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OBSERVATION N° III

Mme G..., 44 ans, sans profession.

Antécédents héréditaires : son père, atteint de myopie forte, a présenté en 1912 une luxation spontanée du cris tallin droit, dans la chambre antérieure. Ce cristallin fut extrait dans le service d’ophtalmologie de l’hôpital de Tours. Le fils de Mme G.., âgé de 13 ans, est myope de

4 dioptries, sans lésions des fonds d’yeux ni altération des cristallins.

Mme G..., très myope depuis son enfance, a commencé à porter des lunettes à l’âge de 19 ans.

En mars 1937, elle présenta brusquement sans raisons, une crise de glaucome aigu à l’œil gauche et dut être hospitalisée dans le service d’ophtalmologie de l’hôpital de Tours. On constata alors une luxation totale du cristallin en arrière. Les douleurs ne cédant pas malgré les myopiques, l’œil étant inéclairable et la vision nulle, lé nucléation fut pratiqüée le 17 mars. A cette époque, l’œil droit n’avait aucun symptôme de déplacement cristallinique.

Sa myopie était de 10 dioptries avec staphylome postérieur et lésions disséminées de choréo-rétinites. Acuité visuelle après correction : 4/10°. Urines normales. B. W. négatif.

En juillet 1937, Mme G... vint consulter en se plaignant de troubles visuels de l’œil droit; on constata alors l’existence d’une légère subluxation du cristallin avec iridodonésis, les bords libres de la lentille n’étant pas visibles dans le champ pupillaire. Mme G.. est soumise à un

traitement à la pilocarpine, qu’elle suit régulièrement jusqu’en novembre 1937.

A cette époque, elle ressent brusquement les mêmes douleurs atroces qu’elle avait éprouvées du côté gauche. Elle retourne à l’hôpital, où l’on constate, cette fois, une luxation complète du cristallin dans la chambre anté rieure droite, luxation ayant déterminé une crise de glaucome aigu.

Le cristallin luxé fut extrait d’urgence à l’anse de Suel len. La poussée exercée par le vitré lors de la décompression de l’œil hypertendu détermina la formation de deux hernies de l’iris aux angles externes et internes de la plaie cornéenne inférieure, hernies qui furent reséquées par la suite le 25 novembre et le 1°’ décembre.

Actuellement, Mme G... possède à l’œil droit une acuité visuelle de 2/10° avec verre de (0°-16) +2.

Ces deux luxations, en arrière pour l’œil gauche, en avant pour l’œil droit, se sont produites toutes les deux de façons absolument spontanées, sans choc sur les yeux, ni effort particulier pouvant expliquer la rupture de la zonule. Toutes deux ont provoqué des crises d’hyperten sion oculaire qui nécessitèrent des interventions chirurgicales, maïs, tandis qu’à gauche, où la lentille avait bas culé en arrière, il fallut recourir à l’énucléation; du côté droit, le passage du cristallin dans la chambre antérieure a permis son extraction relativement facile et la conservation d’une vision réduite mais cependant appréciable pour qui à été momentanément aveugle.

Dans les trois observations que nous rapportons, les examens du sang ont été négatifs. On ne peut done incriminer la syphilis héréditaire. (Dubois de Lavige-

rie, de Lapersonne-Fournier et Sauvineau, Viterbi.)

os

Ces trois luxations se sont produites chez des myopes. Nous pouvons donc les faire entrer dans le second type de luxations spontanées de la classification de Henri Dor. Il est logique d’admettre que dans ces trois cas, à l’action mécanique exercée par l’allongement antéro-postérieur du globe qui exerce des tiraillements sur les fibres de l’appareil suspenseur du cristallin, s’est ajoutée une action inflammatoire, les altérations, myotiques des membranes profondes (chorio-rétinite) se propageant à la zonule du fait de son origine rétinienne et des rapports histologiques qu’elle possède avec la limitante externe de la rétine.

La résistance normale des fibres zonulaires a été considérablement diminuée par l’allongement axile du globe et le processus inflammatoire né des lésions myotiques du fond de l’œil. Ces fibres se sont rompues progressivement. Le cristallin n'étant plus soutenu que par de rares attaches, dégénérées elles aussi, un mouvement insignifiant a suffi à provoquer la chute de la lentille en arrière ou en avant.

D'où le nom de « luxations dites spontanées » donné par certains auteurs à ces déplacements subits du cristallin, la luxation vraie, celle qui se produirait chez des sujets exempts de toute altération de l'appareil, n’existant pas du fait de la résistance des fibres zonulaires saines.

On sait d’ailleurs, que la rupture des attaches cris-

me PE, on

talliniennes, dans l’extraction totale du cristallin dans la capsule, n’est possible, quel que soit le procédé employé, que grâce au processus de sclérose qui a préalablement altéré l'intégrité anatomique des fibres zonulaires, (F. Cosse et A. Mercier, Gazette Médicale

de France.)

Dans ces trois observations, une subluxation a d’ailleurs précédé la luxation totale, le cristallin se déplaçant légèrement du fait de la rupture d’une partie de ses attaches et sa libération totale ne se produisant que plus tard lorsque le travail de dégénérescence s’est étendu à la totalité des fibres de la

zonule.

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