MÉCANISME DES LÉSIONS ET ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Gateau et Burette ont étudié le mécanisme de ces luxations sur le cadavre; mais en ce qui concerne les phalangines, le premier a fait des expériences particulièrement complètes que nous résumons dans le tableau de la page 22. Nous y voyons que les lésions ligamenteuses sont très importantes. L’arrachement de la capsule et du fibrocartilage en avant, appelé encore ligament antérieur, est constant. Il entraîne toujours avec lui deux petits fragments osseux . provenant du bord antérieur de la phalangine.
:Dans les luxations en arrière et en avant, le ligament antérieur est seul arraché.
Dans les luxations en dedans ou en dehors, en plus de l’arrachement du ligament antérieur, il y a déchirure du lHigament externe et de la partie postérieure de la capsule en dehors dans le premier cas, et dans le second, déchi- rure du ligament interne et de la partie postérieure de la capsule en dedans. Dans ces luxations latérales, le liga- ment intact sera à son tour déchiré si le traumatisme est très violent.
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* On voit aussi que, par flexion forcée, il n’a jamais été possible à Gateau d'obtenir de luxation.
Après la déchirure des ligaments, une autre lésion très fréquente est celle des parties molles. Nous la voyons réalisée dans l’hyperextension, dans l’inclinaison sur le côté interne et sur le côté externe, dans la torsion.
Le traumatisme d’une part, les extrémités osseuses déplacées d’autre part déterminent des plaies d’autant plus importantes que le choc aura été plus violent. Comme au doigt l'articulation est voisine de la peau, la plaie se trouve constamiment en rapport avec l'articulation.
Mais cette complication reste, malgré tout, peu fréquente. En examinant les observations recueillies par. Gateau et les nôtres, nous trouvons, en effet : |
Luxations fermées .....:::.:::...1:.. 23 Luxations ouvertes 4 sn 9 :-
Pour les phalangettes, Bürotte, sans donner le détail aussi précis de ses résultats, arrive à des conclusions identiques, à savoir :
Arrachement du ligament antérieur de son insertion distale : 17 fois sur 18 expériences.
Dans les luxations en dehors et en dedans, déchirure des ligaments latéraux.
Le tendon extenseur et le tendon fléchisseur restent intacts.
De plus, les luxations ouvertes sont, là encore, en nombre inférieur aux luxations fermées :
Lüxations: fermées 152", Leu Rice 4 Éuxations ouvertes 5 2 ru a 5 Luxations irréductibles d'emblée. — Ni Gateau, ni Bu-
rette, dans leurs expériences, n’ont pu réaliser de luxation irréductible. ;
ON Te
Lés chirurgiens modernes pensent que les obstacles à la réduction proviennent surtout de l’interposition entre les surfaces articulaires de la capsule ou des tendons; l’irrégularité des surfaces articulaires, les fractures parcellaires des extrémités et la traction des ligaments latéraux ne jouent qu’un rôle secondaire.
Geschwind rapporte un cas de luxation en dedans de la phalangine où la tête était bridée par une boutonnière formée uniquement par le ligament latéral interne et la languette interne de l’extenseur.
Cette irréductibilité d’emblée demeure un fait très rare.
Pour les phalangines, sur 35 observations que nous avons consultées nous ne trouvons qu’un cas d’irréductibilité d'emblée.
Pour les phalangettes, sur 16 observations, nous ne l’avons pas trouvée signalée une seule fois.
Il ne faut pas confondre luxation irréductible avec luxations anciennes qui, bien que souvent irréductibles, peuvent cependant, quelquefois, se réduire par des manœuvres de douceur.
Les luxations anciennes proviennent du fait qu’en présence d’une luxation simple ou irréductible d’emblée, on a laissé évoluer la lésion sans y porter remède.
Au point de vue anatomie pathologique, toute luxation passe par trois périodes :
1° Une période pendant laquelle la réduction peut encore se faire (luxation récente) ;
2° Une période pendant laquelle la déformation fibreuse ou osseuse rend la réduction de plus en plus difficile‘(luxation ancienne) ; E
3° Une période à partir de laquelle toute réduction devient impossible (luxation invétérée).
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Une luxation peut devenir ancienne suivant des délais très variables pour chaque individu. -
De quelques jours à quelques mois, il n’est pas possible de préciser davantage.
Thorens avait dû employer le chloroforme pour üne luxation datant d’un mois, tandis que Liston avait pu en réduire une datant de 2 mois et demi.
Ces luxations anciennes sont aussi rares que les luxations irréductibles d'emblée. Nous n’en avons relevé qu’un cas pour les phalangines et un cas pour les phalangettes. Le malade, en effet, réalise souvent lui-même la réduction ou va voir un médecin qui l’obtient sans beaucoup de difficultés quelques instants après le traumatisme, et la lésion n’a pas le temps d’évoluer vers le stade de luxation ancienne.