i U:S 1,V.S Or. M 111 LU
Si rien, chers Disparus, ne doit un jour survivre Vlu néant, si je suis tout seul à vous clicrir. J'aurai fixé pour vous <\v>. feuillets de mon Livre La noire et triste tleur que rien ne doit flétrir.
Et je veux, quand viendra l'heure, mon coin de terre Là-bas, auprès de vous, afin qu'en liberté, J'y poisse retrouver dans le silence austère, "Après un dur labeur, le repos mérité.
Terre natale
pour l'aquarelliste /f. pasquier.
Villages endormis aux dunes de Saintorge Oui posez vos pieds blancs sur le sable des mers, Vos toits hospitaliers sont deux aux cœurs amers. Et vos vieilles maisons favorables au Scr.ge.
Le clair sol .il de juin vous réchauile en passant, Velouté le crépi des murailles pressées. Et sur le goudron noir des barques renversées Darde ses flèches d'or comme un archer puissant.
66 i-i-"^ i-VvS Di: Kiinirr
Viostères simplement, vous traversez les âges, •Abritant le travail et les mâles vertus; Et quand les hymnes de l'Océan se sent tus. Vous rayonnez sous les Étoiles, ô Villages!
Impression d*V\oût
fl Frédéric ^ayle «^ Charles J/ougué,
La mer, la vaste mer, nourrice des pécheurs. Sous le ciel aux tons tins s'est toute agatisée, Et chaque voile donne une note rosée Que les oiseaux errants entourent de blancheurs.
Des aiguilles de mâts se profilent et passent. — Les barques ont atteint des«douceurs de pastel; L'horizon diaphane est langoureux et tel Que là-bas les lointains pâlissent et s'effr.ccnt.
e« Lr.S LV.S 01; MinUl'l'
Mélancoliquement le tlot monte aux musoirs; Bientôt les cieux protonds d'opales transparentes Viendront draper de leurs tentures amarantes Le soleil endormi dans la candeur des soirs!
Sous Bois
^ers écrits pour un fusain de Frédéric Bayle ,
L'étang dort ce matin sous les hautes ramures Oui frissonnent encor des Iraîcheurs ce la nuit; Et dans ce coin paisible cù n'arrive aucun bruit. Seuls, les arbres épais sont remplis de murmures.
Parfois quelque rayon liltre à travers leurs dômes Et caresse un instant la profondeur des eaux Où naît, verdit et meurt le peuple des roseaux Oue hantent chaque soir les Elfes et les Gnomes.
70 i-i'-'^ i-v.s or, K mil ri'
C'est comme un doux retrait des forêts primitives, Vlux jours ensevelis des chevivliers errants, ■Alors que s'abreuvaient aux miroirs transparents Des lacs les taons heureux et les hardes craintives.
Impressionisme
fîu capitaine Jean Jiougué, de <• ï fixel ■ ^on matelot.
■A Marenncs, lorsque les cunes sent llecries De rosâtrc bruyère et d'immortelles d'or, Le flot lent sur le sable tin glisse et s'endcrt Longuement, couronné d'écumes orlévries.
Lrv Mer s'est laite aimante et douce; l'algue verte Roule sc^r les galets que le îlux a polis. Et le ciel, de ses tons d'émeraude pcMis, Nuance TVltlantique en sa robe cntr'cuverte.
72 Lf-S LY>S or. MinUlT
Mais une barque passe au loin; sa voile rouge S'amoindrit et s'eitace aux vagues prolondeurs, Et l'innmensité vide a repris ses splendeurs Sous son dôme changer.nt et vaste où rien ne bouge.
Coin d'Ile
pour l'aquarelliste Xécn pichaux .
J'aime les coins perdus das rivières calmées. — Comme en un livre ouvert tout le Passé lointain y revit pour moi seul; mon esprit incertain Se grise au souvenir des berges parfunr.tes.
L'éclat bruyant du jour s'apaise sur ces eaux Cù se mirent c'c loin en loin les barques peintes, Et mon œil qui suit les perspectives éteintes Rêve pour les fixer à d'idéals pinceaux.
U;>S LV,S I)!; Kllllin'
Tout à l'heure viendront les crépuscules roses; Et dans les iris bleus, le bleu martin-pêchcur Cherchera le repos, le calme et la fraîcheur; Puis la nuit descendra lentement sur les choies.
Nocturne
Sous la lune bleuâtre et triste au fond du ciel, La mer chante et bruit, claire comme une armure; J'écoute sa voix grave et l'éternel murmure Oui m'arrive, apporté sur des parfums de miel.
Senteurs d'œillets fleuris, d'immortelles sauvages, Bouquets tremblants éclos aux fentes des rochers. Fleurs des sables que les noirs tamarins penchés Gardent des vents mauvais, diadènnes des plages!
76 I.IIS l.V>S Bl: MinUl'l"
J'aime tout de la nier! — Feux des phares lointains ■Allumant sur les eaux leurs larges incendies; Vents épars qui m'offrez vos sonates hardies Et qui vous enfuirez aux lueurs des matins;
•Arbres mystérieux que les nuits iont plus graves Et qui semblez prier pour les marins perdus. L'ombre exalte votre éme, et vos bras éperdus Se tordent sur la grève où viennent les épaves...
Impression nocturne en août
Jl madame J. ^ourrand.
Cloches des soirs au fond des campagnes paisibles, 0 Cloches qui tintez, très lentes, sur ii.on cœur, t'vocatrices des tristesses indicibles.
Vous faites naître en nnoi l'apaisement vainqueur.
J'écoute votre voix grave comme les larmes Des pauvres sans foyers et des vagues errants; Mon âme vous adore, et je reste sans armes, Tandis que vous chantez pour les indifférents.
LIi.S LVS Dl: MIIIIIIT
Le prêtre qui devrait vcus chérir, pcntilie
Et pérore au milieu d'un groupe d'électeurs
Sur la petite place verte cù s'édifie
L'église blanche et douce, et pleine de candeurs.
Ce sont gens de ces ten:ps. — 0 Dieu! maître inellnble. Faites que leur cellier soit plein; que les Eonr.mets Leur restent inconnus; — soyez-leur favorable; Mais, regardez ceux qui vous ainr.ent pour jamais.
Immortelles des Dunes
Vers pour jyîademoiselle pochi, Juditl] -Jeanne Cladel.
Renaissez, jaunes Immortelles Des sables roux et de la mer; Reheurissez, bouquets fidèles, Dans l'été radieux et clair.
Vers vos odorantes corbeilles Voici l'essaim noir des abeilles Oui vient et bourdonne dans l'air:
Faites l'aumône, ô fleurs vermeilles Des sables roux et de la mer!
«0 i-r;.s LY.s 151; Minurr
Déjà les papillons de cculre.
Près des rochers battus des tlcis, Poursuivent au-dessus du goullrc, Sans règle, leurs ballets falots.
Là-bas meurt la dernière ëtcilc. Et l'on aperçoit une voile Passer au large des îlots; Le grand Peintre achève sa toile Près des rochers battus des Ilots.
Prodiguez aux âmes dolentes, Quêteuses de paix et d'oublis.
Les senteurs tristes et troublantes Encloses dans l'or de vos plis.
0 fleurs de ma grève natale Oui gardez sous votre pétale L'ombre d'anciens am>ours pâlis, Chacun de vos spectres exhale De paisibles parfums d'oublis!
Juillet
Les villages sont endormis. — Dans les champs que le soleil brûle Pas un souffle léger n'ondule La tête mûre des épis.
Wu-dessus des toits blancs et roses.
Sommant leurs vieux clocliers lointrins, Les coqs de fer restent hautains Parmi l'accablement des choses.
a 2 Liis Lv<s m; Miniii'i'
•Aveuglante sous les rayons.
Là-bas s'enfuit la rcutc blanche; L'épeautre dur et lourd se penche.
Exténué, sur les sillons.
Les peupliers que la poussière Farde, se sont vêtus de gris; Seul, un grillon, sous les pourpris Des sainfoins, chante sa prière;
Celle qu'il redira ce soir.
Quand, au ciel de perle et d'étoiles.
Dans le halo bleu de ses voiles.
Montera la Lune d'espoir.
Suprême Enfance
Écoute! — Le vieux puits aux margelles polies Où notre enfance heureuse et dcuce vint s'asseoir. Voit sur leur cercle usé chaque rayon du soir IVIettre ses fins glacis de siennes pâlies.
Nous entendions chanter nos itmes ennoblies Par des Rêves... bercés d'un vague et sinnplc espoir; On croyait que la vie est bonne; — tout est noir, — Tu le sais maintenant, ô Sœur de ces folies!
«i, i,i:.s i.v.s m: Miniirr
Tu ne me connais plus; — moi, te reconnaîtrais-je Si tu passms sur mon chemin? — Le dur cortège Des peines a, de nous, fait deux indifférents;
Mon cœur saigne pourtant parfois à la pensée De tant de pureté perdue; — et je comprends Le triste mal de vivre, ô Passante, — passée . . .
V\ Laurent Tailhade
Prince des joailliers du vers, jusqu'à l'aurore, Cloisonne tes émaux, ou, sur un pur vélin. Pour tes pairs, tais passer en tuniques de lin. Le cortège chrétien que ton grand Vlrt honore.
Ou bien, pour tes Vitraux qu'embrase le dc'clin Des jours, tin compagnon, ru parterre de Flore, Dérobe les lys blancs, les houx au vert sonore Qu'enlaceront des nœuds de velours corallin.
.i:>s Lv.s m: Minuri'
Puis, le repos venu, devant l'Œuvre rêvée. Deviens le juge sûr de la tâche achevée. Et retourne au logis dans le soir accalmi,
En songeant que ton fier labeur doit te survivre; Mais, reçois en passant l'adieu de ton ami Le Relieur qui vêt, orne et signe son Li\re.
Fierté
J'ai voulu de beaux vers ciselés avec art ■Afin d'enorgueillir mon \ieux maître Banville, Et je fus comme lui l'apprenti peu servile Mais soumis et croyant de notre aïeul Ronsrrd.
Comme eux, j'ai su verser aux calices des rimes Les parfums troublants des seuls Poètes connus; Cœur héroïque et fier, parmi les tard-vcncs. J'ai dédié ma vie à nos rares escrimes.
88 Uus Lv>s Dr. Miniiir
Et je reste celui qu'aucun brin de laurier l\e tente ; je ne sais que croire, aimer, prier; Mon labeur patient m'aide et me réconforte;
Que vienne le grand jour où grincera la porte Par où l'on sort, pour mes enfants qui resteront. Passant, j'aurai vécu mon Idéal au front!
Wstre lointain
Telle, je la revois nu milieu de sa cour, Comme Winterhalter la peiçnit; souveraine Et d'aspect familier et noble, plus que reine. En ces Décamérons discrets comme l'amour.
Et c'est aussi le temps où les faiseurs d'images, Pellerin ou Gangel, aux bons peuples des champs. Sous réctiarpe d'azur et les tulles penchants Lui tirent affronter la critique des âges.
go u'-s Lv>s m: miiiiiit
Sculpturale figure, cù plus que la Beauté, Patiente, à ce front que rien n'a respecté, La souffrance imprima sa marque indélébile.
La bonne Impératrice aimante et qu'en secret IVous aimâmes jadis, aujourd'hui m'apparaît Comme Préault rêva la Douleur immobile.
Nuit de Noël
pour madame J{eriri Savatier.
L'âme des fleurs monta; le riche reposoir
Des Roses de Noël exhala vers les astres
Ses parfums de miel pur, et les sombres désastres
Des âmes, dans la nuit qui suivit ce beau soir
Disparurent; — on vit les pâles laméliqucs Renaître à l'Espérance, et les §estes anciens S'accomplir, cependant que les patriciens S'enivraient, oublieux des fastes symboliques.
-D^i ij:.s lv.s ni; miiiuit
Et pourtant, l'Entant-Dieu naissait; de ses grands yeux Remplis de ciel, surgit pour le monde oublieux L'inef table pardon avec l'unique offrande;
Mais nul ne reconnut la sainte loi d'amour. — Tous disaient: jouissons jusqu'à la fin du jour! Un poète pleura... que le Ciel le lui rende!
Charlotte de Goethe (W^iriieiO
Pour la cantatrice i^amb/i/.
Ly3 pâle, blonde fleur de la terre allemande, Charlotte, si l'on meurt peur avoir trop aimé L'épanouissement de ton être embaumé, Provinciale fleur aux parfums de lavande;
Tu ne peux conjurer l'épouvantable mort Ni fuir le dur baiser sans lèvre et sans gencive Du monstre. — Incline-toi; de ta douleur pensive Un- cfief d'oeuvre naîtra qui doit vaincre le sort.
9/, i.r.>s Lv.N Di: winuiT
Goethe est venu. Voici: les Pitiés infinies S'écliappent de son cœur; toutes tes agonies, Il les vivra pour nous, le grand olympien ;
Vers l'immortalité sa nef cingle, les voiles Ouvertes; l'avenir de Werther et le tien Resplendit à jamais, comme un baiser d'ttoiles !
Pour un Chanteur
■fi Valiez.
Que tu sois don José, Werther ou Faust, j'écoute
Chanter ta voix où tremble une émotion d'art.
Et je l'entends sans voir l'oripeau ni le fard.
Les yeux clos, comme un philtre puissant qui m'envoûte.
L'âme navigue au loin; chaque peine dissoute Pour une heure s'enfuit, tel un spectre blafard; Et je sertis ma gemme au divin étendard Du R,êve, loin de vous, mandragores du Doute.
96 1-1:.S LV.S Dl! HinuiT
Cueille la fleur tremblante et qui se tane au sein
De Marguerite, qu'un accord du clavecin
De Charlotte ouvre en toi les plus larges abîmes.
Ou que, toile d'amour sous ses bouquets sanglants, Carmen tombe, chanteur, au front de tes victimes Ferme tes bandeaux de rubis ëtincelanis!
Chèvrefeuilles d'Été
Chèvrefeuilles, parfums hallucinants, g fleurs Oui vous cachez parmi les frondaisons secrètes Des verts taillis inviolés, lillcs discrètes De l'art païen, mal§ré vos très sobres cculecrs.
J'aime vos fraternels faisceaux; — en bonne mère 'Amoureuse des plus frêles sincérités, La Nature qui vous dispensa ses bontés, Joiçnit à vos senteurs une grâce éphémère.
ç)« ij-:s i,v.s nii Miniirr
Jadis, aux temps anciens, les ciièvrc-pieds lascifs, Les béliers conducteurs de troupeaux, — et pensifs, Les pâtres, cliérissaient votre fraîctie prébende;
Seul aujourd'fiui, l'artiste au fond des vais déserts VI votre âme, bouquets aériens et clairs. Vient solitairement apporter son offrande.
Sur un exemplaire des Sonnets Chrétiens de Charles Drelincourt. - 1669. —
jfî Emmanuel J^ortie.
Ce poète oublié qu'une main prévoyante
VI soustrait au taudis où le rongeaient les vers
Possédait le métier mystérieux des vers.
Et joignait au savoir la grâce souriante.
INaii et précieux, uniforme et divers, 11 clivait chaque gemn:»e heureuse et chatoyrnte. Et fermait d'un rubis la chape flamboyante Recouvrant ses tableaux d'un paisible univers.
100 1-1-J^ 1-v.s on hiniirr
Richesse d'en Voiture et charme d'un Malherbe, Dans son Livre où sourit Iris, où le brin d'herbe Exalte en bon chrétien la gloire de son Dieu,
L'artiste a su mêler à ces formes divines
Oui mettent sur les fronts élus leurs traits de teu
La Face de Jésus saignant sous les épines!
D'un homme à un homme
pour mon cher poète j)yonet.
L'âme triste passait sur l'aride chemin
Du monde épouvantable où la fierté s'isole;
Le mande était de fange, et les deux de carmin;
L'âme attendait toujours quelqu'un qui la console.
Et vous êtes venu. — Frère, le lendemain D3 ton geste m'est doux ; que pas une parole Ne profane un instant ce que ton humble ir.ain Sema; laisse mon front peser sur ton épaule.
107, iJi.s Lv>s 01- Kiniirr
Laisse mon cœur empli de rêves, laminé Par ce monde mourant, dresser, illuminé, 5ur ses vietx cripcr.ux sv. couronne d'étoiles:
II m'a suffi qu'un jour ce geste de clarté M'ait rappelé qu'il est encor quelque beauté. Ouvrons donc, si tu veux, toutes grandes nos voiles!
W la mémoire du Relieur Cuzin
Par les beaux n aroquins asscxjplis où le Rêve Vl fixé pour jamais l'éclat de ton savoir, Permets au relieur pour qui monte le soir De reconnaître en toi le fils de Clovis Eve.
D'autres, à la fin de ce siècle qui s'achève, Ont jeté sur notre Wrt des splendeurs d'ostensoir. Ciiacun sait parmi nous qu'il ne faut pas déchoir. Or tu fus çrand, malgré ton existence brève.
104 l'I-"^ l-V^ Dl: MinUIT
Sur tes plats adornés de fragiles arceaux Vole et va se poser tout un peuple d'oiseaux Qu'y serra ta pensée active et diligente;
Et ton goût délicat qui m'émeut et m'enchante, Par-delà ton sommeil dernier et tous les Temps, Cozin, fait refleurir ton éternel Printemps!
Déclin
5i le vieux R,elieur eut des jours très heureux, Et si son art fut grand, nul ne s'en souvient guère; L'atelier est si vide et lugubre où naguère L'amateur écoutait ses conseils rigcuretx.
Il sent se déchaîner cfevant ses ters poudreux Les rancœurs; — cinqur.nte ans il hcnora l'cquerrc; Et l'on connaît de lui naaint travail dont l'austère Ordonnance rendrait jaloux les plus fameux.
106 U^S LYS Dl: NlllUir
y\u pauvre bahut noir où repose, cachée. Son œuvre de maîtrise, il vient, tête penchée. Jeter en soupirant un regard de vaincu ;
11 sent que tout est vain; qu'il grossira la liste Des chercheurs d'Idéal qui n'ont pas survécu; Et son âme est, ce soir, ineffablement triste.
Sonnet pour une V\mie
Blonde conane les blés des champs divins, Cybèle, Femme toute douceur et toute majesté, Vous nous apparaissez comme un mythe enchanté, Puisque vous êtes bonne et que vous êtes belle.
Par les jardins de songe où naîtra l'asphodèle, Comme un bon artisan, sur son sccle vanté, J'érigerai le buste où votre pureté Chantera pour jamais dans sa grâce immortelle.
io« L'us LYS m: Kimirr
Et pour l'ardent Sculpteur, de sa chimère épris, Que son labeur exalte, et qui n'attend pour prix De son œuvre tiu'un mot ou qu'en chaste sourire.
Laissez errer vos yeux de marbre bienfaisants. Tandis que de pieux chroniqueurs vont décrire. Impératrice en fleur, vos charmes caressants.
Pensée dans la Lutte
Jî £. £.
Chère, j'aurais vculu, corr.me les vieux oriévres. Ciseler en sonnets les joyaux de mcn cœur, Et recevoir pour prix du patient labeur Vlc:ompli lentement, un baiser de vos lèvres.
■Aussi frêles que vous, mes vers tendres et mièvres, Voletant à vo3 pieds dans leur sainte blancheur. Vous auraient dit tout bas mes amoureuses fièvres. Et de mes grands Espoirs, raconté la splendeur.
110 LF-s LV-s m. himu-r
Je ne pois être, hélas, qu'un rapsode sans gloire; VI côté des chanteurs qui n'aurcnt pas d'histoire. Je marche, — humble soldat défenseur d'un drapeau.
Mais s'il subsiste on jour de mon œuvre oubliée Une page vibrante, un suprême lambeau.
On y verra mon âme à la vôtre liée !
Dans la mélancolie des soirs d'Octobre, la voix des Cloches a des tristesses infinies .
Jlu souvenir de /-raqçois Coppée.
Cloches dont les clameurs me semblent plus lointaines
yilors que les "Abjects vous plongent à l'oubli,
Votre chant que j'écoute est encore ennobli
Par les haines que vous suscitez, voix hautaines.
Ce que vous évoquez ne peut être aboli;
Les Temps vous sont témoins, et les grands capitaines
Du Ciel ont en pitié les âmes incertaines
Dont la peur ou le lucre ont fait le front pâli.
\Vi LC>S LV>S nil MiniUT
Par l'espace, épandez, miséricordieuses, 0 Cloclies de la foi, les aumônes pieuses De vos hymnes à ceux dont le cœur détaché
Des choses d'ici-bas se souvient et s'élève; Soyez pour le Croyant les orchestres du Rêve; Verbes d'am^our! délivrez-nous de tout ptché.
Une Fleur dans un Livre
Jlu céramiste prosper Jouneau.
Les pages d'un Musset gardent la fleur pâlie; Quand notre amour est mort le livre s'est fermé. Mais je veux qu'il demeure à jamais parfumé Du souvenir de la tendresse ensevelie. —
C'est un bluet défunt ; — sa nuance affaiblie Me rappelle tout bas combien je lus aimé, Que notre cœur croit au serment accoutumé Ct qu'un jour vient où ie caprice vous délie.
in i.i".>s LY.s ni; Mimii'i'
0 mon poète amer qui chantais comne un dieu. Toi qui sus la douleur de l'éternel adieu. Conserve en ton écrin mon illusicn morte;
Je ne t'ouvrirai plus, Livre de mon Printemps;
Mon ciel est noir, les durs chagrins me font escorte,
Ma croyance est partie et je n'ai plus vingt ans!
Jacques Callot
peur le poète Victor ^illaud,
Si j'ai senti devant ta pure œuvre d'artiste S'exalter mon esprit et s'émouvoir mon cœur. C'est qu'avec tous tes nerfs, tu nous léguas, vainqueur. Un fulgurant poème en haillons, mais si triste!
V\h, Lorrain! nul ne sut d'où venait ta rancœur. Pauvre ironique enfant d'un vieux sol rigoriste. Quand do tous et chacun, mon vaillant figuriste, Tu gravais le groin héroïque ou moqueur.
u:.s LYS m: Minuri'
Car ils sont beaux, tes gueux, tes mendiants, tes reîtres.
Visages de bandits, d'histrions ou de tiaitres
Drapés dans leurs manteaux très crgueilleusement ; —
J'adore la splendeur de leur ignominie;
Et ton V\rt m'apparaît, vaste, fier, inclément.
Mais tout vêtu de pourpre et de gloire inlinie!
Sourire de rwînée
J'our jYîarguerite.
Dans les saintes douleurs ayant usé sa vie Et propagé son verbe en d'arides chemins, L'Wrtiste, las d'errer par les sentiers htmains, Lève ses bras tremblants vers les cieux qu'il envie.
11 écoute les voix de son âme asservie.
Pleure, ami, les bourreaux ont, de leurs lourdes mains.
Tué l'Illusion aux pouvoirs souverains
Oui fit naître à tes yeux ta vision ravie!
LIi.S LY.S Dr. MinUIT
Prométhée inconnu, reste en proie îiu vautour;
Garde et renferme en toi la prière ci'an cur
Que tu voulais sculpter au fronton d'un beau Livre;
Mais quoi! l'Espoir encore illumine ton front? Ton entant t'a souri, ce sourire t'enivre . . . Tu fixeras pour lui des R-sves qui vivront!
Poussières
Wux plis des vieux lampas et des satins fanés L'âme d'anciens baisers d'amour scmir.eille encore; Leur trame, lentement, pâlit, se décolore. Mais garde sûrement des parfums obstinés.
Le Poète retrouve en leurs beautés paisibles Le souvenir discret des femmes qu'on aima; Pour qui plus d'un grand cœur bien né se consuma; Brantôme n'a point dit ses Dames insensibles! —
120 l'!-*^ I'V>S or. MllUllT
Mauvais marchand d'un siècle ignoble, où le destin M'a jeté lâchenient, et dont chaque matin. Quotidiennement, vient m'oftrir sa couleuvre,
Je veux que de ces jours, un jour soit effacé
Le dégoût de les vivre, et qu'au front de mon œuvre
Rayonnent ces deux mots de progrès: Le Passé!
L'Vltibe
J^ madame /-. Ç.
Votre vie est le Livre où chaque page blanche Va s'ouvrir d'elle-même aux poèmes d'espoir; Et vous le relirez lorsque viendra le soir, VI l'âge où notre front pensif s'incline et penche.
Vous rêverez, alors ; une odeur de pervenche Surgira des feuillets scellés sous le fermoir Ooe vos doigts lentement ouvrirent ; le miroir Des jours vécus vous montrera leur avalanche.
Wi 1,1:8 LV.S 01: MiniUT
Qu'ils soient blancs et très purs; purs c otr.me les aciers Illustres, blancs ainsi que les grands L>s princiers Oui croissent sans déchoir aux jardins héraldiques;
Denneurez pour jamais serve à la Vérité
Enclose pour les Temps aux vieux textes mystiques;
Sois toute douceur. Femme, et sois toute bonté.
Reines de Vitrail
Sur les vitraux où vous passez Dans la paix de vos rêveries, Dames aux tuniques fleuries.
J'aime vos blonds cheveux tressés.
Vos yeux pers sous leurs cils baissés Sont chastes sans afféteries, Sur les vitraux où vous passez Dans la paix de vos rêveries.
]'>/, Li;>s i.Y.s Pi: miuirr
Reines aux contotirs ctiacés, Offrez à mes idolâtries Vos fronts chargés d'orfèvreries, Et vos cœurs, d'attente lassés.
Sur les vitraux où vous passez . .
Les Harpes d'Ombre
Sur les musiques du Silence Voçue mon esprit attristé.
Comme sous la sérénité Des yistres, un navire immense.
L'heure s'égrène en la nuit dense; Tout bruit hutnain s'est arrêté. — Sur les musiques du Silence Vogue mon esprit attristé.
l-iû U'.f, l.VS Di; MIIUllT
Leurs ondes, avec indolence, Glissent sous la Lune d'été Dans un paysage lacté Où mon rêve blanc se balance Sur les musiques du Silence!
Noël
Pour Camille.
Mets tes deux sabots dans la cheminée.
Tes petits sabots, tes sabots dorés, Et clos tes yeux bleus, bluets adorés, Caoïille, voici la fin de l'année.
La Nuit de I\oël, toute illuminée.
Sur la neige luit en reflets nacrés; Mets tes deux sabots dans la cheminée.
Tes petits sabots, tes sabots dorés.
1J:S LV.S ni; MinUlT
Quand viendra minuit, l'heure fortuiice, Suivi de grands Saints crcssts et mitres, Dans ses beaux habits par la Vierge ouvrés Jésus, ton ami, fera sa tournée; — Mets tes deux sabots dans la cheminée.
Œillet des Plages
La mer bruissait; vous étiez ma Fée ; Nous errions sans but près des flots chanteurs; Une fleur rosâtre aux fines senteurs Tremblait sur sa tige exquise agrafée.
Je cueillis pour vous ce iréle trophée
V\vec la fierté des triomphateurs. —
La mer bruissait; vous étiez ma Fée;
Nous errions sans but près des flots chanteurs.
130 ur-s Lv.s m. Miniirr
Sorcière d'amour dont je fus l'Orphée, J'ai subi la loi de tes yeux menteurs ; Sur nous ont passé les vents destructeurs; Œillet qui s'effeuille, ivresse étouffée! — La mer bruissait, vous étiez m.a Fée.
LWbbé
L'abbé de satin violet M'a tait ce soir une cour tendre; iVIais je n'ai pas voulu l'entendre; Il n'est d'ailleurs ni beau ni laid.
11 dit en vers mon teint de lait Et me lit la carte de Tendre; L'abbé de satin violet M'a fait ce soir une cour tendre.
L"Amadis de Gaule rr.e plnit, Ou bien rVlstrée, et sans prétendre "Aux Oriane, j'aime entendre Les doux propos de mon valet.
L'abbé de satin violet.
Rançon
n'a nijir>;ss>.' iii h'ranc^, qui siich>2 fil filer Qui m qaignast ainçois ma finance à filer Qu'elles ne nie vouli.vscnt hors (Je vos las gcter.
c/lnciens Manuscrits
Tournez, doux tusenux des Reines bretonnes. Pour le chevalier Bertrand du Guesclin ; Filez en chantant la laine ou le lin, "Aux rythmes des lais lents et monotones.
Malgré la splendeur triste des nutcn.nes. De l'aube des jours jusqu'à leur déclin. Tournez, doux fuseaux des Reines bretonnes. Pour le chevalier Bertrand du Guesclin.