Suis dans son vol l'oiseau doré, etc
L'oiseau-mouche ou colibri.
« Ue tous les êtres animés, dit Builbn, voici le plus élégant pour '( la forme, et le plus brillant pour les couleurs. Les pierres et les « métaux polis par notre art ne sont pas comparables à ce bijou de « la nature; elle l'a placé dans l'ordre des oiseaux au dernier degré « de l'échelle de grandeur ; son chef-d'œuvre est le petit oiseau- « mouche; elle l'a comblé de tous les dons qu'elle n'a l'ait que par- « tager aux autres oiseaux : légèreté, rapidité, prestesse, grâce et >( riche parure, tout appartient à ce petit favori. L'émeraude, le « rubis, la topaze brillent sur ses habits ; il ne les souille jamais de la « poussière de la terre; et, dans sa vie tout aérienne, on le voit à « peine toucher le gazon par instants; il est toujours en l'air, volant u de fleurs en fleurs ; il a leur fraîcheur, comme il a leur éclat, il vit « de leur nectar, et n'habite que les climats où sans cesse elles se ' renouvellent.
« C'est dans lês contrées les plus chaudes du nouveau monde que « se trouvent toutes les espèces d'oiseaux-mouches ; elles sont assez ( nombreuses, et paraissent confinées entre les deux tropiques (car « ceux qui s'avancent en été dans les zones tempérées n'y font qu'un « court séjour) ; ils semblent suivre le soleil, s'avancer, se retirer avec « lui, et voler, sur l'aile des zéphyrs, à la suite d'un printemps éternel.
« Les Indiens, frappés de l'éclat et du feu que rendent les couleurs « de ce brillant oiseau, leur avaient donné les noms de rayons ou de (( cheveux du soleil. Pour le volume, les petites espèces de ces oi- « seaux sont au dessous de la grande mouche asile (le taor») pour la
NOTES DU CHANT DIXIÈME. 3fi3
« grandeur, et du bourdon pour la grosseur. Leur bec est une ai- « guille fine, et leur langue un fil délié; leurs petits yeux noirs ne « paraissent que deux points brillants ; les plumes de leurs ailes sont « si délicates, qu'elles en paraissent transparentes. A peine aperçoit-on « leurs pieds, tant ils sont courts et menus; ils en font peu d'usage, « et ils ne se posent que pour passer la nuit, et se laissent, pendant « le jour, emporter dans les airs; leur vol est continu, bourdonnant « ot rapide ; on compare le bruit de leurs ailes à celui d'un rouet. .« Leur battement est si vif, que l'oiseau, s'arrétant dans les airs, <( parait non-seulement immobile, mais tout à fait sans action. On le « voit s'arrêter ainsi quelques instants devant une fleur, et partir « comme un trait pour aller à une autre; il les visite toutes, pion- (^ géant sa petite langue dans leur sein, les flattant de ses ailes sans « jamais s'y fi\er, mais aussi sans les quitter jamais. 11 ne presse ses M inconstances que pour mieux suivre ses amours et multiplier ses « jouissances innocentes, car cet amant léger des fleurs vit à leurs « dépens sans les flétrir; il ne fait que pomper leur miel, et c'est à u cet usage que sa langue paraît uniquement destinée. Elle est com- « posée de deux fibres creuses, formant un petit canal divisé au bout « en deux filets ; elle a la forme d'une trompe, dont elle fait les fonc- ( lions ; l'oiseau la darde hors de son bec, et la plonge jusqu'au fond ' du calice des fleurs pour en tirer les sucs.
« Rien n'égaie la vivacité de ces petits oiseaux, si ce n'est leur « courage, ou plutôt leur audace. On les voit poursuivre avec furie « des oiseaux vingt fois plus gros qu'eux, s'attacher à leur corps^ et, «« se laissant emporter par leur vol, les becqueter à coups redoublés '< jusqu'à ce qu'ils aient assouvi leur petite colère. Quelquefois même < ils se livrent entre eux de très-vifs combats : l'impatience parait ' être leur âme; s'ils s'approchent d'une fleur et qu'ils la trouvent « fanée, ils lui arrachent les pétales avec une précipit.ition qui marque « leur dépit. Ils n'ont d'autre voix qu'un petit cri fréquent et répété; ;( ils le font entendre dans les bois dès l'aurore, jusqu'à ce qu'aux « premiers rayons du soleil tous prennent l'essor, et se dispersent ' dans les campagnes. »