Si j'ai chanté vos doux rivages, etc
Camoens avait commencé par des poésies pastorales, et pouvait dire comme Virgile :
Ille ego qui quondam gracili modulatus avena Carmen, etc.
« Moi qui jadis, assis sous l'ombrage des hêtres,
« Essayai quelques airs sur mes pipeaux champêtres, etc. d
Deulle.
« Un poète, dit l'élégant traducteur de l'Enéide, est toujours tenté, « en écrivant un ouvrage nouveau, de rappeler le souvenir de ceux « qui l'ont précédé, et de prouver la flexibilité de son talent par la « variété des genres qu'il a traités. »
6. Ces fiers accents qui font tressaillir les guerriers, etc.
Le poète dit :
Tuba canora y e hellicosa que o peito accende^ e a cor ao
gesto muda. Mot à mot : La trompette sonore et belHqv,euse qui enflamme le cœur, et change la couleur du visage. Des littérateurs portugais, que nous avons consultés sur le sens de ce passage, avaient pensé d'abord qu'il devait être traduit ainsi : La trompette helliqueuse dont les sons e'clatants enflamment le courage, et colorent le front des guerriers. Mais ils ont changé d'opinion en rapprochant des deux vers que nous venons de citer les deux premiers de lai vingtneuvième octave du quatrième chant. La trompette vient de donner le signal de la bataille d'Aljubarota.
Quantos rostos alli se vem sem cor, Que ao coraçào acode o sangue amigo!
Les guerriers ont pâli : le sang qui les anime a reflue' vers le cœur.
Le véritable sens de tuba canora, etc., était donc : La trompette belliqueuse dont les fiers accents portent la flamme au cœur des guerriers, et \dipaleur sur leur front. Quelques personnes cependant ont cru voir une espèce de contradiction dans ce double eiTet du signal des combats. Des militaires distingués par leur rang et leur bravoure nous ont assuré, au contraire, que cette peinture était vraie, et qu'elle ne pouvait étonner que les poetes qui n'ont fait la guerre que dans leur cabinet. Camoens avait assisté à des batailles ; il a peint ce qu'il a vu. Pour concilier les deux opinions, nous avons pris un moyen terme, qui, en maintenant le sens primitif, en adoucit l'expression.