LETTRE DU CARDINAL GASPARRI
SECRÉTAIRE d'ÉTAT DE SA SAINTETÉ BENOÎT XV
Segretaria di Stato
di Sua Santita.
Dal Vaticano, 23 août 1916.
Mon Révérend Père,
Le Souverain Pontife a accueilli avec une satisfaction toute particulière l'hommage du Recueil de vos articles parus dans la si méritante revue des Etudes, sur les Luttes de l'Église et les Luttes de la Patrie.
Fidèle à de nobles traditions paternelles et au plus pur esprit de votre vaillante Compagnie, vous pouvez vous rendre le témoignage d'avoir efficacement travaillé pour votre part à propager des idées saines, à redresser des préjugés sans fondement, afin de bien servir, comme elles demandaient de l'être, les causes de la Papauté et de la France, toujours si intimement unies dans l'histoire.
Le Saint-Père me charge donc de vous féliciter de ce beau et bon travail, et de vous encourager à continuer avec pleine confiance ces pacifiques combats pour le bien et la vérité, dans la brillante phalange, si romaine et si française , des rédacteurs actuels des Études.
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Heureux d'être en cette circonstance l'interprète des sentiments du Souverain Pontife, je vous prie d'agréer, mon Révérend Père, l'assurance de mon religieux dévouement en Notre-Seigneur.
P. Card. Gasparri.
Rév/Père Yves de la Brière, Paris.
A Son Altesse Royale Monseigneur le Duc de Vendôme.
Monseigneur,
En 1844, l'illustre aïeul de Votre Altesse Royale, le Duc de Nemours, agréait avec une bienveillance affectueuse la dédicace d'un ouvrage d'histoire littéraire du quatorzième et du quinzième siècle, dont l'auteur était mon grand-père maternel, Aimé-Louis Champollion-Figeac ; ouvrage qui avait pour titre et pour sous-titre : Louis et Charles Ducs d'Orléans, leur influence sur les arts, la littérature et V esprit de leur temps, d'après les documents originaux et les peintures des manuscrits .
Le modeste recueil d'études d'histoire contemporaine, cette quatrième série des Luttes présentes de l'Eglise, dont je prie Votre Altesse Royale de vouloir bien agréer aujourd'hui la dédicace, ne répond pas, comme les travaux d'histoire médiévale de mon grand-
père, aux studieux loisirs d'une époque de paix, mais aux péripéties émouvantes de la lutte des doctrines et des influences religieuses parmi les catastrophes tragiques d'une guerre inexpiable qui aura bouleversé le monde entier.
En 1916 et 1917, nous traversions la période douloureuse durant laquelle planaient tant d'incertitudes sur le dénouement futur du grand drame. L'heure n'était pas encore venue où les armées françaises et alliées pourraient enfin libérer notre territoire envahi, et, comme aux jours de Henri II, de Louis XIII, de Louis XIV, pénétrer dans Metz, dans Colmar, dans Strasbourg, au frémissement de leurs étendards victorieux.
Les vérités que je m'efforce de défendre dans ces pages, Monseigneur, je sais combien elles sont chères à Votre Altesse Royale, combien elles répondent aux nobles traditions que vous avez héritées du Duc de Nemours et du Duc d'Alençon. Je ne saurais oublier avec quelle sympathie chaleureuse Votre Altesse Royale daigna recommander en des milieux privilégiés, dont le suffrage était particuliè-
rement enviable, les essais diplomatiques que j'avais consacrés au Rôle international de la Papauté romaine et à l'offre de Médiation pontificale du mois d'août 1917. Ce n'était là ni suivre ni flatter l'opinion dominante, mais servir sans respect humain une vérité momentanément impopulaire et incomprise.
Dans l'attachement fidèle à la cause du Saint-Siège, Votre Altesse Ro}^ale ne voit pas seulement un devoir sacré de notre loyalisme religieux. A bon droit, Elle y reconnaît aussi l'une des conditions primordiales de la grandeur française. Clairvoyance patriotique dont votre aïeul vous avait noblement donné l'exemple; car, au témoignage de son judicieux historien, M. René Bazin, c'est le Duc de Nemours qui écrivait au temps du règne de Pie IX : Le pouvoir pontifical, cet intérêt français de premier ordre.
Telle me paraît être, précisément, la conclusion qui se dégage des divers chapitres où sont étudiées les questions pontificales dans les Luttes présentes de l'Eglise. C'est pourquoi je suis fier de me réclamer du patronage d'un prince chrétien et chevaleresque de la
Maison de France. J'ose inscrire le nom de Votre Altesse Royale en tête de ce volume pour attester la continuation de cette intime et précieuse communion d'idées, qui avait existé déjà entre le Duc de Nemours et mon; grand-père, entre le Duc d'Alençon et mon cher père.
Daignez croire, Monseigneur, aux sentiments de religieux respect et de gratitude affectueuse avec lesquels j'ai l'honneur d'être
De Votre Altesse Royale
le très humble serviteur en Jésus-Christ,