AVERTISSEMENT XI
tenir pareil langage sans un optimisme par trop candide. Les Allemands sont encore à Noyon et le beau rêve peut paraître déjà évanoui. Le parlementarisme a reparu avec toutes ses tares, il a ravivé, exaspéré même nos divisions intestines. La pressejacobine de certainesprovincescolporte d'odieuses rumeurs, véritable semence de guerre civile. Néanmoins, l'union sacrée continue d'exister dans la zone des armées, en face de l'ennemi, et de s'affirmer entre bons Français, jusque très loin du front, comme une des caractéristiques de la guerre actuelle et comme le gage heureux d'un meilleur avenir national. Permettons-nous de citer ici quelques paroles que nous adressions, le jour de Noël 1915, aux blessés militaires ainsi qu'au personnel médical, infirmier, brancardier d'un hôpital parisien de la Croix-Rouge française. C'est la constatation du fait de V union sacrée dans la mesure où Y union sacrée nous paraît demeurer, aujourd'hui même, une réalité sérieuse :
Avant la guerre, nous tous qui sommes ici rassemblés, ne nous connaissions pas les uns et les autres. Non seulement nous ne nous étions pas rencontrés, non seulement nous appartenions à des régions différentes, mais, chose beaucoup plus grave, nous appartenions à des milieux qui s'ignorent délibérément les uns les autres, à des catégories sociales plus ou moins jalouses les unes des autres, quelquefois antagonistes les unes par rapport aux autres. Si la guerre n'avait pas eu lieu, il est à craindre que nous nous méconnaîtrions mutuellement, que nous entretiendrions peut-être des