CHAPITRE IV L'Organisation des Forces catholiques
Action religieuse et défense de l'Eglise1.
Qui dit catholicisme dit organisation.
Perfectionner, autour de la hiérarchie même de l'Église, l'organisation des forces catholiques sera procurer dans une plus large mesure, à la communauté croyante, les avantages spécifiques du catholicisme.
Le caractère distinctif du catholicisme, tel qu'il apparaît dans la réalité de l'histoire, est, en effet, son organisation collective, sociale, hiérarchique, qui s'oppose à l'individualisme religieux, caractère distinctif du protestantisme.
Devant l'immensité des tâches de reconstitution religieuse qu'il va falloir accomplir au lendemain de catastrophes sans exemple, l'œuvre d'organisation sera plus indispensable que jamais pour assurer à l'Église, avec toute l'efficacité requise1, le salutaire rayonnement de son influence apostolique et maternelle.
L'organisation n'est pas, en effet, simplement l'addition, la totalisation des valeurs qu'elle coordonne, mais elle les transforme, les surélève, les multiplie. S'il y a un enseignement de la grande guerre qui
1. Paru en février 1918 dans le Messager du Cœur de Jésus, organe de l'Apostolat de la Prière (publié à Toulouse).
s'impose à toute conscience droite avec une souveraine clarté, c'est bien la nécessité rigoureuse, pour une société qui doit fournir un long et puissant effort, de posséder une solide organisation hiérarchique qui encadre, discipline, coordonne harmonieusement et avec méthode les énergies utilisables, chacune dans la sphère où évolue son activité normale. Le secret de l'organisation est le secret de la grandeur, de la continuité, de la durable victoire.
Que cette force merveilleuse de l'organisation soit pleinement assurée à l'action religieuse et aux pacifiques conquêtes de la communauté catholique. Nous n'avons nul besoin de rappeler ici combien de mal a été produit, combien de résultats heureux ont été rendus impossibles par le funeste éparpillement des catholiques, par leurs divisions violentes et leurs défiances mutuelles.
Dans la plupart des diocèses de France, un effort déjà considérable avait été, soit accompli, soit ébauché, selon les lieux, durant les années qui précédèrent immédiatement la guerre. Cet effort doit prendre désormais une amplitude et une énergie décuplées grâce à la terrible épreuve. ,
Présidée par l'évèque, l'Union diocésaine, quel que soit le nom qui la désigne, assume la direction générale des œuvres et des institutions catholiques du diocèse tout entier.
Elle a pour organe central le comité diocésain qui se réunit à dates fixes, au moins une fois par mois, et possède un secrétariat permanent pour veiller à l'expédition des affaires courantes et pour
recevoir ou transmettre toutes les communications utiles. Composé de personnages désignés par l'évêque, le comité diocésain comprendra les membres les plus influents du clergé, les principales notabilités catholiques du diocèse, les directeurs, présidents (et présidentes) des différentes œuvres religieuses, apostoliques ou charitables.
Selon la diversité des questions à suivre, le comité diocésain pourra être subdivisé en sections particulières, groupant les compétences d'après leurs spécialités respectives. Les sections ou commissions du comité diocésain peuvent être, par exemple, les suivantes, comme dans la distribution adoptée par le diocèse de Paris : Œuvres de religion et de piété, Œuvres d'enseignement et d'éducation, Œuvres de jeunesse et de persévérance, Œuvres charitables et sociales, Œuvres de presse, Œuvres de propagande.
La tâche du comité diocésain sera d'étudier les méthodes à suivre, les campagnes d'ensemble à promouvoir. Il encouragera et disciplinera les initiatives personnelles et locales. Il sera le centre de direction et de documentation, le centre de propagande et d'action collective, le centre Vivant et permanent de l'organisation des forces catholiques du diocèse. A certains jours, il préparera certaines manifestations extérieures : congrès diocésains, journées diocésaines, où l'on passera en revue l'élite des troupes catholiques et du personnel des œuvres, où l'on recueillera le témoignage des militants sur les succès et les échecs de l'action catholique, sur les tactiques dont l'adoption peut paraître souhaitable
et où l'on transmettra le mot d'ordre pour la coordination des efforts. Quand les circonstances le réclameront, le comité diocésain organisera encore des réunions, des pétitions, des cortèges qui affirmeront la puissance, le progrès, l'élan des élites et des forces religieuses du catholicisme.
Que l'on ne néglige pas les démonstrations extérieures. Certes, elles ne sont que l'accessoire, et elles n'ont de portée qu'autant qu'elles manifestent au dehors une organisation déjà existante et réellement vivante, sérieusement active. Mais, cette condition nécessaire étant posée, quel surcroît de confiance, d'union et de fierté n'apportent pas les grandes démonstrations extérieures! Nul ne le contestera qui aura pu être témoin, non pas seulement de solennités exceptionnelles comme la grande procession du congrès eucharistique de Lourdes, mais, plus simplement, du cortège traditionel de la jeunesse des écoles défilant, à Paris, devant les statues de Jeanne d'Arc; ou encore du défilé des groupes de la Jeunesse catholique au congrès national de Gaen; ou encore de la 'séance annuelle de clôture des congrès diocésains de Paris, quand six mille hommes debout, dans la salle Wagram, font entendre, à l'unisson et à pleine voix, le chant liturgique du Credo. Autre séance digne de mémoire : la réunion générale des délégués des comités paroissiaux, tous les ans, à ce même congrès diocésain de Paris : à l'appel nominal de chaque paroisse (plus d'une centaine au total) par le cardinal-archevêque, les six *ou huit représentants de chaque comité local se lèvent
ensemble, pour attester à la fois leur présence et leur solidarité. C'est un spectacle réconfortant que cette mobilisation d'un si grand nombre d'hommes d'œuvres, se dévouant à l'action et à la propagande catholiques, groupés dans une organisation méthodique et hiérarchique à laquelle chacun est fier d'appartenir. Spectacle d'autant plus significatif que les délégués présents à la réunion offrent l'exacte image de toutes les catégories sociales de la population catholique du diocèse : aristocratie et bourgeoisie, monde intellectuel, commerçants et industriels, artisans et ouvriers, paysans même (car il y en a!) de la banlieue de Paris. Rapprochées par la fraternité chrétienne, unies dans le même amour de l'Église, toutes les catégories sociales ont, en effet, leur place marquée, leur rôle distinctif dans l'œuvre commune d'apostolat et d'organisation catholique.
Entre le comité diocésain et le comité paroissial pourra utilement s'interposer un comité cantonal, dirigé par le curé- doyen, et veillant à la coordination des efforts et des œuvres dans toutes les paroisses du même canton : les groupements paroissiaux coopèrent alors les uns avec les autres dans un organisme suffisamment restreint, où les militants peuvent aisément se rencontrer et où une tactique commune est plus facile à réaliser en présence des mêmes conditions locales, résultant de l'esprit de la population et donnant lieu à des difficultés sensiblement pareilles. Dans certains diocèses, on donne un rôle étendu à ce rouage intermédiaire, souvent très précieux, qu'est le comité cantonal.
Néanmoins, l'organe essentiel, avec le comité diocésain, sera le groupement des forces paroissiales. La paroisse, en effet, demeure le centre normal de la vie religieuse des chrétiens et des familles chrétiennes. Les œuvres et institutions de piété, d'apostolat, d'assistance charitable se groupent autour de la paroisse. La fréquentation d'un centre d'action religieuse en dehors de la paroisse pourra bien se juxtaposer très légitimement, mais ne devra pas se substituer à la fréquentation de la paroisse et de ses œuvres. Indubitablement, l'organisation paroissiale est le cadre assigné, depuis de longs siècles, à la piété, à la charité des fidèles par la discipline même de la sainte Église.
On doit d'autant moins en disconvenir que les œuvres puissantes qui débordent les limites d'une paroisse, les limites mêmes d'un diocèse, et couvrent tout un grand pays, s'adaptent parfaitement, l'expérience le prouve, au cadre local de la paroisse. On le constate, par exemple, pour Y Apostolat de la Prière, les conférences de Saint- Vincent-de-Paul, X Œuvre des Cercles, la Jeunesse Catholique, de même que pour la Ligue patriotique des Françaises, ou la Ligue des Femmes Françaises. L'adaptation à l'organisme paroissial, comme à l'organisme diocésain, n'empêche aucune de ces grandes associations religieuses, instituées pour le bien général de l'Église de France et protégées parle Saint-Siège, de conserver l'autonomie corporative, l'esprit distinctif, la force de cohésion hiérarchique qui sont indispensables au rayonnement de leur influence et de leur apostolat.
Sous la direction effective du curé, deux organismes présideront à l'œuvre de propagande et d'action catholique dans la paroisse : le comité paroissial et l'union paroissiale.
Le comité paroissial se compose d'un nombre restreint de catholiques pratiquants et militants qui représentent les diverses œuvres paroissiales, les diverses catégories de la population et qui sont résolus à seconder de toutes leurs forces l'action religieuse du curé dans la paroisse.
L'union paroissiale sera une association beaucoup plus étendue. On y admet tous les catholiques pratiquants et même tous les hommes de la paroisse qui, sans remplir chacun des devoirs de la pratique religieuse, font cependant profession publique de catholicisme : tels, les pères de famille qui choisissent, pour leurs enfants, l'école catholique ou le patronage catholique. L'union paroissiale organisera ses membres sous le drapeau catholique, les mettra en contact amical avec le clergé, les attirera aux œuvres et aux réunions de la paroisse.
Par l'union paroissiale, il faudra grouper en bataillons compacts et permanents la grande foule des croyants, trop disséminée (dans les villes) par l'émiettement individualiste de la vie moderne, cette foule qui paraît ignorer encore la force religieuse que lui donnerait une organisation méthodique.
Quelques paroisses de nos grandes villes possèdent leur union paroissiale, d'ores et déjà florissante, pouvant servir de modèle à ce qu'il faudra tâcher d'organiser partout. Dans telle paroisse de
faubourg parisien, l'union paroissiale compte autant de subdivisions, avec chef responsable pour chacune, que la paroisse compte elle-même de quartiers, de secteurs et de rues : tous les adhérents peuvent être atteints, convoqués, mobilisés en quelques heures. C'est l'ébauche de ce que sera, un jour, l'organisation générale des catholiques de Paris.
Dans certains diocèses, et en particulier à Paris encore, il existe, ou il est question d'établir une carte de catholicité, délivrée à chaque adhérent de l'union paroissiale, renouvelable annuellement et portant la signature du curé. En cas de changement de domicile, la carte de catholicité donnerait le droit d'être immédiatement accueilli dans l'union paroissiale de la nouvelle résidence. La carte de catholicité deviendrait le certificat d'immatriculation dans la grande armée catholique ou, pour mieux dire, dans la grande famille diocésaine.
Après avoir décrit l'union paroissiale, disons quelque chose du comité paroissial.
Toujours présidé par le curé, le comité paroissial se rassemble, au moins une fois par mois, pour examiner les questions mises à l'étude et adopter les résolutions utiles, dont l'exécution sera confiée à des commissaires responsables. Le comité paroissial se tient en rapports périodiques avec le comité diocésain, qui siège à l'évêché (ou encore avec le comité cantonal), dont il reçoit les instructions et auquel il transmet les communications opportunes. L'un des bienfaits du comité paroissial, surtout dans les villes importantes, est de mettre en rapports les uns avec
les autres les principaux hommes d'œuvres et de faciliter par là une collaboration plus effective entre les différentes œuvres de la paroisse. Les confréries du Saint-Sacrement, les conférences de Saint- Vincent-de-Paul, la Jeunesse Catholique, les congrégations de la Sainte-Vierge, les cercles, les patronages, les œuvres pour la diffusion des bonnes lectures peuvent et doivent se rendre de précieux services. Pareille collaboration fraternelle doublera le bien que toutes ces œuvres accompliront. Grâce au comité paroissial, les diverses institutions de l'apostolat catholique se trouveront aidées, coordonnées, encadrées par une organisation commune, qui ne méconnaîtra cependant pas l'autonomie de chaque œuvre particulière.
Selon l'heureuse expression de Mgr Gibier, évêque de Versailles, qui a tant travaillé pour l'organisation paroissiale, cantonale, diocésaine des catholiques de France, le comité paroissial doit être le syndicat d'initiative de toutes les entreprises d'apostolat catholique réalisées sur le territoire de la paroisse. Parmi les institutions que le comité paroissial devra utilement promouvoir, on compte par exemple : la messe des hommes, l'adoration nocturne, la procession du Saint-Sacrement, la communion générale et fréquente des hommes, Y Apostolat de la Prière. Mais l'activité du comité paroissial peut s'étendre, selon les besoins, à beaucoup d'autres objets : évangélisation des catégories de la population qui se trouvent plus spécialement dépourvues de secours religieux, institutions complémentaires de l'école, secours aux
familles nombreuses, habitations ouvrières à bon marché, lutte contre la licence des rues et des spectacles. En outre, des mouvements généraux de propagande ou de pétitionnement peuvent être poursuivis simultanément par tous les comités paroissiaux sur le mot d'ordre du comité diocésain : pour le repos dominical, pour la surveillance de l'école laïque, pour revendiquer la participation des écoles libres au budget, pour préparer la célébration populaire de la fête de Jeanne d'Arc.
Lorsque chaque comité paroissial sera doublé par une organisation sérieuse de l'union paroissiale, de telles initiatives d'ensemble pourront agir sur l'opinion publique avec une efficacité puissante.
Comité paroissial et union paroissiale, comité cantonal, comité diocésain et union diocésaine, tels sont les cadres tout indiqués de l'organisation méthodique et générale des catholiques, groupés dès à présent sur le terrain religieux autour de leurs pasteurs et agissant avec union dans toute l'étendue de la charité.
On est en droit de souhaiter autre chose encore.
Mais ici nous ne parlons que sous réserve des indications éventuelles de l'autorité religieuse, touchant certaines questions délicates de prudence et d'opportunité.
A l'organisation purement religieuse des catholiques unis dans les œuvres paroissiales et diocésaines, pourquoi ne juxtaposerait-on pas l'union générale, dans le domaine de l'action civique, entre catholiques de toutes nuances, pour la défense politique
des libertés de l'Église? Ne serait-ce pas un aspect hautement désirable de l'organisation des forces catholiques?
Toutes sortes de modalités peuvent être envisagées pour donner corps à cette idée généreuse, dont il faut bien avouer que, jusqu'à ce jour, on n'a pu accomplir, en France, aucune réalisation importante et durable. Nous savons trop quels graves obstacles s'y sont toujours opposés, moins encore par l'erreur des hommes que par les complexités troublantes de notre histoire intérieure, qui donnent tant d'amertume à nos divisions politiques et sociales, même entre catholiques.
Néanmoins, nous persistons à croire que cette union pour la défense politique de l'Église ne doit pas être tenue pour à jamais impossible. Que l'on veuille bien tenir compte du terrain d'entente sur lequel l'organisation catholique serait tentée. Que l'on veuille bien tenir compte des circonstances qui ont rendu moins difficile, même en certaines zones semées d'embûches, la collaboration fraternelle entre catholiques de toutes nuances.
Il ne s'agirait pas de compromettre la hiérarchie religieuse dans la bagarre des luttes politiques, car l'union des catholiques pour la défense politique de l'Eglise s'accomplirait entre catholiques laïques, agissant sous leur propre responsabilité, en tant que citoyens français. Ce ne serait pas, comme l'organisation paroissiale et diocésaine des œuvres, un groupement qui aurait pour chefs les évêques euxmêmes. Le pouvoir spirituel prêche la croisade : ce
n'est pas lui qui prend le commandement militaire de l'armée des croisés.
Il ne s'agirait pas davantage de créer, en France, un parti catholique, c'est-à-dire une organisation politique de même ordre et de même caractère que les divers partis politiques existant déjà dans notre pays. L'expérience paraît avoir condamné à jamais toute tentative de ce genre qui tiendrait à constituer les catholiques, comme catholiques, en un parti distinct ayant pour objet, de même que chacun des autres partis, de conquérir le pouvoir gouvernemental, ou de participer à sa direction, ou de modifier les institutions politiques dans un sens déterminé. Mais rien ne permet de déclarer inconcevable une organisation de défense politique de l'Église à laquelle adhéreraient des catholiques de toutes nuances politiques et continuant d'appartenir aux différents partis politiques entre lesquels se répartissent, de fait, les catholiques français.
Nous ne croyons pas énoncer une utopie. A l'heure actuelle, il existe des groupements considérables, consacrés à l'étude ou à la propagande exclusive de certaines réformes déterminées, qui échappent aux cadres de la politique de parti. On connaît, par exemple, une puissante Union des Agriculteurs de France, une organisation de défense viticole, une ligue navale, une ligue de décentralisation et beaucoup d'autres groupements analogues. Dans chacune de ces organisations, collaborent à la fois des hommes de droite, de gauche et du centre, qui demeurent notoirement divisés par ailleurs sur le terrain poli-
tique, mais rapprochés par une idée commune, un intérêt commun. Ensemble, ils travaillent pour la cause qui les réunit; ensemble, ils se dévouent à la même propagande, formulent leurs revendications auprès des pouvoirs publics, déclarent subordonner respectivement leur adhésion électorale à l'acceptation, par leur propre candidat, de certains engagements catégoriques conformes aux exigences de leur groupement. Pourquoi donc les catholiques français, divisés sur le terrain politique, ne parviendraientils pas, eux aussi, à constituer, en marge des partis politiques, une organisation exclusivement consacrée à la défense des intérêts religieux dans le domaine de l'action publhjue? Quelle que soit l'orientation à venir de la politique française, quelle que soit même la forme des institutions gouvernementales, si elle vient jamais à être changée, l'union générale des catholiques de toutes nuances aura sa raison d'être, peut-être même sa nécessité morale, pour promouvoir la défense politique des libertés de l'Église, pour combattre toute législation contraire aux intérêts catholiques, pour exiger de ceux qui exercent ou qui briguent le pouvoir l'acquiescement aux revendications formelles des catholiques en matière de liberté religieuse, de liberté d'association, de liberté d'enseignement. Les catholiques constituent, dans la nation, une grande force éparse et diffuse. L'organisation dont nous parlons rassemblerait, réaliserait cette force et la mettrait en mesure de peser efficacement sur les. législateurs et les gouvernants de la nation. Le catholicisme repren-
drait sa juste place dans la vie publique par l'union militante de ses fidèles, groupés dans une organisation qui ne serait pas dépourvue d'analogie avec la sainte Ligue d'autrefois, telle qu'elle fut du moins aux premiers jours de sa lutte vigoureuse et désintéressée contre tout péril de domination protestante.
De l'autre côté de la Manche, existe l'Union des catholiques de Grande-Bretagne, qui constitue l'organisation active des forces catholiques en Angleterre, qui dirige la propagande et l'action catholique contre les projets de loi opposés aux intérêts de l'Église, qui formule (en certains cas) les revendications législatives et scolaires à l'acceptation desquelles tout catholique subordonnera l'octroi de son suffrage, même au candidat de son parti. Et l'Union des catholiques de Grande-Bretagne est composée indistinctement de catholiques appartenant à tous les partis politiques du Royaume-Uni, partis dont on sait pourtant quel fut, durant surtout les quinze années qui précédèrent la guerre européenne, l'antagonisme vraiment exaspéré. Le symbole de cette féconde collaboration des catholiques, divisés par la politique de parti et rassemblés pour la défense politique de l'Église, fut que l'Union catholique de Grande-Bretagne eut à la fois pour président l'une des notabilités du parti conservateur et unioniste, le duc de Norfolk, et pour vice-président l'une des notabilités du parti libéral et radical, le marquis de Ripon. Tel est l'exemple que nous voudrions proposer en vue de l'organisation des forces catholiques,
en France, pour la défense politique des libertés de l'Église.
Les circonstances actuelles rendent moins difficile cette union, cette collaboration qui, naguère encore, se heurtait à des obstacles en apparence insurmontables. La collaboration plus étroite des catholiques dans les unions religieuses, paroissiales et diocésaines, accoutume beaucoup d'entre eux à l'idée d'une collaboration permanente, dans le domaine de l'action civique, pour le service et l'amour de la même Cause, qui domine de si haut toutes les dissensions humaines.
En outre, la guerre et les tragiques catastrophes qu'elle cause depuis plus de trois ans relèguent dans un passé lointain bon nombre de nos querelles et de nos animosités d'antan. Les catholiques ont été amenés à mieux encore se connaître, se comprendre, s'estimer les uns les autres dans la fraternité des armes et dans la fraternité non moins impérieuse du devoir civique en temps de guerre. Contre les retours offensifs de l'ennemi intérieur, ils se. sont, en mainte occasion, soutenus les uns les autres avec une cordialité depuis longtemps inconnue, de même qu'ils ont guerroyé ensemble avec toute leur mâle énergie contre l'ennemi extérieur. Ensemble, ils ont vécu la même épreuve, participé au même sacrifice, vibré delà même espérance. Les pensées d'union sont plus proches du cœur de tous et permettent d'espérer dans un prochain et meilleur avenir les collaborations nécessaires et permanentes qu'il faudra juxtaposer aux diversités humaines, toujours inévitables.
Dans le domaine de l'action religieuse, dans le domaine de l'action civique, partout où l'honneur de l'Eglise est enjeu, les forces catholiques devront et sauront accepter, rechercher même l'organisation hiérarchique, la coordination méthodique qui est l'un des secrets de la victoire.
Au cours des luttes présentes de l'Eglise, celle des bénédictions divines que nos frères catholiques doivent solliciter avec le plus de confiance du Cœur sacré de Jésus- Christ est de triompher des causes funestes de divisions intestines et, combattant pour une même foi et un même amour, de vivre et d'agir consommés dans l'unité.