r, ui>s i.v.s m; Miniirr
Je vois le sourire des bouches, Les robes à Heurs, les baisers.
Les satins clairs, et, peu larcuches, Tout un peuple d'amants prisés.
Mais, silence ! là-bas, vers l'Ile Où tressaillent les bouleaux blancs.
Vogue dans le soir chaque idylle Sur les Hots de nacre tremblants.
Et voici que la Lune rose V\u ciel de perle, lentement Monte, comme une apothéose Sur le paysage charmatit. —
C'est l'heure! sous les girandoles Inondant de clarté les bois, Préludent auprès des violes Le basson grave et les hautbois.
Vlutour des coiffures poudrées Et des perruques à marteaux Volètent les lueurs dorées Des yeux cachés sous les manteaux.
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Mais l'orchestre part; tous les couples Dans la gloire de leur printemps Surgissent, jeunes, fiers et souples.
Revêtus d'habits éclatants.
Et l'on dansera jusqu'à l'heure Où, s'arrachant à son sommeil, La jeune Wube sourit ou pleure Vlu petit lever du Soleil.
Les menuets ouvrent la fête; Ils vont, nobles et compassés.
Les amoureux exquis, la tête lîaute, au bruit des satins froisses.
De doux noms etlleurent les lèvres:
«Chère, c'est ici du Mozart!
— Divin ! — Bach nous dira ses fièvres V\u petit hasard du Hasard.
« Haëndel va suivre, sous sa poudre, "Aussi galant qu'on Richelieu De la musique; puis ce foudre:
Beethoven aussi beau qu'un dieu.
i,6 i'if> i.v.s m; Minui'i'
« Wous aurons aussi les gavottes Que Grétry composa pour nous; Celles de Gluck! — âmes dévotes, Ici l'on admire à genoux.
< Nos violons savent Orphée, •Armide, Céphale et Procris, Panurge, que sais-je! une fée Les prit dans ses liens fleuris.
« Enfin, pour que rien ne s'oublie Dans nos jeux, — qu'on nous en pria.
Les passe-pieds, cette jolie Passion des Locmaria,
« Cloront cette nuit enchantée; Puis, nous désunirons, lassés, Nos mains à l'aorore argentée:
Éros comptera les blessés ! »
Cendres
pour Jfenry C ormeau, à l'ami 4 ou poète .
Sur mon front attristé chaque heure qui s'envoie Pour ne plus revenir, nnet un peu de pâleur; Indistinct, mon passé sans forme ni couleur S'efface en laissant choir sa pensive auréole; Quel regret laisse en moi chaque heure qui s'envole!
Songes que j'ai vécus, ne m'abandonnez pas. — Saintes Illusions, soyez-moi secourables; Et que votre bandeau de Rcses adorables
S'effeuille quelques jours encore sur mes pas; Songes que j'ai vécus, ne m'abandonnez pas. —
0 revivre un seul jour de mon adolescence, Et que l'homme vieilli sente son cœur fervent S'éblouir aux amours que celui de l'enlant Entourait de blanclieurs dans sa reconnaissance: 0 revivre un seul jour de mon adolescence!
Retrouver un instant au détour du chemin Suivi, la maison claire et le jardin paisible; Sentir auprès de moi le fantôme invisible De tous ceux dont la main sûre serrait ma main; Retrouver la maison au détour du chemin!
OubUer à jamais la rencontre des hommes De mes exils anciens et leur sinistre accueil. Et n'avoir pour sc4jcis en franchissant le seuil Que ceux do Souvenir et de ses purs arcmes; Oublier à jamais la rencontre des hommes.
Pourquoi t'attarder aux mensonges décevants, Clanie en m'ouvrant ses bras prostitués la Vie? Ma ronde est vaste; prends-y plrce; qu'en t'envie.
LUS Lv>s m: miiuh'I' /,<5
Je suis la bonne mère aux frivoles enfants; Pourquoi t'attarder aux mensonges décevants?
J'ai détourné les yeux; — trop et pas assez belle, Vli-je dit à la Vie ; aux factices bonheurs Je préfère mon ombre et j'aime mes douleurs. — "Auprès de moi, rêvait la Pensée immortelle; J'ai détourné les yeux. — Trop et pas assez belle!
Chrysanthèmes à Théodore de Banville
0 Lyre! voile-toi; Banville est mort; la terre
Le recouvre; — et tu sais. Maître, le grand mystère.
La tristesse entre dans mon cœur.
Mais je m'enivre encor du vin de ta pensée; Et ta bonne chanson doucement caressée
Pour moi prend son élan vainqueur.
En ces jours d'égoïsme où les foules serviles Vont se ruant avec amour aux oeuvres viles Qu'un faquin de Lettres rêva.
LES LYS OK MinillT
Moi, je t'offre à genoux ma couronne fleurie. Et mets un crêpe noir au front de la Patrie Pour le Poète qui s'en va.
Tu chantais dès cet âge où notre âme tremblante •Appelle dans la nuit l'Inspiration lente,
Des Odes au vol éperdu; Winsi qu'aux purs décors de Puvis de Cliavannes, Les "Aubes pour tes yeux te laisnic nt diaphanes.
Et tu ne t'es jamais vendu.
Seul, dans ton atelier, grand forgeron du Verbe, Tu tordais l'acier dur des mots; la fleur superbe
Naissait sous tes doigts enchantés.
Tout un peuple immortel, tout un monde féerique Traversait dans l'orgueil de sa gloire lyrique
Tes poèmes les plus vantés.
Pour toi Cypris laissait sa lourde chevelure Que la brise gonflait ainsi qu'une voilure.
Errer autour de ses seins nus; Pour toi les chèvre- pieds lascifs, près des fontaines. Dansaient aux rythmes lents des musiques lointaines
Oui venaient des bois ingénus.
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Les Roses sous tes pas renaissaient, glorieuses; Les Jasmins se couvraient d'étoiles radieuses;
Las de letir sommeil parfumé.
Les Lys blancs érigeaient leurs puretés d'ivoire; Le Dalhia d'azur et la Tulipe noire
T'offraient leur calice pâmé!
Ta voix chère disait en strophes impeccables Les Reines de splendeur et d'amour; tes vocables
Souriaient aux grands Exilés ; Ta jeunesse animait les airains et les nrarbres, Et les Dieux oubliés et muets, sous les arbres,
"Avaient des songes constellés.
Puis c'était, sous le vert laurier, le chœur des Muses Chastes, prêtant l'oreille aux mille \oix confuses
Du Génie aux secrets desseins.
Tandis qu'apparaissant au fond des avenues. Les Cygnes allumaient des clartés inconnues
Sur l'eau paisible des bassins.
Mais, voici que rival des maigres saltimbanques V\u front libre, très loin de Prudhomme et des Banques, Du bon tremplin des rimes d'or,
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Enivré, tu bondis vers le ciel d'améthyste Dont ton œil sut garder le reflet doux et triste Quand s étei£,nit ce fier essor.
Lorsque sonna pour nous l'heure lugubre et sombre. Quand le vautour germain recouvrit de son ombre
Les champs du Pays dévasté, Quand la France râlait socs la bette prussienne, Ta belle âme d'enfant s'élança vers la sienne.
Et tu restas à son côté. —
C'est par toi que vécut notre ancêtre Gringoire, Et son histoire, à lui, c'est toute notre histoire
■Après des siècles écoulés.
C'est toujours contre nous la bêtise et l'envie; Et sans répit nous les traînons toute la vie.
Ces deux vampires accouplés.
Dors, Maître respecté! — Toutes les Inspirées Du Théâtre que tes vers avaient consacrées. Vont porter au siècle futur
54 Liis Lv.s ni! Miinirr
Le resplendissement de tes apothéoses.
Pendant que les bergers verront pleurer les Roses Sous les ombrages de Tibur.
Et Celui qui t'avait marqué d'un divin signe, Dont l'œil suivait d'en haut le monument insigne
Élevé par ton cœur constant, Te réserve une place à l'éternelle fête. T'ouvre ses bras et dit: Banville, mon Poète,
Repose-toi! Je suis content.
Maison Familiale
pour ma jYîère .
Las du bruit des cités où le Destin nous plonge Et des hommes douteux aux faces de mensonge.
J'ai revu dans un souvenir Le cher pays natal où déjà sous la terre Reposent à jamais ceux que le grafid mystère Recouvre, et que mon cœur s'est repris à bénir.
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Et j'ai rêvé: combien dont les lèvres sont closes, Vllors qu'on les couchait là-bas, parmi les roses.
M'ont laissé l'âme sans émoi!
Est-il un seul ami de cette époque ancienne Oui de l'oubli vainqueur m'attende et se souvienne,
Combien pensent encore à moi?...
J'entr'ouvre le coffret où ma vie effacée Sommeille, et j'y retrouve une page tracée
Par des doigts émus et tremblants; Et devajit cette grande et naïve écriture Tu surgis, résignée, ô pensive ligure
De mon aïeule aux cheveux blancs!
Qu'importent les chagrins et les ans, et l'espace! Je te revois, car dans m^es vers ton ombre passe;
Tu le sais bien, IVIère qui dors. — Et c'est à tes fiertés, farouche vendéenne Oui sous chaque douleur te redressais, hautaine,
Oue je dois mon culte des morts.
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Je reviens à présent vers !a maison fernr.ée Que jeune homme l'on quitte avec joie, et qu'un jour, Lorsque l'âme au creuset de la vie est Icrmée, On évoque tout bas en tressaillant d'amour.
0 pierre de mon seuil, entre toutes bénie! Toi que les chers aimés ont franchie à jamais, Logis où j'ai pleuré devant chaque agonie. Dis, reconnaîtras-tu ton entent, désorm-ais?
Vais-je éveiller en toi l'instinct vague des choses, Et vas-tu me scurire eu me glacer :e coeur, Tcît qui disparaissais sous les floraisons roses. D'où mes songes premiers s'envolèrent en chœur f
5« u:.s i.v.s oi: miiuii'i'
Sous le poids attristant de mes graves pensées, Voyageur fatigué, j'ai marché jusqu'au soir ; Et je sens m'envahir les tendresses passées. Bois profonds, dont l'Été fait un grand repcsoir.
Le soleil descendu sur les collines bleues Va disparaître enfin comme un astre mourant; Mais de l'aube à la nuit j'ai franchi bien des lieues, 0 sol que je salue et revois en pleurant!
UIS LVS ni; MinUi'f 59
J'hésitais comme un inconnu,
Je tremblais en poussant ta porte,
Foyer vers qui je suis venu.
Dont l'âme est vivante... ou bien m.orte]
L'herbe haute envahit les cours, Mais des nids jasent dans les branches; "A l'unisson de leurs amours Ont reparu mes roses blanches.
Le vieux jardin abandonné Où ne revient jamais personne Vl mon aspect semble étonné; Et moi-même, ému, je frissonne
60 LII.S LV.S Dl: Mlllliri'
En revoyant c,cel abandon Couvre les choses délaissées. — "Ah! quel vague et touchant pardon J'attends des roses offensées!
Lépreuse, mais fidèle encor, Je revois la Flore de pierre Me tendre sous son vert décor, Vlvec un geste de prière.
Sa gerbe de bouquets sculptés Mêlant aux plantes vénénecses Leurs longues tiges aux fiertés Que l'Oubli me rend douloureuses.
Et d?'>s la poussière des temps Gisent mes r-nciennes idées Parmi les pavots éclatants Et les renoncules fardées.
Vois, nous nous souvenons toujours.
Me disent les bluets paisibles ; — Inclinant un sombre velours "Au bout de leurs hampes flexibles.
LES LV.S 1)1; MllUirr 61
Des scabieuses cnt fleuri.
Se sachant mes lieurs adorées,
yi régal du groupe attendri
Dos grands lys aux pâleurs nacrées.
Fleurs de neige du Souvenir, Devant vous nnon âme est sans armes, Et je ne sais que vous bénir.
Tandis que m'aveuglent les larmes.
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•Alors, pensif, JG suis rentré dans la maison.
Cependant que montait lentement l'oraison
Que disent chaque nuit la Wature et les choses;
Et là, seul, oh! bien seul en face du Passe,
J'ai rouvert à la page où je l'avais laissé
Le Livre où mes amours d'autrefois front encicser.
Je vous revois encore, ô mes doux Endormis,
Et vous me souriez, et les regards amis
Oui descendent en paix de vos cadres ovales
Vont éloigner de moi mcn éternel tourment.
Et baigner pour toujours de leur charme clém.ent
Mon front qu'ils rendent pur ccn me les eaux lustrales.
LES LY.s n\i Miiniri'
0 reliques! voici, dans le coin bien connu,
L'épinette où, d'un doigt vigilant et menu,
La grand'mère évoquait £e devin du Village',
Et je me grise encore à vos anciens parfums,
Musiques de jadis, vieux opéras défunts
Et charmants, tout remplis des senteurs dun autre rge.
Puis c'est râtre désert où, dans l'cmbre des soirs, Échangeaient lentement leurs modestes espoirs Les aïeules veillant sur ncs têtes aimées. — Mais combien d'entre nous sentent vivre en leur cœur Toujours fier, toujours pcr, le souvenir vainqueur Des baisers d'autrefois et des maisons fermées?...