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L'ASSEMBLÉE GENERALE

Tous les ans au mois de décembre. - A la salle Kriegelstein. — A Ventrée, dans l'espèce de péristyle, les employés d'administration de la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de musique, ayant à leur tête M. Lobel, secrétaire de V agent général et M. Defontaine, chef de la répartition, sont derrière une table sur laquelle s étalent des bulletins de vote contenant des listes -variées pour les diverses commissions: Syndicat, Comission des Comptes, Commission des retraites, Commission des programmes. La salle est

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garnie de chaises rangées. Au mur, des grandes pancartes manuscrites indiquent le nom des candidats aux commissions susnommées. Au fond^ sur une estrade derrière des tables les membres du Syndicat présidés par M. Octave Pradels; parmi les membres on remarque MM.

Philippe Maquct^ GantîC^Mcuriot, Ganglofj, Maréchal.^ Moreau^ etc. ^ sans oublier M. Darsay^ le secrétaire qui va tout à rheure prendre la parole. Sur le devant de Vestrade, à gauche^ une petite table avec verre d'eau sucrée pour la lecture des rapports et pour les interpellations. Tout à fait dans le fond, V agent général, M. Victor Souchon, prépare toutes les pièces nécessaires. Il est deux heures : la salle se rentplit peu à peu. Dans le péristyle on discute vivement sur les élections; les candidats vont d'un groupe à Vautre quêtant des voix.

Lhérot-Mangin, à Moriot. — Tu sais, je me porte au Syndicat. Ça embête Souchon. Il faut voter pour moi...

l'asslmblli- générale. 100

Moaiot. — Si tu paies Tabsinthe, ça va ! a part^ il peut se fouiller !

Rival dans un groupe. — Il ne faut pas voter pour Vandres. Il a des combinaisons avec Delormel.

ViBERT. — Vous êtes tous joliment naïfs. Elles sont faites d'avance les élections. La candidature ofiicielle, il n'y a que ça! Avec tous les vieux qui touchent trente-trois, centimes par an, ils nomment qui ils veulent.

Rival. — Le concert devrait se liguer.

ViBERT. — Tu es encore pour les réunions préparatoires. Tu as vu celle d'avant-hier à la brasserie Guillaume-Tell, on n'a fait que s'engueuler...

Un vieux Musicien, en rencontrant un autre. — Ah ! mon vieux Labirre, que je sui; content de te voir ?

Deuxième viEGX Musicien. — Ah ! mon vieux Métrier ! on ne se rencontre plus qu'à l'Assemblée Générale. Et la musique?

Premier vieux Musicien.— Ne m'en parle pas, la chanson est morte !

170 l'assemblée générale.

Deuxième vie.ux Musicien. — Ce n'était pas comme ça de notre temps. Hein? cette pauvre Loïsa ! (i)

La cloche du président se fait entendre. M. Souchon prie les sociétaires de prendre place dans la salle pour écouter le rapport du secrétaire.

Le Secrétaire, lisant son rapport. — Messieurs et chers collègues,

« J'ai la satisfaction de vous apprendre qu'au cours de cette année, notre Société a encaissé la somme de 1,994,992 francs 59 centimes, en augmentation de 70000 francs sur l'exercice précédent î j). (^Applaudissements...^ Le Secrétaire termine :

(( Montrons-nous dignes de ce passé si brillant. Soyons unis plus que jamais dans cette seule et même aspiration ; l'orgueil de laisser à ceux qui nous suivront et nous jugeront un monument indestructible de solidarité et de progrès social dans la plus active et la plus féconde des coopérations.» {Triple salve d' applaudissements^.

(1) Loïsa Puget

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Lh Pri-sident. — (Quelqu'un demandet-il la parole ?

Lhérot-Mangin. — Moi ! Moi !

Lanson. — Moi ! Moi !!

Le Président. — La parole est à M. Lhérot-Mangin.

LuÉROT-}.\A}iCAS,quic>tnwniéà la tribune — Je pose ma candidatureau Syndicat, et j'ai la prétention de dire que quand j'y serai, ça marchera un peu mieux que maintenant.

Les Sociétaires. — x\ssez ! Assez !

Le Président' — Laissez parler l'orateur. Il a une grande confiance en lui-même ; nous saurons tout à l'heure si cette confiance est paitagée par l'Assemblée {Rires).

Lhérot-Maxgin. — La répartition est faite d'une façon ignoble.

Voix nombreuses. — A la porte !

Lhérot-Mangin. — ... Ainsi, à la brasserie de l'Etoile, à Saint-Etienne, les parts sont de un centime un quart; j'ai eu vingtsept auditions et sur ma feuille on n'en marque que vingt-six! où est passé l'argent ? Dans la poche à l'agent général !

Les sociétaires. — A la porte ! A la porte •'

172 l'assemblée générale.

Le président, ironique. — M. l'agent général ne peut rester sous le coup d'une aussi grave accusation. La parole est à M. Victor Souchon.

Lhérot-Mangin descendant de la tribune. — C'est une indignité, on m'enlève la parole !

M. Victor Souchon, très sérieux. — M. Lhérot-Mangin est absolument dans son tort, quand il croit que cette somme de un centime un quart lui était due. Nous avons, sur sa réclamation, demandé les programmes au directeur delà brasserie de l'Etoile, à Saint-Etienne, nous avons ouvert une enquête, nous avons convoqué l'agent régional, nous avons même envoyé le chef de répartition à Saint-Etienne.

Nous avons le regret de déclarer à M. Lhérot-Mangin qu'il y a eu vingt-six audition5 et non vingt-sept. (AppJaudisseînents.)

M. Lhérot-Mangin. — Je proteste. L'artiste qui a chanté ma chanson m'a alfirmé l'avoir chantée vingt-sept fois.

Les sociétaires. — Assez! assez !

JLeprèsident. --Laparolç estàM.Lanson.

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Lansox. — Mcssicur.^, je n'aurai pas l'attitude incorrecte de M. Lhérot-Mangin {Très bien! Très bien!). J'estime beaucoup notre syndicat. (Applatedisse??jsnfs.) Je voudrais simplement exprimer quelques idées pour l'amélioration de notre Société cnr, moi, je me présente à la Commission des programmes, où je pourrai, j'o3e le dire, rendre quelques services. D'abord je voudrais que tout le monde passât des examens pour être st3giaire, pour être sociétaire, pour être...

ViBERT. — Les prix de Rome aussi?

Laxson. — Parfaitement, les prix de Rome aussi ; leur musique ne vaut pas la mienne.

Rival. — Et Richepin? et De Hérédia?

Laxson. — Parfaitement, les ceusses que vous dites aussi. Ils ne seraient pas capables de faire une chanson comme mon collaborateur Moriot.

Le Président — Monsieur Lanson, veuillez revenir à la question, c'est-à-dire au rapport.

Laxson. — Eh bien voilà! Il y a encore

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un tas de choses à réformer. Les frais généraux! il y a trop de frais généraux !... faudrait supprimer les frais généraux... faa-

drait supprimer faudrait... voilà. — Et

Lanson quitte la tribune.

Le Président. — Le syndicat étudiera toutes ces questions. L'assemblée peut être sûre de son dévouement à notre société. {^Applaudissements^

La parole est à M. Eugène Bardot secrétaire, rapporteur de la commission des comptes.

Eugène Bardot. — «Messieurs et chers confrères, j'ai la satisfaction de vous apprendre avenir de notre société. »

{A p pi au disse ment s.)

Lancret, rapporteur de la commission des retraites. — « Messieurs et chers confrères, j'ai la satisfaction de vous apprendre pension, repos bien mérité !»

{Applaudissements.)

Rost, secrétaire rapporteur de la cornviission des programmes. — « Messieurs et chers collègues, j'ai la satisfaction de vous apprendre pour le contentement

l'assi-mblée génkrale. 175

de tous les membresde notrechère société.» {Applatidisscnients. )

Les rapports mis aux voix sont adoptes à V unanimité moins une voix, celle de M. Lhérot-Mangin qui veut remonter à la tribune.

Lhérot-Mangin. — Je demande la parole pour un fait personnel.

Les Sociétaires criant. — L'ordre du jour, l'ordre du jour !

Lhérot-Mangin. — L'artiste qui m'a dit...

Les Sociétaires. — Les élections ! les élections '•

On procède à V élection . — Les sociétaires viennent déposer leurs bulletins dans les quatre urnes placées devant le syndicat et se retirent vivement.

On procède au dépouillement devant une trentaine de membres intéressés ou amis des intéressés. Le résultat est proclamé.

Lhérot-Mangin. — Je n'ai qu'une voix !

On a falsifié le scrutin !

176 l'assemblée gî'niîraée.

Vandres. — Mes amis. Je suis élu ! allons prendre un verre !

ViBERT. — Eh bien ! ce n'est pas trop tôt !

Tout le monde sort e7i entourant les élus. Lhérot'Manginsest accroché à M. Souclion et à Ji. Praîels qui ne i)cuvent s'en débarrasser. Il est 6 heures ; t.

Un cajé situe à côté de U Porte Si-Dcnis^ boulevard du même nom^ trois compartiments ; dans celui de droite, un ^inc entourant la moitié delà salle ;à laterrasse^ des guéridons très serrés. Il est sixheures. Nombreux public entassé. Grand brouhahade conversations. U air est fortement imprégné de V odeur de V absinthe ; car toutes les tables sont garnies de vertes., même celles oïl il n'y a que des femmes. A V intérieur ^multiples joueurs de manille. A une table, à la terrasse. —

Miigiiz, petit bossu ^ est en train de causer avec Marex et SpaJoul artistes: ce dernier a près de lui sa maîtresse Brunetti^ jeune chanteuse.

Spadoul. — Alors Mugin, qu'est-ce que c'est cette affaire avec Gramier?

Mugin. — Mon vieux, ça ne lui portera pas bonheur. Sous prétexte qu'il est bossu comme moi et qu'il fait du trapèze comme moi, il ne veut pas que je prenne le titre de seul bossu gymnaste. Alors hier, il m'a cogné,C'est un cabot, mais j'ai écrit au nouveau Journal, je suis très bien avec Moreau. Tiens voici ma lettre. Lisant.

Monsieur le Directeur,

Puisque vous avez une tribune pour discuter les intérêts communs, j'espère que vous voudrez bien me prêter l'hospitalité dans votre journal pour un fait personnel. J'étais hier à la Chartreuse ; M. Gramier vint me trouver à ma table, il était accompagné de sa femme et de deux grands gaillards, il me tend la main, je lui donne

l.A CIlAKTKhrM:. I8i

la mienne et il me prie de sortir sous prétexte de lui rendre un service.

Une fois dehors, il me dit : — De quel droit prenez-vous C2 titre Le seul bossu gymnaste'! Puis sans attendre mes explications, il me lit pleuvoir sur la tête une avalanche de gifles, pendant que Mme Gramier me bottait le derrière.

Vous le voyez Monsieur, c'est un abus et je vous le signale.

Pour un confrère bossu, ce n'est pas fort.

Je signe : Mugin, le seul bossu gymnaste.

Makex. — Très bien ta lettre, très digne.

Spadoul. — C'est un cochon, à la Taverne Alsacienne, à Angers, il faisait des sottises à tout le monde. N'est-ce pas Brunetti ?

Brunetti. — Pour sûr ! Tout le temps il débinait les camarades et il pelotait le patron. En voilà un autre saligaud, cet Ordeck il voulait pas que je sois avec Spadoul et puis il me faisait la cour.

Spadoul. — Aussi ce que nous l'avons plaqué ! Tu comprends, mon vieux, avec

LES LYRIQUES b. il

mon succès. Oh ! maintenant les directeurs de province ils peuvent venir me chercher; je ne me dérange pas et tu sais, le petit Spadoul, ils ne l'auront pas à moins de six francs !

MuGiN. — Oh ! moi je suis très embêté. J'ai pas d'engagement depuis deux mois.

L'autre jour, je donne une audition à Mantes. Il n'y avait pas -deux personnes dans la salle, parce que là il n'y a du monde que le samedi et le dimanche. Sais-tu ce que le directeur m'a dit ?

Spadoul. — Non.

MuGiN. — Il m'a dit que je ne plaisais pas à son public.

Marex. — Moi, mon vieux je ne suis jamais pris. Je revernis les chaises, je raccommode les faiences. A Carpentras, où le directeur nous avait laissés en plan, je frottais les parquets. Moi, je ne suis jamais pris. En ce moment, je n'ai rien, je croyais être engagé à la Gaîté-Rochechouart, comme si je ne mettrais pas dans ma poche Brunet et Zecca ! Madame Varlet n'a pas voulu. Eh ! bien en ce moment je vends des boîtes

LA CHARTREUSL. 183

de cirage à deux sous. Si tu en veux ? Spadoul. — Non merci. Tiens î voici Berthaud, le commis de chez Bunel, l'agent, n aura peut-être quelque chose pour vous? Berthaud, arrivant. — Bonjour. Dis donc, Spadoul, veux tu venir à Villed'Avray avec Brunetti, douze francs pour les deux?

Spadoul. — A Ville-d'Avray ? Pensestu! La dernière fois que tu nous y a envoyés, nous avons été obligés de revenir sur une voiture de maraîcher.

Bruxetti. —Vous voyez ça d'ici, Spadoul en habit et moi en robe décolletée sur les carottes et les navets. Et puis bien heureux encore de ne pas revenir à pied !

MuGiN. — Dites donc, Berthaud, vous n'avez rien pour moi ?

Berthaud. — Mon cher, les attractions, j'en ai trop.

Marex. — Et pour moi ?

Berthaud. — Voulez-vous venir demain soir à Alfortville, quatre francs et deux bocks.

Marex. — Et le voyage ?

Berthaud. — On part en tapissière.-

Marex. — Ça va.

Berthaud. — Qu'est-ce que vous chantez ?

Marex. — L éducation d'une puce et le Roi du Vlan, Vous pouvez m'annoncer.

Marex, le copurchic comique, siffleur, xilophoniste.

Marex. — Maintenant il me faudrait une femme.

Brunetti. — Il y a Régine qui étaitjEvec nous à Angers^Régine(j/'/^/^«/)Hé! Régine!

Régine, se déi'angeant de sa table et s' approchant — Qu'est-ce qu'il y a?

Berthaud. — Pouvez-vous demain, à Alfortville, quatre francs cinquante et une consommation ?

Régine. — Ah! ce n'est pas beaucoup.

Berthaud. — Je vous donnerai quatre francs soixante quinze parce que Brunetti vous connait.

Spadoul. — Et puis, tu sais, elle va bien.

Berthaud. — Rendez-vous ici à six heures.

Régine. — Sur le programme mettez Mlle Régine, chanson marche. Je ne veux plus qu'on mette gommeuse, c'est trop commun.

Berthaud. — Bon ! Il me faut encore un pianiste. Est-ce que Roger est là?

MuGiN. - Oh ! il va venir.

Berthaud. — Je veux un pianiste que je connaisse, parce que la semaine dernière, savez-vous ce qu'on m'a envoyé à Saint- Maur?

Tous. — Non.

Berthaud, — Un plombier!

Tous. — Ah ! mince !

Berthaud. — On lui avait demandé s'il voulait gagner quatre francs en allant à Saint-Maur; que c'était très facile d'accomp agner les chanteurs. Il était saoul comme une bourrique et essayait de jouer du piano avec un doigt.

Spadoul. — Ce qu'on a dû rigoler !

Berthaud. — Oui, mais pas le patron. Avec ça que le plombier ne voulait pas lâcher le piano. On a été obligé de le ficher dehors.

MuGix. — Alors, dites donc, Berthaud,

VOUS ne pouvez pas me prendre. Vous me rendriez service. Pas cher.

Berthaud. — Vrai, je ne peux pas, j'ai déjà un intermède et mon programme est trop chargé. La semaine dernière, je me suis fait attraper par Pillon, le directeur d'Alfortville, parce que je lui amenais trop d'artistes. Par exemple il y avait un chouette spectacle. Tenez, voici le programme. {Il tend le programme.)

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