AVIS DE L'ÉDITEUR
Quelques tentatives heureuses ont fait comprendre, en ces derniers temps , ce qu'on exigeait dans une traduction. On a senti que ce que l'on était en droit de demander avant tout , c'était un genre de fidélité qu'on a à peu près ignoré durant le dernier siècle, et qui est né pour ainsi dire de la connaissance plus intime des époques historiques et des littératures étrangères. Ce genre de traduction éloigne toute idée de paraphrase , et lire son mérite le plus réel d'une concision sé\ère. Le texte des Lusiacles à la main , il sera facile de s'assurer si l'idée que nous émettons a toujours été présente aux traducteurs. Chaque strophe a été reproduite complètement, sans qu'on ait interverti l'ordre qu'elle suit dans le poème. A de rares intervalles seulement , l'interruption du sens a exigé l'union du dernier vers à celui qui ouvre une strophe nouvelle ; on a tenté de
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tout reproduire, jusqu'à la répétition des épithéles , mais sans se permettre aucune addition. C'est pour la première fois , nous osons le dire , qu'une version des Lusiades parait dans ce système, si opposé à celui qu'on a suivi jusqu'à présent,
Camoens ne doit pas sa célébrité, en Portugal, uniquement aux Lusiades; bien que ce poème soit son plus beau titre de gloire, il a laissé des poésies qu'on a réunies, dès la fin du seizième siècle, sous le titre de Rimas. Par leur mérite réel , par leur nombre , par la variété qu'elles offrent , il semble qu'elles eussent dù fixer depuis long-temps en France l'attention des hommes qui se vouent à l'étude des littératures étrangères. Jusqu'à notre époque elles sont restées méconnues. Duperron de Caslera n'en dit rien , et un jugement de La Harpe, dont il est difficile de qualifier la sévérité , les condamne à l'oubli. Pour la première fois on a appelé de ce jugement , et l'on a essayé de faire passer dans notre langue , par fragments , quelques-unes de ces poésies pleines d harmonie et de grâce. Elles ont d'ailleurs un mérite qu'on ne saurait contester -, non-seulement elles peignent les sentiments du poète, mais elles racontent sa vie.
Après les excellents travaux de la critique moderne sur l'auteur des Lusiades, il était difficile de présenter de nouveau la biographie du poète, et de réunir des faits qui ne fussent pas connus. Grâce à quelques investigations , on a essayé de rattacher la vie de Camoens à son époque et de montrer môme quelle fut son influence