‹ Les Luttes présentes de l'Eglise (volume 2)Chapitre 35 sur 59 · AH ÇA IRA ! ÇA IRA · texte numérisé non relu

AH ÇA IRA ! ÇA IRA

Illustrations à la plume :

1° Une potence où est pendu un Jésuite, le corps transpercé par un sabre.

2° et 4° Tête coupée d'un Jésuite au sommet d'une pique.

3° Echafaud. Un Jésuite est sous le couperet de la guillotine. Un autre attend son tour ; le valet du bourreau lui lie les mains derrière le dos.

Quelques jours plus tard, au début de janvier 1844, l'imprimeur achève le tirage d'un appel des Jésuites à l'opinion française, au bon sens public. C'est la brochure du P. de Ravignan : De V existence et de V Institut des Jésuites. Mais aucun exemplaire n'en est mis encore dans le commerce ou dans la circulation. Durant trois semaines, on hésite à lancer pareil manifeste.

Cette brochure, dont l'idée fut suggérée au P. de Ravignan par l'abbé Dupanloup, a été composée, en 1843, d'abord à Saint-Acheul, près d'Amiens, puis à la rue des Postes. L'auteur, en expliquant les vrais caractères de l'Institut des Jésuites, affirme bien

haut l'existence corporative etcanonique de la Compagnie en France. Des amis influents n'approuvent pas cette audacieuse tactique. Jusqu'à présent, les Jésuites se sont réclamés, chacun à titre individuel, des franchises légales du domicile privé; ils se sont abstenus de proclamer publiquement leur reconstitution comme Ordre religieux. Serait- il prudent de changer la ligne de défense et d'avouer sans ambages l'existence forcément extra-légale de l'Ordre des Jésuites reconstitué en France? Pourquoi s'exposer de gaieté de cœur au péril et brûler ses vaisseaux?

Enfin, le lundi 23 janvier, après une consultation de deux heures entières, à la rue des Postes, avec les membres de son Conseil, le P. Boulanger, provincial de Paris, tranche la question par l'affirmative. Le plus sage est de risquer bravement le tout pour le tout et de dire franchement, clairement, la vérité tout entière, sans ombre de fiction juridique. Advienne que pourra!

Dès le lendemain, mardi 24 janvier 1844, la brochure est lancée dans le public et l'introduction paraît dans les organes religieux. Tout le monde connaît la déclaration du début, la déclaration émouvante et fière qui est le morceau capital de la brochure. Quel contraste avec le langage des adversaires, avec les extravagances de Michelet!

La prudence a ses lois, elle a ses bornes.

Dans la vie des hommes, il est des circonstances où les explications les plus précises deviennent une haute obligation qu'il faut remplir.

Je l'avouerai : depuis surtout que le pouvoir du faux semble reprendre parmi nous un empire qui paraissait aboli, depuis que des haines vieillies et des fictions surannées viennent de nouveau corrompre la sincérité du langage et dénaturer les droits de la justice, j'éprouve le besoin de le déclarer : Je suis Jésuite, c'est-à-dire religieux de la Compagnie de Jésus.

Cette déclaration, je la dois à moi-même; je la dois à mon ministère, à mes frères dans le sacerdoce, à la jeunesse, à tous les fidèles qui m'honorent de leur confiance; je la dois à l'Eglise, à Dieu.

Je n'apprends rien au plus grand nombre, mais je satisfais au besoin de ma conscience, au besoin de ma position et de ma liberté.

Il y a, d'ailleurs, en ce moment, trop d'ignominie et trop d'outrages à recueillir sous ce nom, pour que je ne réclame point publiquement ma part d'un pareil héritage.

Ce nom est mon nom ; je le dis avec simplicité : les souvenirs de l'Evangile pourront faire comprendre à plusieurs que je le dise avec joie.

Le retentissement causé par cette publication est immense dans tous les milieux cultivés. Quatre éditions de la brochure, dix-huit mille exemplaires (chiffre exceptionnel pour l'époque) s'écoulent en quelques semaines. Traductions étrangères et même éditions subreptices se multiplient à leur tour et contribuent à répandre, toujours davantage, la bonne semence. Aux yeux d'une grande partie du public, la situation morale des Jésuites est transformée. Ils cessent de paraître des accusés qui se tiennent sur la défensive : car ils ont pris maintenant l'offensive en

proclamant et en revendiquant tous leurs droits. Chez les lecteurs loyaux, beaucoup d'erreurs et de préjugés disparaissent. L'estime et la sympathie d'un grand nombre sont conquises. Les lettres élogieuses, les félicitations reconnaissantes, qui arrivent par monceaux à la rue des Postes, démontrent que la décision des supérieurs du P. de Ravignan, tout audacieuse qu'elle pût paraître, avait été clairvoyante.

Dès lors, les attaques contre les Jésuites perdirent beaucoup de leur crédit et de leur efficacité dans le monde intellectuel. Ce fut seulement dans le public vulgaire et peu instruit que l'antijésuitisme continua de s'épanouir avec toute sa violence, toutes ses invraisemblances, toutes ses absurdités.

Par exemple, en 1844-1845, Pescroquerie commise au détriment des œuvres et des missions de la Compagnie de Jésus par un employé de procure de la rue des Postes, nommé Jean-Baptiste Affnaer, donna lieu à un redoublement d'inventions saugrenues et calomnieuses au sujet des trésors des Jésuites et du mystère de la rue des Postes.

L'année 1845 fut spécialement douloureuse pour les Jésuites français : car ils durent alors subir une dispersion, au moins partielle, de leurs communautés; ils durent même, pour obtempérer aux désirs du Saint-Siège, renoncer à tout effortde résistance et donner à leur exode l'aspect d'une dispersion volontaire. Du moins cette amertume ne fut-elle pas sans compensation et l'épreuve de la persécution ne demeura-t-elle pas inféconde. Les événements

eux-mêmes de 1845 attirèrent dans les noviciats de la Compagnie plusieurs recrues de première valeur. Il en est deux, tout au moins, dont notre sujet nous autorise à rappeler la mémoire.

Le 2 mai, jour de l'interpellation de M. Thiers, au Palais-Bourbon, surl'affaire des Jésuites, Louis Ve'uillot rencontra un jeune professeur de l'Université dont la foi courageuse lui était bien connue et qui venait rendre visite au supérieur des Pères de la rue des Postes. « Il avait l'air fort joyeux, rapporte Veuillot. Je lui demandai où il allait d'un pas si allègre. — Aux Jésuites, me dit-il. J'hésitais, je n'hésite plus. M. Thiers m'a indiqué mon chemin; c'est là qu'il faut entrer. J'entre aujourd'hui. » De fait, le jour même, il montait en diligence et prenait la direction du noviciat de Laval. Cet universitaire avait nom Pierre Olivaint.

Deux mois plus tard, au début de juillet, le garde des Sceaux, M. Martin du Nord, reçoit la visite d'un avocat de distinction, Jean Caubert, attaché au ministère de la Justice. L'attaché déclare au ministre qu'il donne sa démission. Martin du Nord l'interroge sur les motifs d'une telle décision, que rend inexplicable un avancement tout récent. Le garde des Sceaux entend avec stupeur la réponse suivante : « Monsieur le Ministre, il y a longtemps que j'ai le désir de me faire Jésuite. Vous allez chasser ces religieux et je ne sauraisplus où les trouver. Ilfautdonc quej'entre immédiatement chez eux. » Le 9 juillet, Jean Caubert partait pour le noviciat de Saint-Acheul.

Ensemble, Pierre Olivaint et Jean Caubert devaient

être arrêtés à la rue de Sèvres, le 4 avril 1871, par les gens de la Commune. Ensemble, ils devaient être fusillés en haine de la foi, le 26 mai suivant, à la rue Haxo. La tourmente de 1845 avait valu à la compagnie de Jésus deux futurs martyrs.

Lors de la dispersion de 1845, la communauté de la rue des Postes comprenait vingt-quatre Pères et quatorze Frères coadjuteurs. La plupart d'entre eux émigrèrent vers divers logements de la rue Notre- Dame-des-Champs, de la rue Vaneau et de la rue Monsieur ; quelques-uns se rendirent au faubourg du Roule. Sept Pères seulement et cinq Frères demeurèrent à la rue des Postes :tous au numéro 18, dans l'ancien hôtel de Juigné, tandis que l'immeuble des numéros 20, 22 et 24, l'ancien couvent desEudistes, était loué à un orphelinat.

La dispersion partielle opérée sous le ministère Guizot ne devait pas être de longue durée. Le gouvernement avait accordé quelque chose aux sommations anticléricales de la gauche, mais répugnait visiblement à faire acte quelconque de persécution religieuse. Les Jésuites ne tardèrent pas à reconstituer dans Paris une communauté importante. Ils évitèrent toutefois de revenir en nombre à la rue des Postes, leur grande résidence de la veille. Ils choisirent pour centre de leurs ministères et de leurs œuvres l'immeuble du numéro 35 de la rue de Sèvres, abandonné par les Pères depuis 1830 et loué, de 1834 à 1846, au sieur Rivail1, maître de pension et docteur

1. Voir les curieux détails fournis sur Rivail par notre collaborateur M. Lucien Roure, dans les Études du 5 juin 1913, p. 5^8.

enspiritisme, plus connu sous lenomd'Allan Kardec, qui laissa la maison dans un état lamentable de délabrement et de ravages. Réorganisée dès 1846, la maison de la rue de Sèvres devient, en 1847, la principale résidence des Jésuites de Paris, avec le P. Guidée pour supérieur. Au P. Guidée, succéderont le P. de Piavignan, puis le P. de Ponlevoy.

D'autre part, la maison de la rue des Postes recevait, en 1847, un supérieur distinct, le P. Renault, chargé d'établir, dans l'hôtel de Juigné, l'œuvre des retraites fermées. Nonobstant l'importance apostolique d'une œuvre aussi fructueuse, alors même qu'elle n'atteint qu'un nombre limité de retraitants, la rue des Postes fut loin de retrouver, durant cette période, l'importance qu'elle avait eue, comme centre d'action religieuse, de 1841 à 1845.

Mais, à partir de 1854, des destinées toutes nouvelles s'ouvrent pour la maison de la rue des Postes, lorsque les Jésuites organisent dans ce même immeuble, bientôt agrandi et transformé, un établissement préparatoire aux écoles militaires et civiles du gouvernement.

Faire conquérir droit de cité au catholicisme dans les établissements techniques où se forment nos officiers et nos ingénieurs, tel fut le noble but persévéramment poursuivi par les créateurs et les maîtres de l'École Sainte-Geneviève de la rue des Postes. Le succès indéniable qu'ils obtinrent, et que

d'autres obtinrent après eux dans la même voie, constitue l'un des plus considérables et des plus précieux résultats que les catholiques aient retiré de la loi de 1850.

On accuse parfois l'enseignement libre de ne pas avoir exercé toute l'influence morale et religieuse qu'il aurait pu et dû conquérir, depuis undemi-siècle? sur la société française. Adressé aux collèges d'enseignement secondaire libre, le reproche est des plus contestables et, même s'il contient une part de vérité, l'exagération avec laquelle plusieurs Pont formulé naguère est aussi injuste qu'offensante. Mais, à l'égard des établissements religieux qui préparent aux écoles du gouvernement, pareil grief ne peut même pas être énoncé avec une ombre quelconque de vraisemblance. Nul ne conteste sérieusement Faction apostolique, l'influence profonde que de tels établissements ont exercée dans notre pays : action jugée tellement redoutable parles anticléricaux maîtres du pouvoir, qu'en 1880 et en 1901 ce fut elle qui, manifestement, plus que tout le reste, attira la foudre sur les Congrégations religieuses et leurs œuvres d'enseignement.

Il est hors de doute que, depuis cinquante ans, la physionomie morale de nos grandes écoles militaires est devenue tout autre, et que, par suite, les tendances religieuses d'une fraction importante de notre corps d'officiers ont subi une transformation analogue et singulièrement remarquable. Or, l'École Sainte-Geneviève n'y a probablement pas nui en faisant pénétrer, de 1855 à 1901, c'est-à-dire en moins

d'un demi-siècle, 2764 « postards » à Saint-Cyr et 1039 à Polytechnique.

Parmi les nombreux officiers que donna l'École Sainte-Geneviève à l'armée française, ceux dont le nom inspire aux maîtres et aux élèves la plus intime fierté ne sont pas ceux qui ont conquis, fût-ce par des mérites exceptionnels, leurs étoiles d'officiers généraux. Ce sont ceux qui, tués à leur poste de combat, eurent le privilège de donner à la patrie la plus grande marque d'amour. Lorsque l'on vient de franchir le portail du vieil hôtel de Juigné, on trouve à main gauche, dans la cour d'honneur, les tables de marbre où sont gravés en lettres d'or cent soixantehuit noms d'anciens élèves de la rue des Postes morts sur le champ de bataille. En face de leur nom figurent la date et le lieu de leur trépas. Ce n'est jamais sans une fortifiante émotion que le visiteur parcourt du regard cette longue liste où se juxtaposent tant de noms de l'aristocratie et de la bourgeoisie française qui portent l'auréole d'un même héroïsme. Les tables de marbre nous font récapituler près de soixante années de notre histoire militaire. Avant l'Année terrible : Castelfidardo, Mentana, le Mexique, la Cochinchine. En 1870-1871 : Pieichshoffen, Gravelotte, Metz, Sedan, Loigny, Le Mans, Paris, toute la traînée sanglante. Plus tard : la Tunisie, le Tonkin, Madagascar, le Soudan, la Mauritanie, le Maroc ; ce sont aussi les champs d'aviation militaire, nouveaux postes de combat et de mortel péril.

Le spectacle des tables de marbre de la cour

d'honneur est la première leçon que reçoive le jeune candidat aux écoles militaires qui pénètre dans l'enceinte de la rue des Postes. C'est le glorieux exemple des aînés, la tradition de la famille. Leçon muette de sacrifice et d'héroïsme qui donnera leur vrai sens et leur portée morale à toutes les autres leçons que recevront à l'Ecole Sainte-Geneviève les futurs officiers français. Leçon émouvante que résume un texte de la Bible, gravé lui aussi sur le marbre de la cour d'honneur, une parole prononcée jadis par des soldats croyants qui couraient à l'ennemi : Mieux vaut mourir à la guerre que voir les malheurs de notre patrie et des saints de notre peuple.

On peut distinguer quatre périodes dans l'histoire de l'École Sainte-Geneviève : de 1854 à 1871; de 1871 à 1880 ; de 1880 à 1901 ; de 1901 à 1913, Essayons de marquer la physionomie distinctive de chacune d'entre elles.

De 1854 à 1871, les PP. Philippe Delvaux, Léon Turquand, Adolphe Pillon, Léon Ducoudray se succèdent comme recteurs. On compte 45 élèves en 1854, 80 en 1855, 300 en 1860, 350 en 1865. Pour recevoir cette nombreuse jeunesse, des nouveaux bâtiments scolaires ont été construits. De mâles traditions de discipline militaire sont délibérément adoptées par les maîtres comme garantie du bon ordre et du travail chez les élèves. Lorsque des abus sérieux appellent une mesure de rigueur, l'autorité ne recule pas : au mois de mars 1867, le P. Ducoudray expulse à la fois vingt-sept jeune gens, dont

le fils d'un aide de camp de l'Empereur; et, nonobstant plusieurs interventions respectables, aucune grâce n'est accordée; force reste donc à la loi.

Le même recteur qui savait donner, le cas échéant, un pareil exemple d'énergie excellait, plus que tout autre, à conquérir, à former, à élever le cœur des jeunes gens par son tact d'éducateur religieux et sa délicatesse vraiment paternelle. Sous le P. Ducoudray, les succès devinrent très brillants dans chacun des concours. Quand la rue des Postes, en 1868, fit admettre 52 élèves à Saint-Cyr, 27 à Polytechnique, 22 à Centrale, l'École Sainte-Geneviève « prenait pour longtemps la tête de toutes les écoles préparatoires et de tous les lycées de Paris ».

Durant cette période antérieure à la Guerre, la maison de la rue des Postes (depuis 1860, il faudrait dire rue Lhomond, mais la vieille appellation résista victorieusement, dans l'usage, aux changements administratifs), la maison de la rue des Postes abritait un groupe notable de Jésuites écrivains ou hommes de sciences qui vivaient en communauté avec les professeurs de l'École Sainte-Geneviève. Plusieurs noms doivent être mentionnés : le P. Arsène Cahour, humaniste et défenseur des traditions classiques; les PP. Arthur Martin et Charles Cahier, archéologues et médiévistes ; les PP. Gagarin, Martinovet Pierling, trois maîtres de l'histoire religieuse des peuples slaves; le P. Charles Daniel, qui fondait précisément à cette époque une Revue dont on ne voudra probablement pas nous contraindre à dire ici du mal et qui avait pour titre : les Etudes religieuses.

Parmi les maîtres de l'Ecole Sainte-Geneviève qui voulurent bien collaborer aux Études, citons : le P. Taupin, le P. Gazeau, le P. Chauveau.

D'autres Jésuites consacrés aux travaux intellectuels furent, eux aussi, durant des séjours plus ou moins prolongés, les hôtes de la rue des Postes au temps du P. Ducoudray. Ce furent des historiens, comme le P. Victor de Buck, Bollandiste, le P. Charles de Smedt, le P. Bouix, le P. Carayon ; des orientalistes, comme le P. Matagne et le P. LeGall ; enfin le P. Secchi, le célèbre astronome dont les appareils scientifiques furent tant admirés à l'Exposition de 1867. Peut-être nous pardonnera-t-on d'avoir rappelé avec détail quel fut alors ce milieu intellectuel de la rue des Postes.

Survient la guerre de 1870, et, bientôt, l'investissement de Paris. L'Ecole Sainte-Geneviève est transformée, sous la direction du P. Ducoudray, en une vaste ambulance où sont hospitalisés près de neuf cents blessés. Quelques professeurs sont mis à la disposition de l'état-major pour l'éclairage électrique des remparts. D'autres accompagnent les troupes comme aumôniers militaires.

A la bataille de Châtillon, trois Pères de la rue des Postes et un Frère coadjuteur sont faits prisonniers. Puis, le 21 octobre, au combat de la Malmaison, le P. Tailhan, aumônier des mobiles du faubourg Saint-Germain, est blessé à la tête. Le 30 novembre, à la bataille de Champigny, le P. Tanguy, aumônier des mobiles du Morbihan, est blessé au pied. Le

21 décembre, à la bataille du Bourget, le même P. Tanguy est blessé à la main.

Le 27 décembre, durant le bombardement, dix obus prussiens tombent sur les immeubles de la rue des Postes et y causent quelques ravages, mais sans accidents de personnes. Le P. Olivaint, supérieur de la résidence de la rue de Sèvres, écrivait à ce propos, le 10 février : « Les obus ont sifflé sur Vaugirard, la rue de Sèvres et la rue des Postes ; c'était un assez vilain concert; je ne sais pourquoi on vante la musique allemande...»

Après la Guerre, la Commune. Les professeurs de l'École Sainte-Geneviève étaient rassemblés à la maison de campagne d'Athis (Seine-et-Oise), où les élèves avaient été convoqués pour le 12 avril. Mais le P. de Poulpiquet, procureur de la rue des Postes, étant mort à Paris et devant être enterré le 4 avril, plusieurs Pères rentrent à Sainte-Geneviève dans la journée du 3, pour assister le lendemain aux funérailles.

Or, c'est précisément le soir du lundi 3 avril qu'un bataillon de fédérés cerne l'École de la rue des Postes, réclame l'ouverture des portes par des coups de crosse de fusil et par des sonneries de clairon, puis exécute une décharge générale sur les fenêtres de l'hôtel de Juigné. Quand les portes se sont ouvertes, visite domiciliaire, pillage des provisions de bouche, arrestation des Pères, des Frères et des domestique». Quelle nuit tragique pour les habitants de l'École Sainte-Geneviève ! Le mardi 4 avril, au petit jour, le bataillon victorieux se dirige vers la

préfecture de police, où il amène dix-neuf captifs, dont huit Pères, quatre Frères coadjuteurs, sept domestiques. Tous sont internés au Dépôt.

Après un emprisonnement de huit jours, seize d'entre les captifs sont libérés, sans avoir su ni pourquoi on les avait arrêtés ni pourquoi on les relâchait. Ce sont les PP. Ferdinand Billot, Emile Chauveau, Jean Bellanger, Théodore de Régnon, Jean Tanguy, avec les Frères coadjuteurs et les domestiques.

Mais le P. Léon Ducoudray, le P. Alexis Clerc et le P. Anatole de Bengy sont, dès le 6 avril, transférés à Mazas, où ils passeront plus de six semaines en cellule. Le 22 mai, on les conduit à la Roquette, en même temps que les autres otages. Le 24 mai, le P. Ducoudray et le P. Clerc sont fusillés dans l'enceinte de la Roquette avec Mgr Darboy et le président Bonjean. Le 26 mai, le P. de Bengy est fusillé à la rue Haxo, avec le P. Olîvaint et le P. Caubert.

Dans la cour d'honneur de l'École Sainte-Geneviève, figurent depuis lors, en face de la porte d'entrée, les bustes des trois maîtres, Léon Ducoudray, Alexis Clerc, Anatole de Bengy, qui, victimes de la passion révolutionnaire, eurent le bonheur de répandre leur sang pour la foi, et qui, jusqu'au bout, furent généreux et allègres dans le martyre comme ils l'avaient toujours été dans le travail. Plus tard, dans la chapelle de l'École, une admirable statue de marbre blanc représentera le P. Ducoudray tombant sous les balles et perpétuera la mémoire du recteur

dont l'action morale fut et continue d'être si profonde sur l'esprit, sur les traditions de la rue des Postes.

La période suivante, 1871-1880, est dominée par la figure d'un autre recteur qui exerça également une influence considérable au dedans et au dehors de l'Ecole Sainte-Geneviève, le P. Stanislas du Lac. Ce que fut le P. du Lac comme recteur de la rue des Postes, comme éducateur et comme orateur parlant au cœur de la jeunesse, comme éveilleur et entraîneur d'hommes, d'autres l'ont exposé en de tels termes qu'il y aurait, de notre part, outrecuidance à prétendre mieux dire. On n'a pas oublié non plus les émouvantes pages consacrées au P. du Lac et à la rue des Postes, dans l'ouvrage intitulé Ma Vocation sociale, par le jeune capitaine qui commençait alors sa croisade généreuse d'apostolat populaire et d'affirmation des principes de la Contre-Révolution, Albert de M un.

L'Ecole Sainte-Geneviève, sous le rectorat du P. du Lac, connut successivement la faveur déclarée, puis l'hostilité non moins déclarée des pouvoirs publics. Faveur au temps du gouvernement de la droite, alors que plusieurs ministres de l'Ordre moral et le Maréchal Président lui-même confiaient leurs enfants aux Pères de la rue des Postes pour la préparation à Saint-Cyr ou à Polytechnique. Hostilité notoire dès l'avènement du parti républicain. Le P. du Lac doit défendre l'École Sainte-Geneviève devant une commission parlementaire et devant les tribunaux contre une accusation de fraude dans les concours publics.

Bientôt après, il lui faut défendre les Jésuites et tous les congréganistes non autorisés contre l'article 7, qui les déclare déchus du droit d'enseigner. L'article 7 fut rejeté par le Sénat, le 9 mars 1880, à la suite d'une campagne admirablement conduite, à laquelle participèrent des jurisconsultes, des historiens, des littérateurs en renom ; campagne qui détermina un puissant mouvement d'opinion. Cette campagne était organisée par le P. du Lac et avait son centre de direction à la rue des Postes.

Le gouvernement prit sa revanche par les décrets du 29 mars 1880 qui, au nom des « lois existantes», proscrivaient, d'abord, la Compagnie de Jésus, et, après elle, toutes les autres Congrégations religieuses non autorisées. Lorsque vint le moment d'appliquer le décret contre les Jésuites, le préfet de police, M. Andrieux, se présenta chez le P. du Lac, à la rue des Postes, dans la nuit du 29 au 30 juin, entre neuf et dix heures du soir, pour obtenir que les Jésuites de la rue de Sèvres, par l'abandon volontaire de leur résidence, voulussent bien épargner à la République le désagrément de les expulser manu militari. L'entrevue, comme on le pense bien, demeura infructueuse. Elle ne laissa pas que d'être curieuse et intéressante.

Le 30 juin, le crochetage légal ou pseudo-légal fut exécuté à la rue de Sèvres et dans chacune des résidences de la Compagnie de Jésus en France. Partout les Jésuites refusèrent d'obtempérer aux exigences monstrueuses du pouvoir et furent chassés de leurs domiciles par la force brutale. Un mois plus

452 LES LUTTES PRÉSENTES DE l'ÉGLISK

tard, presque tous les Jésuites qui se consacraient à l'enseignement allaient sortir de leurs collèges pour rendre possible la réouverture de ces mêmes établissements scolaires, à la rentrée d'octobre, avec une nouvelle direction et un nouveau personnel.

En la fête de saint Ignace de Loyola, le 31 juillet 1880, le P. du Lac, avant de quitter la rue des Postes, réunit autour de la table fraternelle des professeurs de l'Ecole Sainte-Geneviève les supérieurs de différentes communautés parisiennes auxquelles était bientôt réservée la même proscription qu'aux Jésuites : Franciscains, Capucins, Dominicains, Rédemptoristes, Barnabites, Assomptionnistes, Oblats de Marie-Immaculée, Pères de Notre-Dame de Sion, Pères de la Miséricorde. Ce fut le repas d'adieu avant l'exil ou la dispersion. Tous allaient participer à la même épreuve pour la même cause et par amour du même Seigneur.

Depuis 1880, l'École Sainte-Geneviève est devenue la propriété régulière de la Société anonyme des Écoles préparatoires, constituée au capital de 2 millions, qui désintéressa les anciens propriétaires légaux et prit à sa charge, à ses risques, de continuer la grande œuvre d'enseignement qu'avaient créée en 1854 les Jésuites de la rue des Postes. Désormais, les Pères qui figureront dans le nouveau personnel enseignant de l'École Sainte-Geneviève y figureront exactement au même titre que les professeurs laïques et les prêtres séculiers, comme maîtres individuellement choisis et rétribués par

la Société civile, propriétaire authentique de l'Ecole.

Les deux hommes qui, durant la période comprise entre 1880 et 1901, exercèrent le principal rôle dans la direction de l'Ecole de la rue des Postes furent M. le chanoine Léon Joly etle P. Armand Prud'homme. M. Joly nous a laissé de charmants et pittoresques souvenirs dans le livre intitulé Quinze ans à la rue des Postes (Paris, Gabalda, 1909, in-12). Au nombre des meilleurs chapitres du volume, on doit compter le portrait de quatre éminents religieux dont le nom reste légendaire à l'Ecole Sainte-Geneviève : deux professeurs du cours de Polytechnique, le P. Joubert et le P. Saussié ; deux professeurs du cours de Saint-Cyr, le P. Mazelier et le P. Gosson. Aujourd'hui encore, dansle quartier desSaint-Cyriens à la rue des Postes, on peut lire cette laconique inscription sur une plaque commémorative à la porte d'un amphithéâtre ; inscription qui, pour plusieurs centaines d'officiers de notre armée, rappelle des souvenirs bien précieux : Le P. Cosson a enseigné dans cette classe depuis 1851 jusquen 1901. Le buste du P. Cosson figure à la chapelle : ce marbre expressif et vivant estl'œuvre du maître sculpteur Jean Baffîer. La mémoire du P. Prud'homme ne doit pas non plus être oubliée. Administrateur impeccable, homme de devoir et d'autorité, caractère énergique et tenace, il cachait sous une apparence froide et austère des trésors de délicatesse; il unissait à un admirable espritsurnaturel, à un dévouement allègre, une cordialité affectueuse et même joyeuse qui

s'épanouissait clans l'intimité et qui persévéra jusque devant la mort.

Ce que n'avaient pu faire les auteurs de l'article 7 fut accompli par le législateur de 1901. Les religieux appartenant à des Congrégations non autorisées furent déclarés déchus du droit d'enseigner, soit corporativement, soit individuellement. De la part d'un seul d'entre eux, l'acte même de faire la classe devint un délit, non seulement punissable par l'amende et la prison, mais pouvant entraîner la fermeture de rétablissement. Moyennant cette légère réserve et quelques autres encore, tous les Français continuent d'être égaux devant la loi et la liberté de l'enseignement demeure intacte.

Une dernière période s'ouvre alors pour la rue des Postes : de 1901 à 1913. Période où la direction et l'enseignement sont confiés, d'une manière exclusive, à des prêtres séculiers et à des professeurs laïques. Période où plus un seul professeur, plus un seul surveillant n'appartient à la Compagnie de Jésus.

Le poste de directeur est exercé par un maître laïque dont le prestige fut conquis, aux yeux des élèves, par la méthode excellente, par la valeur exceptionnelle et brillante de son enseignement de l'histoire au cours de Saint-Cyr: M. Mativet.

Le caractère et l'esprit religieux de l'éducation furent jalousement conservés. D'autre part, la préparation à l'Ecole navale, abandonnée depuis 1873, fut reprise en 1908. L'année précédente, avaient été

organisés des cours préparatoires à l'Institut agronomique et des cours de hautes études industrielles, commerciales, financières. Les résultats des grands concours ont été dignes du glorieux passé de la rue des Postes : particulièrement à l'heure où nous écrivons, durant le présent mois de juillet 1913. C'est en plein succès que l'Ecole est frappée.

Car l'Ecole est frappée. On lui prend la bourse et la vie. La loi de 1901 ne se contente pas de dissoudre les Congrégations, de refuser à chacun de leurs membres le droit d'enseigner; elle édicté (sous couleur de liquidation) la confiscation méthodique des immeubles ayant été occupés par les communautés dissoutes. L'École Sainte-Geneviève, qui avait abrité les Jésuites de la rue des Postes, appartenait depuis 1880 à la Société anonyme des Écoles préparatoires, société régulièrement constituée. On aurait donc pu croire que la dissolution de la Compagnie de Jésus en France ne changeait rien à la situation légale de cet immeuble. Erreur ! Le cas est prévu par la loi Wakleck-Rousseau. Toutes les Sociétés de ce genre « sont légalement présumées personnes interposées au profit des Congrégations religieuses ». Le texte ajoute cependant: «Mais sous réserve de la preuve contraire. » Formule pleine de mansuétude ! Au lieu d'imposer à l'État lui-même qui veut déposséder une Société civile la charge de faire positivement la preuve, selon les principes généraux du droit français, que la Société possédante est toute fictive, on impose à la Société possédante la charge de prouver positivement la valeur de ses propres

titres d'occupation. — Du moins, les tribunaux reconnaîtront-ils équitablement l'authenticité des preuves et des titres ? — L'expérience vient, hélas ! de montrer, une fois de plus, que nous avons une magistrature épurée dont le parti pris s'affirme irréductible et qui, dans l'affaire des immeubles considérés comme biens congréganistes, fait bonne garde autour de la capture.

Le tribunal delà Seine, au mois de juin 1910, puis la Cour d'appel de Paris, au mois de décembre 1912, déboutent des fins de sa requête la Société anonyme des Écoles préparatoires. En vain cette Société civile a été constituée, gérée selon toutes les exigences de lalégalité; en vain elle a distribué des dividendes à ses actionnaires, envain elle possède toutes les marques qui distinguent une Société régulière et authentique. La preuve est déclarée insuffisante; la présomption légale continue de prévaloir en faveur du caractère fictif de la Société. On attribue définitivement la possession des immeubles de la rue des Postes à l'Administration des Domaines, chargée de procéder à la liquidation administrative. Quant aux actionnaires de la Société anonyme des Écoles préparatoires, ilssont proclamés « personnes interposées» ; en d'autres termes, ils sont purement et simplement dépouillés de leur légitime propriété. Personne n'a le droit de se plaindre, car telle est la loi. Nous n'avons, les uns et les autres, qu'à saluer ici une volonté à la formation de laquelle nous participons tous, une volonté dont nous avons censément accepté par avance chaque décision comme légitime

et souveraine : puisque, d'après les immortels principes, d'après la charte fondamentale de la Cité moderne, la loi n'est autre chose que l'expression, plus ou moins conventionnelle, de la volonté générale.

Il faut reconnaître ici l'un des mensonges, l'un des faux dogmes de la Révolution qui, dans le cas présent, aboutit à la confiscation arbitraire d'une propriété privée par spoliation légale et officielle. Contre ce détestable sophisme de l'infaillibilité, de l'omnipotence des majorités législatives, ce n'est pas par un texte quelconque de la loi écrite que nous motivons notre protestation persistante : c'est par les principes mêmes du droit naturel, par la loi plus haute, plus sainte, la vraie loi intangible que Dieu a profondément gravée dans la nature de l'homme et la nature des choses: Non scripta sed nata lex.

Paul Bert a dit de l'Église qu'elle était une éternelle recommenceuse. Il ne se trompait pas : et l'Eglise ne cesse de démontrer, à l'heure actuelle, combien cette parole était exacte. Les amis de l'École Sainte- Geneviève imitent, pour leur part, la ténacité de l'Église à recommencer, à rebâtir toujours la cité sainte, l'œuvre de l'éducation chrétienne des futurs officiers et des futurs ingénieurs, tandis que l'ennemi s'acharne à confisquer et à détruire.

Une nouvelle Société anonyme d'Établissements scolaires, absolument indépendante de la Société

458 LES luîtes présentes de l'église

anonyme des Ecoles préparatoires, s'est constituée au mois de mai 1912. Elle a sur sa devancière l'avantage de n'être pas, en vertu de la loi Waldeck-Rousseau, «légalement présumée personne interposée au profit des Congrégations religieuses ». Cette Société va ouvrir, au prochain mois d'octobre, la Nouvelle École Sainte-Geneviève au Grand-Montreuil (2, rue de la Vieille-Église, à Versailles), dans l'ancienne propriété de la comtesse de Provence, belle-sœur de Louis XVI, propriété occupée plus récemment par le noviciat et les belles œuvres de retraites fermées des Dames du Cénacle. C'est au Grand-Montreuil que le directeur, les professeurs et les élèves de la rue des Postes iront chercher asile. C'est là que l'on retrouvera l'esprit, les méthodes, les traditions de la vieille Ecole Sainte-Geneviève, toutes ces grandes choses que la confiscation ne peut pas atteindre. C'est là que revivront les précieux souvenirs, et que se garderont intacts les lambeaux de l'héritage familial échappés aux spoliateurs officiels. Dans son exode, la vieille Ecole Sainte-Geneviève est en droit, quelque peu, de parler aujourd'hui comme jadis le héros de Virgile :

Littora cum patriae lacrymans portusque relinquo Et campos ubi Troja fuit. Feror exul in altum Cum sociis natoque Penatibus et magnis Dis.

Les professeurs et les élèves laissent derrière eux leur maison déserte et confisquée... et campos ubi Troja fuit... La construction la plus récente est la

chapelle gothique, achevée en 1894 dans l'ancien jardin de l'hôtel de Flavacourt. Les grands immeubles scolaires comprennent le bâtiment Chabrol construit sur la rue d'Ulm en 1888 et les deux longues ailes reliées par une tour qui furent, en 1858, l'œuvre du P. Magloire Tournesac, l'architecte du Gesu de la rue de Sèvres. Enfin les demeures qui bordent la rue des Postes elle-même, ou rue Lhomond, datent de l'Ancien Régime : l'hôtel de Juigné, au numéro 18; le couvent des Eudistes, aux numéros 20, 22, 24; la maison pour jeunes séminaristes de langue anglaise, fondation de la Couronne de France, au numéro 26; l'hôtel de Flavacourt, au numéro 10, dont un corps de logis fut fréquenté par Louis XV et dont un autre pavillon fut, par une étrange ironie de la destinée, le pavillon même habité par Michelet avant d'apparteniraux Jésuites.

Comme nous l'avons rappelé, ce sont toutes les péripéties de l'existence de la Compagnie de Jésus pendant un siècle que permettent d'évoquer ces murs chargés de tant de souvenirs, témoins fidèles des jours passés.

En 1814, c'est la reconstitution de la Compagnie de Jésus, la deuxième naissance de l'Ordre religieux précédemment aboli. En 1841, c'est le retour à la rue des Postes, l'installation dans cet immeuble, de la communauté des Jésuites de Paris, errante de maison en maison depuis 1830. En 1845, c'est la dispersion partielle de la communauté, après des luttes retentissantes, mais non pas le départ général : la rue des Postes continue d'être occupée par les Pères. En

1854, s'organise l'Ecole Sainte-Geneviève, qui va, pendant cinquante-neuf ans d'histoire, travailler sans relâche pour l'Eglise et pour la patrie avec des succès que Dieu daignera bénir. En 1870 et 1871, l'École participe aux tragiques angoisses delaFrance envahie par l'étranger, déchirée par la guerre civile : et les maîtres comme les élèves payent le tribut du sang. Après avoir eu sa large part au renouveau d'espérance qui suivit la Guerre et la Commune, l'École Sainte-Geneviève subit directement et cruellement, d'abord en 1880, puis en 1901, puis en 1913, le contrecoup de l'abominable persécution religieuse qui demeure, sous le régime actuel, l'une des plus profondes blessures, non pas seulement de notre foi, mais aussi de notre patriotisme.

Enfin, au moment même où la spoliation légale se consomme, voici l'École Sainte-Geneviève qui refuse de disparaître tout entière, et qui, s'échappant toujours vivante de la vieille et chère demeure que les jacobins lui confisquent, va porter ailleurs sa légende et continuer quand même son histoire. Survivance tenace d'une œuvre et d'une tradition qui ne veut pas périr. Symbole de la merveille plus générale de survivance et de résurrection chrétienne qui apparaît dans notre histoire au lendemain de chacun de nos désastres, et prouve que, nonobstant nos révolutions et nos persécutions, Dieu protège la France.

Les derniers beaux jours du Pontificat de Pie X

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