‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 222 sur 223 · Des masses de parfum · texte numérisé non relu

Des masses de parfum

L'ambre, que les mers de cette partie de l'Afrique jettent par masses sur leurs rivages.

oO. Telles sont, heureux navigateurs, les nouvelles contrées que vous donnez au monde.

La découverte de l'Inde ouvrait de nouvelles routes et de nouveaux débouchés au commerce du monde ; il était donc naturel que le poète fit ressortir en détail les immenses résultats de cette découverte. C'est pour avoir méconnu la pensée de l'auteur, que certains critiques ont traité si légèrement de hors-d'œuvre cette belle description de l'Asie.

al. Mais il me reste à vous révéler encore l'action hardie d'un Portugais, etc.

Camoens aurait manqué à l'objet capital de son ouvrage, s'il eut passé sous silence l'importante découverte du détroit ouvert aux Espagnols par le Portugais Magellan, vers la pointe méridionale de

l'Amérique.

Mas lie tamben razâo que no poncnte D'hiim Lusitano hum feito inda vejais, efe.

Et plus bas il ajoute :

0 M.ifçalhaêe, no feito com verdade Portuguez, porem nâo na lealdade.

« Magellan, infidèle à son pays, mais digne encore par son génie « d'être compté parmi les Portugais. »

1)2. Voyez cette vaste région qui s'étend d'un pôle à l'autre.

Le continent américain. Camoens, qui a décrit avec tant de com-

plaisance et d'une manière si pittoresque les contrées de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie, ne fait qu'indiquer ici l'Amérique. On dirait que le chantre de Gama craint d'usurper l'héritage du chantre futur de Christophe Colomb. Ce chantre de l'Amérique n'a pas encore paru : Christophe Colomb n'a pas eu de Camoens; mais du moins il a inspiré au poëte de Sorrente une des plus belles pages de la Jérumîem délivrée.

Tempo verra che fian d'Ercole i segni Favola vile ai navigant! industri ; E i mar riposti, or senza nome, e i regni Ignoti ancor tra voi saranno illustri.

Fia che '1 più ardito allor di tutti i legni Quanto circonda il mar circondi e lustri, fe la terra misuri, immensa mole, Vitturioso, ed emulo dei sole.

Un uom délia Liguria avrà ardimenlo Air incognito corso esporsi in prima :

Ne '1 minaccievol frémito dei vento, Ne r inóspito mar, ne '1 dubbio clima Ne s' altro di periglio o di spavento Più grave e formidabile or si stima , Faran che '1 generoso entro ai divieti D' Abila angusti V alta mente accheti.

Tu spiegherai, Colombo, a un novo polo Lonfane si le fortunate antenne, r.h' appena seguira con gli occhi il vo'o Li fama, ch' ha mille occhi e mille penne, r.anti ella Alcide, e Racco, e di te solo, Basti a' posteri tuoi ch' alquanto acceniie : r.lie quel poeo darà lun^'a memoria Di poema dpgnissima, e d'tstoria.

Canto XV.

« Un jour viendra que les colonnes d'Hercule seront une fable mé prisée des navigateurs. Et ces mers lointaines, aujourd'hui sans nom. ces nations, inconnues encore, deviendront célèbres parmi nous. Le plus hardi des vaisseaux fera le tour des mers; vainqueur de tous les obstacles et rival du soleil, il mesurera l'immen-se étendue de la terre.

« Un enfant de la Ligurie osera le premier tenter cette route inconnue. Ni les frémissantes menaces du vent, ni la mer inhospitalière, ni les incertitudes du climat, aucun péril, aucune épouvante des plus terribles et des plus formidables, ne pourront entraver son généreux courage.

« Tu déploieras, ô Colomb, tes voiles fortunées vers un nouveau pôle si lointain qu'à peine la Renommée, qui a mille yeux et mille ailes, pourra suivre ton vol. Qu'elle chante Alcide et Bacchus, il suffira pour la gloire qu'elle te jette un seul regard. La moindre de les actions sera digne d'inspirer le poète et l'historien.

(Traduction de M. Auguste Desplaces )

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