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Cependant un vieillard était resté sur le rivage

M L'introduction de ce personnage qui annonce des malheurs est « une idée heureuse ; elle répand plus d'intérêt sur le voyage de « Gama et de ses compagnons. En général, cette sinistre prophétie « du vieillard, le départ de Gama pour les Indes^ peint des couleurs a les plus touchantes, l'apparition du Gange et de l'indus sont des « beautés poétiques qui honorent le génie de Camoens. » (La Harpe.)

Ajoutons que ces beautés , dont il ne trouvait point de modèles chez les anciens, lui appartiennent tout entières ; que, dans ce quatrième chant comme dans le troisième, il marche sans le secours ordinaire de la mythologie, et soutenu par la seule force de son talent ; etqu'enftnle mérite de l'exécution ne le cède point à celui de l'invention.

Avec le quatrième chant se termine l'histoire des rois de Portugal. Le cinquième contiendra le récit de la navigation de Gania ; c'est là que nous verrons, au cap de Bonne-Espérance, le génie du poëte s'élever à la plus grande hauteur où soit encore parvenue l'épopée.

« Les paroles du vieillard se perdaient dans les airs. « Déjà les ailes de nos vaisseaux s'ouvraient au souffle pur « d'un vent favorable. Bientôt les mâts se balancent, les (( voiles frémissent, le cri d'adieu retentit de la flotte au ri- « vage et du rivage à la flotte ; nous partons.

« L'astre du jour s'approchait alors du lion de Némée. « Le monde, chargé d'années^ poursuivait languissamment « le cours de son sixième âge ^ Il y comptait quatorze fois « cent révolutions du soleil, et quatre-vingt-dix-sept au- « très encore, lorsque nos vaisseaux s'élancèrent sur l'O- « céan.

« Monts paternels, terre chérie, bords fortunés du Tage, « nous vous quittions, mais nos cœurs et nos tristes pen- « sées vous restaient. Cintra fuyait dans l'éloignement ; « ses riantes collines s'effaça.ient peu à peu : nos yeux ne « pouvaient s'en détacher. La terre enfin s'évanouit en- « tièrement : nous ne vîmes plus que le ciel et les eaux.

« Nous voguions vers ces mers qu'aucun navigateur n'a- « vait encore parcourues. Nous voyions les nouvelles îles « et les nouveaux climats découverts par le généreux « Henri ^.

« Sur la gauche apparaissent les montagnes et les cités de « la Mauritanie, ancien royaume d'Antée. Sur la droite, les (( flots vont se perdre dans l'horizon "et baigner, peut-être, « un autre univers \

« Nous passons la grande île de Madère, qui doit son nom

« aux forôts* dont elle était couverte; c'est la première que (( nous ayons peuplée. Elle est située aux limites de l'an- « cien monde, et n'a point la célébrité de Paphos ni de Cy- « thère, mais elle les égale en beauté ; et si le Destin l'eût « soumise à l'empire de Vénus, Vénus l'eût préférée aux « bosquets de Cythère et de Paphos.

« Nous côtoyons rapidement la Massylie, où paissent les « troupeaux des Azenégues^; désert brûlant qui ne s'a- « breuva jamais d'une onde fraîche ; terre désolée où l'oi- « seau digère le fer ^, où l'on ne connut jamais ni les dons « de Cérès, ni les trésors de Pomone. Elle, touche d'un « côté à la Barbarie^ et, de l'autre, au pays des Noirs.

« Déjà nous avions franchi la borne septentrionale que « la nature a prescrite à la course du soleil. Là végètent « les peuples demi-sauvages qui boivent les eaux du noir (( SénégaP; ils portent sur leur figure la trace ineffaçable « du passage de Phaéthon. Là s'élève ce promontoire que « nos marins ont appelé le cap Vert. On le nommait jadis « le promontoire d'Arsine ^

«Les îles Fortunées avaient fui derrière nous. Les filles « d'Hesper découvraient à nos yeux leurs îles verdoyantes ^ « terres fécondes en merveilles et déjà visitées par les. en- « fants de Lusus. Leurs rivages nous fournirent une onde « salutaire et les fruits délicieux dont ils abondent.

(( C'est l'antique jardin des Hespérides. Il porte le nom « de Saint-Jacques, de ce saint *° que l'Espagnol, armé con- « tre les Maures, n'invoqua jamais en vain dans les com- « bats. Au premier souffle de Borée, nos voiles se dé- « ployèrent, et l'onde écumante se rouvrit sous nos vais- « seaux.

« La rive que nous suivions est foulée par les nombreuses « tribus des Jalofs et des Mandingues, qui livrent à nos « mains industrieuses l'or dont cette terre est parsemée. « La Gambie y déroule ses flots, et court, en serpentant, se « perdre au sein de l'Atlantique.

« Nous passâmes les Dorcades, ancien séjour des Gor- « gones **. 0 toi dont la chevelure ondoyante enflammait « Neptune au fond des eaux et jusqu'au pied des autels de « Minerve, toi que la devesse indignée punit si cruellement « de l'audace du souverain des mers, ô Méduse! ce sont tes (( serpents qui peuplent encore ces déserts *^.

« La proue tournée vers le midi, nous allions sillonnant « ce golfe immense, observant tour à tour les sommets « de Sierra-Léone ^'\ le cap des Palmiers, l'île qui porte « le nom de cet apôtre dont la main toucha le côté d'un « Dieu ; le Zaïre ** enfin dont les flots amoncelés luttent « avec l'onde amure sur une plage où nous régnons. 11 « arrose le royaume de Congo ; l'antiquité ne l'a point « connu : les Portugais ont planté la croix sur ses bords.

« Nous avions dépassé la ligne ardente qui partage le « monde^ lorsqu'un astre nouveau vint nous offrir sa « bienfaisante clarté *^. Nocturne flambeau du nouvel hé- « misphère, il brille sur un ciel moins étoile que le nôtre, « et domine le pôle antarctique. Son existence avait paru «jusqu'alors incertaine; on doute encore s'il luit sur des « terres ignorées ou s'il n'éclaire que des flots i^.

« Chaque jour nous éloignait des régions de l'équateur, « de ces climats inconstants où le soleil^ dans sa course « d'un pôle à l'autre, renouvelle deux fois la saison des « zéphyrs et la saison des tempêtes. Chaque jour, Arcas et « Callisto s'abaissaient derrière nous. Nous les vîmes enfin a se baigner dans les eaux de Neptune en dépit de Ju- « non *^.

«Te dirai-je les redoutables phénomènes dont la mer « est le théâtre, les bourrasques subites, les noirs oura- « gans, les nuits ténébreuses, les longs éclairs qui sillon- « nent le ciel, les éclats de la foudre qui ébranlent le monde? « Immense et vaine entreprise qui tromperait les efforts « d'une voix de fer.

« L'inculte raison du nautonier, bornée aux leçons de

« son art, s'abandonne au rapport trompeur des sens. « Pour lui tout est prodige ; il n'appartient qu'au génie, « éclairé par le savoir, d'apprécier d'un coup d'œil les acci- « dents variés de ce mystérieux univers.

« J'ai vu des feux brillants s'élever du sein des tem- « pétes *^ et d'un cercle de lumière environner nos mâts. « Heureux présages d'un calme prochain, le matelot, battu « par l'orage, les prend pour des génies secourables qui « ramènent la paix sur les mers.

«J'ai vu... non, mes yeux ne m'ont point trompé; j'ai « vu se former sur nos têtes un nuage épais qui, par un* « large tube, aspirait les eaux profondes de l'Océan *^.

« Le tube, à sa naissance, n'était qu'une légère vapeur « rassemblée par les vents; elle voltigeait à la surface de « l'eau. Bientôt elle s'agite en tourbillon, et, sans quitter « les flots, s'élève en long tuyau jusqu'aux cieux, semblable (( au métal obéissant qui s'arrondit et s'allonge sous la main « de l'ouvrier.

« Substance aérienne, elle échappe quelque temps à la « vue ; mais à mesure qu'elle absorbe les vagues, elle se « gonfle, et sa grosseur surpasse la grosseur des mâts. « Elle suit, en se balançant, les ondulations des flots; un « nuage la couronne, et dans ses vastes flancs engloutit les « eaux qu'elle aspire.

« Telle on voit l'avide sangsue s'attacher aux lèvres de « l'animal imprudent qui se désaltère au bord d'une claire « fontaine. Brûlée d'une soif ardente, enivrée du sang de « sa victime, elle grossit, s'étend et grossit encore. Telle « se gonfle l'humide colonne, tel s'élargit et s'étend son « énorme chapiteau.

(( Tout à coup la trombe dévorante se sépare des flots, ft et retombe en torrents de pluie sur la plaine liquide. « Elle rend aux ondes les ondes qu'elle a prises ; mais elle « les rend pures et dépouillées de la saveur du sel. Grands

« interprètes de la nature, expliquez-nous la cause de cet « imposant pliúnomòne.

« Si les anciens philosophes que l'amour de la science (( entraîna loin de leur patrie, eussent, comme moi, con- « fié leurs voiles à tant de souffles divers^ quel vaste champ « d'observations se fût ouvert pour eux î Que de précieuses (( découvertes enrichiraient leurs écrits î Que de vérités « utiles tiendraient aujourd'hui la place de leurs vains sys- « tomes !

« La lune avait déjà développé cinq fois son croissant « lumineux depuis que nous parcourions les domaines (( d'Amphitrite, quand, de la hune aérienne, un matelot (( cria : Terre ! terre I Aussitôt chacun de nous s'élance sur « le tillac, les yeux tournés vers l'horizon, du côté de « l'orient.

« Les montagnes de la côte se dessinaient dans le loince tain comme un amas confus de nuages. A l'instant, les « ancres se disposent, les voiles se rephent. L'astrolabe ^^, « invention du génie, qui saisit les astres dans l'espace et « mesure la distance qui les sépare de la terre, l'astrolabe « va nous apprendre à quelle partie du ciel répondent ces « bords inconnus.

«Une rive spacieuse nous reçoit ^^ Mes compagnons se « dispersent, curieux d'explorer une contrée que nul Eui( ropéen n'avait encore parcourue. Moi, je reste sur la « plage avec mes pilotes, cherchant à déterminer le point « où nous sommes. J'interroge tour à tour la carte du monde tt et le tableau du rivage.

« Nous étions entre le tropique où règne Amalthée '^ et ({ le pôle austral, où, sous des montagnes de glace, la na^ « ture a caché ses derniers ouvrages. Je m'occupais à fixer « mes observations fugitives, quand je vis revenir à moi « plusieurs de mes compagnons entraînant un Noir afri^ c( cain : ils l'avaient surpris sur la montagne au moment où « il ravissait les doux trésors de l'abeille.

« L'œil hagard, il tremble, il s'agite. Sa langue articule à « peine quelques sons confus aussi barbares que sa figure. c( Tel parut aux yeux d'Ulysse le farouche Polyphème. « Je cherche à calmer sa frayeur, à flatter son goût par «la piquante saveur des aromates, à l'éblouir par l'écla « d'un argent pur et poli, ou de ce métal plus riche encore « dont les dieux avaient revêtu le bélier de Golchos : il reste « plongé dans sa stupide indifférence.

« Mais des grelots ont retenti à son oreille ; des grains « de cristal, un bonnet couleur de pourpre, ont frappé sa « vue.... Ses cris soudains, ses regards, ses gestes animes, « expriment la surprise et le contentement qu'il éprouve.* « Bientôt tout ce trésor est dans sa main ; il le reçoit en « même temps que la liberté, et prend sa course vers la « peuplade voisine.

« Dès l'aube du jour suivant, d'autres Sauvages, noirs et (( nus comme lui, descendent de leurs rochers et viennent « demander leur part des mêmes richesses. Ils se montt trent bientôt si familiers que Velloso cède au désir d'aller c( avec eux visiter la contrée. Il les suit à travers les (( bois.

« Parmi les guerriers que l'honneur attache à ma force tune, il n'en est point qui le surpasse en audace. Inquiet « de son imprudence, j'observais attentivement la route « qu'il avait prise, quand tout à coup je le vis reparaître à « la cime de la montagne, revenant plus vite qu'il n'était « parti, et se dirigeant vers la mer.

(( Une chaloupe s'avance pour le recevoir ; mais un Nè- « gre audacieux s'élance sur ses traces. Un autre le suit et « un autre encore; leurs mains levées sur lui vontl'altein- « dre et le saisir : je vole à son secours. La rame, à coups « pressés, frappait les ondes, quand un noir bataillon se dé- « couvre, semblable au nuage épais avant-coureur de « l'orage.

« L'orage éclate ; une grêle de pierres et de flèches ob-

(( scurcit les airs. Elles ne furent pas lanc(5es au vent ; cette «jambe en reçut une blessure : j'en porte encore la cica- « trice. Le mousquet répondit aux traits des Barbares, et « sur leur corps ensanglanté imprima la vive couleur dont « ils avaient paré leur tête ^^

« Heureux de ramener avec nous notre imprudent com- « pagnon, nous retournons à nos vaisseaux, abandonnant « sans regret de misérables Sauvages dont l'ignorance égaie lait la perfidie. Jamais leurs grossières nacelles n'avaient « vu d'autres flots que les flots de leur rivage. La terre que « nous cherchions leur était inconnue ; ils savaient seule- « ment qu'elle était encore loin de nous.

« La flotte nous avait tous recueilHs. On entoure^ on in- « terroge Velloso. — Valeureux ami, lui dit un de ses ca.- « marades, la colline est plus facile à descendre qu'à mon- « ter. — Tu dis vrai, répond le fier Lusitanien, j'ai précipité « mon retour. Des brigands vous mettaient en péril : je ve- « nais vous défendre.

« Et le guerrier nous raconta sa périlleuse aventure. Il « avait à peine franchi la colline que les Africains, avec des « cris de fureur, l'avaient repoussé vers la mer, épiant enif suite, à l'abri de leurs rochers, le moment où nous irions « le recevoir au rivage. Le projet des Noirs était de fondre « sur nous, de nous envoyer tous aux sombres bords, et de « se partager nos dépouilles.

« Le soleil avait cinq fois éclairé l'univers depuis que nous « avions quitté la terre des Barbares. La Nuit promenait en (( silence son char étoile ^*; nos vaisseaux fendaient paisi- (( blement les ondes ; assis sur la proue, nos guerriers veil- (( laient, lorsqu'un sombre nuage qui obscurcit les airs se « montre au-dessus de nos têtes, et jette l'eiïVoi dans nos « cœurs.

« La mer ténébreuse faisait entendre au loin un bruit « semblable à celui des flols qui se brisent contre des ro- « chers. Dieu puissant ! m'écriai-je, de quel malheur soni-

« mes-nous menacés ? Quel prodige effrayant vont nous « offrir ce climat et cette mer? C'est ici plus qu'une tem- « pôte.

« Je finissais à peine : un spectre immense, épouvan- « table, s'élève devant nous. Son attitude est menaçante, « son air farouche, son teint pâle, sa barbe épaisse et fan- « geuse. Sa chevelure est chargée de terre et de gravier; « ses lèvres sont noires^, ses dents livides; sous de noirs sour- « cils ses yeux roulent étincelants.

« Sa taille égalait en hauteur ce prodigieux colosse autre- « fois l'orgueil de Rhodes et l'étonnement de l'univers. Il « parle : sa voix formidable semble sortir des gouffres de « Ja mer. A son aspect, à ses terribles accents, nos che- « veux se hérissent, un frisson d'horreur nous saisit et nous « glace.

« 0 peuple, s'écrie-t-il^ le plus audacieux de tous les peu- « pies ! il n'est donc plus de barrière qui vous arrete ? ín- « domptables guerriers, navigateurs infatigables, vous osez « pénétrer dans ces vastes mers dont je suis l'éternel gar- « dien, dans ces mers sacrées qu'une nef étrangère ne proie fana jamais !

« Vous arrachez à la nature des secrets que ni la science « ni le génie n'avaient pu encore lui ravir ! Hé bien, mor- « tels téméraires, apprenez les fléaux qui vous attendent « sur cette plage orageuse et sur les terres lointaines que « vous soumettrez par la guerre.

« Malheur au navire assez hardi pour s'élancer sur vos « traces I Je déchaînerai contre lui les vents et les tempé- « tes. Malheur à la ilottQ qui, la première après la vôtre, « viendra bravor mon pouvoir ^^i A peine aura-t-elle paru « sur mes ondes, qu'elle sera frappée, dispersée, abîmée « dans les flots.

« Avec elle périra le navigateur impie ^^ qui, dans sa « course vagabonde, aperçut mon inviolable demeure, et « vous révéla mon existence. Et ce terrible châtiment ne

« sera que le prélude des malheurs que Tavenir vous pré- « pare. Si j'ai su lire au livre des destins, chaque année « ramonera pour vous de nouveaux désastres; la mort sera « le moindre de vos maux.

« C'est ici qu'un guerrier, longtemps couronné par la vic- « toire, trouvera une éternelle sépulture '^^ C'est ici que, « par un secret jugement du ciel, le destructeur des flottes « ottomanes viendra déposer ses trophées et payer de son « sang la ruine de Quiloa et de Monbaze.

« Un autre héros le suivra ^^, chevalier généreux, amant « passionné. Une jeune beauté l'accompagne. Doux pré- « sent de l'amour, elle devait embellir sa vie. Quelle af- « freuse destinée les conduit sur ces bords ! Ils survivront « à leur naufrage, mais pour éprouver d'inexprimables « douleurs; et leur lente agonie ne suffira point à ma ven- « geance.

« Leurs enfants, dévorés par la faim, expireront sous leurs (( yeux. Le Cafre, avare et féroce, dépouillera de ses véte- (( ments la chaste beauté. Exposée nue aux ardeurs du jour, « à la fraîcheur des nuits, foulant de ses pieds déhcats le « sable brûlant du désert, elle fuira dans l'épaisseur des « forêts.

« L'impitoyable solitude ensevelira les deux époux. C'est « là qu'ils mouilleront de larmes les rochers attendris. « C'est là que, réfugiés dans les bras l'un de l'autre, ils con- (( fondront leur désespoir et leurs derniers soupirs. Les tris- « tes témoins de tant d'infortunes les rediront aux rives du (( Tage.

« Il continuait ses horribles prédictions. — Qui es-tu, « monstre? lui dis-je, en m'élançant vers Itii. Quel démon « vient de nous parler par ta bouche? L'afTreux géant jette (( sur moi un regard sinistre. Ses lèvres hideuses se séparent « avec effort et laissent échapper un cri terrible. Il me ré- « pond enfin d'une voix sourde et courroucée :

« Je suis le Génie des tempêtes ; j'anime ce vaste promon-

« toire que les Ptolomée, les Strabon, les Pline et les Pom- « ponius, qu'aucune génération passée n'a connu. Je ter- « mine ici la terre africaine, à cette cime qui regarde le « pôle antarctique , et qui, jusqu'à ce jour voilée aux yeux (( des mortels, s'indigne, en ce moment, de votre audace. (( Tu vois un des compagnons d'Encelade, d'Égécn et du « géant aux cent bras ^. Je m'appelle Adamastor. Comme « eux enfant de la Terre, j'ai fait, comme eux, la guerre aux tt dieux. Tandis que mes frères entassaient contre le ciel « montagne sur montagne, je combattais sur l'Océan.

« Une passion funeste alluma dans mon sein cette belli- « queuse ardeur. J'adorais la jeune immortelle qui fut de- « puis l'épouse de Pelée ^^, j'aurais dédaigné pour elle toutes « les déesses de l'Olympe. Un jour je la vis s'élancer nue sur « la plage avec ses compagnes : le feu qui m'embrasa sou- « dain me brûle et me consume encore.

« Je parlai, je déplus. Indigné de ses mépris, mais toujours u enivré de ses charmes, je déclarai la guerre à Nérée, et, (( pour conquérir sa tille, j'entrepris la conquête des flots. « Doris, une néréide, trembla pour sa jeune souveraine, et, (( dépositaire de mes vœux, lui porta des paroles de paix et « d'amour. Un pudique sourire efQeura les lèvres de Thétis. (( Quelle serait donc, répondit-elle, quelle serait la nympho (( assez hardie pour recevoir les vœux d'un géant ? « Mais cependant, Doris, il parcourt, il bouleverse nos

« ondes; mon père lui-môme, Nérée, est menacé Va,

« laisse à ma prudence le soin de calmer Adamastor, et de (( sauver l'empire des eaux. Telle fut la réponse que me « transmit la néréide. Hélas! je ne sus point en pénétrer l'ar- « tifice, tant sont aveugles les cœurs passionnés ! le mien « palpita de désir et d'espérance.

« Plus de guerre, plus de courroux : Doris m'avait désce armé. Une nuit cette nuit cruelle devait couronner

(( mon ardeur ! je vis, à travers les ombres, s'avancer l'aimable « Thétis. Elle était seule et sans voile. Les bras tendus, le

« cœur en délire, je m'élance vers cette beauté céleste; je (( couvre de baiser ses yeux, son front^ sa chevelure

(( 0 honte ! ô désespoir ! je n'avais saisi qu'une montagne « affreuse^ hérissée d'une épaisse foret ^*. Un sommet source cilleux recevait les brûlantes caresses destinées à une tête a divine. Tous mes sens furent glacés d'horreur. Je restai « muet, immobile, comme un rocher qui presse un autre « rocher.

« 0 Thétis, ô la plus belle des nymphes de l'Océan ! si tu (( repoussais mes transports, que ne me laissais-tu l'illusion « qui m'avait séduit, ce rêve de bonheur où s'égarait mon « amour? Je pars désespéré, j'abandonne les lieux témoins « de ma disgrâce ; je vais chercher des climats inconnus où « personne ne puisse rire de mes larmes.

« Mes frères étaient déjà vaincus. Leurs cent bras les « avaient mal servis contre le ciel; les dieux en avaient en- « sevoli plusieurs sous de hautes montagnes; et moi-même, (( errant sur la terre et pleurant mes ennuis, je ne tardai a pas à subir le châtiment de mes témérités.

« De ma chair desséchée, de mes os convertis en rochers, « les dieux^ les inflexibles dieux, ont formé le vaste promon- (( toire qui avance au milieu de ces vastes ondes; et pour « accroître mes tourments, pour insulter à ma douleur, (( Thétis vient chaque jour me presser de son humide cein- « ture.

(( A ces mots, il laissa tomber un lorrent de larmes, et « disparut. Avec lui s'évanouit la nuée ténébreuse, et la mer a seaibla pousser un long gémissement. Je levai les mains « vers le ciel, j'invoquai les chœurs sacrés des anges qui « nous avaient servi de guides jusque sur ces bords éloignés, « et je priai Dieu de détourner les malheurs dont Adamastor « avait menacé notre avenir.

« Cependant Phlégon et Pyroeïs, Éous et l'impétueux <( Éthon ^^, ramenaient le char du soleil, et, de leurs pieds (( enflammés, déchiraient le rideau qui couvrait à nos yeux

« Je promontoire du Géant. Nous en parcourûmes les redou- « tables contours, et la mer orientale vit flotter enfin nos « pavillons.

« De nouveaux rivages nous promettaient de nouvelles « découvertes^ et pour la seconde fois la terre reçut nos « guerriers ^^. Des peuples pasteurs habitaient cette contrée. « Aussi noirs, mais d'un aspect plus humain que les habi- « tants des bords où Velloso s'était vu dans un si grand péril, « ils venaient à nous avec leurs femmes, en dansant, et « poussaient des cris d'allégresse. Leurs troupeaux les sui- « valent, errant à l'aventure et paissant l'herbe fleurie.

(( Leurs noires compagnes arrivaient sur des bœufs au pas « tranquille et lent. Elles chantaient. Les sons du chalumeau « champêtre se mêlaient à leurs voix. Telle autrefois la flûte « de Tityre accompagnait les chansons des bergers d^ l'Au- « sonie.

« Leur accueil ne démentit point la douceur qui respirait « sur leur front. Leur hospitalité fut simple comme leurs (( mœurs. Des poules, des moutons furent amenés sur le « rivage. Nous reçûmes leurs présents : ilsremporlòrent les « nôtres; mais il nous fut impossible de tirer d'eux aucune (( lumière sur les climats que nous cherchions. Il fallut lever « l'ancre et rendre aux vents nos voiles fatiguées.

« Nous suivions les longs détours de la côte éthiopienne, « présentant la poupe au pôle antarctique et la proue à « l'équateur. L'île de Diaz disparaissait derrière nous ^\ Là « s'était terminée la course de ce hardi navigateur qui cher- « chait le cap des Tourmentes et ne l'aperçut qu'à son re- « tour.

« De là, pendant quelques jours, nous continuâmes à « sillonner ces mers lointaines, tantôt poussés par des tem- « pôtes, tantôt retenus par des calmes, mais toujours plus « forts que les obstacles, toujours encouragés par la grandeur tt même du péril. D'un front serein, nous bravions tous les « caprices du mobile élément, lorsque des courants impé-

« tueux s*agitèrent devant nous, et de leurs gouffres profonds (( épouvantèrent nos vaisseaux.

« La mer en fureur soulevait toutes ses vagues et nous re- « poussait en dépit des vents qui soufflaient du septentrion. « Notus, indigné de la longue résistance des flots, redoubla « de colère et d'efforts, et les ondes vaincues nous ouvrirent (( un libre passage.

« Le soleil ramenait l'heureux jour où trois rois de l'O- « rient vinrent adorer dans un enfant nouveau-né le triple «roi de l'univers. La douce haleine du zéphyr nous rap- «'procha de la terre des Noirs. Un grand fleuve y reçut nos « vaisseaux ^^ : il gardera le nom de l'antique solennité que « nous célébrâmes sur ses bords.

« Le fleuve des Rois nous fournit ses fraîches eaux. La terre (( nous prodigua ses fruits; mais le peuple qui l'habite était « pour nous comme un peuple muet. Ainsi nous mesurions (( péniblement ce long rivage, demandant partout des nou- « velles de l'Orient et n'en recevant jamais.

« Daigne un instant, grand roi^ daigne arrêter tes regards « sur ces infortunés voyageurs, errant sans guide sur des (( mers inconnues, en proie aux horreurs de la faim, à la fu- « reur des flots, dévorés par des climats insalubres, et cher- « chant à travers les tempêtes une terre lointaine qui sem- (( blait fuir devant eux.

« Nos provisions altérées n'étaient plus pour nous qu'un « aliment funeste. Aucun plaisir, aucune illusion qui sou- (( tînt notre espérance. Quels autres soldats que des Portu- « gais se fussent montrés si patients dans les fatigues, si fî- « dèles à leur prince, si dociles à la voix de leur chef?

« 0 mes généreux compagnons ! c'est l'amour de la gloire « qui vous inspirait tant de courage. Sans ce noble motif, (( auriez-vous consenti à partager les souffrances de ma « longue et pénible course? La colère et le désespoir n'au- « raient-ils pas vingt fois brisé les nœuds qui vous atta- « chaient à Gama? Vous avez enduré, sans murmure, la

« faim, la fatigue, des tourments inouïs ! Où ne me suivrez- « vous pas, après avoir résisté à tant d'épreuves?

« Nous quittons enfin le fleuve hospitalier. Notus enfle nos « voiles. D'un souffle vif et pur il nous emporte au loin sur «les ondes, et nous dérobe aux courants du golfe agité ^^ « d'où l'opulente Sofala envoie son or aux nations.

« Des flots plus tranquilles, un reste d'espoir, et la faveur « du ciel invoquée par les nautoniers, nous ramenèrent au « rivage. Toujours partagés entre la crainte et l'espérance, « fatigués d'une si longue attente, à peine osions-nous for- « mer quelques vœux, lorsqu'un spectacle nouveau vint re- « lever nos cœurs abattus.

« Des campagnes riantes, de belles vallées, un grand « fleuve, se découvrirent à noS yeux ^'^. Des bateaux surce montés de voiles légères se croisaient paisiblement à « l'entrée du port. La rencontre imprévue d'un peuple ha- « vigateur ^^ ranima toutes nos espérances; et cette fois du « moins elles ne furent pas trompées.

« Les habitants de ces rives appartenaient encore à la (( grande famille des Noirs; mais il nous sembla qu'ils com- « muniquaient avec des nations policées. Un léger tissu de « coton se rephait autour de leur tête ; une étoffe azurée <( leur servait de ceinture; à leur langage se mêlaient quel- « ques mots arabes.

(( Martinez les interrogea^ Martinez que l'Arabie avouerait « pour un de ses enfants. Ils lui dirent que des vaisseaux « aussi gi'ands que les nôtres fréquentaient cette merjoin- « taine ; que des bords où naît le soleil, ils venaient chaque « année chercher le rivage du sud, et remontaient ensuite « vers une contrée de l'orient où les hommes étaient, « comme nous, de la couleur du jour.

« Le fleuve où reposaient nos vaisseaux devint pour nous « le fleuve des Bons Sigîies, Nous élevâmes sur ces bords un « des monuments sacrés destinés à marquer nos découvertes, « et nous donnâmes à la contrée le nom du Génie céleste

« qui guida les pas du jeune Tobie vers la demeure de « Gabélus.

« D'autres soins occupèrent encore nos loisirs. Les nious- « ses fangeuses, les impurs coquillages qui, dans une longue « navigation, s'attachent aux flancs des navires, disparurent « sous la main des matelots. Les bons habitants du rivage « venaient chaque jour, d'un air joyeux, déposer à nos pieds « d'abondantes provisions.

(( Mais ce bonheur, si nouveau pour nous, ne fut pas sans « mélange. L'impitoyable Némésis vint le troubler par une « calamité nouvelle. Ainsi les jours orageux succèdent aux « jours sereins. Nous naissons sous l'empire de cette loi rice goureuse : le mal pèsera longtemps sur la terre, le bien « n'y sera que passager.

(( Une affreuse maladie ^^ me ravit plusieurs de mes infor- « tunés compagnons. Une terre étrangère couvre leurs osse- « ments. Comment décrire cet horrible fléau? Les gencives « du malade se gonflaient tout à coup, et, dans sa bouche, « les chairs croissaient et se corrompaient à la fois ; l'air « en était infecté.

« Nous n'avions ni savants médecins ni chirurgiens expé- « rimentés; mais l'acier rigou'reux supplée à tous les secours « de l'art. Dirigé par des mains inhabiles, il coupe les chairs « altérées, et, par de salutaires blessures, arrache des vic- « times à la mort.

« Hélas ! il ne put les sauver toutes. Des guerriers qui si (( longtemps avaient partagé nos périls et nos travaux '^ suc- « combèrent sur cette plage ignorée. Ils y dorment d'un « éternel sommeil. Oh! que l'homme aisément trouve ici- « bas sa dernière demeure ! Un peu de sable remué sur le « rivage, quelques vagues fugitives, reçoivent indistincte- « ment la dépouille mortelle d'un héros et les restes d'un « obscur soldat.

« Nous quittâmes ce port^ moins inquiets, mais plus tris- « tes. Nous cherchions, en naviguant le long des côtes, à

(( découvrir quelque indice nouveau qui affermît encore « notre espoir. Mozambique et Monbaze nous offrirent d'a- « bord un asile. Quel asile, grand Dieu! Le bruit de leur « perfidie est parvenu jusqu'à toi.

M Enfin la pitié du ciel nous a conduits vers ce rivage, et « l'espérance est rentrée dans nos cœurs, et la vie nous « sourit encore, et tous nos maux sont oubliés. Tu connais « maintenant les guerriers que tu sauvais sans les connaître. « Docile à tes ordres, je t'ai fidèlement raconté leurs aven- « tures et leurs malheurs.

« Tu peux juger s'il exista jamais des voyageurs tels que « nous. Les courses périlleuses d'Ulysse et d'Énée peuvent- « elles se comparer à la nôtre? Ces grands navigateurs, tant (( vantés par les poetes, n'ont pas vu la huitième partie des « mers immenses qu'ont parcourues mes vaisseaux.

« Que le chantre divin dont Smyrne, Rhodes, Colophon, « Athènes, Chio, Argos et Salamine se disputèrent le ber- « ceau ** ; que son rival, l'honneur de l'Ausonie, ce cygne « mélodieux dont les accenis charment le Mincio qui l'a vu « naître et le Tibre orgueilleux de l'entendre ;

« Que ces deux favoris des Muses embellissent d'ingé- (( nieuses fictions l'histoire de leurs demi-dieux ; qu'ils in- (( ventent, des Circés, des Polyphèmes, des Sirènes enchan- « teresses ; qu'ils conduisent chez les Ciconiens la nef légère « du roi d'Ithaque ; qu'ils enivrent des fruits du lotos ses « imprudents compagnons; qu'ils précipitent dans les flots « l'infortuné Palinure;

« Qu'ils irritent les vents affranchis des outres d'Éole ; « qu'ils créent des Calypsos amoureuses, des Harpies infec- « tant les repas; qu'ils fassent descendre les héros vivants « au séjour des ombres; qu'ils épuisent les trésors de leur « brillante imagination : ils n'inventeront rien qui surpasse « la vérité simple et nue de mes récits. »

Gama ne parlait plus, et lesMélindiens l'écoutaient encore, l.nfin un doux murmure s'élève au milieu d'eux et devien.

un long concert de louanges. Le roi de Mélinde admirait la grandeur des rois du Tage, leur génie, leurs vertus guerrières; la fidélité, le courage, le dévouement de leurs sujets. Les Mélindiens^ l'œil fixé sur ces hommes extraordinaires, se redisaient l'un à l'autre le trait qui les avait le plus frappés.

Mais déjà le fils de Latone inclinait vers la demeure de Tliétis le char lumineux qui fut jadis si mal guidé par Phaéthon, lorsque le monarque partit pour retourner à son palais.

Oh I qu'il est doux de commander ainsi l'estime de l'univers, de mêler son nom à celui des héros, d'occuper à son tour les doctes veilles de l'historien et du poëte 1 C'est au récit des grandes actions, c'est aux accents de la lyre héroïque que s'enflamment les âmes généreuses.

Les exploits d'Achille avaient moins de prix aux yeux d'Alexandre que la muse qui les chantait : c'est un Homère qu'il enviait au vainqueur de Troie. Les trophées de Miltiade troublaient le sommeil de Thémistocle ; il brûlait d'entendre la voix d'Athènes et des muses l'associer au vainqueur de Marathon.

Les travaux de Gama ont surpassé les travaux d'Énée. Oui^ sans doute ; mais Énée a été chanté par Virgile *^ Parleraiton de l'époux de Lavinie, sans le poëte, ami d'Auguste^, qui rassembla dans un livre immortel tous les titres d'honneur des Romains, et en forma ce faisceau de gloire qui nous éblouit encore aujourd'hui *^?

La Lusitc.nie enfante des Scipions, des Césars, des Alexandres. Elle produit aussi des Augustes; mais chez nous les héros ne sont que des soldats aguerris. Octave, au sein des discordes civiles, composait des vers pleins de grâce* D'un trait vif et perçant, il réprimait cette Fulvie qui, le front dépouillé de pudeur, le poursuivait de son amour*

César, vainqueur des Gaules, ne renonçait pas aux lettres pour les armes ; mais aussi éloquent que Scipion, d'une main il tenait la plume, et de l'autre la lancci Mars et Thalie se

partageaient les heures de Scipion. Homère était tout entier dans la mémoire d'Alexandre; la nuit il reposait sous le clievet du vainqueur d'Arbelles.

Romains, Grecs ou Barbares tous les grands capitaines ont connu le culte des Muses; elles ne sont négligées que par les guerriers de la Lusitanie. Je le dis avec douleur, si les doctes sœurs sont muettes pour eux, c'est qu'ils sont sourds pour les doctes sœurs; c'est qu'ils ignorent l'art divin qu'ils dédaignent : il n'appartient qu'aux esprits cultivés de sentir le charme des beaux vers.

N'accusons point la nature : le mépris des lettres étouffe seul parmi nous le génie des Virgile et dès Homère; et si ce dédain se prolonge, nous n'aurons bientôt plus ni pieux Énées ni vaillants Achilles. L'orgueil des richesses endurcit nos Lusitaniens. De tous les dieux de la riante antiquité, Plutus est le seul qu'ils connaissent; et, pour comble de honte, ils ne savent plus en rougir.

Que Gama rende grâce aux Muses de leur ardeur patriotique à consacrer une gloire dont l'éclat rejaiUit sur sa race. 11 n'avait rien fait pour elles. Ses descendants les ont-ils mieux servies? Avaient-ils mérité que les Nymphes du Tage abandonnassent en leur faveur le fuseau d'or pour la lyre, et l'art de Minerve pour les jeux savants d'Apollon?

L'amour de la patrie, le plaisir pur de célébrer les héros, ont seuls inspiré mes chants. Fils de Lusus, ne laissez donc pas s'éteindre en vous la passion des grandes choses. Vos exploits ne seront point perdus ; l'Histoire est là pour les recueillir, et Calliope pour les chanter.

NOTES

i . Le monde, chargé d'années, poursuivait languissamment le cours de son sixième âge.

La durée du monde est divisée par les chronologistesen six grandes périodes historiques, qu'ils appellent les âges du monde. Les cinq premiers comprennent le temps qui s'est écoulé depuis la création jusqu'à la naissance de Jésus-Christ. Le sixième âge est l'ère chrétienne. Le monde y comptait quatorze fois cent révolutions du soleil et quatre-vingt-dix-sept autres encore^ lorsque Gama partit de Lisbonne pour la découverte de l'Inde. L'auteur ne pouvait exprimer d'une manière plus simple et plus heureuse la date précise du départ de son héros (1497).

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