‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 117 sur 223 · Accablé par le nombre, etc · texte numérisé non relu

Accablé par le nombre, etc

Nuno Alvares est un des plus grands hommes de guerre qui aient paru à cette époque ; mais ce n'est pas à lui, c'est à Don Jean que le poëte réserve l'honneur dela victoire. L'intrépide Nuno est contraint de reculer, et voit périr à ses côtés plusieurs'de ses compagnons d'armes. Camoens, dans le marmscrit que nous avons déjà cité, leur consacrait les troi.^ octaves suivantes :

Passaram a Giraldo cò as entranhas 0 grosso, e forte escudo, que tomara A Perez que matou, que o seu de estranhas^ Cutiladas desfeito já deixara. Morrem Pedro, e Duarte (que façanhas Nos Brigios tinham feito) a quem ciiàra Bragança : ambos mancebos, ambos fortes. Companheiros nas vidas, e nas mortes.

Morrem Lopo, e Vicente de Lisboa.

Que estavam conjurados a acabarem,.

O a ganharem ambos a coroa De quantos nesta guerra se affamarem.

Por cima do cavallo Afonso voa :

Que cinco Castelhanos (por vingarem A morte de outros cinco, que matara) O vâo privar assi da vida chara.

De três lanças passado Hilário cai ; Mas primeiro vingado a sua tinha.

Nâo lhe peza porque a alma assi lhe sai, Mas porque a linda Antónia nelle tinha: O fugitivo esprito se lhe vai, E neste o pensamento que o sostinha !

E sahindo, da dama a quem servia O nome lhe cortou na boca fria.

« Le fer traverse le bouclier de Giraldo, et s'enfonce dans le sein « du guerrier. Cette armure impuissante, il l'avait arrachée à Pérès u le Castillan ; la sienne, percée de coups, déchirée, venait de tomber « en débris. Duarte, Pedro, après des prodiges de valeur, expirent « sur un monceau de cadavres. Bragance les a vus naître. Jeunes « tous deux, tous deux intrépides, inséparables pendant leur vie, «< ils confondent leurs derniers soupirs.

« Lope et Vincent mordent la poussière. Ils sont nés dans les murs « de Lisbonne ; tous deux avaient juré de mourir ou de remporter la « palme des combats. Monté sur un coursier fougueux, Alphonse se- « mait autour de lui le carnage et l'effroi. Déjà cinq Espagnols avaient « péri sous ses coups. Il tombe ; cinq Espagnols l'immolent aux mânes « de ses victimes.

« Hilaire, l'audacieux Hilaire, est frappé de trois coups de lance ; « mais des exploits sans nombre ont d'avance vengé sa mort. Lesou- « venir de ses amours attendrit ses derniers moments. Son âme va « s'envoler, et avec elle la douce image qui l'attachait à la vie; le « nom d'Antonia expire sur ses lèvres mourantes. »

Ces trois octaves sont tout à fait dans le goût d'Homère; mais Camoens remarqua avec raison qu'elles allongeaient inutilement le récit de Gama, et divisaient l'intérêt qui, dans ce moment, devait se porter entièrement sur le roi. Duperron de Castera les a traduites ;

nous saisirons cette occasion de donner au lecteur une idée de la manière et du style de ce traducteur.

« Un javelot homicide perce le sein de Giraldo, malgré le bouclier « qu'il vient de prendre à Pérès, l'un des plus vaillants nourrissons « dela Castille. Pérès, en mordant la poussière, voit expirer sonvain- « queur. Don Duart et Don Pèdre succombent, après s'être longtemps o signalés sur les Brigiens. Bragance les vit naître, ils meurent tous « deux jeunes, tous deux avides de gloire : amis inséparables tant « qu'ils vécurent, la Parque ne les désunit pas ; le coup fatal les fait « tomber l'un sur l'autre, ils rendent le dernier soupir en s'embras- « sant. Lope et Vincent de Lisbonne avaient résolu de mourir ou d'ef- « facer par leurs exploits tous les héros qui s'illustreraient dans cette « guerre, ils deviennent les victimes de leur noble ambition. Al- « phonse, monté sur un cheval fougueux, répand autour de lui le carce nage etl'effroi. Enfin, cinq Espagnols l'abattent, et le sacrifient aux « mânes de cinq autres des leurs qu'il a tués. Trois coups de lance « étendent l'audacieux Hilaire sur le sable. Les approches du trépas « n'étonnent point son grand cœur, et, s'il regrette le jour qu'il perd o au printemps de ses années, c'est seulement parce qu'il ne verra « plus la belle Antonie dont il adore les charmes ; une froide et sombre « vapeur lui couvre les yeux ; il veut prononcer le nom de l'objet qu'il 0 aime ; mais il n'en dit que la moitié, le reste meurt dans sa bouche, « et son âme s'envole. »

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