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CHAPITRE VIII

Les Puissances belligérantes et la Médiation pontificale.

Les réponses au Message.

Paris, 5 octobre et 20 novembre 1917.

A la date où nous publions ces^pages, des messages officiels ont été adressés au Vatican par huit d'entre les États belligérants, pour répondre à la note diplomatique du 1er août 1917, dans laquelle Benoît XV offrait à tous sa médiation paternelle en vue du rétablissement de la paix générale. Voici, par ordre chronologique, la liste des réponses acquises maintenant à l'histoire :

Réponse de la Belgique, publiée le 26 août; Réponse des États-Unis, publiée le 29 août; Réponse de l'Allemagne, publiée le 22 septembre; Réponse de F Autriche-Hongrie, publiée le 22 septembre;

Réponse de la Bavière, publiée le 24 septembre; Réponse de la Bulgarie, publiée le 26 septembre; Réponse de la Turquie, publiée le 1er octobre; Réponse du Brésil, publiée le 16 novembre.

La Grande-Bretagne, parlant en son propre nom et au nom des puissances européennes de l'Entente, n'a encore répondu que par un accusé de réception

dont il est fait mention dans YOsservatore Romano du 24 août. L'attitude gardée par la République française en présence des ouvertures pontificales de médiation diplomatique a été publiquement expliquée, le 19 septembre, devant la Chambre des députés, par M. Alexandre Ribot, ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Painlevé, constitué quelques jours plus tôt. Enfin, les vues officielles du royaume d'Italie ont été exposées, à Monte- Citorio, dans la séance parlementaire du 25 octobre, par le ministre Sydney Sonnino.

Chacun des documents auxquels nous venons de nous référer appelle certains commentaires, qui aideront, croyons-nous, toutes les intelligences loyales à mieux discerner l'importance et la valeur des propositions pacificatrices du Vatican.

La première en date des réponses adressées au Saint-Siège est la plus brève et la meilleure de toutes.

Le gouvernement royal de Belgique accuse réception de la note diplomatique de Benoît XV; il va étudier avec la plus grande déférence les propositions formulées dans un langage si élevé. Mais, d'ores et déjà, le roi Albert et ses ministres expriment au Souverain Pontife leur vive et profonde gratitude pour le nouveau témoignage de tout particulier intérêt que, dans le message du 1er août, Sa Sainteté vient de donner publiquement à la nation belge, si cruellement et injustement éprouvée par la catastrophe qui désole aujourd'hui l'humanité.

Communication excellente, qui dit avec une délicatesse parfaite tout ce qu'il fallait dire.

Qu'il soit permis d'ajouter, sur ce point, une très simple remarque. Ceux qui ont qualité officielle pour parler au nom de la Belgique ayant apprécié comme nous venons de le rappeler la démarche de Benoît XV, nous avons peine à comprendre pourquoi M. Ribot s'est permis de déclarer, le 19 septembre, au Palais-Bourbon : « Dans cette note papale, même en ce qui concerne la Belgique, les déclarations étaient loin de satisfaire la conscience universelle. » La remarque, il faut même dire la leçon, est presque aussi désobligeante pour le roi Albert et ses ministres que pour le Souverain Pontife lui-même. Le Journal officiel ajoute ici entre parenthèses : Vifs applaudissements sur tous les bancs. Il paraît que c'est un peu exagéré : pour demeurer dans la vérité on aurait dû se contenter de faire mention de vifs applaudissements sur presque tous les bancs. Mais c'est encore beaucoup trop. Les appréciateurs équitables et impartiaux, disons-le nettement, siégeaient sur les quelques bancs du côté droit où l'on n'a pas applaudi.

Le Pape, médiateur de paix, a revendiqué les droits de la Belgique indépendante : le gouvernement du roi des Belges l'a reconnu et en a remercié Benoît XV. Voilà la vérité.

Ajoutons ici les passages essentiels de la note diplomatique adressée au Saint-Siège, en date du 21 décembre 1911, par le roi Albert et ses ministres :

Dès les premiers mots de son message, Sa Sainteté a pris soin de déclarer qu'elle s'est efforcée de garder une parfaite impartialité à l'égard de tous les belligérants. Un tel souci ne rend que plus significatif le jugement que porte Sa Sainteté lorsqu'Elle conclut à l'évacuation totale de la Belgique, au rétablissement de sa pleine et entière indépendance et qu'EUe reconnaît, comme une déclaration publique du cardinal secrétaire d'État en fait foi, le droit de la Belgique à des réparations pour les dommages et les frais de la guerre.

Déjà, dans son allocution consistoriale du 22 janvier 1915, le Saint-Père avait proclamé à la face du monde qu'il réprouvait l'injustice, et il avait daigné donner l'assurance au gouvernement belge qu'en formulant sa réprobation, c'était l'invasion de la Belgique qu'il avait directement visée.

Les honnêtes gens de tous les pays se réjouiront avec le gouvernement belge que l'injustice dont la Belgique a été la victime, et la nécessité d'une réparation aient été proclamées par la plus haute autorité morale de la chrétienté, qui demeure attentive à ne pas laisser détruire ou altérer au milieu des passions et des conflits des hommes la notion du bien et du mal...

Dès le début du mois de septembre, le gouvernement du roi a fait savoir à Sa Sainteté qu'il devait réserver sa décision, quant à la suite que pourraient comporter les propositions contenues dans le message, jusqu'à ce que les puissances en guerre avec la Belgique aient fait connaître clairement les buts de guerre. Il a ajouté qu'en tout état de cause, la Belgique ne se prononcerait sur les conditions générales de la paix et sur la réorganisation des relations entre États qu'en plein accord avec les puissances garantes de son indépendance, qui ont fait honneur à leurs obligations envers elle et dont les années lultent avec la sienne pour la cause du droit...

L'intégrité du territoire belge — métropolitain et colonial — l'indépendance politique, économique et mililaire sans condition ni restriction, les réparations pour le dommage subi,

des garanties contre le renouvellement de l'agression de 1914. Telles restent les conditions indispensables d'une paix juste en ce qui concerne la Belgique. Tout règlement qui les méconnaîtrait ébranlerait les fondements mêmes du droit, puisqu'il serait désormais acquis que, dans le domaine international, la violation du droit crée un titre à son auteur et peut devenir la source d'un profit.

Beaucoup plus étendue et beaucoup plus retentissante que la réponse belge du 26 août fut la réponse du président des États-Unis, datée du 27, portant la signature de M. Robert Lansing, secrétaire au Département de l'État, et transmise au Vatican par l'intermédiaire de la légation britannique.

Mais, à propos de cette note diplomatique, on se trouve obligé désormais de faire une constatation du caractère le plus étrange : le texte qui a été publié, le 29 août, dans le monde entier par les grandes agences internationales et qui a servi de thème aux commentaires enthousiastes ou indignés de tous les pays belligérants et de tous les pays neutres, diffère notablement, jusqu'à le dénaturer, du texte véritable des déclarations, beaucoup plus modérées, beaucoup, plus nuancées, beaucoup plus respectueuses, dont M. Woodrow Wilson est l'auteur, les seules pourtant dont il ait voulu prendre la responsabilité devant ses contemporains et devant l'histoire. C'est avec stupeur que, sur un document de pareille importance, on enregistre le contraste, à peine croyable, qui existe entre la version partout admise dès le premier jour, sur la foi des agences, et la version authentique communiquée par le gouvernement de

Washington et insérée au Journal officiel de la République française en date du 24 septembre.

Le principal mérite que beaucoup de journalistes attribuaient au président des Etats-Unis était d'avoir fait au Pape de Rome une leçon hautaine de morale publique et de droit international. On soulignait avec une joie mauvaise l'allure insolente qu'aurait eue le document américain. On applaudissait à la mortifiante déconvenue du Pasteur suprême de l'Eglise catholique atteint dans son prestige spirituel et dans ses visées temporelles par la rude admonestation d'un prêcheur protestant.

Or, nous devons à la vérité historique de reconnaître que M. le président Wilson n'a pas mérité ce brevet d'insolence. Le ton de son message est d'une incontestable correction à l'égard de la dignité religieuse et de la fonction souveraine du Pape de Rome. La juxtaposition matérielle du texte transmis par les agences et du texte authentique de la réponse américaine (selon un procédé graphique que nous ne saurionsnous repentir d'avoir précédemment adopté) va permettre au lecteur de juger combien la défiguration, ou plutôt Y escamotage, des trois premiers paragraphes a transformé l'aspect du document tout entier, au point de lui faire prendre une signification provocante que MM. Wilson et Lansing ne lui avaient nullement donnée. C'est avec joie que nous accomplissons, pour l'honneur du Souverain Pontife et pour l'honneur du président des États-Unis, l'acte d'élémentaire justice qu'est le témoignage rendu à la vérité du fait, à la sincérité du texte :

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