‹ Les Lusiades de L. de CamoensChapitre 32 sur 40 · SUR VASCO DA GAMA · texte numérisé non relu

SUR VASCO DA GAMA

En interrogeant l'histoire du Portugal , on se demande comment l'homme qui a inspiré de si nobles chants, comment celui qui est mis au rang des héros par son pays et par le monde , a eu jusqu'ici des biographes si mal renseignés, que l'époque précise de sa naissance elle-même était restée ignorée. Sans avoir la prétention de faire d'une simple note une biographie , nous allons essayer d'exposer les faits principaux de celte vie aventureuse» Un précieux manuscrit de la Bibliothèque royale, un article publié dernièrement par un savant Portugais , nous serviront de guide.

D. Vasco daGama, premier comte de Vidiguetra, amiral des mers de l'Inde et sixième gouverneur des possessions portugaises, dans ce pays, naquit vers l'an 14ti9, à Sincs, ville située sur les côles de l'Océan, dans l'Alcm-Tcjo. L'éducation du jeune Vasco fut aussi complète qu'elle pouvait l'être à cette époque ; il étudia principalement les mathématiques et lut les cosmographes. De bonne heure il fut choisi pour remplir des missions importantes et sa réputation s'accrut. Pedro Baretto de Resende dit positivement qu'après la mort de Jean II et dès que le roi Emmanuel fut monté sur le trône (27 octobre 1 495), on s'occupa de donner une suite aux grandes découvertes commencées dès le milieu du xv e siècle: le jeune roi proposa en conseil de poursuivre une entreprise dont il avait été déjà question soixante-quinze ans auparavant. Il y eut en 1496 de nombreux pourparlers à ce sujet. Ce fut donc après un mûr examen que le roi confia l'expédition à Garna. Les préparatifs qu'elle nécessitait furent poussés avec une activité telle, que tout fut prêt vers le milieu de Tannée 1497. Gama avait à peine alors vingt-huit ans. Le 8 juillet , la flottille mit à la voile ; elle ne se composait que de trois navires , ayant à bord , lant en matelots qu'en soldats, cent soixante hommes. Un qua* trièmo navire était uniquement destiné au transport des ap-

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provisionnements. La capitane sur laquelle Vasco de Gama avait planté son pavillon s'appelait le Saint - Gabriel, et Pedro de Alenquer en était le pilote. Le second navire , qui avait été confié à Paul de Gama , avait pour patron Raphaël. Barthélémy Dias, qui avait doublé le Cap des Tempêtes dix ans auparavant, accompagnait Vasco de Gama. La flotte se dirigea d'abord sur les îles du Cap Vert et elle y arriva le 8 août 1-497. Ici commence une longue suite d'incidents dont l'examen sérieux prouve l'admirable exactitude que le poète a mise dans son rééit. Gama relâche d'abord à Sainte-Hélène , qu'il a fait reconnaître par Pedro de Alenquer; là, malgré sa conduite pleine de prudence et d'humanité , il reçoit un coup de flèche à la jambe. C'est le 22 novembre qu'il double ce Cap des Tempêtes qui devait inspirer l'admirable épisode d'AdaœasAor. Parvenu dans ces régions, selon Pedro Baretio , le navire chargé d'approvisionnémenu est incendié après que l'équipage a passé à bord des autre* bâtiments. C'est le 17 décembre que l'amiral arrive à 1a rivière de Y Infante. Barthélémy Dias s'était arrêté à ce point. Gama , comme on l'a l'ait observer, pousse ses découvertes plus lie mille lieues au-delà. Le mois de janvier de l'année 1498 ne devait pas s'écouler sans qu'il visitât la cote dont \\ s'était fréquemment éloigné. Le 10 janvier, il découvre la terreà laquelle il impose le nom du boa Gcnte <de la bonne Nation), et cinq jours après il s'ar vance au-delà de la* côte de Sofala. Est-ce le l' r mars ou quelques jours plus tard qu'il arrive à Mozambique ? C'est ce qu il importe assez peu de vérifier. Mozambique, cité commerçante , était habitée par des Arabes mahomélans. Le poète a parfaitement raconté les fâcheuses a'tcrnatives auxquelles le grand navigateur se vit réduit , puisqu'il fut contraint de tircr.sur les Arabes. Il est important de remarquer que ce fut là où « Gama rencontra pour » la première fois de grands bâtiments sur lesquels on se servait » de la boussole et de cartes marines • (Voy. l'article de l'Encyclopédie des Gens du monde.) A Mombaça, où l'on arriva le 7 avril, dimanche des Rameaux , la conduite des naturels à l'égard de Gama fut à peu près la mémo qu'à Mozambique. Mais enfin le 15 avril 1498, la flotte jeta l'ancre devant Mclinde, et là nonseulement elle trouva une franche hospitalité, mais elle se procura des pilotes. Ainsi que le poète le raconte, le souverain de cette ville, qui est si déchue aujourd'hui, vint en grande pompe visiter l'amiral. Le reste de la navigation devait s'effectuer sans péril. Le 16 mai 1498, selon Baretto , le 20 du même mots, selon

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l'article déjà cité , la flotte prit terré à un port dè la cote de Malabar, faisant partie de* état? du Samorin, deux lieues au-dessous de Calieut , capitale de tout le royaume. Cette viltc, qui s'élève sous le H° 40' de lat. nord et qui devait être ruinée de nos jours par Hydcr-Ali et Tippo-Sacb, était alors singulièrement florissante. Le messager qu'envoya Vasco de Garna fut reçu favorablement par le souverain indien. Bien plus , le Samorin luimême vint recevoir solennellement l'amiral qui fît son entrée dans la ville le 28 mai. Toutefois la conduite de ce prince fut loin de répondre aux sentiments qu'il aVait d'abord montrés. Excité par les Maures, il dressa mille embûches aux Portugais, et ce fut à fa haute fermeté de Vasco de Gama que l'expédition dut son salut ; la conduite de l'amiral eut tous les résultats qu'elle devait avoir : des Portugais qui avaient été faits prisonniers furent relâchés; et le Samorin écrivit même an roi de Portugal. Après soixante quatorze jours dè séjour a Calieut , Vasco de Gama se détermina à retourner en Portugal, et le 27 ou le 29 août 1499, tl remît à ta voile ; if alla faire de l'eau aux Agendrves ; en cet endroit Il fit prisonnier un Juif qui lui avait été envoyé pour l'épier et dont il soupçonnait les intentions, (mis il vint jeter l'ancre devant Mélinde, le 9 février 1499. Un ambassadeur devait le suivre en Portugal, il le prit à son bord ; mais là" sort bonheur sembla l'abandonner. Le navire le Raphaël, qu'il montait, se perdit sur les bas fonds de la côte. Néanmoins, l'équipage fut sauvé et cette circonstance n'eut point d'autre résultat fâcheux. Un plus cruel événement attendait l'amiral dans te voisinage de l'Europe. Après avoir touché à Mozambique et doublé le cap , après avoir essuyé une effroyable tempête, il eut le chagrin de voir son frère, qu'il chérissait tendrement, tomber dangereusement malade. Vasco de Gama, laissant alors le commandement de son navire à Joam de Sa, passa à File de Saint-Miguel , puis à Tercère, où il vit douloureusement mourir celui qui , durant tous ces dangers , lut avait été un compagnon fidèle. Ainsi l'homme qui venait d'accomplir si glorieusement une des plus grandes découvertes des temps modernes débarqua tristement à Lisbonne le 29 août, d'une petite caravelle qui le ramenait de Tercère. Nicolas Coelho était arrivé dès le 10 juillet de la même année , et Joam de Sa l'avait suivi. Une sorte de triomphe attendait Gama. Le roi Emmanuel le reçut avec la plus grande pompe et lui accorda bientôt de nouveaux titres. Pour le lecteur des Lusiades. cette note devrait finir ici. Disons rapidement qu'après avoir été revêtu de la di«

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çnilc d'Amiral des Indes, Vasco de Gama repartit le 10 février 1502 , ayant sous son commandement quinze navires; disons qu'il soumit les souverains de l'Afrique qui lui avaient été contraires ; qu'il fonda la puissance portugaise dans l'Inde, en visitant en maître Cananor, Calicut et Cochin ; disons aussi qu'un cruel oubli paya ses services durant vingt -un ans. Après avoir subi celle longue injustice, D. Vasco de Gama , devenu premier comte de Vidiguoira, fut nommé par Jean III gouverneur des Indes. Il était le sixième qui occupait celte dignité qu'on eût dû lui accorder quinze ans plus tôt. Celte fois, il partit de Lisbonne le 21 avril 1524 , précisément en Tannée où , selon toute probabilité , naissait Camoens. Il commandait une Hotte de dix vaisseaux et trois caravelles ; ce fut durant ce voyage que, parvenu dans le voisinage des côtes , ses navires ressentirent d'horribles secousses. Chacun d'entre eux , dit un naïf chroniqueur, se croyait seul soumis à ce rude travail, ils se vouaient aux saints et tiraient le canon. L'amiral fut le premier à s'apercevoir de leur erreur, il comprit que c'était un tremblement de terre. Mais il rassura les équipages effrayés par son sang-froid: CeH In mer, dit-il , qui tremble à notre aspect. Quelques jours après, le grand homme allait surgir à Chaul , où il prenait le litre de vice-roi , selon Tordre de la cédule royale, et après avoir conservé le gouvernement trois mois et vingt jours , il expirait à Cochin. Sa mort arriva le 5 décembre 1524. Ses restes furent transportés de l'Inde en Europe. Castro rappelle qu'il est enterré dans le couvent des carmes de Vidigueira.

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