Les sept montagnes du Dahra
LeDahraest l'ancienne Massylie. Les sept montagnes qui la traversent offrent presque toutes le même aspect. Les Portugais qui, les premiers, fréquentèrent cette partie du rivage d'Afrique, furent frappés de cette ressemblance, et les appelèrent les sept monts frères^ os montes sete-irmâos. C'est l'expression dont se sert Camoens.
14. Là périssent le grand-maître de Compostelle, faisant des prodiges de valeur, et celui de Galatrava, tout fumant de carnage, et les frères d'Alvarès, qui maudissent, en expirant, le ciel et leurs destins.
A la suite de cette octave, le manuscrit nomme quelques-uns des guerriers que perdirent les Espagnols dans cette mémorable journée i
Velasques morre, e Sanches de Toledo, Hum, grande caçador; outro, letrado; Também perece Galbes, que sem medo Sempre dos companheiros foi chamado :
Montanchez, Oropesa, Mondonhedo :
(Qualquer destro nas armas, e esforçado) Todos por mãos de Antonio, moço forte, Destro mais que elles, pois o trouxe à morte.
Guevara roncador, que o rosto untava, Máos, e barba, do sangue que corria ; Por dizer que dos muitos que matava Saltava nelle o sangue, e o tingia; Quando destes abusos se jactava, J)e t?aves lhe dà Pedro, que o ouvia, Tal golpe, com que alli lhe foi partida Do corpo a vâa cabeza, e a torpe vida.
Pelo ar a cabeça lhe veou , luda contando a historia de seus feitos Pedro do negro sangue que esguichou, Foi todo salpicado, rosto, e peitos; Justa vingança do que em vida usou.
Logo com elle ao occaso vâo direitos Carrilhos, João da Lorca, com Robledo; Porque os outros fugindo vâo se medo,
a Velasquès de Tolède et Sanches, l'un chasseur, l'autre enfant d'A- « pollon ; Galbés, que ses compagnons avaient surnommé l'Intrépide; « Montanchez, Oropèze et Mondonhedo, tous renommés parleur cou- « rage, tous savants dans l'art des combats, trouvent, dans le jeune a Antonio, leur maître et leur vainqueur.
« Guévara, guerrier sans courage, a trempé ses mains dans le sang « qui rougit la plaine, sa figure en est teinte. C'était, disait-il, le sang « des téméraires qui avaientosé se mesurer avec lui. Tandis qu'il bra- « vait ainsi les Portugais^ le fer de Pedro se lève sur sa tète, et, d'un « revers terrible, la sépare du tronc.
« Elle vole dans les airs, et, la bouche entr'ouverte, semble encore « raconter des exploits. Un sang impur en jaillit, et va rougir à son « tour le visage et la poitrine de Pedro. Carrilho, Lorca, Robledo, « tous ceux qu'une fuite précipitée n'a point dérobés à la fureur « portugaise, accompagnent aux sombres bords le lâche et cruel « Guévara. »
Ces trois octaves faisaient lependant de celles que nous avons citées à la dernière note. Le poëte a fait preuve de goût en les sacrifiant. Duperron de Castera lesa rétablies dans le texte; voici sa traduction : « Velasquès et Sanches, natifsde Tolède, l'un adonné aux exercices « de Diane, l'autre à ceux d'Apollon ; Galbés, surnommé le soldat « sans peur ; Mon tanches, Oropèze et Mondonhedo, tous six d'une va- « leur éprouvée, périssent parla main du jeune Antoine, qui porte « dans le combat ou plus d'adresse ou plus de bonheur qu'eux. Gué- « vara, homme vain et nourri dans l'indolence, se teignait les bras et « le visage avec le sang des morts qu'il trouvait étendus sur la pous- « sière. A l'abri de cette imposture frivole, il prétendait passer pour H un guerrier redoutable ; il publiait à haute voix le nombre des en- « nemis qu'il avait terrassés; Don Pèdre l'interrompt d'un coup de « sabre. Guévara perd la vie ; sa tète, pleine des fumées d'un orgueil
« ridicule, bondit loin de son corps, qui demeure noyé dans son « propre sang; juste et terrible punition de ses mensonges. Carrilho, « Robledo, Juan de Lorca, tombent dans les abîmes ténébreux où « Cerbère effraie les mânes par ses mugissements. »
15. Le sang trempe la terre; la verdure et les fleurs sont noyées dans des ruisseaux de pourpre.
Le poète a déjà dit, dans la description de la bataille d'Ourique, le sang ruisselle dans la plaine, et va rougir au loin l'émail de la prairie. Cette répétition, de la part d'un poëte si fécond et si correct, ne peut pas être une négligence. Il est évident qu'il affecte d'opposer aux fureurs de l'homme l'état paisible et riant de la nature. Camoens avait été soldat ; mais l'habitude des camps n'avait point endurci son âme. Il est fier de la gloire de ses compatriotes; leurs exploits échauffent son génie; mais la guerre est toujours à ses yeux un fléau.
Tout à l'heure, il maudira le monarque ambitieux qui, dévoré de la soif des conquêtes, condamne tant d'épouses au veuvage, tant de mères aux regrets d'un éternel abandon :
Deixando tantos mais, tantas esposas, Sem filhos, sem maridos, desditosas.
z\près Toctave qui terminent ces deux vers, il ajoutait :
Dos corpos dos imigos cavaleiros
Do mato os animaes se apascentaram :
As fontes de mais perto nos primeiros
Dias sangue com agua distillàram.
Os pastores do campo, e os monteiros
Da visinha montanha, nâo gostaram
As aves de rapina em mais de hum anno
Por terem o sabor do corpo humano.
« Les cadavres des cavaliers ennemis serviren t de pâture aux àni- « maux de la forêt ; pendant quelques jours^, les ruisseaux du voisi- « nage roulèrent du sang dans leurs ondes ; pendant plus d'un an « les pasteurs de la plaine, les pasteurs de la montagne, repoussé - « rent avec horreur la chair des oiseaux de proie, qui avait le goût « de la chair de l'homme. »
Les quatre derniers vers présentaient une idée plus révoltante que juste ; Camoens sacrifia l'octave entière. Elle affaiblissait, d'ailleurs, l'image précédente: Deixando^ etc., et surtout ce mot si bien placé à la fin de la stance, desditosas y Malheureuses!
16. Le ciel, pour rapprocher les deux monarques, choisit la main de deux illustres princesses, etc.
C'étaient les deux filles du duc de Lancastre. La première épousa le roi de Portugal, et la seconde Henri, fils du roi de Castille.
ICO LES LUSUDES.