‹ Les Luxations Intraoculaires du CristallinChapitre 5 sur 27 · ESSAI SUR LE MÉCANISME DES LUXATIONS DU CRISTALLIN · texte numérisé non relu

ESSAI SUR LE MÉCANISME DES LUXATIONS DU CRISTALLIN

Au cours de nos recherches sur les anciens traite ments, nous avions été frappé par un point. Si tous les auteurs avaient plus ou moins cherché à classer ou décrire les luxations, avaient plus ou moins fouillé leur étiologie ou établi leur fréquence par des statistiques, aucun n'avait minutieusement approfondi leur mécanisme,

On parlait simplement de violence du choc de direction de la force, de soudaineté et brièveté de la contusion, tel un coup de poing, mais on ne donnait pas de description plus exacte; aucune expérience n’avait été tentée pour les luxations intraoculaires.

Il y a bien longtemps, Follen (1853) disait : « L'épaisseur et la résistance des membranes étant « partout les mêmes, la situation du cristallin dans « l’angle interne de l'œil tient à la direction de la « cause vulnérante ».

Warthon Jones (1862) écrivait aussi « que le cris- « tallin sain se luxe rarement avec sa capsule parce « que les attaches sont trop solides ; au contraire,

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«€ la luxation avec la capsule peut se produire sur un « cristallin malade car les attaches sont dissociées par « les actions morbides ».

Fischer écrivait bien aussi que, « sur le cadavre, si « on tente de rompre le ligament suspenseur, on ne « fait que rompre la cristalloïde »,

Les expériences que nous avons tentées ont confirmé ces dires et nous ont montré des points particuliers qui nous ont semblé intéressants et dignes d’être rapportés 1c1.

Nous avons pris des yeux de porc tué du matin, c'est-à-dire aussi frais que possible, et, les mettant dans un cristallisoir rempli de coton, nous avons, autant que faire se peut, essayé de nous placer dans les conditions naturelles de l'œil dans son orbite avec le tissu adipo-graisseux. Un simple coup de poing était le traumatisme que nous donnions tantôt directement sur le centre de la cornée, tantôt sur le limbe en un point quelconque, tantôt sur la coque sclérale antérieure. |

Les autopsies étaient faites avec le plus grand soin sans toucher l’œil avec les doigts, de peur d'agir par des pressions intempestives : nous le disséquions avec des pinces, des ciseaux fins ou un couteau de Graefe. La chambre antérieure était toujours vidée lentement de son humeur aqueuse, puis nous enlevions toute la cornée. Si le cristallin avait disparu, nous faisions une section allant de la pupille, par l’iris, la région ciliaire et la coque sclérale, au point que nous pensions diamétralement opposé au cristallin. Le vitré était enlevé aussi délicatement que possible avec une curette.

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Il serait trop long de donner tous les comptes rendus des expériences que nous avons faites ; nous donnerons seulement les conclusions que nous en avons tirées :

1° Sur un œil sain, quel que soit le point d’application, il nous a été impossible de faire une luxation du cristallin sans amener des désordres graves de l'iris du corps ciliaire, même parfois rupture sclérale. La force devait être considérable ;

20 Avec un fin crochet introduit par la chambre postérieure, nous avons dilacéré la zonule de Zimn et ses fibres en certains points détermimés.

Or, a) si l'on fait agir la force sur le limbe au point opposé de la lésion, l'œil s’aplatit suivant un orand diamètre perpendiculaire à la direction de la force, le vitré est comprimé, les lésions de la zonule amorcées s’agrandissent, car le cercle irido-ciliaire est agrandi lui aussi et le cristallin tend à basculer en avant ; la partie de la zonule lésée soulève liris tandis que le point où la force est appliquée tend à s'enfoncer dans le vitré. Il y a une sorte de mouvement de bascule, de clapet.

b) Si on applique la force au point de la lésion, le cristallin tend encore à basculer, la partie lésée allant en avant vers la cornée, tandis que la parie saine se rapproche du vitré, c’est-à-dire on a le même mouvement que tout à l’heure. Il faut peut-être voir l’action du vitré qui, comprimé, tend à s’échapper toujours par le même point à cause de sa consistance visqueuse, tandis que l'humeur aqueuse plus fluide peut se diffuser partout dans la chambre antérieure, postérieure

et fuir devant le coup de bélier du vitré. Ceci expliquerait aussi les lésions d’iridiodalyse.

3° Par le même procédé du crochet fin, nous avons lésé la cristalloïde antérieure puis la cristalloïde pos térieure. Alors le cristallin se déplace dans le sens de cette lésion comme pour une extraction de cataracte. Il tend à aller dans une direction opposée à celle d’où vient la force ; il est chassé de la cristalloïde comme un noyau de cerise dans un plan parallèle à son plan équatorial. Il peut prendre toutes les positions depuis la subluxation légère jusqu'à la luxation complète.

Nous n’avons pu donner à ces expériences le con— trôle de la clinique : mais si, nous basant sur les dires de Fischer, un traumatisme sur un œil sain amène une lésion de la cristalloïde, on aura un certain type de luxation ; au contraire, si la zonule est lésée, diminuée dans sa résistance sur un point ou même pathologiquement détruite on aura une véritable luxation du cristallin.

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