I. Il
et des piques. Sur les eaux ils font retentir des conques sonores.
xlyui. Ils font avec les mains, avec des morceaux d'étoffe des signes atit Lusitaniens peur que ceux-ci les attendent ; déjà les proues rapides s'inclinent s'approchant de Pîle. L'équipage , tous les Portugais travaillent avec ardeur , comme si là était la fin de leurs travaux ; ils serrent les Toiles , les hautes vergues tremblent, et Pancre battant la mer en fait rejaillir les ondes.
xlix. Les ancres n'ont pas encore touché le fond , que déjà ces étrangers escalade* les cordages ; ils se présentent en amis , et le grand capitaine les reçoit avec humanité. H ordonne que les tables soient incontinent couvertes, et les coupes s'emplissent de la liqueur de Lyée. Tout ce que l'on verse à ces hommes brûlés par Phaéton disparaît aussitôt.
&. Pendant qu'ils mangeaient gaiement, ils demandaient aux Portugais, en langue arabe, d'où ils venaient? qui ils étaient? le nom de leur pays? ce qu'ils cherchaient? quelles parties de la mer ils avaient parcourues! Les vaillants Lusitaniens leur faisaient des réponses discrètes et convenables : « Nous sommes Portugais; venns de l'Occident, nous cherchons les terres de l'Orient.
Li. » Nous avons sillonné toute la mer de l'antaretique ; nous avons tourné toute l'Afrique ; nous avons vu des terres et des creux nouveaux ; nous sommes sujets d'un puissant roi si aimé, si adoré de tous , que pour lui , le front serein, nous nous lancerions, non sur le vaste Océan, mais dans le noir Àchéron.
lu. » Il l'a commandé, et nous cherchons la terre orient tate que baigne l'Indus ; il l'a désiré , et nous sillonnons les
mers que sillonnaient seulement les phoques monstrueux : mais il est temps que nous sachions si parmi vous la vérité se renie ; qui vous êtes ; quelle est celle terre que vous habitez ; si vous avez quelques notions de l'Inde ? »
Lin. « Nous sommes, répliqua un des insulaires, étrangers à celte terre par nos lois, notre nation; ses habitants sont des fils de la nature, sans culte , sans lumières ; nous suivons la loi véritable qu'enseigna le divin descendant d'Abraham, qui maintenant domine le monde ; il eut pour mère une Juive, pour père un Gentil.
liv. » Cetle île de peu d'étendue que nous habitons, est pour nous tous, qui naviguons dans ces mers, -une échelle certaine lorsqu'il faut nous diriger sur Quiloa, Mombaça el Sofala; elle nous est nécessaire, nous avons donc tenté de nous l'approprier , comme si nous élions ses fils ; enfin, pour tout vous dire, cette pelite île s'appelle Mozambique.
lv. » Puisque vous arrivez de contrées si lointaines à la recherche de l'Indus et des terres ardentes, ici vous aurez un pilote dont la sagesse vous guidera sur les ondes : il sera bon aussi que vous emportiez des vivres nouveaux ; que le chef qui gouverne ce pays, vous voie el vous fournisse de tout ce qui vous est nécessaire. »
lvi. Ayant ainsi parlé, le Maure avec toute sa suite retourne à ses embarcations ; tous se séparent du capitaine en lui témoignant le respect qui lui est dû. Cependant Phébus, plongeant dans les eaux sou char de cristal , faisait cesser je jour, et chargeait sa sœur d'éclairer le moude pendant son repos.
lvii. Sur la flotte fatiguée , la nuit s'écoula dans une joie extraordinaire, inattendue; Ton avait enfin des nouvelles depuis si long-temps cherchées d'un pays lointain.
Jlk
Chacun réfléchit aux mœurs étranges de celle nation , chacun s'étonne qu'une religion trompeuse ait pu s'étendre dans le monde entier.
lyiii. Les rayons transparents de la lune resplendissaient sur les ondes argentées de la mer ; les étoiles , compagnes de la nuit, paraient le ciel comme un champ se parc de fleurs, les venis reposaient leur fureur dans leurs cavernes profondes et obscures ; cependant veillaient selon le vieil usage les sentinelles de l'armée.
ux. Mais aussitôt que la brillante aurore répand sur le ciel serein ses cheveux dorés, ouvrant les portes du jour au soleil qu'elle éveille, toute l'armée déploie ses étendards, se pavoise joyeusement, pour recevoir avec honneur et féle lochef des îles qui s'embarque.
lx. Il venait, naviguant avec joie, voir les légers vaisseaux portugais, et leur apportait des rafraîchissements. Il pensait qu'ils appartenaient à ces peuples inhumains qui, partis des bords de la mer Caspienne, vinrent conquérir les terres asiatiques, et d'après l'ordre des destinées s'emparèrent de l'empire de Constantin.
lxi. Le capitaine reçoit avec transport le Maure et toute sa troupe ; il lui donne un riche présent qu'il avait apporté dans ce dessein ; il lui offre des fruits secs, et lui verse l'ardente liqueur inconnue dans ce pays, liqueur qui fait naître la joie; le Maure accepte ces dons avec allégresse , iifnnge et boit avec plus d'allégresse encore.
LXii. Les Portugais étonnés se répandent sur les ponts; jls observent les manières, les usages de ces étrangers, le langage barbare cl dur de ce peuple : le Maure de son côté , le Maure astucieux regarde ; leur couleur, leurs vêlements, leur formidable armée ; tout l'étonné. Entre
autres questions , il demande s'ils ne venaient pas de la Turquie.
lxiii. Il manifeste aussi le désir de voir le livre de leur loi, de leurs commandements ou de leur foi, pour savoir s'ils sont conformes aux siens ou s'ils n'obéissent pas au Christ, comme il le pense; pour tout voir et tout connaître, il demande enfin au capitaine qu'il lui montre les fortes armes dont ils se servent dans les combats.
lxlv. Par un interprète qui connaissait bien leur langage obscur, le valeureux capitaine leur répondit: Illustre chef, je te ferai connaître qui je suis, quelle est ma loi , quelles sont nos armes. Non, je ne suis ni de la terre ni de la race méprisable des peuples de Turquie ; je suis enfant de la belliqueuse Europe ; je cherche les terres de l'Inde renommée.
lxy. » Je suis la loi de celui à l'empire duquel obéissent le visible et Finvisible ; de celui qui créa le monde, tout ce qui sent, et tout ce qui est insensible; de celui qui supporta le déshonneur et l'infamie, en souffrant une mort au-dessus de toute souffrance ; de celui qui est descendu du ciel sur la terre, pour que les mortels montassent de la terre au ciel.
lxvi. » Je n'apporte pas le livre de ce Dieu fait homme, haut, infini ; tu me le demandes, mais je puis bien ne pas apporter écrit sur du papier ce qui doit être gravé dans mon âme. Si tu veux voir nos armes, comme tu l'as dit, ion désir sera exaucé ; lu les verras en ami, et je suis certain que jamais lu ne voudras les voir en ennemi. »
lxvii. En achevant ces mots, il ordonne à ses diligents serviteurs de les montrer. Voici les harnais , les cuirasses » brillantes, les cottes d'armes serrées, les lames de liue
au e.
trempe, les boucliers aux pointures variées, les arquebuses d'un fer pur ? les balles, les arcs, les carquois qui portent les flèches, les pertuisanes acérées, les lances redoutables.
rwiir. Voici les bombes remplies de feu, les mortiers dévastateurs : cependant le capitaine s'oppose à ce que les ministres de Vulcain mettent le feu à la foudroyante artillerie; car le cœur généreux et plein de vaillance ne déploie pas tout son pouvoir au milieu de quelques hommes tremblants : et cela est juste; c'est faiblesse que de se faire lion au milieu des brebis.
lxix. Mais le Maure qui a tout considéré avec attention en a gardé dans l'àme une haine réelle , un levain do mauvaise pensée ; toutefois ses manières, ses gestes ne le décèlent pas; appelant au contraire une joie feinte sur son front , il se résout à traiter avec bienveillance les Portugais jusqu'à ce que sa haine puisse éclater. |
jw. Le capitaine lui demandait des pilotes qui leguidassent vers ('Iode, promettant de récompenser largement jours travaux ; le chef maure semble y consentir, mais dans le fond de son àme il désirerait, si cela pouvait être en son pouvoir, leur donner en ce jour la mort bien plutôt que des pilotes.
lxxi. Telles furent les mauvaises pensées et la haine qui s'élevèrent tout à coup dans le cœur de ces étrangers, lorsqu'ils surent que les Lusitaniens suivaient la vérité enseignée par le fils de David ! () secrets profonds de l'éternité qui dépassent toute intelligence humaine ! Jamais un perfide ennemi n'a manqué à ceux dont tu as été l'ami.
rxxu. Cependant le Maure, au cœur faux, quitte les vaisseaux accompagné de sa suite, gardant toujours les semblants de l'amitié; il prodigue a tons descaresscs empressées
16 LKS LUSIADES.
et mensongères. Les embarcations traversèrent l'étroit espace de mer qui le séparait de la troupe apostée sur le rivage, puis le Maure se rendit à sa demeure habituelle.
LXXlii. Des hauteurs du brillant Éthérée, le dieu Thébain qui naquit de la cuisse de Jupiter, considérant Phorreur et la haine vouées par le Maure à la faible troupe des Lusitaniens, roule dans son esprit une trame qui bientôt devra L'anéantir. Tandis que son imagination le berce de celte espérance, il se dit en lui-même :
LXXIV. « Eh quoi ! le Destin a décidé que les Portugais obtiendront sur les belliqueuses nations de l'Inde tant, et de si magnifiques victoires! Et moi seul, fils du père des dieux , moi , doué de tant de généreuses qualités, je devrai souffrir que le sort favorise un peuple, par lequel mon nom soit obscurci !
lxxv. » Déjà les dieux ont voulu que le fils de Philippe acquît dans ces parages une si vaste puissance que ses armes soumissent tout à son joug. Souffrira-t on encore que le destin accorde à une poignée d'aventuriers assez de force cl de génie pour que moi, le grand .Macédonien, et les Romains, nous cédions la place au nom portugais?
LXXVL » Il n'en sera pas ainsi : avant que ce capitaine ne touche aux rivages qu'il cherche, la ruse lui lissera tant de trames que jamais il ne pourra voir les pays de l'Orient.«Je descendrai sur la terre, j'exciterai l'indignation dans le cœur du Maure. Celui-là arrive par le chemin le plus court, qui sait mettre à profit les temps opportuns.»
rxxvil. 11 disait ainsi dans sa rage et presqu'en démence; tout à coup il s'élance sur la rive africaine. Revêtant la forme humaine il se dirige vers le promontoire Prasso. Pour mieux ourdir ses ruses, il prend la figure d'un Maure bien
connu à Mozambique , vieillard renommé pour sa prudence et ami du chef de ce pays.
Lwvin. Épiant ensuite pour lui parler le temps et les hé ares les plus favorables a ses pernicieux projets, il lui dit :
Que ce peuple, arrivé naguère, était un peuple de brigands, que la renommée, accourant du milieu des nations qui habitent la côte, annonçait qu'elles avaient été pillées par ces hommes qui passaient et jetaient l'ancre en simulant la paix.
lxxix. » Apprends en outre, lui dit-il, car je l'ai su, que ces chrétiens sanguiuaires ont, par le vol et l'incendie, dévasté la mer; ils apportent contre nous leurs artifices élaborés depuis long-temps. Leur désir est de nous égorger, d'enlever nos femmes et nos enfants pour en faire des esclaves.
lxxx. 9 Je sais aussi qu'ils ont résolu de descendre à terre au point du jour, accompagnés de leur capitaine. Les mauvaises intentions engendrent la peur. Il faut te mettre en embuscade avec les tiens, rester immobile et caché. Venant sans méfiance, ils tomberont facilement dans l'embûche.
LXXXI. »Si dans cette occasion tous ne sont pas tués ou anéantis, j'ai dans l'esprit une autre ruse qui le satisfera. Ordonne qu'un pilote leur soit donné, qui, sachant voiler avec prudence ses astucieux desseins, les conduise où ils trouvent leur perte, la destruction, la ruine et la mort. »
lxwii. Quand il eut achevé ces paroles, le Maure , vieillard expert en ces sortes de choses, lui jeta les bras autour du cou , et le combla de remerciements, lui rendant grâce d'un tel conseil. \ l'instant même il fit ses pré-
18 LES LIISIADF.S.
paralifs de guerre, pour que les Portugais, en venant faire de l'eau, la payassent de tout leur sang.
LXWiu II cherche en outre, afin de renvoyer à la flotte, selon la feinte imaginée, un pilote intelligent, astucieux et habile dans l'art du mal ; un homme sur qui l'on puisse se fier pour une entreprise importante. Il lui dit qu'il accompagnera les Portugais, par telles mers et sur telles côtes désignées afin que s'ils échappent d'ici ils aillent tomber ailleurs et que jamais ils ne s'en relèvent.
lxxxiv. Déjà les rayons du soleil visitaient les monts Nabalhéens, qui paraissaient en feu, lorsque les Maures aperçurent Gama se concertant avec les siens pour venir à terre. Les Portugais délibéraient sur les chaloupes comme s'ils avaient déjà eu vent des projets des infidèles. On peut le croire facilement, les présages du cœur ne mentent jamais.
lxxxv. En outre, Gama avait envoyé à terre demander le pilote dont il avait besoin, et, contre son attente, dans la réponse du Maure avait percé l'hostilité. Pour cette raison , et parce qu'il sait combien se trompe celui qui se fie à un adversaire perfide , il se rend à terre , accompagné d'une partie de son équipage sur trois chaloupes seulement, en vue des peuples de l'île. 3ft
lxxxvi. Cependant les Maures étaient rassemblés sur le rivage , pour lui défendre l'accès de l'eau tant désirée. Les uns se couvrant de leurs boucliers, les autres armés de zagaies , d'arcs recourbés, de flèches acérées, ils attendent que les guerriers abordent. D'autres encore sont placés en embuscade, et pour les surprendre plus sûrement j|s ne laissent apercevoir qu'un petit nombre des leurs,
' j.xxxvu. Enflammés de colère, ils courent çà et là sur
les sables blancs du rivage , défiant avec leurs massues et leurs haches redoutables les vaillants Portugais. Des hommes généreux ne souffrent pas long-temps que des chiens leur montrent les dents. Tous sautent à terre avec tant de rapidité que nul ne peut dire qu'il y est descendu le premier.
Lxxxvm. Ainsi, dans les combats de la sanglante arène,
s'il aperçoit sa maîtresse adorée , l'amant s'élance joyeux au devant du taureau... Il court, il bondit, fait retentir l'air de ses cris; il menace, il harcèle son terrible adversaire; mais alors le féroce animal, inclinant sa redoutable tète, et poussant d'horribles mugissements, se précipite les yeux braqués sur sa proie , frappe , abat , tue et laisse sa victime sur le sable.
lxxxix. Voilà que sur les chaloupes le feu s'élance de la furieuse artillerie. Cette foudre de plomb répand la mort ; son bruit jette l'épouvante, Tair frappé retentit, le projectile siffle; lecœurdu Maure se brise, la terreur glace son sang. Ceux qui sont en embuscade fuient tremblants, ceux qui se montrent tombent.
xc. Ce n'est pas assez pour les Portugais. Poursuivant leur victoire, ils frappent , abattent cette population sans murs et sans défense; ils font gronder l'artillerie qui embrase et anéantit. Mal arrive au Maure de sou escapade; il pensait l'acheter à meilleur marché. Le vieillard sans force et la mère qui allaite son fils maudissent la guerre et se répandent en imprécations.
xcj. Tout en fuyant , le Maure lance ses flèches, mais avec mollesse, à la hâte, comme un lâche ; il jette contre tes Portugais des pierres, des branches d'arbre, tout ce qu'il trouve, en poussant des cris, La fureur insensée lui
PO
fournit des armes; mais bientôt épouvanté , il abandonne l'île et tout ce qu'elle renferme ; il se dirige vers la leçre ferme ei traverse L'étroit bras de mer qui l'en s< pare. mà
xr.u. Les uns s'élancent sur des canots qu'ils surchargent, les autres fendent rapidement la mer à la nage. Qui se noie dans le profond abîme; qui boit et revomit l'onde amère. La menue artillerie a bientôt détruit leurs frêles embarcations. Voilà comment le Lusitanien châtie la malice et la perfidie de ses ennemis.
XCM. Les Portugais retournent victorieux à leur flotte, chargés des dépouilles de la guerre et d'un riche butin. Ils vont ensuite à loisir chercher de l'eau, sans rencontrer ni obstacles, ni résistance. Le peuple maure s'afflige et la haine allumée dans son cœur le dévore plus que jamais. En voyant tant de désastres , restés sans vengeance , il repose son espoir sur sa seconde ruse.
xciv. Le chef de celte terre impie, feignant le repentir, envoie renouer la paix avec les Portugais. Ces derniers ignorent que c'est la guerre qui leur arrive sous la figure de la concorde ; ce pilote en effet que le Maure envoie au grand capitaine suivant sa promesse et en signe de réconciliation, ce pilote perfide et dont le cœur est rempli d'odieuses pensées, devait conduire les Lusitaniens à leur ruine.
xcv. Vasco de Gama qui a calculé le temps et l'époque favorable des vents pour aller à la recherche de l' Indus tant souhaité, et qui juge le moment propice pour reprendre sa route accoutumée , reçoit avec joie et bienveillance le pilote choisi par le Maure. 11 répond au messager et fait aussitôt tendre les voiles au souffle du venl.
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CIIANT I. 21
XCVli Quittant ainsi ces contrées, la floue courageuse sillonnait les ondes d'AmphitrUe, accompagnée des filles de Néréc : fidèle, joyeuse et douce société. Le capitaine, qui ne soupçonne nullement les trames astucieuses ourdies par le Maure, lui demande des informations précises sur l'Inde et sur les côtes près desquelles ils passent.
xcvn. Mais T Africain, savant dans l'art des embûches, que lui enseigna le haineux Bacchus, prépare au grand capitaine, avant qu'il ne touche aux terres de l'Inde , des dangers qui l'entraîneront à la mort ou à la captivité. Il lui donne les notions demandées sur les ports indiens ; il répond à toutes ses questions, et la généreuse nation se confiant en ses paroles ne conçoit aucune crainte.
xcviii. Il lui dit en outre, avec cette fausseté de pensée, dont usa Sinon pour tromper les Phrygiens, que près de là est une île qui fut toujours habitée par un peuple chrétien. Prêtant une oreille attentive à toutes ses paroles, Vasco de Gama ressent une telle joie de celte nouvelle, qu'il lui fait de magnifiques présents en le priant de le conduire vers les rivages qu'habile celle nation.
xcix. L'imposteur a déjà résolu de faire ce que lui demande et ordonne le chrétien trop confiant. Celte île est possédée par la pernicieuse nation qui adore l'infâme Mahomet. Là, le Maure compte que sa ruse réussira et que les Portugais . trouveront la mort, car celte île est plus habitée et plus puissante que Mozambique. Elle s'appelle Quiloa. Sa renommée a retenti dans le monde.
c. La flotte cinglait en toute sécurité vers cette côte, mais la déesse qu'on adore à Cylhère, voyant combien les Portugais s'écartent du vrai chemin, pour courir au devant d'une ruine inattendue, ne peut consentir que sa nation
tr
2*2 LES LlîSIADES.
bien-aimée aillo se perdre sur de lointains ri vages. Elle fait souffler les vcnls contraires et détourne la ilolte de la roule que lui faisait tenir l'astucieux pilote.
ci. Toutefois le Maure haineux, ne pouvant mener à bonne fin son projet , n'en reste pas moins inébranlable dans ses résolutions. Il a recours immédiatement à une autre perfidie non moins odieuse. Il dit au chef portugais que, puisque le courant les entraîne bon gré mal gré en avant, ils se trouveront bientôt près d'une autre île dont les habitants sont partie Maures, partie chrétiens.
CH. Ces paroles étaient un de ces mille mensonges dont il avait fabriqué une si longue chaîne. Dans cette île n'habitaient pas de chrétiens ; on n'y trouvait que des sectaires de Mahomet. Vasco de Gama, ajoutant foi à toutes les paroles de l'Africain , fait tourner les voiles et se dirige vers l'île; mais la déesse protectrice s'y oppose et lit flolt 1 n'entre pas dans la baie , elle reste en dehors.
Cm. L'île n'est séparée de la terre que par un faible dé-
troit; là, sur le bord de la mer apparaissait une ville, au sein de laquelle s'élevaient de superbes édifices dont la vue s'étendait au loin. Elle était gouvernée par un roi d'un âge avancé. Mombaca est le nom de la ville et de l'île.
civ. Le grand capitaine ressent une vive joie de s'en voir si rapproché, car il désire visiter ce peuple qu'il croit chrétien sur les paroles de l'Africain trompeur. Voilà que de la terre viennent des bateaux porteurs d'un message du roi, qui déjà savait qui ils étaient. Depuis long-temps, en effet, Bacchus, sous la forme d'un autre Maure, l'en avait instruit.
cv. Ils apporlaient des paroles amies; mais sous ces paroles était caché l<> venin ; il n'y avait que pensées de
haine, comme il le fut démontré quand la ruse fut découverte ! O terribles! ô effroyables dangers! de quels périls est semé le chemin toujours incertain de la vie! combien là même où l'homme place son espoir , l'existence trouve un fragile appui !
cvi. Sur la mer, que de tempêtes et de souffrances ! que de fois la menace d'une mort imminente ! sur la terre , que de guerres, que de ruses, que de fatalités déplorables! Où peut donc se réfugier le misérable mortel? où passera-t-il en sûreté une si courte vie? Que le ciel demeure serein, qu'il ne s'arme ni ne s'indigne contre un si faible vermisseau de la terre!
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