CHANT NEUVIÈME
(1) Troguc-Pompée rappelle assez au long l'antique légende à laquelle le poète fuit allusion.
(2) Gamoens a voulu sans doute personnifier l'égoïsmc. '
Str. u. L'Aurore, fille du titan Hypérion et deThia,eut d'Astrée, son époux, Hespcr, les astres et les vents, ou du moins trois vents, Notus, Borée et Zéphirc. Homère la dît fille de Titan et de la Terre ; il la fait s avancer dans les cieux la tétc couverte d'un voile jaune , et portée sur un char que traînent deux chevaux éblouissants de blancheur; ses doigts sont de rose. Trois mortels la possédèrent : du premier, Tython, elle eut Emathion et Me m non ; Memnon , célèbre par sa mort à Troie, par son monument à Thèbes, et par les sons que rendait ga statue au lever de l'Aurore ; Memnon, sur qui elle verse chaque matin des pleurs limpides qui sont la rosée et que boit avidement la végétation languissante.
(3) Le poète qui avait visité les diverses contrées de l'Orient, ne perd aucune occasion de signaler les richesses végétales qu'elles avaient fournies à l'Europe. Nous rappellerons en passant que c'est au célèbre Jean de Castro qu'on doit l'introduction des premiers plants d'orangers qui multiplièrent avec tant de rapidité en Portugal.
(4) On voit avec quel soin le poète conserve à ces divers personnages le caractère qu'il leur a attribué dès l'origine. Ce Léonard, si on se le rappelle, est celui qui convie ses compagnons à des récits d'amour.
(5) « Tra la spiga e la m an qnal mitro è messo» t Ce vers, introduit ici par Camocns, est de Pétrarque, et se trouve dans son quarante-troisième sonnet.
NOTES
(1) A propos des hommes que le poète fait figurer dans ce dixième chant, on pourrait dire avec le vieil écrivain italien : Voici une armée de héros. Nous allons leur consacrer quelques lignes pour l'intelligence du poème : Gamoens nomme d'abord Duarte Pacheco Pereira , l'Achille portugais. Un historien dit avec raison que c'est surtout à lui qu'on peut appliquer ce vers du premier chant des Lusiadcs. où il est dit que les hauts faits des Portugais dépassent en réalité les récits imaginaires. Pacheco alfa aux Indes avec Albuquerque, et, à la tète d'un peu plus de cent Portugais, il mit en fuite l'armée du rot de Calicut, qui se montait à cinquante mille hommes, et qui amenait trois cent quatre-vingtdeux pièces d'artillerie. L'esprit a quelque peine à comprendre de tels prodiges! Pacheco revint à Lisbonne le 22 juillet 1505, comblé d'honneurs et de richesses. Celte haute fortune ne dura pas. Jeté en prison par ordre d'Emmanuel, il recouvra bientôt la liberté, mais il alla mourir misérablement dans l'hôpital de Valence.
(2) Francisco d'Almeida fut le premier vice-roi des Indes. Il mit à feu et à sang les HésdeQuiloa, Mombaçà, Panane etDabul.II éleva des forteresses à Cranjganor, à Sofala et dans une foule de ports. L'Asie entière tremblait devant lui; un historien portugais dit avec raison qu'on ne peut guère se figurer comment quatre Cafres, armés de bâlons durcis au feu, suffirent pour enlever la vie à un homme qui avait commandé des armées si fortes et si nombreuses , et qui avait si fréquemment bravé une formidable artillerie. Il mourut sur la plage d'Afrique. Pedro Baretto nous a conservé son portrait tel qu'il était dans le palais des vice-rois à Goa.
Don Lourenço d'Almeida, le Machabée portugais, est le fils de ce grand homme. On raconte de lui certaines actions qui attestent une force miraculeuse. Devant Cananor, il ne perdit que huit hommes, cl il mit en fuite une armée puissante, envoyée contre lui parle Samorin. Blessé àmorteomme il combattait devant le fort de Chaul les armées du soudan et celles* du roi de Cambaya, il se fit attacher au mat de son navire, et il animait encore du geste et de la voix ses compagnons.
NOTES
Str. xxxix. Alphonse d'Albuquerque, né en 1453, second vice-roi des Indes. C'est surtout dans les commentaires qu'il a laissés et qui fureift publiés par son fils, qu'on peut étudier ce caractère plein de force et de grandeur, il faudrait plus d'espace qu'il ne nous en est réservé ici , pour dire même sommairement ses conquêtes. Comme Ta fait observer un historien , c'est l'homme de ce siècle, et il mérite ce titre quand on le voit organiser pour le Portugal cet immense empire d'Asie , qui se composait à sa mort du Malabar , de Ceylan, du littoral des Iles de la Sonde, de la presqu'île de Malaca et de l'Ile d'Ormuz. Il mourut le 7 décembre 1515, à soiianle-trois ans. Il fut enseveli dans son manteau de chevalier de l'ordre de San-Iago. Les Indiens, émerveillés de son aspect redoutable et de cette longue barbe blanche qui flottait au vent, s'écriaient en suivant ses funérailles : « Il n'est point mort , Dieu l'a appelé pour commander les armées du ciel. » Voyez Barbosa Macbado.
(5) Lopo Soares de Albergaria, gouverneur des Indes. La flotte à laquelle le poète fait allusion se composait de trente-sii voiles.
(4) Colombo, ville de Ceylan, située sous le 7° de lat. nord et dont la population peut être évaluée à trente mille habitants. Ce fut/a dernière possession vraiment importante que gardèrent les Portugais aux Indes. Aucune tradition curieuse n'échappe, comme on le voit, àCamoens; il signale même la légende, qui se rattache au pic d'Adam , et qui s'est conservée jusqu'à nos jours. Celte montagne célèbre a 6, G 80 pieds d'élévation. Un peu plus loin, le poète parle des Maldives : « Elles forment une longue et nombreuse rangée d'Iles au sud-ouest du Dekan, entre les 70° et 7i° de longit. orient « et les 1° et 7° de lat. n. Quarante ou cinquante d'entre elles seulement sont cultivées* »
Str. lu. Diogo Lopez de Siqueira fut le quatrième gouverneur des Iodes. Le premier , il sut pénétrer par la mer Rouge dans l'empire d'Abyssinie; il y contracta une alliance avec le Negus.
Str. un. Edouard de Ménézes, cinquième vice-roi des Indes. Voyez pour Gama la Notice qui précède les Notes.
Str.Liv. Henri de Ménézes, surnommé le Roux, succéda à Vasco de («ama dans le gouvernement des Indes en loâi. Il n'avait que vingt-sept ans. Son administration fut pleine d'intelligence, de
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vigueur et de justice. Il donnait aux hôpitaux les présents ma* gnifiques que lui envoyaient les souverains de l'Inde et de PAfrU que. Il mourut en 1526. C'était le septième gouverneur des Indes.
(5) En mourant, D. Henri de Ménézes avait désigné Mascarenhas pour être son successeur. Sampayo , qui s'était chargé momentanément de l'administration , garda le pouvoir. De grandes dissensions eurent lieu à ce sujet : Mascarenhas fut jeté en prison par ordre de son rival ; mais plus tard , en 1527, la cause ayanf^ été portée devant le roi, Mascarenhas triompha.
(6) Lopo Vaz de Sampayo , neuvième gouverneur des Indes. Son administration dura quatre ans. Après la mort de Ménézes, lorsqu'on lui confia le pouvoir momentanément, il jura sur l'évangile de le remettre à Mascarenhas; néanmoins, il n'en fit rien. C'était un homme violent , mais plein de courage. Comme ses prédécesseurs, il accomplit de vrais prodiges durant sa courte administration. Ce qui d'ailleurs peut, jusqu'à un certain point, pallier son action , c'est qu'il était désigné par une cédule royale pour être gouverneur dans le cas où Mascarenhas ne pourrait occuper ces fonctions; celui-ci était alors dans une province éloignée.
(7) Hector de Sllveira se rendit célèbre dans les mers deTInde. Il délivra les eûtes de Cambaya des pirates qui l'infestaient. Il s'empara de la forteresse de Baçalm , et rendit tributaires du Portugal les princes musulmans d'Adem et de Tana. Barros raconte avec son éloquence accoutumée ses nombreuses campagnes.
(8) NunodaCunha, le diiième gouverneur desIndes. Sa première école fut encore l'Afrique, et il s'y conduisit de telle sorte, qu'il mérita d'être armé chevalier par le grand Albuquerquc. Sous Jean III, cependant, en 1559, et comme il était déjà gouverneur des Indes, après avoir accompli des merveilles inouïes de valeur, il fut envoyé à Lisbonne dans les fers ; il tomba malade en mer et expira le 5 mars 1559. Avant de mourir, il avait dit « que puisque la terre avait si mal reçu ses services, il était juste qu'il ne lui laissât point ses os. » Il fut jeté à la mer comme il l'avait ordonné. Nous nommerons successivement plusieurs hommes de
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courage qui se dislinguèrent dans les guerres d'Orient. Le Noronha dont parie ici Camoens est Don Garcia, vice- roi desIndes ; il ne faut pas le confondre avec Don Aflbnso de Noronha neveu du grand Albuqucrque. Le roi Emmanuel le nomma, par une étrange anticipation de pouvoir, gouverneur d'une forteresse qui n'appartenait point encore aux Portugais : c'était celle de Socolora. Il s'y rend en 1508, s'élance le premier à terre, tue le gouverneur de sa lance, et pénètre dans la forteresse. Il y resta jusqu'en 1510 : il mourut dans le golfe de Cambaye durant une tempête.
Str. lxii. Au temps ou d'Acunha avait rassemblé la plus puissante armée européenne que l'on eût vue encoredans les Indes (en 1531), Antoine de Sylveira fut investi du gouvernement de Baçaim et il acquit à cette époque une grande célébrité.
Don Eslevam de Gama , fils de Vasco , fut le onzième gouverneur des Indes. Entr'autrcs exploits il s'empara de la cité de Sor , sur les bords de la mer Rouge.
(9) Martim Affonso de Souza , grand alcaïde de Bragance , acquit de bonne heure une honorable célébrité : il pénétra dans la baie de Rio de Janeiro, le i« janvier 1552, et c'est ce qui le détermina a imposer ce nom au magnifique pays dont il venait de prendre possession. Rio s'appelait parmi les indigènes Ganabara et Niterohy. Le capitaine portugais eut à subir une lutte réelle contre les navigateurs normands qui fréquentaient ces parages. En 1554, M. Affonso de Souza fut nommé commandant d'une escadre de cinq vaisseaux : avec cette petite flotte, il fit des prodiges. Il fut nommé gouverneur des possessions orienlaies en 1543, et ce fut lui qui amena en ce pays saint Xavier, qu'on a surnommé l'apôtre des Indes. Il était de celle lignée de héros qui sacrifiaient toujours leurs propres intérêts à ceux du pays, et Camoens, en célébrant sa gloire, a parlé de sa sagesse. Il mourut le 21 juillet 1564.
(10) Quelques paroles dites sur un lit de douleur, cl recueillies par Andrade, suffiront, selon moi, pour faire comprendre l'admirable caractère de Joam de Castro Comme il sentait sa Un approcher, il s'exprima en ces termes; saint Xavier était présen! :
« Seigneurs, je vous dirai sans honte que le vice-roi de l'Inde