieu donné assez puissance, Entendement et de moy congnoissance, Qui de tout sens tient université?

De vertu suis source, mère, naissance.

Car sans raison tu n*as nulle aultre essance Qui ne te mette en controversiti.

Prens reconfort en ton adversité.

Mourir te fault et es à vers cité.

Peu durera du monde la plaisance.

Et, se tu tiens ceste perversité.

Bien pourras choir en tel adversité Que des bestes porteras ressemblance,

a Mais je te dy, et sçaches tout pour veoir, Que tu peux bien à tous ces cas pourvoir.

Quant tu vouldras de ma raison user.

Se toy mesmes ne te veulx decepvoir.

Je ne puis pas bonnement concepvoir Que fortune te sçauroit abuser.

Car tu la peut approcher ou ruser, Estre son serf ou ses jeux refuser.

Et chascun jour le doibz appercepvoir.

Contre les bons jamais ne veult muser, Vimpacient ne se peut excuser Qvfil ne la face encontre luy mouvoir.

DBS PRINCES )t

« Aulcunes fois ung homme se tourmente D'avoir perdu cinq soubz et s* en guermente Plus fort que tel qui pert des escuz cent.

Ou tout son bien. Or cil qui tant lamente Et tel douleur en son cueur en ramente, Assavoir mon se plus riche s'en senti Croy que nenny; tout bien luy est absent.

Plus s'en complaint et plus en mal descend De corps et biens, ne croy que je fen mente; Mais le saige qui à Dieu se consent Et le mercye en cueur et par assenî.

Voit on après que sa richesse augmente.

« Se tu veulx doncfuyr celle fortune.

Qui toujours n'est au foible ne fort une, Ne dy pas tiens les biens qu'elle te preste.

Car, supposé qu^à ton gré te fortune Aultant ou mieulx qu'aultre dessoubz la lune, Parquoy ton cueur à grant joye s'appreste.

Tu doibs penser que tantost elle est preste De ravoir tout, quant son vueil fy arresie, Et ne luy peux nuyre pour ta rancune; A son compte jamais rien ne luy reste.

Donc qui plus fait avec elle'conqueste Ne doit tenir pour sienne chose aulcune.

« D'elle eux les biens à telle condition,

Nonpas par don ne par vendition,

Mais seullement qu'elle les peust reprendre

Quant luy plaira, sans contradiction.

Donc ne dois pas nommer perdiction

Ce qv^el te prent qui est sien sans mesprendre.

Plaisir fa fait, se le sceusses comprendre.

De les f avoir tant laissés; se reprendre

Les veut, de cefay ta déduction

Que tort ne fait, ainsi le te fault prendre;

Aultre leçon ne peux meilleure aprendre

Pour eschever grant malédiction,

a Semblablement, ceulx qui ont de nature Prins et receu sens, vie, nourriture, Sont obligés à mort rendre leur corps.

Et a Dieu mis ceste loy de droicture Qui commune est à toute créature.

Comment veux tu donque t'en mettre hors.

Ne en avoir si douloureux remors?

Pour ton plourer ne reviendront les mors.

Et toy mesmes yras en pourriture; Pren reconfort plus que tu n'as amors^ Ou folye de sa bride à haultmors Pourra mener ton ame en adventure.

DES PRINCES ^l

« Tu plains la mort de tes princes passez Et trop tost ont esté des tresp assez; Mais que te vault en mener tel effroy?

Pense en ton cas, tu congnoistras assez Qu'ilz demourront là où sont enchâssez^ Puis que payé ont le dolent deffroy.

Les preux sont mors, Hector et Godeffroy^ Et tant d'autres, Lancelot et Geofroy A la grant dent, qui ne sont rap assez; Ceulx qui sont vifz, pape, empereur et roy, Viendront aussi à ce piteux desroy.

Ne pleure plus, tes yeulx en sont lassez,

a Quant tu lyras le Rommant de la Rose, Lesfaitz rommains, Jules, Virgile, Orose, Et moult d'aultres anciennes hystoires.

Tu trouveras que mort en son enclose A prins les gratis et a leur bouche close, Desquelz encor florissent les mémoires. Par leurs bienfaitz et œuvres méritoires Qui de vertus ouvrent les inventoires.

En détestant toute meschante chose.

Peu prisèrent richesses transitoires.

Or ensuy donc des biens les monitoires.

Et de mourir comme loyal propose.

<K Rendz toy à D'un, et ton couraige change, Rendz lay honneur^ rendz luy gloire et louenge, Recongnois le pour ton seigneur et maistre, Car envers toy via pas esté estrange, Mais fa baillé ame qui, sans estre ange, N*a pareille créature en son estre; Point ne fa faict sans entendement naistre^ Corn les testes qui vont par les champs paistre ; Ains toy venu d^ord lymon, hoe et fange, T'a faict digne d'avecques luy repaistre, En paradis pour à jamais y estre.

Plains doncques peu de ce monde feschange.

« D'aultres causes de Paymer mille y a, Considérant comme il se humilia.

Quant il voulut se faire à toy semblable.

Puis avec toy se mist et se lia, Et ton ame des enfers deslya, Qui luy cousta ung pris inestimable.

N'est il donc bien licite et convenable Que tu peines de luy estre agréable^ Pource te pri et requier, di luy : « Ha!

« Mon Créateur, qui tant es amiable, a Pren à mercy ton servant misérable, « Lequel péché de toy desalia. »

o( Tu as ton cueur si bas mis et posé,

Et entreprins, conclus et proposé

D'y trouver paix, santé, ayte et repos;

Faulte de sens fa ainsi disposé,

De ton plaisir souvent et déposé.

Propose bien : Dieu juge des propos.

Les mondains biens sont d'amer tous compostz.

Pren que tu ayes richesses à plains pos.

Tu les gardes en dangier, et, posé

Que tout viendroit au gré de tes suppos

Pour aulcun temps, saiches, pour tout expùs,

Que brief seras à la mort imposé.

« Assez d'aultres passions naturelles, Tant de l'esprit comme des corporelles.

Tiennent tes sens en tresgrant servitude, Mesmes des faitz et choses temporelles.

Souventes fois as tu mal temps pour elles, Et desplaisirs en tresgrant multitude, Par peu penser en la béatitude Des benoistz deux; ha! quelle ingratitude!

Que n'uses tu de tes vertus morelles, En desprisant le monde et son estudef Tu m'entens bien, ou as l'engin trop rude.

Pource metz y provisions réelles.

a Puisque de mort aulcun homme n'eschappe,

Mais tout ravist soubz son. mantel et chape,

Et qu'en ces faitz n'a réparation^

Empereurs, roys, ducz, contes, et le pape,

Tous maine à fin, n'est celuy qu'el ne hape.

Pour f exempter n'as point d'exception,

A Dieu servir fay préparation,

S'ainsi le fais, rémunération

Auras de luy; aultrement, s'il te frappe

De sa fureur, croy ma narration,

Puny seras sans modération,

les dampnez, soubz tresobscure trappe,

a Et pour parler de ce dont tant te plains.

Des grans ennuys et douleurs dont es plains.

Des povretés et misères du monde.

Et qu'en pleurant souvent par boys et plaings. Quand j'ay congneu et entendu tes plains.

Il est raison et droit que te responde.

Tu as esté tout ton temps tresimmonde.

Fier, arroguant, despiteux, dont je fonde Que tous les maulx desquelz tu te complains Sont moins que riens et que peu fen abonde.

Quant au regard de l'offence profunde Que chascun jour commets : tien fen certains.

« Ha! se ton cueur tant de maulx pour yre a,

A ton trespas pense que pou rira,

Car à faire as une dolente yssue ;

Ton ame es cieulx ou en grant paour yra.

Et ta charongne en terre pourrira;

Plus tostfauldra qu^elle ne fut tissue.

A ce départ le fort et lent y sue.

Lave toy bien et ton deffault essue,

Car qui bonté en soy ne nourrira

Trop plus fol est que s'il portoit massue,

Ceste chose doibt estre à chascun sceue,

Et que le juste en gloire florira.

« Considère le temps qui est passé, Vise comment tu l'as bien compassé, Présentement fay bien et fy efforce; Tost et plustost tu seras trespassé Par ung trespas dont nul n'est râpasse; Or ne te fie en ta beaulté ne force.

Mort met tous sus com chevaulx à la Force, Sans aulcun bien en laisser aller fors ce Que Dieu servant tu auras amassé.

Ne seuffre pas que Vennemy te force.

Trouver pourras secours avec confort, se Ton vouloir n'est de bien faire lassé.

a Dieu tout puissanty par son divin gouverne. Tous ses haulz faitz tant saigement discerne Qu'on ne peut riens adjouster ne hors mettre, A son sainct nom tout genouil se prosterne.

Boy y je te pry, du vin de sa taverne, Et bien sçauras ta folie dtsmettre.

Pense comment il s*est voulu soubt mettre Et te soubmetz à luy, veu que promettre Te veult le bien qui paradis concerne.

Ne vueille plus telz murmures commettre.

Mais luy supply tes deffaulx te remettre :

Lors verras cler sans moyen de lanterne.

a Pren que tu as par cinq cens ans esté Seigneur entier en yver et esté.

Et que soubz toy tout le monde ayt vescu. Tes ans passez n'ont gueres arresté; Ton présent temps est à mort apresté, Vieillesse fa desconfit et vaincu.

De tes trésors la valeur d?ung escu N'emporteras ne lance ne escu, Et, se tu n'as paradis conquesté, Mieulx te vaulsist certes n'avoir onc eu Ame, los, biens, corps, piedz, teste ne eu, Puis qu'aux mauvais enfer est apresti.

« A peine peulz haultes choses entendrey Pourquoy tu as l'entendement trop tendre , Mais je te veulx tenir à mon escolle; Se tu le veulx à moy du tout attendre.

Je teferay à si bonne fin tendre Que changeras ta folle chaulde cole; Recours à moy comme à ton prothecole,.

Car celle suis qui le sens aux gens cole, .

Et nul sans moy ne peut à bien estandre; Note mes ditz et souvent les r école; Ne seuffre pas que folie facole, Mieulx te seroit fen fuyr que l'attendre.

a Or, mon enfant, que la main Dieu te saigne. Retiens donc tout bien ce que je f enseigne : Pour nulle rien jamais ne nf abandonne, De tes deffaulx purge ta veine et seigne; Que Vennemy du lyen ne te ceigne.

Qui trop de maulx aux dampnez faict et donne. Vy sainctement et bien ta fin ordonne; Requier souvent à Dieu qu'il te pardonne.

Et que le fais de tes péchez desseigne; Et se ton cueur à mal faire s'adonne, Confesse toy souvent et f abandonne A pénitence, et en porte l'enseigne.

« Pour parvenir doncqties à grani science, Ung livre auras qui a nom conscience, Où tu lyras choses vieilles et nettes.

Fuy les ordes et destruis, corn si en ce Ta mort estoit; pren tout en patience, Et te repens de tes façons jeunettes.

Mais pour plus cler les veoir te fault lunettes, Qui discernent les blanches des brunettes; LÀ comprendras si vraye sapience Que de ton hault viendras à tes unettes.

Et lors diras : « Dieu, qui tiers et ung estes, a Je cry mercy à vostre prescience. »

« Telles bezilles jamais n'as tu veu d'œil.

Car qui les a ne pourroit avoir dueil.

Prudence est Vun qui est au costé destre, Vautre Justice a nom dont ne me dueil.

Les deux tousdis aveo<moy tenir vueil Qui encloses en force doyvent estre.

Tempérance ne va pas à senestre.

Mais est le clou du meillieu qui congnoistre Fait les lunettes estre tout d'ung acueil.

Or pense donc combien il est grant maistre Qui peut avoir telz joyaulx en son estre.

Que je prometz de donner de bon vueil.

« Bien est saison que ton corps se repose Et de te mettre à dormir une pause.

Car long temps a que tu ne reposas; A bon repos doncques bien te dispose, Et ton ennuy soubz ton oreiller pose.

De sept heures assez pour repos as; Puis au réveil le bien que proposas Avoir de moy, quant tu te disposas De m^enfuyr, fauldra que je fapose, Et Vouvraige qu'oncques ne composas N'a le sçavoir tes espriîz ne posas, Mon sens fera que le tien le compose.

a Lors tu verras les lunettes parfaictes, Et congnoistras ce de quoy ils sont faictes, Sçavoir : force, prudence, avec justice, Tempérance, dont ils seront refaictes.

Car sans elles demouroient imparfaictes.

C'est le rivet et clou qui les justice.

Tu sçauras tout congnoistre, bien et vice.

Et ne seras plus com tu es novisse.

Car tes malices verras estre defaictes.

Va donc dormir et viens à mon service Demain matin : c'est l'heure plus propice.

Que la mémoire a mains choses infaictes. »

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