‹ Les Lusiades de L. de CamoensChapitre 40 sur 40 · SOT ES · texte numérisé non relu

SOT ES

manque, durant sa maladie , des choses que le plus pauvre soldat trouve dans un hôpital. Je suis venu dans l'Orient pour servir; je ne suis point venu pour y faire le commerce. C'est à vous môme que je voulus donner les ossements de mon fils; c'est a vous que je remis ma moustache.

» Comme gage de ma parole je n'avais à vous offrir ni brillantes tapisseries ni vaisselle précieuse ; aujourd'hui il n'y a point dans cette maison assez d'argent pour acheter une poule; car, durant les expéditions que j'ai faites, avant de dépenser l'argent de leur roi, les soldats trouvaient le salaire du gouverneur, et Ton ne doit point s'étonner que le père de tant d'enfants soit devenu pauvre. »

C'est bien le même homme qui écrivait à Jean m , en lui annonçant la prise de Diu : « En de si grandes affaires les rois ont coutume de donner toujours quelque bonne pièce , je demande à votre altesse pour récompense, qu'elle m'accorde la fontaine d'EI-Rey avec douze châtaigniers qui sont près démon jardin de Cintra. » Ce fut en 1546 que don Joam deCastro remporta cette grande victoire qu'il annonce, comme nous le rapportons, à Jean III ; elle anéantit complètement la puissance du roi de Cambaya, et elle valut à D. Joam le triomphe. 11 entra dansGoa, dit un vieux chroniqueur , selon le mode antique , la téte parée d'une couronne et tenant une palme à la main; cela fit dire, non sans raison peut-être, que s'il avait vaincu comme un chrétien, il avait triomphé comme un païen. Gouverneur depuis trois ans, il reçut de la cour le titre de vicc-roi, mais il ne le conserva que quatorze jours et il mourut à quarante-huit ans, en 1548, dans les bras de saint François-Xavier. En 1576 , ses ossements furent rapportés en Portugal ; il fut enterré dans le cloître de S. -Domingo de Bemfica. Celui qui avait vécu si pauvre eut un magnifique mausolée. Tous les détails biographiques relatifs à Jean de Castro ont été rassemblés avec une rare patience dans l'introduction qui précède le Roteiro, publié en 1833.

Sir. lxx. C'est dans Jacinto Freire de Andrade qu'il faut lire l'histoire des fils de Joam de Castro. Lorsque ce grand homme voulut emprunter sur sa moustache une somme considérable aux habitants de Goa, il eut d'abord l'intention d'offrir en nantissement les ossements de don Fernando ; il fit exhumer en sa présence le cadavre, mais il se trouva en tel état qu'on ne put le

NOTES

tirer de terre. En remettant ses moustaches, Don Joam se contenta d'écrire : « Je ne possède aucun bien-fonds sur lequel je puisse assurer mon emprunt ; je n'ai qu'une sincérité sèche et brève, et Dieu me l'a donnée. »

Str. xcv. Pero de Nhaya. Il était espagnol , mais H s'était marié en Portugal ; il construisit la forteresse de Sofala.

(11) Meroe. On croit que cette ville importante de la Nubie était située un peu au-dessous de la ville de Chendy, non loin du Nil ; l'intrépide Caillaud a cru reconnaître ses ruines près d'Assur.

(12) D. Chrislovam deGama alla, par ordre de son frère qui gouvernait les Indes, au secours de l'empereur d'Abyssinie contre le roi de Zeila , et avec 500 hommes seulement il fit des prodiges.

(15) Don. Philippe de Ménézes qui acquit une grande réputation de valeur dans le Laristan en Perse. On a conservé à la ville de Lar la terminaison que lui donne Camoens. Nous dirons en passant qu'il ne faut pas confondre le courageux capitaine cité dans cette strophe avec un autre chevalier célèbre de ce nom.

Don Alcixo de Ménézes, premier comte de Castanhede, était encore bien jeune lorsqu'il fit la conquête d'Azamor, en 1515. 11 passa aux Indes avec Lopo Soares de Albergaria, et M devint amiral de cette flotte qui attaqua dans la mer Rouge l'armée navale du sultan de Babylone. De retour en Europe, il devint gouverneur de Don Sébastien. Il refusa toute récompense pour ses nombreux services, et mourut le 7 février 1569, à 75 ans.

(1 A) Les chrétiens de Saint-Thomas, que les Portugais trouvèrent établis à la cote de Malabar, étaient désignés sous le nom de Thomistes. Ils appartenaient à la secte des Chaldéens-Nestoriens. Ils condamnaient les images et avaient en horreur la confession auriculaire. Ils prétendaient'tenir leurs principes religieux de i'apotredont ils portaient le nom.

(15) La légende rapportée par Camoens avait été transmise par la tradition. F. Aleixo de Ménézes, fils du célèbre conquérant , a donné l'histoire de ces sectaires ; elle a été traduite en français, par Jean-Baptiste de Glen , en 1609.

\OTES.

(16) Il s'agit ici de l'oiseau de paradis ; au temps où vivait Camoens, on était persuadé qu'il ne se posait jamais à terre, et même les traités d'ornithologie affirmaient que le mâle avait sur le dos un réceptacle garni de duvet où la femelle déposait ses œufs, qu'elle couvait en volant. 11 ne saurait être question, comme on l a cru, de l'oiseau-rnouche ou du colibri, qui se pose fréquemment et n'habite pas d'ailleurs les régions désignées par le poète. (Voyez, relativement à la tradition de l'oiseau de paradis, entre autres écrivains du xvi e siècle, Belleforest.)

(17) L'ambre gris; c'est une sécrétion de la baleine que les flots rejetteut sur ces rivages.

(18) Santa-Cruz (Sainte-Croix) fut le premier nom imposé au Brésil par Pedralvez Cabrai, qui le découvrit du 21 au 22 avril de l'année 150" (et non le 23, comme le disent quelques auteurs). Camoens fait allusion au bois du Brésil (Pao Brazil), qui devait changer la dénomination de j:eUe vaste contrée.

(1 9) Nous avons étrangement déOguré le nom de ce célèbre navigateur, il se nommait Magalhaens. Il mourut en 1520 dans l'Ile de Matan.

Str. cxxv. Tourne vers Cynosure. On désigne ainsi la constellation de la grande Ourse.

Str. cxxvn. Le fleuve Menom. Il y a ici une faute d'impression; lisez Mccom; il ne faut pas confondre ce fleuve avec celui dont il est parlé à la strophe cxxv.

Sir. cxlvi. Le poète s'adresse à don Sébastien, dont le zèle imprudent devaitcauser six ans plus tard la ruine de la monarchie. Si Camoens le loue de sa valeur naissante dans des vers admirables, il ne craignit pas quelques années après de lui donner de sages conseils en employant un langage plein d'énergie et plein d'élévation. Dans les tercets qu'il lui adressa , il Halte sans doute son goût dominant, lorsqu'il lui prédit que ses royales bannières s'étendront sur toute la barbarie ; mais bientôt il cherche à le mettre en garde contre cette présomption qui égare les âmes, qui séduit notre volonté. « Chacun recèle en son propre sein le danger de cette faiblesse naturelle, » dit il. Le jeune roi dédaigna bien d'autres conseils donnés encore d'une manière plus positive, llécana

372 NOTES

ceux du noble Mascarcnhas et ceux du vénérable évèque de Sylvcs. Le 24 juin 1578, il partit du Port de Lisbonne avec une armée de dix-huit mille hommes environ* et le 5 août de la même année il périssait dans le champ d'Alcaçar-Kebir. — Lorsque lo poète apprit ce grand désastre, cette ruine de la patrie , il trouva encore dans son cœur ces mots admirables : Au moins je meurs avec elle!

(I) Sans s'astreindre à un ordre bien rigoureux, et en laissant à la fantaisie son libre cours, on a rangé ces divers morceaux à peu près dans Tordre où ils durent £lrc composés. Il ne s'agit pas ici d'un travai) chronologique sur les peuvres diverses de Camoens , mais on a voulu conduire la pensée du lecteur à travers les phases diverses de cette vie agitée.

(â) Il est à craindre comme l'a déjà fait remarquer M. Ch. Mftgnin avep $on ta.pt habituel , que pe sonnet ne sojt qu'une pharmanje imitation du sonnet lxxvh de Pétrarque. Quelques biographes l'ont admis comme peignant une cjrconsiance particulière à la vie du poète.

(3) Ce charmant morceau fut composé dans la très-grande jeu- * nesse de l'auteur, il peint les douleurs du premier exil.

(4) Celte pièpe fut écrite probablement vers 156Q. ke poêle ayait passé en Afrique, il s/ y était lié d'amitié avec le jeune p. Antonio 4e Noronha , à la mémoire duquel il consacra plqs tard uq morceau étendu.

(n) On peut supposer que ce soimet fut écrit après le retour d'Afr'que, en 1552, avant le départ du poète pour les Indes.

(6) Dans cette belle élégie, Camoens raconte son voyage, il mit à la voile en 1353. ^'admirable modestie avec laquelle le poêle parle de ses exploits ne saurait échapper au lecteur.

.(7) Ce sonnet fut évidemment composé aux Indes.

(8) En 15î|3, le poète apprit dans l'Inde la mort de D. Anlonio de Noronha. C'est à peu près la période la plus errante de sa vie.

(9) Ce morceau, si curieux et si intéressant, fut composé en 4 $35, en face du cqp Guardafu.

(10) Le poète est revenu aux Indes, puis il a subi l'exil. M. John Adamson suppose que ce morceau a élé écrit à Ternate, vers 1556. Camoens passa les premières années de son exil aux Moluques.

(II) On n'a cru devoir donner ici qu'un fragment de celte paraphrase. Ces strophes furent composées sur les r|vagesdu u>'»v<>

NOTES

Mecom, après le naufrage où Camoens sauva le manuscrit des Lusiades en l'élevant au-dessus des eaux , tandis qu'il nageait vers la lerre. H revenait alors de Macao, vers 1561.

(12) On suppose que le poète apprit la mort de Catherine d'Ataïde quelques années aprèfr son retour de la Chine, vers 1564.

(13) Ce sonnet est considéré avec raison comme un des plus remarquables qui aient été composés par Camoens. Un savant auquel on doit une des meilleures dissertations qui aient été données sur le poète, fait monter à trente environ ceux de ces petits poèmes qu'on peut regarder comme excellents.

Nous rappellerons ici que la forme métrique du sonnet, si généralement adoptée par les poètes portugais, leur vint d'Italie; ce. fut au xv* siècle le célèbre don Pedro, duc de Coimbre, dont il a été question plus haut, qui l'introduisit dans son pays. A une époque plus rapprochée , il en fut de même du cançam, que l'on imita de la canzone italienne, en le distinguant de l'ode et en le restreignant presque toujours aux sujets d'amour. Nous n'ajouterons plus qu'un mot à ce sujet : le mot cançam s'écrivait ainsi au xvi« siècle ; depuis, il s'est écrit cançao avec Va tildé, c'est-à-dire avec un signe qui n'existe pas en général dans nos imprimeries , et qui donne une tout autre valeur à cette lettre; nous avons suivi l'orthographe généralement adoptée au temps de Camoens.

Nous ferons observer que dans sa déûnition du mot Cançam, Moraes établit une différence beaucoup plus tranchée entre ce genre de poésie et l'ode , nous avons ici pour nous l'opinion de l'Académie. — C'est peut-être à tort que dans le cours de l'ouvrage le mot cançam a été mis au masculin, il est du féminin en portugais ; nous avons obéi à l'autorité de quelques écrivains.

(14) Voici sans contredit la pièce la plus importante parmi toutes celles que nous offre la collection : le poète y récapitule sa vie.

C) [Page 302.]

Il y a do veo humido ; Manuel de Faria dit qu'il faut entendre par ces mots terre humide, et il renvoie aux Octavas 2 et 6, où ce terme poétique reçoit la même acception. Cette pièce, sans contredit , est celle qui offre le plus de difficultés ; les Portugais les plus versés dans l'ancienne littérature de leur pays, interprètent certains passages de diverses manières : j'avouerai que ce n'est même qu'à l'aide de l'excellent commentaire de Manuel de

jïotes. 375

Faria, l'ami de Camoens, qu'il m'a été possible de donner un sens à quelques yers de ce morceau curieux , sur lesquels j'avais consulté vainement plus d'un savant versé dans la littérature uationale.

(15) Camoens fait ici allusion au coup de feu qui lui fit perdre un œil dans sa jeunesse, durant l'expédition envoyée contre Ceuta.

(16) Ce sonnet est un des plus beaux qui aient élé composés eh aucune langue ; il s'adressait cependant à uu homme qui ne ûl que continuer le grand règne d'Emmanuel , et qui exerça peu din^ fluence comme législateur et comme guerrier. Des qualités personnelles le ûrent aimer, et son souvenir se grava profondément dans la mémoire du peuple. Un historien portugais rapporte que le lendemain de la mort de Jean III, un moine monta en chaire dans la cathédrale, au milieu de la foule qui priait. Il allait prononcer l'éloge du monarque et il s'écria lout-à-coup : — Où est Jean III, où est-il?... Alors des sanglots se font entendre, un sourd gémissement s'élève de la multitude , et le mot inachevé du moine reste comme la plus belle oraison funèbre qui ait été faite à un roi.

(17) C'est une bien mélancolique histoire que celle de ce noble jeune homme, mort à dix-sept ans en Afrique. Le savant John Adamson la donne, nous la rappellerons ici sommairement. D. Antonio de Noronha était OU de D. Francisco de Noronha, second comte de Linhares et neveu de D. Pedro de Ménôzes, capitaine-général de Ceuta. Le père de D. Antonio, ayant découvert chez son fils un attachement qu'il n'approuvait point, pour Dona Margarita de Sylva, petite -fille du duc d'Abrantès et dame d'une grande beauté, le père de Noronha, disons-nous, envoya son jeune fils à Ceuta. Celui-ci s'embarqua sur l'escadre qui emmenait Camoens, et périt avec son oncle eu 1555, dans un engagement qui eut lieu entre les Portugais et les Maures de Tétuan.

Le jeune prince dont il est question dans l'églogue, est D. Joam, fils de Joam III, qui mourut peu de temps après son mariage avec Dona Joanna, fille de l'empereur Charles V. C'était le père de D. Sébastien. (Voy. Memoirs of the life and Wriiings of Luizdc Camoens, l. I,p. 118 et 119.)

Page 1