Un autre héros le suivra, etc
Allusion à la touchante aventure de Manuel de Souza et de Leonor de Sa, son épouse, qui périrent avec leurs enfants dans les déserts dela Cafrerie. La Harpe, d'après Duperron de Castera, raconte ainsi cette déplorable histoire :
« Manuel avait été gouverneur de Diu : il revenait en Europe avec « sa femme Leonor de Sa, l'une des plus belles personnes de son « temps, et rapportait des richesses immenses. La tempête brisa son « vaisseau contre les écucilsdu cap de Bonne-Espérance. Une partie « de son équipage périt dans les flots; le reste se trouva sans se-
« cours et sans ressources dans un pays ignoré et inculte. Les uns « moururent de faim, les autres furent massacrés par les Sauvages, « ou dévorés par les bêtes féroces. Manuel, son épouse, ses trois en- « fants et quelques-uns des siens gagnèrent une bourgade, dont le M chef était un Ijrigand qui les dépouilla de leurs habits et de leurs « armes, et les laissa nus au milieu de la campagne. L'infortunée « Leonor, après avoir longtemps marché dans cet état, les jambes « enflées, les pieds déchirés et sanglants, et tourmentée encore plus « de sa nudité, qui l'exposait aux regards et aux insultes des Barbait res, sentit enfin défaillir ses forces et son courage, et s'enterra dans a le sable jusqu'au cou. Dans cette affreuse situation, elle vit expirer « deux de ses enfants qu'elle avait soutenus jusqu'à ce moment des « secours qu'elle se refusait à elle-même. Elle ne tarda pas á les « suivre. Son mari reçut ses derniers soupirs, et, saisi du plus af- « freux désespoir, il prit dans ses bras le dernier de ses enfants, «< près de mourir comme ses frères j et poussant des cris et des « hurlements lamentables, il s'enfonça dans les bois, où sans doute a il devint la proie des tigres et des lions. Vingt-six Portugais sur- « vécurent à tant de malheurs : ils arrivèrent à un village d'Ethiopie « qui entretenait commerce avec des marchands portugais, et trou- « vèrent des vaisseaux qui les ramenèrent en Europe. »