CLASSIFICATION DES LUXATIONS DU CRISTALLIN
Les luxations du cristallin ont été étudiées d’une manière suivie depuis très longtemps et Calisti, dans sa thèse déjà ancienne, en donna une classification à laquelle on a peu ajouté. Depuis, certains points particuliers ont été complétés particulièrement au sujet des luxations congénitales, ou pour des formes très peu marquées (myopie traumatique) qui ne nous Intéressent pas ICI.
Calisti décrivait deux grandes classes de luxations : les luxations traumatiques et les luxations congénitales. Celles-ci, parfaitement étudiées ces dernières années (Grosfillez) ont surtout de l'intérêt au point de vue pathogénique. De nombreuses théories ont été édifiées, ceci ne rentre pas dans le cadre de notre
sujet, puis le traitement, comme nous le verrons, est plus souvent un traitement palliatif qu’un traitement curatif. Nous n’insisterons donc pas sur ces luxations congénitales, véritables ectopies cristalliniennes.
Les luxations traumatiques ont donné lieu à de nombreuses discussions. En effet, si parfois on voyait des traumatismes considérables causer des désordres oraves intraoculaires sans amener de luxation du cristallin, on a noté depuis très longtemps que des traumatismes beaucoup moins violents amenaient des luxations du cristallin sans désordre intraoculaire, Même on décrivit une classe spéciale de luxations, dites spontanées, où le traumatisme était vraiment trop minime (parfois même 1] manquait) pour pouvoir êlre mvoqué comme cause de la luxation. |
A l'heure actuelle, 11 semble bien que l’on doive distinguer les luxations traumatiques vraies et les luxations pathologiques avec traumatisme. Les luxations traumatiques vraies sont très rares, demandent une force considérable, s’accompagnent de désordres graves de l'œil. Nous nous rapportons, pour cela, aux expériences que nous avons faites; mais le cristallin et son appareil suspenseur sont sains.
Au contraire, le cristallin ou son appareil suspenseur sont-ils lésés même d’une manière minime (et ceci pour l'appareil suspenseur) la luxation se produira avec une bien plus grande facilité. Bellouard disait : « La « luxation spontanée du cristallin, accompagnée ou « non de cataracte, ne doit plus être considérée « comme une maladie à part du système cristallinien, « mais comme la conséquence d’un état morbide
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« inflammatoire ou trophique du tractus uvéal et de « l’appareil choroïdien. »
On peut done considérer ces luxations dites spontanées comme une complication ou comme la terminaison naturelle de certaines maladies des deux membranes internes les plus importantes. Et l’on peut supposer tous les intermédiaires, depuis la luxation spontanée où aucun traumatisme n’est nécessaire, le cristallin tombe comme une feuille morte, jusqu'aux cas où l’état morbide est encore récent, a causé peu de ravages, mais où un traumatisme assez considérable est capable de causer la luxation.
Nous Insistons sur ces luxations pathologiques avec traumatisme, car le vitré est toujours modifié et elles doivent être l’objet de la plus grande réserve de la part du chirurgien.
A un autre point de vue les luxations doivent être classées; c’est suivant la manière dont se place le cristallin par rapport à sa position normale, ei on distingue les luxations complètes et les luxations incomplètes. Tout le monde est d’accord au sujet des luxations complètes : le cristallin a perdu toute attache avec son appareil suspenseur, 1l est tout entier dans la chambre antérieure ou le vitré. Il est comme un crelot.
Les luxations incomplètes ou subluxations ont donné lieu à beaucoup de discussions. Les uns appelaient sublaxations tous les cas où le cristallin n'avait pas complètement perdu contact avec la zonule. Mais cette zonule peut s’allonger et si l’on comprend bien cette manière de voir lorsque le cristallin reste encore
te adhérent par une grande surface, on ne peut plus, quand le cristallin devient, grâce à l'allongement de la zonule, presque comparable au cas de luxation complète.
De Wecker proposa une manière presque mathématique. Il considère à l’œ1l un axe antéro-postérieur passant, un peu théoriquement 1l est vrai, par le centre de la cornée, le centre du cristallin et la macula. Tant que le centre du cristallin coïncide avec cet axe, 1l y a subluxation. On peut donc distinguer :
a) Un déplacement axial où le cristallin se meut parallèlement à lui-même le long de son axe:
b) Un déplacement latéral ou excentrique, dans lequel le cristallin se meut parallèlement à lui-même dans un plan perpendiculaire à l’axe ;
c) Un déplacement angulaire ou obliquité du cris tallin, où son centre coïncidant toujours avec l'axe antéro-postérieur, le plan équatorial du cristallin fait un angle différent de l'angle droit avec l'axe. (On a supposé théoriquement que dans sa position normale le cristallin est perpendiculaire à cet axe.)
Ce dernier déplacement n’est pas admis comme groupe séparé par tous les auteurs; et il est vrai que dans tous les cas de déplacements latéraux ou axiaux du cristallin 1] y a toujours un déplacement angulaire. Ce degré d’obliquité n’est donc qu’un déplacement secondaire.
Mais on peut s’en servir pour définir très exactement le degré de réclinaison du cristallin. Quand ce degré est très marqué on peut donner à la luxation le nom d’angulaire et si la face antérieure regarde en
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bas et en avant, on dira subluxation angulaire inférieure. Si la face antérieure regarde en dehors on dira subluxation angulaire externe. Enfin, si elle regarde en bas et en dehors on dira subluxation angulaire inféro-externe.
On peut supposer toutes les positions ; mais, et ceci nous l’avouons, un peu théoriquement, il peut arriver que le cristallin opère une bascule complète et que sa face antérieure devienne postérieure; on dira alors subluxation angulaire postérieure et là encore on peut supposer comme possibles toutes les positions.
Nous proposons ces noms et cette classification d’après de Wecker pour désigner très exactement des subluxations quand on assiste à leur évolution et qu'on veut noter leurs progrès d'une manière très précise.
Tous les autres cas sont des luxations du cristallin. Mais cette classification, si elle a le mérite de la précision, est beaucoup trop minutieuse au point de vue opératoire. Elle vise à bien classifier les cas que l’on ne touche pas plutôt'que d'établir des différences dans le mode opératoire.
Une des plus anciennes classifications est celle qui distingue les luxations suivant que l’on voit encore le cristallin dans la pupille ou qu'il en a disparu. Disons aussitôt que cette manière de voir, au point de vue description, classification exacte, n’offre pas de valeur car rien n’est variable comme les dimensions de la pupille. Mais au point de vue opératoire elle offre un réel intérêt. Les difficultés seront toutes différentes, suivant que le cristallin derrière l'iris est visible en partie ou a complètement disparu. De même l'iris,
PR ire véritable tenture entre les deux chambres de l’œil, est un voile très gênant pour l’opérateur. Nous tiendrons compte, en outre, du caractère de mobilité ou de fixité du cristallin au pomt de vue opératoire et nous n’avons pas besoin d’insister sur ce point. Aussi diviserons-nous chirurgicalement les luxations du cristallin en
immobile mobile (| immobile du
luxations dans la chambre antérieure.
luxations derrière l’iris visibles . . \ mobile
\ luxations derrière liris imvisibles mobile en temps ordinaire.
Ces différents types peuvent se ramener parfois de l’un à l’autre grâce à la position genu-antibrachiale.
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