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I. Les Réunions et les Solennités du Congrès

Les Congrès eucharistiques internationaux rassemblent des évêques, des prêtres et des fidèles de toutes les parties de l'univers dans le dessein d'étudier ensemble les questions concernant le culte eucharistique et de promouvoir l'apostolat surnaturel par d'imposantes manifestations de piété eucharistique.

Depuis Tannée 1908, avecles Congrès tenus successivement à Westminster, à Cologne, à Montréal, à Madrid, à Vienne, l'œuvre des Congrès eucharistiques a pris, aux yeux de la catholicité tout entière, un éclat, une importance, un prestige, qui ont dépassé les espérances le plus saintement ambitieuses. En même temps qu'un hommage grandiose rendu par les princes et les peuples au dogme de la présence réelle de Jésus-Christ Notre-Seigneur dans le sacrement de nos autels, les Congrès eucharistiques deviennent une démonstration significative de la féconde vitalité du catholicisme au milieu de la société contemporaine, lis sont devenus spécialement, par les honneurs exceptionnels décernés aux Légats du Siège

apostolique, le splendide témoignage de la vénération aimante des catholiques de tous pays à l'égard du Vicaire de Jésus-Christ, le Pontife de Rome.

En 1914, allait se réunir le vingt-cinquième Congrès eucharistique international. L'œuvre allait célébrer ses noces d'argent. Où donc serait-il possible de tenir, pour cette date solennelle, un Congrès qui fût comparable aux assemblées magnifiques dont l'Angleterre, l'Allemagne, le Canada, l'Espagne et l'Autriche avaient précédemment offert le religieux, l'émouvant spectacle ? La difficulté de ne pas déchoir était d'autant plus grande qu'à Madrid et surtout à Vienne les représentants de la puissance publique et les souverains eux-mêmes, entourés des princes de leur famille et des dignitaires de leur cour, avaient, par leur présence, donné au Congrès eucharistique le caractère d'un hommage public, social et officiel, adressé au Roi des rois. Pour trouver mieux encore, l'année des noces d'argent des Congrès eucharistiques, on s'est rendu à Lourdes : et, dès la séance d'ouverture, la profonde et touchante raison de ce choix fut exprimée avec une grâce exquise par le Légat du Saint-Siège, le cardinal Granito Pignatelli, prince di Belmonte :

Dieu lui-même. .. a inspiré les organisateurs de ce Congrès et s'est plu, dans sa sagesse, à les conduire là où ne régnent ni prince, ni roi d'ici-bas, mais où règne, toutepuissance suppliante sur le Cœur de son Fils, la Reine du ciel et de la terre ; j'ai nommé Lourdes, où Marie Immaculée a établi son trône de prédilection pour la France et pour le monde.

Messieurs, nous sommes, en ce moment, les hôtes de la Vierge Marie, de ia Mère de Jésus perpétuellement présent parmi nous dans l'Eucharistie...

A Lourdes, en effet, hors de la petite ville, dans l'enceinte privilégiée, tout auprès de la grotte où la Vierge Marie daigna se manifester à Bernadette et lui confier pour les pécheurs un message d'amour et d'espérance, tout auprès de la source merveilleuse qui fait germer et fleurir les miracles, en ce lieu béni qu'encadrent les montagnes pyrénéennes et qui est le théâtre permanent de l'un des mouvements les plus étonnants de ferveur religieuse et eucharistique qu'ait jamais enregistrés l'histoire, on respire une atmosphère plus pure que celle d1ici-bas, on entre dans un royaume surnaturel et divin dont Marie, Mère de Jésus, est la Souveraine et la Reine. L'accueil maternel de celte Souveraine et de cette Reine garantissait au Congrès eucharistique, en 1914, comme naguère en 1899, une portée religieuse, une majesté surhumaine, une vertu sanctifiante qui défiait toute autre splendeur.

Le Légat pontifical était entouré, à Lourdes, par neuf autres membres du Sacré Collège : les cardinaux Luçon, Andrieu, Amette, de Cabrières et Sevin ; le cardinal Netto, patriarche démissionnaire de Lisbonne ; le cardinal Logue, primat d'Irlande ; le cardinal Farley, archevêque de New- York ; le cardinal Almarazy Santos, archevêque de Séville. Trente et un archevêques et cent quarante-huit évêques représentaient tous les pays d'Europe et d'Amérique, plusieurs rites orientaux, de nombreuses missions d'Asie,

d'Afrique et d'Océanie. Au total, près de deux cents cardinaux, archevêques ou évèques de la catholicité tout entière.

Les congressistes, prêtres ou laïques, atteignirent le nombre de quatorze à quinze mille. Notablement plus nombreuses furent les personnes qui vinrent assister aux manifestations religieuses sans suivre les travaux des congressistes. Le public aurait été encore beaucoup plus compact, à Lourdes, durant toute la semaine du Congrès, si les exigences abusives des hôteliers n'avaient, par avance, découragé une partie de la clientèle française ou étrangère. De fait, le mardi et le mercredi, 21 et 22 juillet, l'affluence à Lourdes était relativement restreinte1. Puis, le jeudi et le vendredi, 23 et 24, elle alla grandissant. Le samedi 25, elle était devenue considérable. Enfin, le dimanche 26, la procession de clôture attirait, de toute la région pyrénéenne, un nombre exceptionnel de visiteurs. Ce jour-là, on pouvait estimer à cent vingt mille personnes environ la population rassemblée dans la petite ville de Lourdes, qui n'en compte normalement que huit mille. Le solennel hommage rendu à la sainte Eucharistie avait mobilisé les grandes « foules de Lourdes » et avait attiré des adorateurs de tous les pays, de toutes les races et de toutes les langues de l'univers chrétien.

Les séances du Congrès eucharistique de 1914 étaient consacrées à étudier, sous chacun de ses

I. Le 21 juillet, réception du Cardinal Légat. Le 22 juillet, ouverture solennelle du Congrès.

aspects, la doctrine de la royauté sociale de Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie. Sujet éminemment conforme à la tradition et à l'esprit des Congrès eucharistiques internationaux, qui ont précisément pour but de promouvoir et de traduire en actes la reconnaissance officielle et publique du droit souverain de Dieu et de son Christ sur les sociétés humaines. Dès le premier Congrès eucharistique international, tenu à Lille en 1881, M. de Belcastel exposa éloquemment et fit acclamer cette doctrine de la royauté sociale de Jésus-Christ l. Depuis lors, et surtout depuis le Congrès de Madrid en 1911, les Congrès eucharistiques se sont attachés à la fairepartout connaître et comprendre, et, en particulier, à lui faire donner pour manifestation extérieure, en chaque pays, l'Adoration nationale réparatrice.

Un autre motif de placer la doctrine du droit royal de Jésus-Christ à l'ordre du jour d'un Congrès eucharistique rassemblé en territoire français, était tiré de la situation politique et religieuse de notre pays. Comme l'a rappelé, dans un beau et vigoureux langage, dès la séance d'ouverture, le cardinal Luçon, archevêque de Reims, la France contemporaine est celui de tous les grands pays du monde entier où a été poussée le plus loin l'expérience officielle d'un Etat sans Dieu et sans religion, d'un Etat qui professe d'ignorer l'existence du Saint-Siège et de la

1. Les Congrès eucharistiques internationaux ne furent pas toujours annuels. C'est ce qui explique que, le premier d'entre eux ayant eu lieu en 1881, le vingt-cinquième n'ait lieu que trente-trois ans plus tard, en 1914.

hiérarchie catholique, d'un Etat qui met en œuvre tout l'appareil de sa législation pour exclure méthodiquement l'Église de chacun des organes de la vie publique du pays.

On en avait encore le témoignage palpable au Congrès de Lourdes lui-même, où, contrairement aux exemples donnés, en des circonstances analogues, non seulement à Vienne et à Madrid, mais à Tournai, à Cologne, à Montréal et à Malte, l'autorité gouvernementale s'abstint délibérément de rendre aucune marque d'honneur, soit aux illustres visiteurs de la France réunis à Lourdes, soit au Cardinal Légat, envoyé extraordinaire du Siège apostolique, soit (à plus forte raison) au très saint sacrement de l'Eucharistie. Le maire de Lourdes, M. Justin Lacaze, et son conseil municipal, tinrent, au contraire, à favoriser les solennités du Congrès, à y participer euxmêmes avec un empressement plein de déférence qui causa l'impression la'plus sympathique et la plus heureuse. Mais l'excellente attitude de la municipalité ne fit que souligner l'absence calculée de tous les représentants du pouvoir central.

Dans une nation où le catholicisme possède tant de magnifiques ressources et où l'autorité publique donne cependant le scandale d'une aussigraveméconnaissance des droits de Jésus-Christ et de l'Église,, comme du bienfait moral et social de la religion, il convenait que la grande manifestation religieuse pour les noces d'argent de l'œuvre des Congrès eucharistiques, fut, avant tout, une affirmation éclatante, une revendication solennelle de la

royauté sociale de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie.

Mais on ne pouvait négliger, au cours des réunions du Congrès, l'enseignement tout spécial que comportent les merveilles accomplies par une main céleste et virginale au lieu même où Ton se trouvait rassemblé. Dans les séances générales des 23, 24 et 25 juillet, le Congrès entendit donc quatre orateurs traiter des merveilles de Lourdes : institutions de charité chrétienne en faveur des pauvres malades venus en pèlerinage à Lourdes ; processions eucharistiques de Lourdes et manifestations d'admirable ferveur qui les accompagnent ; caractère surnaturel des ^uérisons médicalement constatées à Lourdes et reconnues pour miraculeuses; valeur démonstrative et apologétique des miracles de Lourdes. La royauté sociale de Jésus-Christ dans l'Eucharistie recevait ainsi le témoignage grandiose des prodiges de tout ordre que daigne opérer à Lourdes la Vierge Mère, Marie Immaculée.

Parmi les assemblées du Congrès eucharistique, on doit distinguer les réunions générales, tenues dans l'après-midi, et les réunions de sections, tenues dans la matinée.

Les réunions générales avaient lieu en plein air, au milieu de la journée, devant l'Eglise du Rosaire, l'auditoire faisant face à la basilique. Les cardinaux, archevêques, évêques et un certain nombre d'invités de distinction siégeaient sur l'estrade autour du Cardinal Lé^at et de son escorte d'honneur. La foule

compacte des congressistes de tous pays et de toutes langues occupait une étendue, plus ou moins considérable selon les jours, de l'immense esplanade du Rosaire. Parfois, survenait une petite ondée. Jamais elle ne refroidissait l'éloquence des orateurs; mais, sur l'estrade et sur l'esplanade, elle faisait s'ouvrir plusieurs milliers de parapluies. Bientôt, le nuage passait, les gouttes d'eau se faisaient plus rares et, avant même qu'elles eussent complètement cessé de tomber, les parapluies, obéissant aux objurgations des spectateurs qui voulaient voir, se refermaient peu à peu, tandis que les orateurs, Français ou étrangers, continuaient de discourir intrépidement. Le public écoutait, devinait quand il ne pouvait entendre et, selon les occasions, riait avec bonne humeur, applaudissait et acclamait avec enthousiasme.

Dans les réunions générales, se manifestait le caractère vraiment international du Congrès eucharistique. On y parla principalement français, mais on y fit usage, en outre, de six langues étrangères: l'allemand, l'anglais, l'espagnol, l'italien, le portugais et le tchèque. Les orateurs, cardinaux, évêques, prêtres, religieux, laïques, appartenaient à treize nationalités distinctes : France, Allemagne, Angleterre, Belgique, Bohême, Brésil, Canada, Colombie, Espagne, États-Unis, Italie, Liban (Maronites) et Portugal. C'était l'image vivante de la catholicité de l'Eglise. Les langues étaient diverses, en effet; la variété des caractères nationaux se traduisait par l'allure même ou rélocution de chaque orateur; les préoccupations

énoncées par les uns elles autres répondaient à des situations inégalement heureuses pour le catholicisme dans leurs pays respectifs ; mais tous parlaient le langage de la même foi aimante et ardente au dogme eucharistique, le langage du même loyalisme envers celui que Jésus-Christ a constitué Pasteur suprême du troupeau tout entier des fidèles.

Avec les cardinaux de Reims, de Bordeaux et de Paris, qui parlaient à la fois au nom du Sacré Collège et au nom de l'Église de France, les orateurs les plus chaleureusement applaudis furent :1e R. P. Janvier, le conférencier de Notre-Dame ; M. Valentin Brifaut, représentant de la Belgique; M. Henri Bourassa, représentant du Canada ; M. Charles Jacquier, l'illustre orateur du barreau de Lyon.

Le R. P. Janvier développa un magnifique enseignement apologétique et doctrinal au sujet des miracles de Lourdes, dont un médecin de l'hôpital Saint-Joseph de Paris, M. le docteur Le Bec, avait précédemment établi la vérification critique en des termes pleins de franchise et de clarté. M. Brifaut décrivit avec un puissant relief l'action sanctifiante de l'Eucharistie sur la vie morale de l'individu, de la famille et de la cité. M. Bourassa provoqua une émotion intense lorsque, de tout son cœur, il traduisit les sentiments indéracinables de ses compatriotes du Canada : leur foi catholique et eucharistique, leur attachement passionné au siège de Rome, à la langue, à l'histoire et aux traditions delà France. M. Jacquier parla des processions eucharistiques de Lourdes, montra les pèlerinages de Lourdes faisant l'éducation eucharistique

du monde entier et, avec des accents réellement superbes, présenta la foi eucharistique des foules de Lourdes, la piété eucharistique des petits enfants admis à la table sainte, comme la contre-partie et la rançon des apostasies delà France officielle.

Les réunions de sections se tenaient dans les différents édifices du domaine de la grotte. Les plus importantes des sections étrangères furent celles d'Allemagne, de Belgique, d'Espagne, d'Italie et de Portugal. Mais, par la force des choses, la section française réunissait, à Lourdes, unnombre beaucoup plus considérable d'adhérents que toutes les autres sections réunies. C'est, d'ailleurs, l'activité de la section française qui intéresse le plus directement nos lecteurs.

Chaque malin, de neuf à onze heures, la section française tenait sa réunion plénière dans la très vaste église du Rosaire, toujours comble. Puis, à onze heures, les laïques se retiraient et, dans la même église, avait lieu, jusqu'à midi, la réunion sacerdotale. En outre, le jeudi et le vendredi, 23 et 24 juillet, furent tenues des réunions particulières pour les femmes et les jeunes filles. Le samedi 25, réunion sacerdotale internationale en langue latine, sous la présidence du Cardinal Légat ; réunion particulière pour les hommes; réunion particulière pour les jeunes gens, notamment pour les nombreux membres présents à Lourdes de Y Association catholique de la Jeunesse Française. Le soir du même jour, assemblée spéciale, sous la présidence du

cardinal Luçon, pour les adhérents de Y Union catholique du Personnel des Chemins de fer.

Dans les réunions sacerdotales et dans les diverses réunions particulières, dont le but était essentiellement et immédiatement pratique, on s'occupa des œuvres d'adoration et d'apostolat eucharistique, adaptées aux besoins, aux conditions de chaque milieu. Mais on s'occupa surtout de la réalisation de plus en plus sérieuse et complète des décrets eucharistiques de Pie X, tant sur la communion fréquente et quotidienne que sur la première communion. A propos des conditions extérieures dans lesquelles les petits enfants doivent être admis pour la première fois à la table sainte, aussitôt qu'ils ont atteint l'âge de discernement, le Cardinal Légat, en son discours pour la clôture du Congrès, donna un discret avis dont chacun comprendra le sens et la portée : « Amenez vos petits enfants au banquet céleste dès l'âge le plus tendre. L'aimable Jésus gardera leur cœur innocent et pur. Cette communion, la première de leur vie, est une date sacrée pour eux. Que rien de ce qui accompagne cet acte solennel ne soit de nature à en diminuer l'importance à leurs yeux. »

Quant aux réunions plénières de la section française, présidées par Mgr Odelin, vicaire général de Paris, elles eurent pour objet, selon le programme du Congrès, les principes doctrinaux de la royauté sociale et eucharistique de Jésus-Christ, étudiés d'après renseignement de la théologie, de la patriotique, des Universités, des Ordres religieux;

puis la manifestation extérieure de la royauté sociale et eucharistique de Jésus-Christ, étudiée dans la liturgie, les arts et monuments, la littérature, l'histoire. La liste des rapporteurs mérite d'être transcrite :MgrChollet, archevêque de Cambrai; leRme P. Dom Cabrol, Bénédictin; le R. P. Chauvin, Dominicain;^ R. P. Lazare, Capucin; le R. P. Calot, Jésuite ; le T. R. P. Emmanuel Bailly, les RR. PP. Gerbier et Romuald Souarn, Assomptionnistes ; M. le chanoine Leynaud, curé de Sousse (Tunisie), et deux laïques, MM. Louis Cazeaux et François Veuillot.

A cette liste des distingués rapporteurs delà section française, il est équitable de joindre le nom du R. P. Pierre Rousselot, professeur de théologie à Flnstitut catholique de Paris, qui prit la parole à la réunion sacerdotale internationale, devant le Cardinal Légat, et résuma brièvement, nerveusement, avec grande exactitude et profondeur et dans une latinité cicéronienne, la doctrine tbéologique de la royauté sociale de Jésus-Christ. Les initiés constatèrent avec plaisir plusieurs concordances curieuses et frappantes de doctrine et de langage entre le rapport du R. P. Pierre Rousselot, Jésuite, et le rapport du R. P. Chauvin, Dominicain. Le secret de la concordance est dans une commune fidélité à l'enseignement du Docteur angélique, saint Thomas d'Aquin.

Lorsque nous aurons achevé de résumer ici les réunions et les solennités, nous tenterons, à notre tour, d'exposer méthodiquement cette doctrine de

la royauté sociale de Jésus-Christ, d'après les travaux du Congrès eucharistique de Lourdes.

Sera-t-il permis de formuler une légère critique à l'adresse des organisateurs ?

Il nous aurait paru désirable, pour une plus solide instruction des auditeurs, que les rapports fussent moins multipliés. Plusieurs sujets étaient tellement voisins, tellement connexes, que certains rapports rentraient en partie les uns dans les autres. En même temps, si les communications à entendre avaient été moins nombreuses, les différents rapporteursauraient disposé d'un temps plus notable, au lieu d'être obligés, comme ils le furent presque tous, d'abréger, d'écourter ou d'interrompre leur lecture au moment même où ils exposaient ce qu'ils avaient à dire de plus personnel el de plus intéressant.

Peut-être jugera-t-on opportun de tenir compte, enquelquemesure,de cette observationrespectueuse, qui répond exactement, nous pouvons le garantir, au sentiment personnel de certains membres, des plus compétents et des plus considérables, du comité permanent. Un véritable progrès, croyons-nous, aura été accompli si les rapports doctrinaux sont en plus petit nombre, mais peuvent être entendus et suivis d'une manière plus complète au prochain Congrès eucharistique international, qui doit avoir lieu (à Bergame ou à Beyrouth, paraît-il), non pas en 1915, mais en 1916, puisque les grands Congrès eucharistiques internationaux seront désormais espacés de deux

années en deux années, en vertu d'une très sage disposition du Souverain Pontife.

Le supérieur général des Moines-Ligueurs, le T. R. P. Emmanuel Bailly, successeur du P. d'Alzon et du P. Picard, rappelait avec énergie et avec flamme, à la section française du Congrès de Lourdes, que l'impiété révolutionnaire avait infligé les mêmes épreuves au règne de Jésus-Christ dans l'Eucharistie et au règne de Jésus-Christ par le Pontificat romain; mais aussi qu'un même mouvement d'ardente réaction religieuse, dont les Congrès eucharistiques sont l'une des principales manifestations, glorifiait, exaltait à la fois le dogme de la Présence réelle etle dogme de la Papauté.

Le Congrès eucharistique de 1914 est venu apporter, en faveur de cette vérité, une preuve nouvelle, un témoignage véritablement éclatant. Les catholiques de tous les pays du monde, réunis à Lourdes, et, plus particulièrement, les catholiques français, qui constituaient à eux seuls la grande majorité des congressistes, ont manifesté avec une spontanéité visible, avec une insistance marquée, leur amour plein d'ardeur, de dévouement et d'enthousiasme pour le Siège de saint Pierre et pour la personne de Pie X, « le Pape de l'Eucharistie ». Exprimé déjà de bien des manières le profond sentiment de tous se traduisit avec plus de relief par l'ovation formidable faite à M. Jacquier, lorsque celui-ci, invoquant les Anges de la grotte de Lourdes, dans son discours du 24 juillet, les priait de s'envoler vers Pie X pour lui

dire que nous rainions. Puis, paraphrasant ie vœu de la liturgie chrétienne, Dominus conservet eum et vivificet eum..., le puissant orateur catholique demandait à Dieu lui-même de nous garder Pie X, afin que, longtemps encore, Pie X nous dirigeât dans les voies eucharistiques. Mieux qu'un triomphe de l'éloquence, ce fut, de la part et de l'orateur et des auditeurs, le public hommage d'un amour passionné pour le Vicaire de Jésus-Christ.

Au prestige sacré de la Papauté, à la popularité particulière du nom de Pie X, s'ajoutait, parmi les motifs de l'enthousiasme des congressistes réunis à Lourdes, la sympathie respectueuse et unanime conquise, dès le premier jour, parla personnalité même du Légat pontifical. Beaucoup de catholiques français avaient eu déjà l'occasion d'apprécier la haute distinction et le charme de Mgr Granito di Belmonte, alors qu'il était le principal collaborateur de Mgr Clari et de Mgr Lorenzelli à la nonciature de Paris. Devenu l'un des princes du Sacré Collège, comme il était prince par sa naissance, le cardinal Granito di Belmonte a gardé pour notre pays son affection d'autan ; et, le 24 juillet, il trouva, pour exprimer cette affection, des termes particulièrement délicats et gracieux dont tous nos compatriotes furent émus : « Si le Saint-Père m'a désigné pour aller vers vous, c'est qu'il a voulu choisir un messager au cœur français. » Puis il ajouta aussitôt avec un fin sourire plein de bonne grâce : « Je voudrais rester longtemps en France... tout le temps! »

De fait, le cardinal Granito di Belmonte ne passa

qu'un petit nombre de jours sur le sol de France, mais ce furent des journées méritoirement, laborieusement remplies. Chaque matin, à huit heures, le Légat célébrait la messe à la grotte de Lourdes, qu'elle que fût la température, et distribuait lui-même la sainte communion à toutes les personnes qui se présentaient, quelque considérable que fût leur nombre. Chaque soir, il prenait part à la procession du saint Sacrement avec une piété recueillie, dans une altitude de prière qui valait toute une émouvante prédication. En outre, le Cardinal Légat présida en personne chacune des réunions générales du Congrès, prêtant à tous les orateurs une attention encourageante et bienveillante, représentant toujours l'autorité pontificale avec la distinction d'un prince. Lui-même prit la parole aux séances d'ouverture et de clôture : et ses deux discours, rédigés dans un français très pur, très élégant, résumaient d'une manière expressive, heureuse, délicate, les enseignements du Congrès eucharistique. Ce n'est pas tout encore. Le Légat pontifical daigna visiter toutes les sections du Congrès : et sa visite à la section française provoqua un enthousiasme indescriptible. A la Grotte, il présida la fête des petits enfants, et, le lendemain, la fête des Enfants de Marie. Au chalet épiscopal enfin, il donna, sans marquer jamais de lassitude, un très grand nombre d'audiences. Bref, le Cardinal Légat se prodigua auprès des congressistes de Lourdes.

En revanche, partout où passait le cardinal Granito di Belmonte, les acclamations des milliers et des

milliers de congressistes éclataient avec une sorte de frénésie joyeuse et se prolongeaient comme pour ne pas finir : Vive le Cardinal Légat! Vive le Pape ! Vive Pie X ! Vive Pie X! A la fin de plusieurs cérémonies, des poussées formidables se produisirent, autour du Légat pontifical, de la part des innombrables fidèles qui voulaient l'approcher davantage, l'acclamer (pour ainsi dire) à bout portant et baiser son anneau. Gontrecette ferveur indiscrète, lecardinal Granito di Belmonte n'était que très insuffisamment protégé par les brancardiers de Lourdes, qui s'acquittaient du service d'ordre avec le plus généreux dévouement, mais avec une tactique un peu rudimentaire. Le Prince Légat, d'ailleurs, ne s'offusquait nullement de cette bousculade, dont il discernait à merveille l'inspiration filiale et affectueuse. Il ne cherchait pas trop à se faire délivrer, il souriait avec grâce, il donnait infatigablement son anneau à baiser, et il bénissait toujours. Lorsqu'il reçut en audience les camériers pontificaux de cape et d'épée présents au Congrès de Lourdes, le cardinal Granito di Belmonte leur dit ce mot joyeux dont nous garantissons l'authenticité : « Avec leur enthousiasme, avec leur gaieté, ils m'enchantent, ces Français... Ils me font pensera des bouteilles de Champagne auxquelles on aurait retiré le fil de fer! »

Durant la légation du cardinal Granito di Belmonte à Lourdes en 1914, comme durant la légation du cardinal Vincent Vannutelli à Paris en 1913, lespréoccupations causées par la politique religieuse de notre pays demeuraient présentes au fond des âmes. Les

acclamations chaleureuses qui saluaient le représentan t de Pie X n'étaient pas uniquement un témoignage de filial amour : elles enveloppaient une ardente protestation contre les offenses dont Pie X avait été l'objet de la part des maîtres de la France officielle; et, pour l'avenir, elles exprimaient une incoercible espérance. Le Cardinal Légat le comprit à merveille, et, quand il visita la section française, il résuma la pensée de tous dans une de ces paroles charmantes dont il a le secret : « La bénédiction du Saint-Père, je vous la transmets pour vous qui êtes ici, pour toutes vos familles, et pour que Dieu procure ce que vous désirez tant et que nous ne pouvons pas dire. »

Le Congrès eucharistique de Lourdes fut sanctifié par PAdorationperpétuelle de jour et de nuit dans la basilique, par des messes et des communions innombrables, par de longues prières à la grotte, par une procession quotidienne du saint Sacrement sur l'esplanade du Rosaire. Mais le principal triomphe extérieur décerné à la divine Eucharistie consista dans la grand'messe pontificale, célébrée en plein air le dimanche 26 juillet, puis dans la splendide procession de clôture, qui eut lieu le même jour.

L'autel où le Cardinal Légat célébra la grand'messe était adossé au portail monumental de l'église du Rosaire. A droite de l'autel, c'est-à-dire du côté de l'épitre, une estrade où siégeaient les cardinaux en grand costume rouge. Du côté de l'évangile, une autre estrade où siégeaient les archevêques et les évêques en violet, au nombre de cent quatre-vingts.

Les deux grands escaliers de pierre, qui encadrent et couronnent le portail, étaient garnis de bas en haut, par des prêtres en surplis. Au pied des gradins, mais dans l'enceinte réservée, plusieurs bancs du côté de l'épitre avaient pour occupants le maire de Lourdes et une vingtaine de sénateurs ou députés, tous en habit noir et avec leur écharpe tricolore. Les bancs symétriques, du côté de l'évangile, étaient occupés par des diplomates, des chevaliers de Malte, des chevaliers d'Ordres pontificaux, des camériers de cape et d'épée de la cour romaine, tous avec leurs décorations, presque tous avec leurs uniformes de couleurs diverses et richement brodés. Une estrade spéciale était réservée à la grande chorale : prêtres en surplis, enfants de la maîtrise en soutane bleue et cotta blanche, musiciens laïques ; au total, une centaine de voix d'hommes, une centaine de voix d'enfants, quatre-vingts instruments à corde ou à vent, deux harmoniums. Cette chorale imposante était dirigée par l'organiste des sanctuaires de Lourdes, M. l'abbé Darros. Au delà de l'enceinte réservée, une foule immense et toujours grossissante remplissait l'esplanade presque tout entière. Selon une évaluation vraisemblable, près de soixante-dix mille personnes de tous les peuples de la terre assistaient ainsi à la grand'messe pontificale.

Le chant du Credo, exécuté à l'unisson par cette formidable assistance, fut d'une émouvante majesté. Les autres chants liturgiques, exécutés avec beaucoupd'art par la grande chorale, étaientd'une impression grave, recueillie, véritablement religieuse. Mais

plus religieuse encore et plus pénétrante fut l'impression causée par le profond silence qui marqua la consécration et l'élévation. Le Roi immortel des siècles était présent. Les pasteurs et le peuple fidèle adoraient. La prière de tous montait vers Dieu.

Ce même dimanche, par ordre des évêques, la sainte messe était offerte en union de prières etd'intentions avec le Congrès eucharistique de Lourdes dans toutes les églises d'un nomhre considérable de diocèses des différentes parties du monde. L'hostie pure et le calice de bénédiction, que le représentant du Vicaire de Jésus-Christ élevait entre ciel et terre sur l'esplanade ensoleillée de l'église du Rosaire, constituait donc l'hommage suprême rendu au Dieu tout-puissant par la catholicité tout entière, unie de cœur au célébrant et à l'immense et pieuse assistance de la grand messe pontificale de Lourdes. Spectacle d'une incomparable grandeur morale, et qui suggérait une prière analogue à la plus vénérable prière liturgique que nous ait transmise l'Antiquité chrétienne : «Seigneur, pouvions-nous tous dire, en nous inspirant d'un texte célèbre, Seigneur, de même que les grains de blé, naguère dispersés à travers les montagnes, ont été rassemblés ensemble pour ne former qu'un seul pain, le pain divin de l'Eucharistie, faites, Seigneur, que les enfants de votre Église, dispersés sur la surface de la terre entière et séparés les uns des autres par tant de causes de divisions humaines, ne forment plus ensemble qu'un seul corps et une seule âme, eux qui participent ensemble au même pain divin de l'Eucharistie, offert ici

par eux tous et pour eux tous, sur le même autel du sacrifice de notre Rédemption. »

Après l'oblationdu sacrifice eucharistique, le cortège triomphal. Il serait difficile d'exagérer l'aspect de religieuse splendeur qu'offrit, par un temps superbe, dans le décor des Pyrénées, mais surtout dans le décor de Lourdes, la grande procession eucharistique de l'après-midi du dimanche.

A travers les rues de la ville, toutes drapées et enguirlandées, décorées d'emblèmes eucharistiques, pavoisées aux couleurs françaises et aux couleurs pontificales, le cortège défila pendant trois heures entières. Les guides des montagnes pyrénéennes, en costume national, ouvraient la marche : le premier peloton de guides était à cheval ; les autres pelotons, d'allure non moins crâne, suivaient à pied et en ordre militaire. Plusieurs musiques et fanfares de la région marchaient derrière eux. Venait ensuite l'interminable défilé des œuvres et des associations religieuses de toutes sortes, françaises ou étrangères, représentées au Congrès eucharistique. Parmi les délégations, furent tout spécialement remarqués six cents Espagnols de l' Association de V Adoration nocturne, porteurs d'une centaine de bannières, et les cheminots français, chefs de gare, employés ou hommes d'équipe, de Y Union catholique du Personnel des Chemins de fer, porteurs de six cents étendards brodés et armoriés. De nombreux groupes de la Jeunesse catholique défilaient également avec leurs étendards, mais la plupart des jeunes adhérents de

l'Association présents à Lourdes s'étaient joints aux brancardiers pour le service d'ordre nécessité par l'immense foule et l'immense cortège. Après les multiples délégations laïques, marchaient deux ou trois mille prêtres en noir, puis deux ou trois mille prêtres en surplis, puis de nombreux chanoines en costume de chœur et prélats romains en mantelletta . C'était ensuite l'imposant défilé des évoques et archevêques en costume violet, suivis par les évêques et les archevêques portant la chape, la mitre et la crosse. Les parements des évêques et des archevêques de rites orientaux ajoutaient au pittoresque età l'éblouissante variété du coup d'œil. Derrière le cortège épiscopal s'avançaient les choristes de la maîtrise de Notre-Dame de Lourdes, puis les thuriféraires, céroféraires et autres ministres du saint Sacrement et, sous le riche dais de soie blanche, apparaissait la fine et haute silhouette du Cardinal Légat. Le cardinal portait avec une profonde piété l'ostensoir d'or qui contenait la divine Hostie, vers laquelle convergeaient tous les hommages d'adoration et d'amour.

Jetées à profusion sur le passage de la sainte Eucharistie, les fleurs jonchaient, d'un bout à l'autre, le chemin suivi par la procession. De toutes parts, en effet, on avait envoyé à Lourdes des monceaux de fleurs pourlagrandeprocession duCongrès ; des familles chrétiennes, des communautés religieuses avaient dévasté leur jardin; des femmes et des enfants du peuple s'étaient privés de leurs quelques francs ou de leurs quelques sous d'économie pour

envoyer, de loin, leur petite fleur au cortège triomphal de Jésus-Hostie.

Le dais était immédiatement suivi par l'escorte d'honneur qui, depuis le Vatican, accompagnait le Légat pontifical : Mgr Légasse, protonotaire apostolique, portant les emblèmes épiscopaux; M. le comte Sassolidi Bianchi et M. Camille Bellaigue, camériers de cape et d'épée, en grand costume Henri II; puis le cérémoniaire et le chapelain du cardinal Granito di Belmonte. Aussitôt après la légation pontificale, marchaient, deux par deux, les cardinaux Netto et Logue, Luçonet Andrieu, Farley et Amette, Almaraz y Santos et Sevin, tous portant la cappa magna cardinalice à longue traîne de majestueuse draperie rouge. Ils étaient suivis par Mgr Schoepfer, évêque de Tarbes et de Lourdes, portant la cappa magna épiscopale.

Puis venait le délégué officiel de la Colombie, en uniforme diplomatique; les chevaliers de Malte, portant la croix d'émail blanc à huit pointes, suspendue au cou par le large cordon de moire noire; les chevaliers de divers Ordres pontificaux avec leurs insignes, et, notamment, les chevaliers du Saint- Sépulcre en uniforme blanc et noir; les camériers pontificaux de cape et d'épée, dans le costume habituel de leurs fonctions, costume assez semblable à l'uniforme diplomatique; deux sénateurs et viugt députés catholiques, portant en sautoir leur écharpe tricolore; le maire de Lourdes et son conseil municipal; diverses notabilités catholiques, parmi lesquelles M. René Bazin, de l'Académie française, et

M. le colonel Keller; plusieurs autres délégations d'honneur, dont les deux principales étaient constituées par le comité permanent des Congrès eucharistiques et par le comité local de Lourdes. Nul ne doit oublier que c'est au dévouement exceptionnel de Mgr Heylen, évêque de Namur, et de M. le comte Henri d'Yanville, le président et le secrétaire du comité permanent; de Mgr Schoepfer, évèque de Tarbes, et de M. le comte Etienne de Beauchamp, le président et le secrétaire du comité local, que nous sommes tous redevables des magnificences qui ont marqué, à Lourdes, le vingt-cinquième Congrès eucharistique international.

Dans l'immense foule qui, à travers les rues de la ville de Lourdes, assistait au défilé de la procession eucharistique, il y avait beaucoup de fidèles, venus pour adorer et pour prier; il y avait aussi beaucoup de profanes, venus pour contempler un spectacle imposant et curieux. Les spectateurs de cette deuxième catégorie nuisirent quelque peu au recueillement religieux qui aurait été partout désirable. Ils saluaient de leurs bravos, de leurs exclamations joyeuses, les délégations et les étendards. Ils marquaient surtout ie passage du maire et du conseil municipal par des ovations peu séantes et vraiment trop méridionales.

Mais on n'eut absolument rien de pareil à regretter durant le salut solennel du saint Sacrement qui termina la majestueuse cérémonie. Le reposoir, orné de riches tentures, resplendissant de lumières, était placé sur le dôme de l'église du Rosaire. Le Légat

pontifical, les cardinaux, les évêques en crosse et. en mitre étaient rassemblés sur la même estrade, tous à genoux au pied de l'ostensoir de Jésus-Hostie. Les évêques en violet, les autres dignitaires ecclésiastiques, les prêtres en surplis, les délégations d'honneur occupaient, en masse compacte, l'une des hautes galeries qui, du dôme de l'église du Rosaire, descendent vers l'esplanade en décrivant une courbe elliptique. Sur l'esplanade elle-même, devant le portail de l'église, étaient groupés, par centaines et par centaines, les drapeaux, bannières, étendards et oriflammes. Aux premiers rangs de la foule se tenaient de nombreuses jeunes filles et petites filles en voile blanc. Puis, c'était la foule innombrable, débordante, anonyme, qui couvrait l'esplanade entière, envahissait les routes et allées avoisinantes, garnissait les rampes du chemin de croix monumental; et la marée montait toujours; et les prairies et les collines qui encadrent la basilique devenaient de plus en plus noires de monde. Mais cette foule était silencieuse, recueillie. Ce n'était pas une simple foule de curieux. C'était une foule de croyants et d'adorateurs. Tous rendaient hommage au droit royal de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Tous, pasteurs et fidèles, venus des contrées les plus diverses de la terre entière, étaient pieusement unis à la prière de l'Église universelle pour la sanctification des âmes et le salut du monde : que le règne de Dieu s'accomplisse, Adveniat regnum tuum!

Ce spectacle émouvant des splendeurs de l'Église contient, croyons-nous, un enseignement qu'il ne

faut pas laisser perdre. Aussi, après avoir exposé, comme nous l'avons annoncé plus haut, la doctrine de la royauté sociale de Jésus-Christ, telle qu'elle ressort des travaux du Congrès, nous attirerons l'attention du lecteur sur la signification religieuse et apologétique que paraît comporter le Congrès eucharistique de Lourdes.

II. La doctrine de la royauté sociale de Jésus-Christ d'après les travaux du Congrès eucharistique

Sous le nom de « royauté sociale de Jésus-Christ », on désigne l'hommage d'adoration et d'obéissance que doivent rendre à Dieu et à son Christ, non pas seulement les individus dans le sanctuaire intime de leur conscience ou de leur vie privée, mais les sociétés humaines, agissant d'une manière officielle et publique. En faisant mention des sociétés humaines, nous ne parlons pas uniquement de la société religieuse, dont l'objet immédiat est d'essence spirituelle et regarde précisément le culte divin, mais nous parlons encore de la société séculière, dont l'objet immédiat est d'ordre essentiellement profane, puisqu'il vise au bien commun temporel dans la vie politique des Etats et la vie sociale des peuples. Proclamer en droit et respecter en fait la souveraineté de Dieu et du Christ sur les hommes réunis en société, sur la société séculière et temporelle non moins que sur la société religieuse et spirituelle,

ce sera établir ici-bas « le règne social de Jésus- Christ ».

Le droit royal de Dieu sur les sociétés humaines, y compris la société séculière et temporelle, résulte du même fait primordial que le droit souverain de Dieu sur chaque individu. Chaque individu, faut-il le rappeler? dépend totalement de Dieu parce que Dieu Ta créé, le conserve dans l'existence, concourt à tous ses actes et pourvoit à ses besoins par une Providence paternelle. De même, la société humaine, — et nous ne parlons que de la société civile, car il serait superflu d'appliquer le même argument à la société religieuse — la société civile dépend totalement de Dieu, parce que Dieu Ta voulue et ordonnée en créant la nature humaine avec les aptitudes et les exigences raisonnables qui ne trouvent leur satisfaction ou leur garantie que dans la vie sociale; et la société civile dépend encore de Dieu parce que l'intention manifeste du Créateur de la nature humaine donne un caractère obligatoire et une portée morale aux sujétions hiérarchiques de toute espèce qui sont indispensables à l'ordre permanent des sociétés. Bref, le droit royal de Dieu sur la société en tant que société existe par le fait même que Dieu est le Créateur et le souverain Maître de la société en tant que société.

Au-dessus de l'ordre naturel des choses, connu par la philosophie, s'élève Tordre surnaturel, l'ordre de l'adoption divine, connu par la révélation positive. Le droit royal de Dieu sur les sociétés, droit déjà inscrit dans la nature de l'homme et la nature

des choses, va trouver dans l'ordre surnaturel, dans la doctrine révélée, des affirmations encore plus nettes et plus péremptoires.

L'Ancien Testament nous initie à l'exercice tout privilégié du droit royal de Dieu sur le peuple choisi qui gardait l'héritage des deux grands trésors du salut : la foi monothéiste et l'espérance messianique. Pendant des siècles, le Seigneur lui-même sera l'unique souverain d'Israël, et les prêtres posséderont, de la part de Dieu, l'autorité temporelle, au même titre qu'ils possèdent l'autorité spirituelle. Les deux pouvoirs ne font qu'un et la puissance civile est absorbée par la puissance religieuse : c'est la « théocratie ». Lorsque le régime théocratique prendra fin par l'institution d'une souveraineté temporelle, distincte du sacerdoce religieux, le Seigneur fera une concession volontaire au peuple juif qui réclame un roi en chair et en os, et ne comprend plus le bienfait de n'obéir ici-bas qu'au Dieu toutpuissant. Mais la doctrine du droit royal de Dieu sur Israël sera toujours maintenue. Le roi deviendra le délégué de la puissance divine dans l'ordre temporel, de même que les prêtres demeureront les délégués de la puissance divine dans l'ordre spirituel. Le droit royal de Dieu continuera de s'exercer, notamment, par la Providence tutélaire, exceptionnelle, miraculeuse, qui, jusque parmi les pires malheurs, présidera aux destinées spirituelles et temporelles du peuple élu de Dieu.

Cependant les prophètes d'Israël annonçaient en un langage magnifiqueles développements nouveaux

que recevrait ici-bas le règne de Dieu quand s'accomplirait la grande espérance messianique, quand serait venu Celui qui devait venir. En ces jours-là, le droit royal de Dieu ne serait plus reconnu seulement par le peuple choisi qui avait été le dépositaire de la divine promesse, mais par les peuples de la terre entière, qui, tous, rendraient au Seigneur d'Israël un hommage plein d'amour. En ces jours-là, le règne de Dieu s'établirait partout comme un règne d'ordre, de justice et de sainteté ; la loi divine serait inscrite dans la vie, la conscience et le cœur des fidèles mieux encore que sur les tables d'airain ; et, du couchant à l'orient, serait offerte au vrai Dieu l'oblation d'unehostie pure et souverainement sainte, substituée partout aux sacrifices trop imparfaits de la Loi ancienne. Telle était la perspective prophétique du règne de Dieu, alors qu'Israël vivait dans la longue attente de l'âge messianique.

Après avoir parlé par ses prophètes, Dieu parla enfin par son propre Fils, Notre-Seigneur Jésus- Christ. Et Jésus-Christ lui-même, dans sa Personne divine, dans sa double nature divine et humaine, dans sa vie souffrante et sa vie glorieuse, dansson œuvre terrestreet son œuvre céleste, accomplit les oracles multiples et complexes des voyants d'Israël ; il rendit clair ce qui était obscur ; il apporta la divine solution de la mystérieuse énigme. Au nom de Jésus-Christ Fils de Dieu,etsous une forme que le peuple juif, trop attaché aux faux biens de la terre, n'avait pas su comprendre, les prophéties

messianiques du règne de Dieu trouvèrent leur splendide vérification. Le règne de Dieu déborda les étroites limites du monde juif pour gagner progressivement toutes les nations et tous les peuples de l'univers. Le règne de Dieu apparut, grâce aux enseignements de l'Evangile, comme un règne de régénération morale et spirituelle, un règne de sanctification des âmes. Partout, fut offerte à Dieu l'hostie pure qui expie lespéchés du monde et l'hostie pure n'était autre que le corps et le sang de Jésus-Christ luimême. Le règne de Dieu qui s'accomplissait ici-bas et qui devait se consommer un jour dans les triomphes éternels, c'était le monde chrétien, c'était la société chrétienne et c'étaitl'Eglise de Jésus-Christ, Dans la Nouvelle Alliance, la notion de la royauté de Jésus-Christ est indissolublement associée à la conception doctrinale du droit royal de Dieu. C'est que, d'abord, Jésus-Christ, comme Fils éternel de Dieu et consubstantiel au Père, participe éternellement à tousles attributs, à toutes les prérogatives du Père céleste. Tout ce qui appartient au Père appartient également au Fils : et Jésus-Christ possède ainsi, par droit de naissance, par droit héréditaire, la puissance royale sur les sociétés humaines qui appartient à Dieu comme Créateur du monde. Mais, d'autre part, Jésus-Christ, au Calvaire, a répandu son sang pour le salut de tous les hommes; il a relevé le genre humain de sa déchéance originelle ; il nous a conquis des droits au céleste héritage. Et voilà un second titre en vertu duquel Jésus-Christ possède la puissance royale sur l'humanité tout

entière : le droit de conquête, qui lui appartient comme Sauveur et Rédempteur. Un troisième titre de Jésus-Christ à la royauté universelle résulte de la divine adoption par laquelle notre Sauveur daigne nous communiquer les fruits sanctifiants de la Rédemption. Jésus-Christ nous a tous adoptés pour frères, et c'est comme tels que nous devenons les enfants du Père qui est dans les cieux. Entre Luimême et ses frères d'adoption, Jésus-Christ établit une communauté réelle de vie surnaturelle et divine par la grâce sanctifiante : et tous les hommes qui participent ainsi à l'adoption divine constituent un même corps mystique, où circule la même vie de la grâce, alimentée par les mêmes sacrements. De ce corps mystique, nous sommes les membres; et celui qui communique la vie, celui qui dirige et qui commande, celui qui est la tête, le chef, le Roi, c'est Jésus-Christ lui même. Par droit de naissance, par droit de conquête et par droit d'adoption, Jésus-Christ possède donc, sur le genre humain tout entier, et spécialement sur l'humanité régénérée par la Croix, les souveraines prérogatives de la puissance royale.

A cette royauté du Christ doit répondre le double hommage de la société religieuse et de la société civile. La société religieuse honorera d'autant mieux le droit royal de Notre-Seigneur Jésus-Christ que l'Eglise catholique, respectée dans tous ses droits, pourra donner un plus magnifique essor à toutes ses œuvres, à toutes ses institutions de prière, de piété, de charité, d'apostolat surnaturel. Quanta la société

civile, ce n'est pas par une subordination directe à l'autorité religieuse qu'elle rendra hommage au droit royal du Sauveur des hommes : car l'Église elle-même nous enseigne que la puissance séculière est indépendante et souveraine dans le domaine qui lui est propre, c'est-à dire dans le domaine des choses purement temporelles et profanes. Mais la société civile est tenue d'honorer Jésus-Christ, son Seigneur et son Maître, en professant publiquement la religion de Jésus-Christ comme la seule religion véritable, et en conformant la législation séculière aux principes de la morale et de la religion de Jésus- Christ. La société civile sera tenue, en particulier, de reconnaître le pouvoir indirect qui appartient à la puissance ecclésiastique sur celles des questions temporelles et profanes où se trouvent engagés les droits de Dieu et de l'Église. Tel sera, dans toute sa plénitude, le double hommage de la société religieuse et de la société civile qui constituera le « règne social » de Jésus-Christ, la reconnaissance officielle, en droit et en fait, du pouvoir souverain de Jésus-Christ sur les sociétés humaines en tant que sociétés.

Les théologiens qui ont pris la parole au Congrès de Lourdes, mais surtout le R. P. Chauvin et le R. P. Pierre Rousselot, ont marqué d'une manière véritablement profonde, et conformément à la doctrine de saint Thomas d'Aquin, combien la reconnaissance officielle du droit royal de Jésus-Christ était chose honorable et profitable à la société civile elle-même. L'influence de la doctrine et de la morale de PÉvangiîe sur les institutions et les lois, sur les gouvernants

et les gouvernés, met un frein aux passions mauvaises d'en haut et d'en bas, tend à guérir notre sens social de la mutilation que lui infligea le péché originel, tend à développer les vertus privées ou publiques qui sont un des éléments les plus puissants du bon ordre social et de la prospérité temporelle. Mieux encore : la reconnaissance oflîcielle du droit royal de Jésus-Christ oriente positivement la société civile et les hommes qui la composent vers la pensée des biens éternels, vers cette fin dernière et suprême à laquelle doit être ordonnée, dirigée toute activité, toute institution humaine pour se conformer elle-même à l'ordre essentiel des choses. Dans une société où s'exercera le règne social de Jésus-Christ, le pouvoir civil atteindra sa bienfaisanc e la plus entière, sa légitimité la plus haute : car, selon l'enseignement du Docteur angélique, le roi est d'autant plus digne du nom du roi qu'il poursuit et atteint une fin plus élevée, un bien social d'ordre plus excellent.

La synthèse de travaux du Congrès de Lourdes doit s'achever par l'indication des rapports qui existent entre la doctrine de la royauté sociale de Jésus- Christ et le culte de la sainte Eucharistie.

L'Eucharistie est le centre de la vie et de la piété chrétienne. C'est dans l'Eucharistie et par l'Eucharistie que l'on rendà Jésus-Christ leshommages publicsles plus solennels et les plus sacrés. Entre tous les actes du culte catholique, nul ne comporte, par sa nature, sa signification et sa vertu, le caractère d'hommage

collectif et social d'adoration, dereconnaissance, d'expiation et de demande, autant que l'oblation du sacrifice non sanglant de la Nouvelle Alliance sur Pautel de l'Eucharistie. C'est donc, avant tout, par Je culte eucharistique et par le sacrifice de la Messe que la société religieuse et la société civile, chacune sous la forme qui lui est propre, doivent, en tant que sociétés, rendre publiquement hommage au droit royal de Jésus-Christ.

En outre, la sainte Eucharistie est le sacrement où Jésus-Christ manifeste avec le plus d'amour les attributs de sa royauté bienfaisante et sanctifiante. Le Roi divin prend un contact immédiat avec ses sujets parla communion sacramentelle. Il leur apporte, en même temps que son propre exemple, la force intime de mieux pratiquer les vertus de charité, de dévouement et de sacrifice qu'exigent les devoirs de la vie sociale non moins que les devoirs de la vie privée. La communion eucharistique est essentiellement un mystère d'union au Christ et d'union entre chrétiens. Nous ne formons qu'un seul corps nous tous qui participons au même pain. Ce sacrement de la fraternité surnaturelle devient un principe de paix, de cohésion et d'unité dans toutes les sociétés humaines où l'on sait comprendre et respecter la royauté sociale du Sauveur du monde.

À bon droit, le Congrès eucharistique de Lourdes avait adopté pour devise les belles paroles de l'invitatoire de l'office liturgique du Saint-Sacrement : « Adorons le Christ Roi, le Maître des nations, qui donne à ceux qui mangent sa chair l'abondance des

dons de son Esprit. » Durant toutes les solennités du Congrès, le chœur, accompagné par les instruments à corde, répétait le motet populaire, d'une mélodie impressionnante et grave, composé sur ces mêmes paroles par M. l'abbé Darros, organiste de la basilique de Lourdes : Christurn Regem adoremus, dominantem gentibus, qui se manducantibus dat Spiritus pinguedinem.

Quelle conclusion pratique pourra-t-on retirer des travaux du Congrès de Lourdes sur la royauté sociale de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ? La conclusion sera double : affirmer très haut la doctrine et la traduire en actes dans toute la mesure du possible.

Affirmer très haut, comme on Ta lait précisément au Congrès de Lourdes, cette vérité du droit royal de Jésus-Christ, de manière à la faire pénétrer dans la conviction sérieuse et réfléchie des catholiques du monde entier. Le libéralisme a répandu un peu partout la doctrine erronée en vertu de laquelle la religion appartiendrait exclusivement au domaine individuel et privé, la doctrine erronée en vertu de laquelle tout le devoir de l'État serait de garder une neutralité impartiale et de garantir la liberté religieuse des particuliers. 11 faut, à rencontre de cette erreur condamnée, que tous les catholiques comprennent et proclament le devoir qui s'impose à la société civile elle-même, à la puissance séculière, de reconnaître la royauté sociale de Jésus-Christ. Pour parler comme Bonald, nous devons répondre

à la Déclaration des Droits de l'Homme par la Déclaration des Droits de Dieu.

Mais affirmer la doctrine orthodoxe ne suffit pas. Il est nécessaire de la traduire en actes dans toute la mesure du possible. Autant que les circonstances particulières à chaque pays en offrent quelque occasion opportune, on sera tenu de travailler avec courage au maintien ou au rétablissement de tout ce qui évoque, représente ou procure le règne social de Jésus-Christ dans les lois, les institutions, les mœurs publiques. Alors même que l'irréligion officielle rend présentementinefficace, comme en France, toute intervention auprès du législateur, les catholiques peuvent rendre hommage au droit royal de Jésus-Christ par des actes collectifs et publics qui prennent un caractère social et national. Les catholiques peuvent, en bien des cas, reconquérir la liberté des processions eucharistiques ou des cortèges religieux sur la voie publique. Ils peuvent restaurer des calvaires ou édifier des temples d'hommage social à Jésus-Christ. Ils peuvent célébrer des solennités particulières d'adoration ou de communion dans une pensée hautement exprimée de réparation publique pour leur patrie oublieuse.

Le Congrès eucharistique adopta notamment le vœu suivant, présenté par M. Louis Cazeaux, président de l'Œuvre d'Adoration nocturne à Paris :

1° Que dans tous les diocèses de la chrétienté soit organisée une œuvre nationale d'adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement, semblable à celles qui

fonctionnent déjà en Belgique, en France et au Canada, ayant pour objet d'assurer pendant toute Tannée, dans chaque paroisse de chaque diocèse et à tour de rôle, la représentation constante de la nation à laquelle appartient ce diocèse, aux pieds de Notre-Seigneur Jésus- Christ, avec cette intention spéciale de réparer au nom de cette nation les fautes publiques dont elle est coupable et de reconnaître par cet hommage public rendu au Très Saint Sacrement la Royauté sociale de Notre- Seigneur Jésus-Christ parmi les hommes dans son Eucharistie.

2° Qu'une supplique soit adressée par les soins du Bureau [du Congrès] à N. S. P. le Pape Pie X,en vue d'obtenir de Sa Sainteté qu'Elle daigne désigner une journée d'adoration réparatrice nationale commune à toutes les nations, durant laquelle, dans tous les pays du monde, le Très Saint Sacrement serait exposé sur les autels, et les catholiques seraient invités à rendre à Notre-Seigneur Jésus-Christ substantiellement présent et Roi dans son Eucharistie un hommage mondial de réparation, de fidélité et d'amour, avec l'intention formellement exprimée de reconnaître et de proclamer par cet hommage universel sa Royauté sociale sur toutes les nations.

Au moment même où M. Gazeaux développait devant la section française la proposition qu'on vient de lire, Mgr Leite de Vasconcellos, évêque deBéja, proscrit par la République portugaise, obtenait de tous les évoques réunis à Lourdes leur adhésion et leur signature en faveur d'une requête adressée au Souverain Pontife et tendant à l'institution d' une fête annuelle delà Royauté sociale de Jésus-Christ, pour

réparer les crimes publics des nations et des peuples.

Un autre vœu, adopté par la section française sur l'initiative du R. P. Calot, S. J., directeur de l'Apostolat de la Prière, proposait la fête liturgique du Sacré-Cœur pour date de cet hommage annuel de réparation qu'offrira tout l'univers chrétien à la royauté sociale de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Le P. Calot avait, en outre, fait agréer par les congressistes de Lourdes une résolution concernant, dans chaque pays, le culte public et social du Sacré Cœur de Jésus :

Tous les catholiques, tant de France que de l'univers, accueillant avec respect les demandes de Notre-Seigneur àParay-le-Monial — communion fréquente et réparatrice, fête de son Cœur, temple national, consécration nationale et étendard du Sacré-Cœur — en hâteront, par tous les moyens, dans leurs pays respectifs, l'entière réalisation.

Parmi les hommages qui ont été offerts à Jésus- Christ, à son divin Cœur, à sa royauté sociale dans la sainte Eucharistie, aucun n'égale en splendeur la basilique du Vœu National, à Montmartre. Le cardinal Amette, archevêque de Paris, est venu annoncer au Congrès de Lourdes, pour une date prochaine, la consécration solennelle de cette basilique si ardemment chère à la piété française. Nationale par la pensée qui l'inspira, nationale par la mesure législative qui sanctionna son érection, nationale par les

millions de souscripteurs de tout rang dont elle immortalise la charité, nationale par l'œuvre immense d'Adoration réparatrice dont elle est le foyer, la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre résume et traduit en acte la doctrine étudiée au Congrès eucharistique de Lourdes. C'est vraiment un hommage public, collectif, social, rendu avec un humble et saint amour au Roi immortel des siècles par notre France repentante et consacrée. Sacratissimo Cordi Jesu G allia poenitens et devota.

III. La signification religieuse et apologétique du Congrès de Lourdes

Voulant indiquer l'une de nos plus puissantes raisons de croire, l'un des plus graves motifs aisément perceptibles à toute enquête loyale et en vertu desquels nous devons à la religion catholique une adhésion certaine, confiante, absolue, le Concile du Vatican nous propose le fait grandiose de l'Église, la transcendance actuelle et historique du catholicisme.

Par son unité hiérarchique, en môme temps que par sa propagation et sa diffusion merveilleuse à travers le monde entier, par sa stabilité inébranlable, en même temps que par sa fécondité bienfaisante et ses prodiges de sainteté, l'Église catholique porte l'empreinte de sa céleste origine et constitue un témoignage irréfragable du caractère divin de sa mission. L'Église, déclare le Concile, est « comme

un Étendard levé parmi les nations; elle invite à soi les hommes qui ne croient pas encore , elle communique à ses propres fils la certitude que leur foi repose sur un fondement très solide ».

Tel est le fait, toujours réel, toujours perceptible. Mais certaines manifestations particulièrement imposantes delà puissance et de la vitalité religieuse du catholicisme donnent à l'argument de la transcendance de l'Église un relief plus marqué, un éclat plus brillant. L'Étendard du salut vient flotter plus près encore du regard ému des peuples, il resplendit aux feux du grand soleil d'été, il attire et il entraîne les âmes droites. Au nombre des manifestations catholiques dont nous parlons, il faut assurément compter un Congrès eucharistique international comme le Congrès de Lourdes.

L'unité de l'Église, par exemple, y est rendue tangible grâce à la présence simultanée de deux cents évêques, de plusieurs milliers de prêtres, de plusieurs dizaines de milliers de fidèles de la terre entière, qui sont rassemblés dans l'unité, l'ordre et Tharmonie de la même société hiérarchique, autour de celui qui représente authenliquement le pouvoir respecté, obéi, aimé du suprême Pasteur, Vicaire de Jésus-Christ.

A l'unité de l'Église se juxtapose la catholicité : car les évêques, les fidèles, les prêtres, réunis au Congrès eucharistique, appartiennent vraiment à toutes les classes de la société humaine, à tous les peuples, à toutes les langues, à toutes les civilisations de l'ancien et du nouveau monde. Diffusion universelle,

propagation merveilleuse, qui défie et surpasse l'action des forces humaines, qui s'étend au juif et au gentil, au grec et au barbare, à l'homme libre et à l'esclave, qui déborde les limites dumonde latin ou du monde germanique, du monde anglo-saxon ou du inonde slave, du monde asiatique ou du monde africain, mais qui triomphe de toutes les divisions et diversités humaines, qui est étendue comme l'univers et large comme la charité du Christ.

La stabilité de l'Eglise apparaît, elle aussi, en plein relief dans la grande assemblée eucharistique de Lourdes. Quel contraste entre la puissance de renouvellement et de conquête, la force religieuse, morale et sociale dont l'Eglise donne aujourd'hui le spectacle (puissance que manifestent tout particulièrement les Congrès eucharistiques internationaux), et, d'autre part, la gravité redoutable des causes humaines qui, dans le passé ou dans le présent, auraient paru devoir déterminer sa ruine! L'Eglise catholique a subi l'épreuve de bientôt dixneuf cents ans d'existence. Dans le passé, elle a traversé les persécutions romaines, les grandes hérésies, les invasions barbares, les déchirements du monde féodal, le schisme d'Orient, le schisme d'Occident, la Réforme et la Révolution. Dans le présent, quelques-unes des forces les plus puissantes de la civilisation contemporaine travaillent contrel'Eglise, tant et si bien que plusieurs considéraient, naguère, comme inévitable une désagrégation complète et prochaine du catholicisme. Les systèmes philosophiques à la mode du jour excluent plus ou moins

radicalement les croyances chrétiennes, ou, chose plus grave encore, tendent à la dénaturation, à la « réinterprétation » du dogme catholique. Les principes de sécularisation, de laïcisation, qui prévalent presque partout, quoique à des degrés divers, dans les institutions publiques, vont à déchristianiser l'âme des peuples, et à déposséder TÉglise de toute part d'influence sur la législation et la vie sociale des Etats. Malgré tant de causes de ruine, malgré des proscriptions odieuses, malgré bien des inquiétudes, des tristesses et des deuils, l'Église est toujours vivante, toujours immuable, toujours conquérante, et, comme on s'en aperçoit à Lourdes, elle remporte aujourd'hui certains triomphes que d'autres époques n'avaient pas connus. En vérité, l'Eglise puise à des sources plus hautes que les sources humaines et terrestres le secret d'une stabilité perpétuelle et victorieuse, le secret d'une éternelle jeunesse. Et voilà encore le fait grandiose, tangible, de la transcendance de l'Eglise.

Au Congrès eucharistique de Lourdes, on passait en revue, on s'appliquait à développer les œuvres, déjà merveilleusement florissantes, de piété, de charité, d'apostolat, qui trouvent leur foyer dans la sainte Eucharistie : œuvres où se prodiguent le sacrifice chrétien, le dévouement surnaturel, le don total de soi. Telles les fleurs précieuses qu'à la procession finale du Congrès on jetait à profusion sur le passage du Saint Sacrement, et qui, toutes, représentaient un acte d'amour ou un humble sacrifice. Durant le Congrès lui-même, la prière du jour et de

la nuit était l'occupation la plus chère à bon nombre d'âmes qui venaient chercher à Lourdes la force de témoigner désormais au divin Maître un amour plus ardent, plus fidèle et plus généreux encore. Tout cela n'était-il pas une manifestation discrète, mais significative, de cette étonnante fécondité du catholicisme en œuvres méritoires et saintes, en vertus supérieures, souvent même héroïques, qui constituent la parure privilégiée de l'Épouse du Christ : la sainteté de l'Eglise? Plus et mieux encore que l'unité, que la catholicité, que la stabilité, la sainteté de l'Eglise dépasse les forces morales de la nature humaine et atteste l'intervention extraordr nairedu Dieu trèsbon ettrès saint, marquant ici-bas l'empreinte de sa main toute-puissante. Or, dans les œuvres eucharistiques, dans l'activité des Congrès eucharistiques, l'Eglise apparaît précisément à nos regards comme féconde et comme sainte. Nouveau témoignage authentique de sa mission divine.

Mais ce cachet divin s'accusait avec un relief tout spécial dans l'enceinte où se tenait leCongrès eucharistique, dans la cité de la Vision de Bernadette, à quelques pas de la grotte de Lourdes. C'est ici l'un des lieux de la terre où la prière chrétienne atteint sa ferveur la plus touchante, la plus pieuse et la plus intense ; ici qu'elle obtient son efficacité la plus merveilleuse pour la guérison des corps et la guérison des âmes. Ne parlons que de la guérison des corps et qui est un fait sensible, vérifiable par

contrôle extérieur et direct. Des voix compétentes l'ont rappelé, au cours du Congrès eucharistique, avec toute la rigueur technique et toute la précision désirable : à Lourdes, de nos jours, comme autrefois sur les chemins de Galilée, pendant la vie mortelle du Sauveur, les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés. A Lourdes, le Christ Jésus daigne souvent récompenser la confiance filiale des chrétiens envers la Vierge immaculée, leur foi profonde et ardente au dogme catholique de l'Eucharistie par le don splendide du miracle.

N'est-il pas vrai que, grâce au prodige de son unité et de sa catholicité, de sa stabilité et de sa sainteté, grâce aux signes divins que la toute-puissance de Dieu multiplie en sa faveur, l'Eglise catholique est « comme un Etendard levé parmi les nations » ; qu'elle donne à ses propres fils la garantie certaine de la légitimité de leur foi; et qu'elle invite les incroyants dont Pâme est droite à reconnaître la céleste origine et la valeur obligatoire du Message des Apôtres? Cette vérité était rendue présente avec une intensité singulière à l'esprit et au cœur des milliers et des milliers de fidèles qui contemplaient avec émotion le spectacle de l'unité et de la catholicité, de la stabilité et de la sainteté de l'Eglise, attestées avec tant de magnificence par le Congrès eucharistique international tenu à Lourdes, sur la terre des miracles.

Devant le fait grandiose et tangible de la transcendance de l'Église, le plus déconcertant de tous les

mystères auxquels l'Eglise rende témoignage perd quelque chose de son impénétrable obscurité. La présence réelle et substantielle du corps et du sang de Jésus-Christ sous les humbles espèces eucharistiques devient l'objet d'une adhésion, non pas plus certaine et plus entière (car la foi divine ne connaît pas de degrés dans l'adhésion absolue à l'autorité de Dieu révélateur), mais d'une adhésion plus joyeuse, plus réconfortante et plus douce, à mesure que les raisons de croire s'affirment avec plus de splendeur.

Le Congrès de Lourdes avait été consacré à étudier et à honorer la royauté sociale de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Et tandis que, durant l'émouvante manifestation de foi catholique qui marquait la clôture du Congrès, tandis que les prières, les fleurs, l'encens, les cantiques, les acclamations des pasteurs et des peuples de toutes les parties de la chrétienté montaient vers l'ostensoir d'or qui rayonnait au sommet du dôme de l'église du Rosaire, la présence réelle et substantielle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'hostie consacrée revêtait plus sensiblement les attributs de la Majesté royale.

Le divin Maître, réellement et mystérieusement présent, auquel la sainte Église rend avec amour un incomparablehommage, est le Christ lui-même, le Fils du Dieu Vivant, le Verbe fait chair qui daigne habiter parmi nous. Comme tel, Il régit souverainement les siècles de l'histoire du monde et les siècles de l'éternité. Le genre humain est tenu de reconnaître publiquement et socialement les droits que le Christ possède

en vertu de sa naissance, de sa conquête et de ses bienfaits. A Jésus-Christ, caché sous les voiles eucharistiques, appartient pleine et entière autorité sur les nations comme sur les âmes : et, contre son éternelle souveraineté, aucune usurpation ne pourra jamais prescrire.

Il est le Roi.

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