‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 171 sur 223 · Giraldo · texte numérisé non relu

Giraldo

Giraldo, surnommé le chevalier Sans Peur, Sem pavor, avait eni:ourula disgrâce d'Alphonse 1<^^. Obligé de quitter la cour, il se retira parmi les Maures, et se mit au service d'isniar, le même qui avait perdu la bataille d'Ourique. Il fut suivi par quelques mécontents à la tête desquels il ravagea les terres des chrétiens. Il ne tarda pas à reconnaître sa faute, et résolut de la réparer par quelque action d'éclat. Évora, l'ancienne place d'armes de Sertorius, était au pouvoir ■des inlldèles. Giraldo conçut le projet de la conquérirpour Alphonse. La place était forte, et protégée en dehors par une tour antique où deux senlinellesveillaient jour et nuit, avec ordre d'allumer des feux au premier danger qu'elles apercevraient Giraldo, profitant de l'obscurité d'une nuit profonde, marche vers la tour, et, à l'aide de grosses pointes de fer qu'il enfonce dans la muraille, il parvient à gagner une ouvertuie qui lui fournit un passage. Les deux sentinelles étaient endormies ; il les tue, donne le signal ordinaire de l'approche des ■ennemis, et retourne auprès de ses compagnons, qu'il partage en deux troupes. La première reste en embuscade ; la seconde le suit.

Cependant la garnison, trompée par les feux qu'il venait d'allumer, sort de la ville et se porte vers la tour. Giraldo, toujours favorisé par les ténèbres, fait un circuit, se rapproche des remparts, surprend les gardes avancées, pénètre dans Évora et fait main basse sur tout ce qu'il rencontre. Aux cris des habitants, la garnison revient sur ses pas, poursuivie à son tour par les soldats de l'embuscade ; pressée de tous côtés, égarée dans l'ombre et saisie d'épouvante, elle abandonne ses armes, et la ville entière se soumet à l'intrépide Giraldo. 11 obtint d'Alphon^e, avec son pardon, le commandement de la place qu'il avait conquise avec tant d'audace et de bonheur.

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