HOTEL D'ARTISTES
Dans le faubourg SairJ-Dcnts ou sur le boulevard Scbastopol^ Façade sale. Un couloir putride conduisant au bureau de Vhôtel : une pancarte à la porte., avec ces mots : Cabinets depuis lo francs par mois. Dans le bureau même de l'hôtel.
La patronne, grosse maritorne. Différents artistes habitant l'hôtel ^vont et viennent. Des visiteurs,
MuGix, le bossu gymnaste, — Voyons, Madame Vigneron, prétez-moi dix francs.
Madame Vigneron. — Oh ! non, vous me devez déjà un mois de loyer.
MuGiN. — Je vais avoir un engagement épatant! je vais avoir des avances ; voyons cent sous ?
Madame Vigneron. — Tenez v'ià quarante sous et fichez-moi la paix !
Tenrat, autre artiste qui vient d'entrer, — Vous avez bien tort de prêter de l'argent à ces gens-là. Il va aller le boire à la Capitale.
Madame Vigneron. — C'est pas un méchant garçon. Il est dans la purée. Il me le rendra quand il pourra.
Tenrat. — Vous êtes trop bonne.
Madame Vigneron. — Oh! que non! Je ne prêterai pas un rond à Radel, qui le fait à la pose, qui est toujours habillé épatamment et qui brosse lui-même ses bottines pour ne pas donner de pourboire au garçon.
Tenrat. — Ah ! bah ! il fait de l'épate dans les cafés.
Un Monsieur, entrant. — Pardon, madame, Mlle Léa Viraud?
Madame Vigneron. — Elle n'habite plus
Le Monsieur. — Ah î
Madame Vigneron. — Oh ! il y a longtemps. Vous pourrez la voir à l'Alhambra.
{Le Monsieur sort.)
Tenrat. — Elle a habité ici?
Madame Vigneron. — Oh ! très longtemps ; elle vivait avec un cabot. Maintenant elle est chic; elle a son hôtel, ses che-
COINS DE CONCF.RTS. "-.^^ l
vaux, sa voiture. Ce que j'en ai vu de ces dames qui ont commencé ici.
Tenrat. — Mais ce ne sont pas de vraies artistes,
Madame Vigneron. — Oh ! il y a de tout.
Deuxième Monsieur, entrani. — Mademoiselle Juliette Delville, s'il vous plait?
xMadame Vigneron. — Elle est sortie, sa clé est là.
Deuxième Monsieur. — C'est pour une facture. Quand pourrais-je la trouver.
Madame Vigneron. — Ma foi^ je n'en sais rien. Je ne la vois pour ainsi dire jamais ; avec son amie, Mlle Morin, elle rentre toutes les nuits à quatre heures du matin.
Deuxième Monsieur, en colère. — Ce qu'elle me fait poser, cette garce-là!
(// sort furieux^
Tenrat. — Le fait est que ces filles... Madame Vigneron. — Il n'avait qu'à ne pas lui faire crédit. Ah ! voilà M. Luc
Lynnès, le jeune auteur, qui sort. Celui-là est bien tranquille, il arrivera.
Tenrat. — Ah ! madame Vigneron, il est cinq heures, je vais faire ma manille. Au revoir, madame Vigneron.
Madame Vigneron. — A ce soir, M. Tenrat.
Tenrat sort ; madame Vigneron se plonge dans la lecture du Nouveau Journal.