‹ Les Lusiades, ou les portugaisChapitre 223 sur 223 · La terre dés Géants · texte numérisé non relu

La terre dés Géants

Les habitants de ce pays sont connus sous le nom de Patagons, Les premiers voyageurs ont en fait des géants.

00. Vous les suivrez, nymphes charmantes; vous serez encore leurs compagnes quand le soleil aura cessé de luire sur le monde.

Dernière preuve, observe avec raison Duperron de Castera, que les nymphes de l'île enchantée ne sont que les figures de la gloire et des récompenses qui attendent, même au delà de la vie, la vertu, le courage et la fidélité.

of». Et pour qui chanterais-je encore ? La patrie ne m'entend plus.

Pour bien saisir tout le sens de cet épilogue, il faut savoir que le gouvernement était alors toml>e entre les mains de deux hommes and)itieux, les frères da Camará^ l'un premier secrétaire d'État, et l'autre, confesseur du roi. Leur crédit, vainement attaqué par quelques jeunes favoris sans consistance et sans talent, opprimait à la fois tous les ordres de l'État. La nation humiliée, mais contrainte au silence par la terrible inquisition, semblait avoir perdu son antique énergie, sa fierté, et jusqu'au goût des lettres et des arts : car les arts et les lettres ne fleurissent que sous les gouvernements modérés. C'est au milieu de ce silence universel que Camoens ose élever une voix courageuse, et révéler à son roi les souil'rancesde la patrie. On ne sait ce qu'on doit admirer le plus dans Camoens, ou le génie du poëte, ou le caractère de l'homme.

57. Plus heureux qu'Alexandre^ tu n'auras point à regrotler, comme lui, le chantre d'Achille.

Presque tous les poetes ont parlé d'eux-mêmes avec une sorte

d'enthousiasme. Non om/iis morim\ disait Horace; Jamque opus exegi, etc., s'écrie l'auteur des Métamorphoses. Laissons les poètes véritablement inspirés jouir au moins de la conscience de leur talent, et dire avec Ovide :

Est Ueus in nobis; agitante calescimus illo.

Laissons-les se dédommager ainsi de l'injustice trop ordinaire de leurs coniemporains. Camoens, plus que tout autre, a eu besoin de cette noble consolation. Persécuté pendant sa vie, il n'a pas même encore obtenu dans son pays les honneurs d'un monument. Un jour qu'après avoir cherché inutilement à Lisbonne la modeste pierre placée autrefois sur sa cendre par Gonçalo Coutinho, nous nous plaignions de l'indifférence de la nation portugaise pour celui qu'elle appelle son Virgile et son Homère, un Portugais nous répondit :

Entre les noirs cyprès qui bordent ces tombeaux , Passant, ne cherche point le guerrier ilont la lyre A chanté de Gama les glorieux travaux.

Pourquoi le demander au ténébreux empire? Du Temps inexorable il a trompé la faux;

Et près de Yirgile et du Tasse, Le front ceint de lauriers, vainqueur de ses rivaux,

Il règne au sonmiet du Parnasse.

Page 1