INTRODUCTION
Rares sont, en chirurgie, les questions aussi controversées que l’étude des luxations isolées du Scaphoïde Tarsien. Malgré les nombreuses publications auxquelles elle a donné lieu, malgré les discussions, parfois vives qu’elle a suscitées, les auteurs ont encore à son sujet des avis bien différents.
Si l’accord semble être réalisé quant à la définition et au mécanisme de cette lésion, la question du traitement oppose toujours les partisans du traitement orthopédique et ceux de la méthode sanglante, cette dernière étant surtout défendue par l’école allemande.
Ayant eu l’occasion d'observer un cas de luxation isolée du Scaphoïde du pied, dans le service de notre Maître, M. le Professeur Gaston Michel, nous avons pensé qu’il serait intéressant d’essayer de mettre un peu de clarté dans cette question. Nous avons estimé que cette affection méritait d’être mieux connue et c’est ce qui nous a décidé à en faire l’objet de notre thèse inaugurale.
Depuis très longtemps les auteurs se sont appliqués à préciser ce qu’on devait entendre par « Luxation 1iso-
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lée du Scaphoïde tarsien », car aussi bizarre que cela puisse paraître, très différentes sont les lésions qui ont été groupées sous cette appellation.
Dès 1895, BAEHR demandait une définition précise et montrait combien la terminologie de l’ancienne littérature était vague. Nous verrons, en effet, que la luxation isolée, encore appelée Enucléation, est une affection tout à fait caractérisée et qu’il ne faut pas la confondre avec la simple luxation qui peut être aussi bien une disjonction astragalo-scaphoïdienne qu’une luxation simple dans l’articulation scaphoïdo-cunéenne.
À la suite de l’ouvrage de BoEKEL, fait à Nancy, en 1910, dans le service du Professeur Gross (Revue de Chirurgie, 1910), Desror publiait dans Lyon Chirurgical une critique de ce travail et souhaitait que l’on codifie rapidement les appellations. Il montrait que BOEKEL classait comme luxation du scaphoïde un cas de luxation médio-tarsienne, une cas de subluxation de l’astragale avec télescopage du scaphoïde et il faisait remarquer que, pour lui, luxation du scaphoïde signifiait luxation double et non toutes les autres lésions que l’on voulait dénommer de la sorte.
Enfin, en 1928, GANGLER, dans une étude qu’il fit à la clinique de TUBINGUE, remaniait entièrement le chapitre de la nomenclature et, pour la première fois, posait différentes règles à observer pour pouvoir affirmer le diagnostic de luxation double du scaphoïde du pied.
Le mécanisme de cette affection est très compléxe et les explications proposées jusqu’à ce jour furent, de ce fait, nombreuses. Cependant, alors que les anciens auteurs voulaient que le scaphoïde se luxe à la suite d’une
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force directe exercée sur lui, les auteurs actuels sont presque unanimes à reconnaître que seul un mécanisme indirect peut réaliser cette blessure.
Quant au traitement, nous l’avons déjà signalé, l’orthopédie et l’intervention sanglante rivalisent, chacune d’elles comptant des succès à son actif. Toutefois le traitement orthopédique nous a, à si peu de frais, donné un bon résultat que nous nous proposons de faire plaidover en sa faveur, montrant l'intérêt qu’il y a pour le malade à l’envisager systématiquement chaque fois que l’on devra prendre une décision thérapeutique.
Sur un seul point de la question tous les chirurgiens sont actuellement d’accord, c’est au sujet du diagnostic : ce dernier ne peut et ne doit se faire que par le cliché radiographique et GANGLER conclut : « Il résulte de tout celà qu’un diagnostic certain ne peut être fait que sur la base d’une radiographie ». Ceci d’ailleurs ne retire rien de sa valeur au diagnostic clinique qu’il faut bien connaître, mais nous verrons qu'il est presque toujours incapable d’apporter une certitude et que souvent le diagnostic différentiel nécessite d’avoir recours à l’écran.
Dans ce travail nous préciserons en premier lieu ce que l’on doit entendre par Luxation isolée du Scaphoïde tarsien, puis par une étude anatomo-physiologique et nous basant sur des observations, nous préciserons le mécanisme des accidents montrant ensuite comment on doit en faire le diagnostic. En un dernier chapitre, nous essayerons de dégager les avantages du traitement orthopédique et nous montrerons que cette lésion ne doit pas être méconnue, une infirmité pouvant en résulter.
Il est regrettable pour cette étude qu’un grand nombre de cas ne puissent être retenus, mais ils sont sujets à caution étant antérieurs à la possibilité du diagnostic radiographique et n’ayant pas été confirmés par une intervention sanglante.